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BULLETIN 



L'INSTITUT ARCHÉOLOGIQUE LIÉGEOIS 



BULLETIN 



DE 



L'INSTITUT ABCHÉOLOGIQOE 



LIEGEOIS 



TOME XXXIX 



1909 




Imprimerie Liégeoise, Henri Poncei-et, Soc. An"^* 
Rue des Clarisses, 52, Liège 



RAPPORT 



SUR LES TRAVAUX DE L'INSTITUT ARCIIÉOLOGIQI'E 
LIÉGEOIS PENDANT L'xVNXÉE i<jo8. 



Messieurs, 

En vous présentant aujouid'liui mon Rapport annnel 
sur la situation moi-ale et matérielle de l'Institut, je ne 
puis me soustraire à l'idée que c'est, sans doute, pour la 
dernière fois que je serai, dans des circonstances ana- 
lc~.gues, appelé à prendre la parole devant vous dans ce 
local. 

Nous sommes, eu effet, Messieurs, à la veille de quitter 
à jamais les combles du vieux Palais de nos princes- 
évèques, où depuis bientôt 34 ans notre Société a tenu, 
sans intenuption, ses réunions. 

Ce n'est pas, sans émotion, croj^ez-le, que je vois 
l'Institut abandonner ces locaux qui furent témoins de 
plus d'une vicissitude sans doute, mais où il connut aussi 
maints jours heureux. 

N'est ce pas « au Palais » que les fondateurs de notre 
Société cherchèrent assez naturellement à réunir les 
antiquités et œuvres d'art qui affluèrent bientôt au sein 
de la Société naissante ? 

En dépit de circonstances parfois pénibles et d'alterna- 
tives diverses, n'est-ce pas dans ces mêmes locaux que 
l'Institut a prospéré et a successivement rassemblé ces 
riches collections qu'on lui envie aujourd'hui ? 

Mais, comme l'a justement fait remarquer l'un de mes 



— II — 

prédécesseurs, l'intérêt scientifique ordonnait de clierclier 
des locaux plus vastes, mieux appropriés à l'extension 
sans cesse croissante de noti-e Musée ; grâce à la géné- 
reuse intervention de la ville de Liège, notre rêve à tous 
se réalisera bientôt : c'est à la Maison Curtius que nous 
irons élire domicile ! 

Rien n'a été négligé, en effet, pour que les derniers 
travaux de réfection et d'appropi-iation intérieure de 
l'ancien « Mont de Piété » soient menés avec célérité ; 
tandis que, dans le bâtiment même, on reconsolidait murs 
et fenêtres, on y installait en même temps une chaufferie. 
Dans la cour, les vilains bâtiments modernes ont fait place 
à une nouvelle galerie à arcades qui est venue remplacer 
celle que des mains profanes avaient défigurée. Vers le 
quai de Maestriclit enfin, la logette surmontant la grande 
porte d'entrée a été complètement réfectionnée. 

L'année 1908 aura, somme toute, marqué la restaura- 
tion définitive de la Maison Curtius, car les derniers 
travaux en cours affectent plus spécialement la menui- 
serie intérieure et l'appropriation finale des diverses 
salles. 

Je crois être votre interprète, Messieurs, en adressant 
de vifs remerciements à la Commission administrative 
chargée de ces importants travaux et, en particulier, à 
son inlassable secrétaire, M. De Puydt, ainsi qu'à notre 
autre collègue, M. l'architeete Lousbeig ; tous deux, au 
cours de ces dernières années, se sont largement dévoués 
pour mener à bonne fin la mission qui leur a été 
confiée. 

J'exprimerai d'autre part notre vive gratitude à la 
Ville de Liège ; depuis plusieurs années elle a alloué des 
crédits importants à la restauration delà Maison Curtius, 
dont elle aura le mérite d'avoir fait un des plus beaux et 
des i)lus intéressants locaux de ^lusée (pi'on puisse 
trouver. Elle a tenu, tout récemment encore, à nous 
subsidier non moins généreusement afin de nous per- 



— III 



mettie de nous procurer des vitrines dig-ues de recevoir 
nos collections archéologiques ! 



* 



Séances. — Pendant l'année qui vient de s'écouler, 
l'Institut a tenu ses dix séances ordinaires statutaires; au 
cours de neuf d'entre elles, nous avons eu une confé- 
rence : 

Le 2G janvier de M. Max Loliest sur a Liège antéliisto- 
rique->^; le 29 mars de M. J. Brassinne sur « Le tombeau 
du Cardinal Gérard de Groesbeeck , prince-évêque de 
Liège )),- le 24 avril de M. G. Gliilain, intitulée : « Cause- 
rie sur les éolithes « ; le 29 mai de M. F. Magiiette : 
« Hommes et choses de la Révolution liégeoise. Un peu 
d'inédit » ; le 26 juin de M. Jos. Demarteau sur « Une 
architecte liégeoise au XVII« siècle » ; le 3i juillet de 
M. J.-E. Demarteau : « Explication du sujet représenté 
sur le uase de Jupille «; le 27 octobre de M. Th. Gobert 
sur a La Houille; première utilisation ; première exploi- 
tation industrielle:!^; le 29 novembre de M. G. Ruhl : 
« Parallèle entre Liège en- lyoo et Liège de nos jours » ; 
enfin le 27 décembre, M. Eug. Polain nous a dit 
« Quelques mots à propos de la fête de Noël ». 

Celte simple énumération suffit pour mettre en i-elief le 
vif intérêt que présentaient ces causeries que vous êtes 
venus applaudir en grand nombre. 






Conférences publiques. — L'Institut a inauguré, l'an 
dernier, une série de causeries publiques sur l'archéologie 
et l'histoire liégeoises ; je me bornerai à vous rappeler le 
succès inespéré qu'ont obtenu ces conférences : dès le 
début, ces causeries attirèrent chaque fois dans notre 
grande salle dite du moyen âge près de deux cents audi- 
teurs tant de la ville que de la province. 



— IV 

Cette innovation, heureuse à plus d'un titre, n'a pas 
manqué de mettre puissamment en relief toute l'activité 
scientifique de notre Société et d'étendre sa sphère 
d'influence. 

Soyons reconnaissants à notre vaillante Commission 
des conférences et à son dévoué président, M. FI. Pholien, 
de l'œuvre si utile qu'ils ont accomplie. 

* * 

Congrès. — L'Institut a participé l'an dernier au 
Congrès que la Société française d'archéoh)gie a orga- 
nisé à Caen (Calvados) ; notre sympathique collègue 
M. de Buggenoms a bien voulu y représenter notre 
Société ; nous avons, d'autre part, délégué notre secré- 
taire-adjoint, M. F. Vercheval, au Congiès de Chambéry, 
organisé par la Société préhistorique de France. 

Je rappellerai ici aussi ces fêtes comméinoratiues du 
neuvième centenaire de la mort de Xolger qui furent 
célébrées en notre ville le 12 juillet dernier. 

Unies dans une môme pensée de reconnaissance et d'ad- 
miration pour ce grand homme, à qui Liège doit somme 
toute d'avoir laissé une trace glorieuse dans l'histoire, nos 
deux Sociétés archéologiques locales, l'Institut et la 
Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, songèrent 
à perpétuer pai' une cérémonie publique cet anniversaire. 

A l'issue d'une grand'messe suivie du Te Deum, qui fut 
chantée à la cathédi-ale Saint -Paul, M. le professeur 
Godefroid Kurth, eu la salle académique de l'Université, 
retraça la magnifique carrière de Notger devant une 
assistance de choix. 

Sans doute, on eut désiré que la po[)ulation liégeoise 
tout entière eût été mise à même de témoigner à Notger 
sa gratitude ; il n'a pas dépendu du Comité organisateur 
que la fête n'eut ce caractère. Mais telle qu'elle s'est 
déroulée, d'abord sous les voûtes de l'antique Cathé- 
drale, puis dans l'enceinte de la salle académique décorée 



— V — 

des bannières de nos anciens métiers, devant l'élite intel- 
lectuelle do la ville, elle n'en a pas moins constitué une 
manifestation émotionnante de patriotisme et de recon- 
naissance 

* 
* * 

Piibllcalions. — Malgré les charges financières qui eu 
résultent, l'instittit a tenu à poursuivre sans relâche ses 
publications, parmi lesquelles je signalerai tout spécia- 
lement la Chronique archéologique qui est entrée aujour- 
d'hui dans sa quatrième année d'existence. 

Le bienveillant accueil qu'on ne cesse de prodiguer à 
notre petit organe mensuel démontre combien sa création 
s'imposait ; non seulement, il nous permet de tenir nos 
membres régulièrement au courant des questions d'actua- 
lité ; il fournit encore à maint d'entre nous l'occasion de 
consacrer de petites notices à des sujets souvent jugés 
trop peu importants pour figurer utilement dans notre 
Bulletin. Grâce à notre Chronique enfin, nous avons pu 
réaliser un projet depuis longtemps à l'étude chez nous, la 
mise en lumière, sous forme d'inventaire, des monuments 
les plus intéressants de notre vieux pays de Liège. 

Les douze notices d'inventaire qui ont paru en 1908 
constituent autant de petites monographies dont on ne 
saurait contester la haute utilité. 

Quant au tome XXXVIIT de notre Bulletin, dont le 
dernier fascicule paraîtra prochainement, il fait digne- 
ment suite aux volumes qui l'ont précédé. 

Je me bornerai à donner ici la liste des mémoires ou 
notices parus ou imprimés à ce jour : 

Baron J. de Chestrbt de Haneffe, La terre franche de 
Haneffe et ses dépendances (Donceel, Ster). 

Gustave Ghilaix, .4 propos des éolithes. 

Jos. Demarteau, L'Eglise des Bénédictines de Liège. 
Son architecte Dame Aldegonde Desnioulins, poète wallon 



— VI 

et miniaturiste (16^0 - 1692) et son sculpteur Arnold 
du Honthoir. 

Th. GoBERT, La famille des peintres Coclers. Rensei- 
gnements inédits. 

Telle est déjà, avec les Rapports du Secrétaire et du 
Trésorier, la matière du i'"'" fascicule qui forme une forte 
livraison de XXXII et 207 pages avec une carte hors 
texte, 3 vignettes et 2 planches hors texte, l'une en photo- 
collographie, l'autre en hélioteinte. 

Quant au second fascicule, dont l'impression s'achève 
en ce moment, il renferme notamment un intéressant 
travail de M. F. Magnette, intitulé : Documents inédits 
sur Vhistoire de Liige à la fin du AT'///' siècle (lygS-iSoij, 
une notice de M. Albin Body sur les couteaux de Spa, nn 
mémoire étendu de M. J. Pety de Thozée, sur Le Poète 
liégeois Henri de Iï'a/e/"(i66i-i734), d'intéressantes notes 
de M. le 1)'" Tihon sur des Documents concernant les 
La Marck et Vévêque Jean de Homes, etc 

Selon toutes prévisions, cette livraison formera à sou 
tour un ensemble d'environ 200 pages avec vignettes, 
planches hors texte, etc. 

* 

Excursions. — En matière d'excursions, je regrette de 
devoir constater que, par suite de circonstances majeures, 
il n'a pu être organisé l'an dernier qu'une seule excursion, 
alors que le programme primitivement élaboré en pré- 
voyait au moins quatre. 

La visite faite le 20 août dernier au château de Fontaine, 
ne manquait certes ])as d'intérêt, mais elle aurait gagné 
en attrait si elle avait pu être fixée à une époque plus 
favorable de l'année 

Je veux croire que noti-e Commission des excursions, 
qui s'était montrée si active en 1907, aui-a à cœur de nous 
donner une ample compensation en 1909 ! 



— VII — 



Fouilles. — Le Rapport détaillé qui nous a été présenté 
et qui paraîtra dans le second fascicule du tome XXXVIII 
du Bnllelin nous a déjà donné le bilan de nos fouilles et de 
nos recherches del'an dernier. Au pointde vue matériel, les 
résultats obtenus sont presque nuls ; à part une remar- 
quable buire en bronze de l'époque belgo-romaine avec 
anse historiée, nous n'avons pu faire entrer dans nos 
collections aucun objet de vitrine 

Au point de vue scientifique, par contre, nos fouilles ne 
sont pas restées infructueuses ; c'est ainsi, notamment, 
qu'elles sont venues confirmer définitivement la vacuité 
des tumuli belgo-romaius du Condroz 

Au nom de tous, je remercierai notre tout dévoué 
collègue, M. Firmin Hénaux, qui, avec ce zèle et cette 
constance dont il nous a déjà donné tant de preuves, a 
bien voulu continuer à se charger de l'organisation et de 
la direction de nos fouilles. 

Puissent cette année ses efforts être couronnés d'un 
plein succès et lui valoir l'honneur d'une nouvelle décou- 
verte aussi importante que celle qu'il fit il y a deux ans, 
à Korsu ! 

Musée. — Malgré le résultat négatif de nos fouilles, nos 
collections ont néanmoins pu s'accroître dans de notables 
X^roportions. 

De nombreux dons et dépôts sont venus successivement 
enrichir notre Musée, comme en témoigne surabondam- 
ment le relevé ci-joint dressé par notre toujours vaillant 
conservateur, M. le D"" J. Alexandre. 

DOXS 

Epoque préhistorique et protohiatoriqiie. 

Hache incomplète en pierre noire, fortement ébréchée, trouvée à 
Freeren ; partie dune hache eu pierre noirâtre, découverte à Paifve ; 



VIII 



débris d'un outil en grès de même provenance ; tranchant d'une 
hache i)olie eu grès, découvert à ^^'ihogne. 

Don de M. Léoi)old Debrassinne. 

Série de silex néolithiques trouvés sur le territoire de la commune 
de Jeneffe en Hesbaye : nucléus, lames, grattoirs et éclats de 
dégagements (industrie dite des fonds de cabanes). 

Don de M. Auguste Rose, jn-opriétaire à Jeneffe. 

Fragments de clayonnage en terre brûlée rouge ou noire) avec 
emjjreintes de branchages disparus, tessons de poteries grossières, 
dont un avec bord orné, etc. 

Ces pièces ])rouvent l'existence sur le territoire de Latinne, d'une 

habitation protohistorique, peut-être de l'âge da bronze comme 

celle de Lens-Saint-Servais. 

Dépôt de M Davin-Rigot. 

lo silex paléolithiques du type chelléeu et acheuléen provenant 
de la Charente inférieure (environs de Saintes). 

Don de M. J. Ilamal-Xandrin. 

Série d'objets néolithiques en silex provenant de fouilles i)rati- 
quées à Zonhoven (Campine limbourgeoiseï 

Don de MM. .T. Servais et J. liamal Nandrin. 

E]io(jues belgo-romalnc et frniKjiie. 

3 petits bronzes romains (Crispus et Licinius) trouvés à Liège, 
vers i865, dans les terrains des Frères Célites, rue Volière, à Liège. 

Don de M. le Dr Alexandre. 

3 i)oteries en terre rouge vernissée trouvées à Verviers, en creu- 
sant les fondations du Grand Bazar. 

Don de M. N. Capelle. 

Ornement en bronze (romain?) trouvé à Latinne. 

Don de M. Davin-Rigot. 

Fragment de fibule en bronze provenant des Avilis. . 

Don de M. Firmin Hénaux. 

4 monnaies romaines trouvées dans le Condroz. 

Don de ^L Firmin îlénaux. 
Disque on verre coulé et pieu en fer provenant du « camp 

romain » d'Eelen. 

Don de :\L M. De Puydt. 

Grande buire en bronze avec anse liistoriéc représentant Apollon 
debout, entouré de divers attributs. 

Fnvoi de la Commission des fouilles. 



— IX — 

Série d'antiquités frauqiies (ornements en bronze, perles en pâte 
vitreuse, etc.), provenant dos environs de Ton{;res. 

Don de la famille de feu M. le i*^'" président II Scliuermans. 

Série d'objets provenant du cimetière franc découvert à Hollogne- 

aux-Pierres : boucle de ceinturon en bronze gravé et argenté ; pince 

épilatoire; poteries et tessons de poteries; haclie eu fer, scrama- 

saxe, etc. 

Dépôt de MM. A. Liégeois et L. Lambinon. 

Moyen âge et temps modernes. 

Moule en terre cuite trouvé en creusant des fondations place 

Saint-Paul. 

Don de M. l'architecte Thuillier. 

Remarquables volets avec ferrures, époque de la Renaissance, 
provenant de l'ancienne propriété Rutli, rue Surlet, à Liège. 

Don de M. Paul Combien. 

Instrument en os, destiné à écorcer les chênes. 

Don de M. L. Docciuière de Rausa. 
Matrice en fer (?) avec empreinte représentant Marie-Thérèse. 

Don de M. .T. Pirlet. 

Divers. 

Photographie représentant le coin de la rue Maillard, à Liège, 

avant la construction du Grand Bazar. 

Don de M. N. Capelle. 

Photographies prises aux cours des travaux de démolition d'une 

vieille maison située au coin de la rue Capitaine et du quai des 

Pécheurs. 

Brique d'âtre provenant de cette maison. 

Don de M. F. Sacré. 

Photographie dun meuble Louis XV ayant appartenu autrefois à 

la famille Joris d'Ayeneux, aujourd'hui propriété de M. Emile 

Ghilain, à Spa. 

Don de M. Gustave Ghilain. 

ACHATS. 

Trois taques de foyer (xvie siècle). 

Pistolet liégeois ^xviiie siècle). 

Florin d'or de Jean de Bavière (i38()-i4i8). 

Au nom de l'Institut, j'adresse à tons ces donateurs ou 
déposants l'expression de sa sincère et vive gratitude. 



Bibliothèque. — De son côlé, notre bibliothèque s'est 
accrue, dans le courant de l'exercice écoulé, de nom- 
breuses publications scientifiques ; en voici la longue liste 
dressée par notre zélé bibliothécaire, M. Em Fairon. 

Dons d'auteur. 

FraiponI', J. — Les sciences anthropologiques (Extrait du Mouve- 
ment scientifique en Belgique., iSSo-iqoj).— i br. iii-4°, 1908. 

Dii PuYDT, M. — I. Huche acheuléenne cl'Argenteau. — II. Huche- 
marteau de Genck. — III. Pièces ornementules ou syn}lwliques. — 
IV. .4 propos d'unprétenclu bâton de commandement 

Emplacements d'habitations préhistoriques en Hesbaye (Extrait du 
Bulletin de la Société d'anthropologie de Bruxelles). — 2 br. in-8', 1908. 

POXCELET, Ed. — Le drapeau des Volontaires du Hainaut en i~go. 
(Extrait du Bulletin de la Société des Bibliophiles belges). — i br. iii-S», 
1908. 

I)K M0RE.\u, E. et GOETSTOUWERS, J.-B. -Le polyptique de l'abbaye 
(le F«7/er5 (Extrait des Analectes). — i br. iu-S", Louvain, 1908. 

HaUST, g. — Etymologies wallonnes (Extrait des Mélanges Gode- 
froid Kurlh). — I br. in-8". 

HaN'US, g. — Histoire populaire des libertés liégeoises depuis le 
IX' siècle jusqu'à la paix de Fexhe. — Verviers, Degey, 1908. — 

1 vol. in-8c, 

Fairox, Em. — L'abolition des guerres privées au pays de Liège 
(Extrait des Mélanges Godcfroid Kurlh). — i br. in-8", Liéj;e, Vail- 
iant-Carnianne, 1908. 

MaGXETTE, F. — L^es émigrés français aux Pny.^ Bas ( !-8ijl-<)^) . 
Bruxelles, Lamertin, 1907. — i vol. in-S". 

MagnETTE, F. — Un Jeune artiste liégeois à Rome en 1-S--1-SS. 
(Extrait de Wallonia, année 1907, n°^ 11-12K 

Dons divers. 

Herten, I). — Couliunes de la Seigneurie de Saint-Banon lez-Gand. 
— I vol. in-4\ Bruxelles, 1907. 

GU-r,IODlS Vax Severen. — Coutumes d'Yjjres. Tomes I et II — 

2 vol. in-4". Bruxelles, 1908. 



, — XI 

Procès-uerhinix des séances de la Commission royale pour la inibli- 
cation des anciennes lois et ordonnances de la Belgique. — Tome VIII, 
fasc. I, 2, 3 et 4- 

Liste c/ironolo<>iijnc <lcs édits et ordonnances des Pays Bas. Règne 
d'Albert et Isabelle (l'i^S i()2i). — i br. iii S', Bruxelles, 1908. 

Exposé de la silnation adininistrativi; de la province de Liège, i()o8. 

Publications extraordinaires des Sociétés. 

NIVELLES. — Manifestation du dintanclie -jf) septembre iQO~ en 
l'honneur dn docteur F. Le Bon et de l'abbé M. Renard. — i br. in-8", 
1908. 

LIÈGE. — Wallonia. ~ Table des uolnmes XI à XV. 

LIÈGE. — Société de littérature loallonne. — Fêtes du cinquantenaire 
Compte-rendu. — i br. iii-8", Liège, 1908 

AMIENS. — Maugis, Ed.— Documents inédits concernant la ville et 
le siège du bailliage d'Amiens extraits des registres du parlement de 
Paris et du Trésor des chartes (Tome XVII des mémoires in 4")- 

TOULOUSE. — Vkrgnes, Alex. — La condition internationale de la 
Papauté. Tiièse de doctorat. Toulouse. Privât, lyoB. - i vol. iii-8>'. 

Verxhics, .Tulieu. — Le nantissement des fonds de Commerce. Thèse 
pour le doctorat Toulouse, imprimerie ouvrière, 190G. — i vol. iii-S". 

Vernier DE Byans, g. — Condition juridique et politique des indi- 
gènes dans les j)ossessions coloniales . Paris, Leclerc. 1905. — i vol.- 
lu 80. 

Vai-, Fr. — De l'emploi de l'action possessoire à l'occasion des dépen- 
dances du domaine public. 'YXièsQ pour le doctorat. Toulouse, 1907. 
— I vol. iu-8". 

TlMBAIi LagrAVE, m. — De la donation des biens à venir ou de Vinsti- 
tution contractuelle. Thèse pour le doctorat. Toulouse, Rivière, 
1907. — I vol. iu-8'J. 

DUSSELDORE. -Mosi.ER, Hans.— Die Einfiihrung der Rheinschif- 
fahrtsoktroi-Konvention am deutschen Xiederrhein, i8o3-i8o7 Dûssel- 
dorf, 1908. — I br. in-8'\ 

METZ. — Académie de Met;. — Table générale des mémoires de i8ig 
à igo3, rédif^ée par E. Fi.eur, Metz, 1908. — i vol. iu-80. 

CA?*IBRÏDGE. - Stokks, II. P. - Outside the Trumpington gales 
before Peterhouse was founded. Publication n« 44i 1908. — i br. 111-8». 

Gray, Art.— The dual origin of the town Cambridge. Publication 
in-4°, n" I, 1908. — I br. 111-4°. 



— XII — 

Catalogue of Ihe first exhibilion of portraits in tlie Cambridge 
antiqnarian Society. Collection to iS^o, 1908. — i br. iu-8;>. 

BUDAPEST. — JozsEF, H. — Ujabb Tanulmunyok a honfoglabusi 
kor. emilékeirul. Budapest, njo". 

GRATZ. — Festschrift anliïssig des 60'" Regierungsjubilûnms v. K. 
S. M. Gratz, 1908. — i br. iii-8'\ 

LEEUWARDEN. — Reimers. Ileiurich. — Friesische Paj)slnrknnden 
ans dem Vatikanischen Avchio zn Rom. Leeuwardeii, 1908. — 1 vol. 
in-4°- 

LUXEMBOURG. - Blum, Martin. — Bibliographie luxembour- 
geoise, fasc. 5 et G. 

STOCKHOLM. — Ekhoff, Eiail — Furnvannen. Meddelamleii fr. 
Kongl. Vitterhets historié och Antiquitels, 1907. — i vol. lu 4"- 

CHICAGO. — The academy of sciences. Ils past history and 
présent collections. — i br. in-S". (Spécial publication, 11° i>). 

WASHINGTON. — Stefanssox, G.— Iceland. Its history and inha- 
bitants. (Smithsonian publication, 11" i~oii). — 1 vol. iii-80. 

GUENOT, L. — Heredity. iSm. public. 11° 17G0'). — i vol. iii-8". 

Obermaier, h. — Quaterny human remains in Central Europe. 
(Sm. pul^lic, n" 17O3). — i vol. iii-8». 

Pj-of. Zaborowski. — The origln of the Slavs (Sm. public u° I7()4). 

— I vol. iii-80. 

Frederici, Georg. — Scalping in America {Sm. public, 110 1765). — 
I vol. in 8». 

Abonnements. 

Revue de l'Art chrétien, 5' série, t. 1\', liv. i à 6. 
L'ancien pays de Looz, ii"" année, n"^ 1 à 12. 

Échanges. 

?; 1. — BEF.GIQUE. 

Anvers — A.NVERS. — Académie d'archéologie de Belgique. — 
Bulletin, 1908. 

Brabant. — Bku.\eij.es. — Académie royale des sciences de Bel- 
gique. — Annuaij'o. 1908. — Bulletin de la classe des lettres et des 
sciences morales cl politiques et de la classe des beau.\-arts, 1908, 

— n"s I à 12. 



XIII 

BruXEIXES. — Compte-rendu des séances de la Commission royale 
d'histoire. Bulletin, n» 4 ; t. LXXVII (1908), fasc. i à G. 

Id. — Biographie nationale. 

Id. — Bulletin de In Société d anthropologie, t. XXV. 

II). — Bulletin des Commissions royales d'art et d'archéologie, 
46e année. 

Id. — Annales de la Société d'archéologie, t. XXII. 

Id. — Annuaire de la Société d'archéologie, 1907. 

Id. — Revue belge de numismatique, 04" année (1908), n»* i à 4- 

Id. — Bulletin de la Société royale belge de géographie, t. XXXII. 

Id. — Analecta Bollandiana, t. XXVII (T908), n°* i à 4- 

LOUVAIX. — Annuaire de l'Université catholique (1908). 

Id. — Analectes pour servir à iJiistoire ecclésiastique de la Belgique, 
t. XXXIV. 

XlVEI.liES. — Annales de la Société archéologique de l'arrondisse- 
ment de Nivelles, t. IX, ire livr. 

Flandre orientale. — Gand. — Société d'histoire et d'archéologie 
de Gand. ' — Annales, t. VIII, fasc. 3. — Bulletin, iG"^ année, n'^ ^o 
et 44 — Inventaire archéologique de Gand. 

Saixt-XicolaS. — Annales du Cercle archéologique du Pays de 
Waes, t. XXVI. 

Hainaut. — Moxs. — Annales du Cercle archéologique. 

Id — • Mémoires et publications de la Société des sciences, des arts et 
des lettres du Hainaut, 6" série, t. IX. 

CharlEROI. — Société paléontologique et archéologique — Docu- 
ments et rapports, t. XXIX. 

Exghiex. — Annales du Cercle archéologique, t. VI, 4^ fasc. 

TOURXAI. — Bulletin de la Société liistorique et littéraire, n'^ série, 
t. XI ; Annales. 

Liège. — Liège. — Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège. 
— Bulletin, t. XVI et XVII. — Leodium, 7" année, no^ i à 12. 

Liège. — Société des Bibliophiles liégeois, t. VIII, fasc. i. 

Id. - Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne , t. L. — 
Annuaire (1908). — Bulletin du dictionnaire général de la langue 
wallonne, 3e année. 

Id. — Wallonia, iG' année, n"s i à 12. 

HUY. — Cercle hutois des sciences et beau.\-art.^, t. XV, livr. 4 '» 
t. XVI, livr. I. 



— XIV — 

Verviers. — Société verviétoise d'archéologie et d'histoire Bulletin, 
t- X. — Chronirjue de la Société, année T908. 

Limbourg. — Hasselt. — Société chorale et littéraire des Mélo- 
philes. — Bulletin de lu section scientifique et littéraire. 

Toxgres. — Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Lim- 
bourg. t. XXV. 

Luxembourg. — Ari,OX. — Institut archéologique du Luxembourg-. 
Annales, t. XLII (11^07). 

Namur. — XamUR. — Annales de la Société archéologique, t. XXVII, 
fasc. 1 et 2. 

MaredsoUS. — Revue bénédictine de Maredsous, t. XXV, fasc. i à 4- 

§ 2. — FRAXCf:. 

Abbevim-e. — Société d'Emulation. — Bulletin, année 1908. Mé- 
moires in-8°, t. XXII. 

AlX. — I. Annales de la faculté de droit, t. II, ii^^ i et 2. 

2. Annales de la faculté des lettres, t. II, n°^ i et 2. 

Amiens. — Société des Antiquaires de Picardie. — Bulletin, année 
1907. — Mémoires in-4", t. XVII. 

Arras. — Commission départementale des monuments Jiistoriques 
du Pas-de-Calais. — Bulletin, t. IV.— Mémoires, 2^ série, t. XXXVIII. 

Auxerrk. — Bulletin de la Société des sciences historiques et natu- 
relle de l'Yonne, u"s Go et Gi. 

AvESXES. — Mémoires de la Société archéologique de l'arrondisse- 
ment d'Avesnes. 

BonuEAix.— Société archéologique, t. XXVI (table (les 2") premiers 
volumes), t. XXVIII. 

Bourges. — Société historique, littéraire, artistique et scientifique 
du Cher. 

Chai.ox SUR-Saôxe. — Mémoires de la Société d'archéologie de 
Chalon-sur-Saône, 2* série, t. II, fasc. 2. Mémoires in-4". t. VllI. 

DUNKERQUE. — Société dunkerquoise pour l'encouragement des 
sciences, des lettres et des arts, t. Xf.\'. 

Lyon. — Annales de la Société d'agriculture, sciences et industrie. 
année 1907. 

Marseille. — Réjiertoire des tranau.y de la Société de statistitpte, 
t. XLVI, fasc. 2, 1905. — Bulletin de la Société archéologique de 
Provence, fasc. 6, 190G. 



— XV — 

MoNTAUIîAN. — Bulletin archéologique et historique de lu Société 
archéologique (le Tnrn et-Gnronne, t. XXXV. 

Nancy. — Mémoires de la Société d'archéologie lorraine et du 
Musée historique lorrain, t. LVII. 

II). — Mémoires de l'Académie de Stanislas. Ge série, t. V. 

Orléans. — Société archéologique et historique de l'Orléanais. — 
Bulletin, fasc. i88, 189, 190, igr. — Mémoires, t. XXXI et XXXII. 

Paris. — Congrès archéologiques de France, session de Caen. 

Id. — Société de l'histoire de France. — Annuaire, igoG. 

Reims. — Almanach-annuaire des départements de la Marne, de 
l'Aisne et des Ardennes. Année 1907. 

ROCHECHOUARD. — Bulletin de la Société des Amis des sciences et 
des arts. t. XVI, fasc. 2. 

Saint-Dik. — Société philomatique vosgienne. — Bulletin, t. XXXIII. 

S.VINT-Omer. — Société des Antiquaires de la Morinie. — Bulletin 
historique, fasc. 228 à 22G. — Mémoires, t. XXVIII. 

Toulouse. — Société archéologique du Midi de la France. — Bul- 
letin, nouvelle série, no 87. 

Id. — Université. — Bulletin, nouvelle série, no i. — Rapport 
annuel, 19071908. — Annuaire, 1907. 

Id. — Revue des Pyrénées. Année 1908, 2^ livr. 

ALLEMAGNE. 

Aix-la-Chapelle. — Zeitschrift des Aachener Geschichtsvereins, 
t. XXIX. 

Berlin. — Zeitschrift fur Ethnologie, t. XL. 

Bonn. — Jahrbiicher des Vereins von Alterthumsfreunden im 
Rheinlande, n° 1172. 

Dresde. — Xeues Archiv fiir Sachsische Geschichte und Alterthums- 
kunde, t. XXIX. 

Id. — Jahresbericht des Kôniglich Siichs. Alterthums- Vereins . 

DiisSEl.DORF. — Diisseldor/er Geschichtsoerein. — Beitrage zur 
Geschichte des Niedrrrheins, t. XX et XXI. 

Hanovre. —Zeitschrift des historischen Vereins fi'ir Niedersachsen, 
année 1908. 

Heidelberg. — Historisch-philosophischer Verein zu Heidelberg. 
— Neue Heidelberger Jahrbiicher, t. XV. 

IÉNA. — Zeitschrift des Vereins fiir Thtiringsche Geschichte und 
Aller thumskunde, t. XXVII. 



— XVI — 

KlEli. — Mittheilungen des Antrnpologischcn Vereins in Schleswig'- 
Holstein, t. XVIII. 

Id. — Zeitschvift der Gesellscliaft fiir Schleswig-Holsteinische 
Geschichle, t. XXXVIII (1907). 

KoNiGSBERG. — Schrifieii der pliysikalisch-ùkonomischen Gesell- 
scliaft, 48e année (1907). 

LiNDAU. — Schriften des Vereins fiir Geschichle des Bodensees iind 
seiner Umgebung, t. XXXVI. 

LuNEBOURG. — Liinebiirger Museumsblitller, n° 5. 

Metz. — Gesellscliaft fiir lothringische Geschichle iind Alterthiims- 
knnde, t. XIX. — Mémoires de l'Académie de Metz, igoj-igoG. 

MiiNICH. — Oberbayerisches Archiu fiir oaterlundische Geschichle. 
Monatschrift, t. LU. — 2^ fasc. (1906). — Allbayerische Monatschrift, 
t VI, fasc. 4 à 6 ; t. VII, fasc. 1 et 2. 

Nuremberg. — Anzeiger des Germanischen Xationalnmsenms (1907). 

Oldenburg. — Bericht iiber die TiiUgkeit des Oldenbiirger Vereins 
fiir Aller tiimskunde und Landesgeschichte, t. XVI. 

Posen. — Zeilschrift der historischen Gesellscliaft fiir die Pronim 
Posen, t. XXII. 

Id. — Historische MonatsbUitter fiir die Provinz Posen, année 1908. 

Id. — Rocznicki Towarzyslewa. 

R.M'ISBONNE. — Verhandlnngen des Jiistorischen Vereins non Ober- 
pfalz und Regensburg, t. LIX. 

SchWERIN. — Jahrbiicher und Jahresberichte des Vereins fiir 
Mecklembiirgische nnd AUerthumskunde, t. LXXIII. 

Table des volumes 5i à Oo. 

Stettin. — Baltische Studien, 2e série, t. XII. 

Str.vSBOURG. — Bulletin ds la Société jiour la conseroation des monu- 
ments historiques d'Alsace, t. XXII, livr. i et 2. 

II). — Jahrbnch fiir Geschichle, Sprache und Littcratur Elsass- 
Lothringens, t. XXIV (1907). 

Stuttgart. — Wiirtmibergische Vierteljahrshefte fiir Landes- 
geschichte. 

Trêves. — Jahresberichte der Gesellscliaft fiir Forschnngen, t. VI. 

II). — Rômisch Germanisches Korrespondcnzblatt herausgiigeben 
von K. Krueger, !"■ année (1908), n^s i à G. 

UliM. — Oberschwaben-Vercin fur Kuust und Alterlhuin. — Mitthei- 
lungen. 

WerNIGERODE. — Zeilschrift des Jlarz- Vereins, t. XLI. 



à 



— XV 11 — 
ANGLETERRE. 

Cambridge. — Antiquariun Society. Proceediugs, n"» 4; ii^ ^i- — List 
of the meinbei's with the laws, a list ol" tlie publications (1908). — 
Publications, no 44- 

AUTRICHE-HONGRIE . 

Budapest. — Archœlogiai érteaitu (indicateur archéologique) a 
M. Tud. Akadémia arcJi. bizsttsùganùk es as Orsz régészUi Semb. 
lârsntatnak kôzlônye szerkeszti HempelJôzseph. Budapest. Kiadja a 
magyar Tiidomunyos Akadémia, t. XXVIII. — Rajjporls, année 1907. 

Gratz. — Vzisnick Hwatshogga, t. IX. 

Id. — Sleirische Zeitsclirift fiir Gescliiclite, (')« année. — Beitrage, 
t. XXX VI. 

Prague. — Verein fiir die Geschichte der Deutschen in Bohmen. 
Mittheilaugen, t. XLVI. 

Vienne. — Miitheiliingen der Antropologischen Gesellscliaft, 
t. XXXVIII. 

Id. — Mitteiliingen der pràhistorischen Kotnmission der K. Académie 
der Wissenschaften, volume II, fasc. i, 1908. 

DANEMARK. 

Copenhague. — Mémoires de la Société royale des antiquaires du 
Nord. — Nouvelle série, année 1907. 

Id. — Tillaeg til Aarborger, 1906 et 1907. 

SUÈDE ET NORVÈGE. 

Stockholm. — Kongl. Vitterhets Historié och Antiqvitets Akade- 
miens Manadsblad. — Antiqvarisk Tidskrift for Sverige. 

Upsala. — Skrifter ntgifna a f kongl. humanistika Vetenskaps. 

PAYS-BAS. 

La Haye.— Maandblad van het genealogisch-heraldiek Genootschap 
« De Nederlandsche Leeuw ». Année 1908. 

Leeuwarden. — Friesch Genootschap van Geschiedenis, Omlheid- 
en Taalkunde. — Verslag der Handelingen, fasc. 79. 

Id. — Id. — De vrije Pries, n° 20. 

LeyDE. — Maatschappij der Nederlansche lelterkunde. — Hande- 
lingen en Mededeelingen, 1907-1908. — Leuensbericht der afgestorven 
medeleden, 1907-1908. 



XVIII 



Id. — Oiidheldkiimlige mededeelingen van het Ryksmuseum van 
Oudheden te Leiden, ii»s i et 2. Verslag, 190(3. 

Maestricht. — Publications de la Société historique et archéolo- 
gique dans le duché de Limbourg. 

Utreciit. — Werken uilgegeven door het historisch Genootschap. — 
Annales. 

Id. — Id. — Bijdragen- Mededeelingen. 

GRA.ND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG. 

Luxembourg. — Institut grand-ducal, section historique, t. LV. 
Id. — Ons Hémecht, Organ des Vereins fiir Luxemburger Ge- 
schichte, Litteratur und Kunst, année 1908. 

ESPAGNE. 

BARCEIiONE. — Revista de la Associacion artistico arqueologica 
Barcelonesa, fasc. 55, 5G. 

Madrid. — Revista de archivas, bibliotheeas y mnseos, organo 
oficial del cuerpo facultativo del ramo, 12^ année (1908). 

PORTUGAL. 

Lisbonne. — O archeologo portugués ; coUcc^ao illustrada de ma- 
teriaes e noticias publicada pelo Museu ethnogvnphico portugués, 
t. XII, t. XIII, nos I à G. 

PORTUGALIA. — Materiaes para studo do povo portuguez, t. II, 
fasc. 2 et 3. 

ITALIE. 

Padoue. — Rivista di storia antica, t. XII. 

BRÉSIL. 

Rio de Janeiro. — Archivos de Museu nacional do Rio de Janeiro, 
t. XIII. 

RÉPUBLIQUE ARGENTINE. 

Montevideo. — Anales del museo national de Montevideo — Florea 
Uruguayu, t. III. 

ÉTATS-UNIS. 

Chicago, — Academy of sciences. Spécial publication, n° 2. 
Milwaukee. — Wisconsin naturnl Iiistory Society. — Bulletin, 
nonv. série, t. V, fasc. i à 4. — Public Muscum. — Rejiorf, 1907-1908. 



— XIX — 

Philadelphie. — Transactions of the free Muséum of science and 
art (Uniuersity Muséum of Pennsyluania)^ volume II. 

Toronto. — Pmceedings of the Canadian Institiite.— Transactions. 

AVasiiington. — Annual Rrport of the board of Régents of the 
Smithsonian Institution, 1907. 

Id. — Smithsonian Report, i)ublications spéciales, u»* 1756, i~Go, 
1763, 1764, 1765. 



L'année 1908 ne s'est pas écoulée d'autre part sans que 
l'Institut n'ait été appelé à s'occuper également de sauvei' 
de la destruction quelques souvenirs intéressant notre 
vieille cité ou l'arcliéologie du pays de Liège. 

C'est ainsi, notamment, que nous n'avons pas manqué 
de joindre nos vigoureuses protestations à celles de tous 
ceux qui se sont à juste titre émus de ce projet malencon- 
treux qui prévoit la démolition de la partie droite de notre 
vieille place du Marché. 

Le cri d'alarme qui a retenti ne doit pas rester sans 
écho et l'Institut saura faire son devoir jusqu'au bout 
pour éviter qu'on vienne mutiler sans rémission notre 
pittoresque place du Marché avec ses façades typiques et 
son gracieux dôme de Saint- André. Notre Cité n'a déjà été 
que trop dévastée au cours des âges ; après la JNIaison 
Porquiu, n'est-ce pas la belle maison de la rue de la Wache 
que nos démarches n'ont pas davantage pu préserver de 
la démolition ? 

Il nous appartient, plus que jamais, Messieurs, de 
veiller à ce que l'on conserve désormais les rares vestiges 
d'un glorieux passé, que nous possédions encore. 



Comme vous l'apprendrez tantôt par le Rapport détaillé 
de notre dévoué trésorier M. FI. Pholien, l'état de nos 
finances reste aussi précaire que les années précédentes. 



— XX — 

Il faut cependant reconnaître que les pouvoirs publics 
ne nous ont pas ménagé leur appui : c'est ainsi que la 
Ville de Liège a, depuis l'an dernier, triplé son subside 
annuel, en le portant de 5oo à i5oo francs ; de son côté, la 
Province, reconnaissant l'utilité de noire œuvre scienti- 
fique, a décidé de majorer de moitié son allocation 
annuelle. 

Malgré ces accroissements de recettes dus, d'une part à 
la générosité de la Ville et de la Province, d'autre part à 
l'augmentation du nombre de nos membres, notre bilnn 
provisoire au 3i décembre dernier accuse encore un excé- 
dent de dépenses d'environ 5oo francs. 

Si l'on ajoute enfin à ce mali le déficit réuni des 
4 dernières années, nous arrivons à un déficit total de 
près de 6000 francs. 

Il y a là, Messieurs, un trou béant qu'il est indisi)en- 
sable pour nous de chercher à combler dans le plus bref 
délai possible. 

Mais il me tarde de remercier en votre nom les pouvoirs 
publics : la Ville de Liège, la Province et Monsieur le 
Ministre des Sciences et des Arts d'avoir bien voulu nous 
continuer leur appui financier. 

Ne pourrons-nous pas espérer que le Gouvernement 
nous accordera, à son tour, la majoration de subside de 
200 francs que nous sommes en droit, d'escompter de lui, 
si nous comparons la somme qu'il nous alloue à celle dont 
jouissent certaines autres sociétés scientifiques du ])a3's ? 

Si, d'ici là, nous devons veiller nous-mêmes à assurer 
jîlus d'équilibre à nos budgets, ne pouvons-nous pas faire 
appel à la générosité de ttnis ceux qui s'intéressent à 
l'histoire ou à l'archéologie de notre ancien pays de 
Liège ? 

C'est, en d'autres termes, à accroître sans cesse le 
nombre de nos membres que doivent tendre nos efforts. 

Certes, en ces dernières années, nous avons vu le 
nombre de nos sociétaires monter graduellement ; de 



— XXI — 

221 membres que comptait l'Institut au i*"" janvier 1908, 
nous sommes passés eu douze mois, au chiffre de 241 ! 

Xous avous, eu effet, admis au cours de l'exercice 
écoulé, 2 nouveaux membres effectifs, 2 membres corres- 
pondants et 3i membres associés. — Par contre, nous 
avons vu sortir de nos rangs, soit par le fait de leur 
démission ou à la suite d'une radiation motivée par le 
non accomplissement de leurs obligations statutaires, 
8 membres associés ; la mort, enfin, nous a ravi i membre 
correspondant et 3 membres associés. 

Mais ce chiffre de 241 membres n'est pas encore suffi- 
sant et c'est à l'accroître que je vous convie tous de 
travailler avec ardeur. 

Je manquerais à mon devoir, Messieurs, si, avant de 
terminer mon Rapport, je ne rendais hommage à la 
mémoire de ceux de nos collègues que la mort à 
emportés. 

Le 28 avril 1908 est décédé en notre ville M. l'archi- 
tecte Emile Demauy, le plus ancien de nos membres 
associés. 

Son entrée à l'Institut remontait au 4 février 1876 ; il y 
avait donc plus de 82 ans qu'il était des nôtres ! 

Le défunt était un collègue affable et bienveillant dont 
nous saurons tous garder le souvenir. 

D'autre part, le 3 mai suivant, nous avons perdu 
M. C. Leroux, président honoraire de notre tribunal de 
i*"® instance. 

Magistrat intègre et homme de relations agréables, il 
jouissait d'une retraite bien méritée, lorsque la mort est 
venue le ravir aux siens et à notre Société dont il faisait 
partie depuis le 25 janvier 1908. 

Particulièrement douloureuse pour nous a été la dispa- 
rition de notre dévoué collègue Jean Charlier. Elu 
membre associé de notre Institut le 3o novembre i883, 
promu correspondant le 27 avril 1902, il ne cessa, pendant 
près d''un quart de siècle de s'intéresser aux travaux et à 



— XXII — 

la prospérité de notre Société, dont il suivit régulièrement 
les réunions. 

Collectionneur aussi consciencieux que compétent, il 
consacra presque toute son existence à rechercher et à 
rassembler des antiquités liégeoises, notamment des 
faïences et des verreries ; encore rêvait -il de les voir 
réunies un jour sous son nom au Musée Curtius ! 

La mort est venue impitoyablement frapper le 26 sep- 
tembre dernier ce collègue estimé avant qu'il ait pu voir 
réaliser ce projet qu'il caressait depuis longtemps et dont 
il fit ouvertement part à plusieurs d'entre nous. 

Le souvenir de Jean Charlier restera vivace parmi 
nous. 

Enfin, le 27 octobre dernier est décédé en notre ville 
M. Louis Hardy que nous avions élu membre associé le 
3i juillet igoS. Bien que tenu éloigné de nos réunions, il 
s'intéressait à nos travaux et parmi les souvenirs de 
famille qu'il conservait pieusement, il en est qui viendront 
un jour, d'après ses volontés, enrichir nos collections. 






Tels sont, Messieurs, les principaux faits qui, au cours 
de cette laborieuse année 1908, ont marqué la vie tant 
intellectuelle que matérielle de notre Société. 

Puisque celle-ci est à la veille d'entrer, cette fois défini- 
tivement, dans une phase nouvelle de son existence, 
permettez-moi de vous convier tous à célébrer dignement 
le premier août prochain l'inauguration de notre nouveau 
Musée archéologique à la Maison Curtius ! 

Cette cérémonie ({ui, depuis longtemps, est destinée à 
commémorer le cinquantenaire déjà un peu lointain de 
l'Institut, devra réunir, dans un même élan de confrater- 
nité, non seulement tous nos membres, mais encore tous 
les vrais Liégeois qui ont gardé au fond de leur cœur le 



— XXIII — 



culte de ce qui se rattache à l'histoire et à l'archéologie 
de l'ancien pays de Liège. 

Le Secrétaire, 
L. RENARD. 

Liège, 28 février 1909. 



Rapport du Trésorier sur l'exercice 1908. 



Messieurs, 

Hélas ! cette année encore, malgré l'accroissement de 
nos ressources ordinaires — augmentation du subside de 
la Ville et augmentation du nombre de membres — l'exer- 
cice de 1908 se solde par un déficit d'environ 600 francs. 

Qael que soit l'esprit d'économie déployé par le bureau 
de l'Institut dans la gestion de ses fonds, il se présente au 
cours de l'année des dépenses imprévues et de nature 
diverse qu'on ne peut insci-ire dans un projet de budget 
dressé au début de l'année ; encore s'agit-il de dépenses 
qu'il est impossible d'éviter: telles celles qu'entraînent les 
achats d'antiquités, les fouilles, etc. 

Le déficit sur l'exercice 1908 s'explique en partie par 
l'augmentation de nos frais généraux dans lesquels sont 
compris notamment l'organisation des causeries domini- 
cales, les apprêts pour le déménagement de nos collec- 
tions, etc. 

Sans pouvoir préjuger de l'avenir, il est certain que 
l'Institut, pour sortir de l'impasse financière dans laquelle 
il se trouve et amortir son déficit total qui atteint plus 
de 6.000 francs, devra avoir recours à des ressources 
extraordinaires. Et ce n'est pas au moment d'entrer à 
Curtius et à la veille du Congrès qu'on peut espérer 
réaliser des économies ; il faut, au contraire, s'attendre 
plutôt à un surcroît de frais pour l'exercice 1909. On ne 
peut non plus songer un instant à restreindre nos publi- 



— XXVI — 

catious qui raarqueut toute la vitalité de notre Société 
et témoignent de sa prospérité scientifique. 

Cependaiit, il est absolument désirable, impérieux 
même, que notre situation financière soit apurée le plus 
tôt possible. Dans ce but, ne pourrions-nous faire appel à 
la géuérosité des pouvoirs publics qui se sont toujours 
moutrés si bienveillants à notre égard? Nous chercherions 
en même temps à recruter de nouveaux membres dans nos 
cercles d'amis.... Réfléchissons-y, mais ne tardons pas 
à agir. 

Voici, en attendant, les comptes et bilan définitifs : 

Exercice 1908. 

A) Dépenses. 

Achats d'antiquités fr. 700, — 

Fouilles » 898,45 

Service de la bibliothèque » 5i, — 

Publications fr. 1.425,66 

Dû : Bulletin I. . . . » 929, 4^ 

» II. . . . » 1.035,92 

» 3.391,08 

Frais généraux : 

Causeries publiques de l'hiver fr. i3i,22 
Fêtes commémorât! ves de 

Notger » 72,90 

Frais généraux ordinaires. » 35o,5o 

M 554,62 

Entretien des collections . . néant 
» des locaux et apprêts de démé- 
nagement » 392,95 

Commission de banque » 3,75 

fr. 5991,80 



— XXVII — 

B) Recettes. 

Subsides ordinaires : 

Ville fr. i.5()0,— 

Province . . .... » 5oo, - - 

Etat . )) i.ooo,— 



Cotisations . !* 

Abonnements Chronique. 

Recettes extraordinaires 

Vente de Bulletins, etc. . 

Intérêts (;n banque 

Déficit sur l'exercice 1908 



"r. 


3.000, — 


)j 


2.2l5.— 


)) 


108,40 


» 


54,15 


)) 


45,- 


)) 


574,25 


Fr. 


5 991,80 



Bilan au 3i Décembre 1908. 

ACTIF 

Avances récupérables (pour Congrès 1 . . fr. 140, — 

Solde créditeur eu banque » 526,^ 

DÉFICIT total n 6.081,17 

fr. 6.747,17 
PASSIF 

Emprunts fr. 3. 100, — 

Factures à pa^^er » 3 647,17 

fr. 6.747,17 



Déficit total composé de fr. 5.506,92 déficit au 3i déc. 1907 

» 574,25 » de 1908 
fr. 6.081,17 



Le Trésorier, 

Florent PHOLIEN. 



LA FABRICATION DU SOUFRE 

ET DE LA COUPEROSE 

AU PAYS DE LIEGE AU XVP SIÈCLE 



En faisant certaines recherches au snjet de l'industrie 
au pa^'s de Liège, an xvi^ siècle, nous avons fait la décou- 
verte, dans un protocole de notaire de cette époque, d'un 
acte curieux et de nature à faire connaître certains pio- 
cédès industriels de cette époque. 11 s'agit de la fabrication 
du soufre et de la couperose et de la manière dont cette 
exploitation avait lieu. 

Voici tout d'abord l'acte, extrait du protocole du notaire 
Lapide : 

L'an xvc. i.xxvii, du mois de jung le 7' jour, pardevant nioy le not- 
tair subescript et les tesmoings dessoubs mentioiuiez personnelle 
ment constitue honoralile et vailliant homme le S'' Authoine Vaes et 
Jehan Geury, inliabitans de Praillon, d'une part et Guillelme 
Stevarts, d'aultre. Lesquels ont conjoinctement demonstre qu'ils 
seroyent résolus et d'accoi'd faire entre par ensemble en compaignie 
indivise, l'extraction et raffinueiMe des soupfres que se pourront 
tirer hors des marcassistes et kisses (') de certaine pi'inse de 
minières que détiennent ledict sieur Vaes et Stevarts au lieu dit de 



(1) Marcassites pyrites tle fer cristallisées, contenant du soufre, du 
fer et du cuivre ; kisses, de l'allemand Kies, sulfure de fer ou d'autres 
métaux comme le cuivre et le plomb. 



— 2 



Sacerot (i), pais de Frauchiinont. Et ce aux conditions, reserves, 
poincts et articles que sensu y vent, auxquels lesdictscomparchouuiers 
geuéralenieut et particulièrement esdicts endroits soy accordent et 
consentent proniectant hic inde les maintenir et observer en forme 
et manière qu'ils sont cy après couches et ne contrevenir aulcune- 
ment à iceulx sous obligation de tous et quelconques leurs biens 
presens et a venir. 

Premier est accorde entre lesdicts comparsonniers que cestuy 
contract deverat et demourat en sa forme et vigueur aussy long- 
temps que l'on trouveramatiere assez en abondance et que d'icelle 
on pourrat tirer les soupfres a i^rouffict. 

Item le droict do minière de ladicte prinse demourat nonobstant 
cestuy contract en telle sorte qu'elle est présentement entre les 
mains des sieuivs Vaes et Stevartz sans «lue ledict Jehan Geui"y 
y puisse prétendre aulcun droict fonsier. Mais toutes les kisses qui 
se tireront doresnavant hors ladicte prinse seront employées et 
ouvrées au prouffict des trois comparsonniers et non aultres. 

Lesdicts Sr^ Vaes et Jehan Geury seront tenus et aussy promectent 
desbourser et exposer tous et quelconciues les deniers (jue seront né- 
cessaires pour l'entretien des ouvraiges du foui'neau à faire soupfres 
audict lieu de Praillon et cela si a temps que ledict S'' Stevartz ou 
bien l'ouvraige nomme de la compaignie ne reçoive retard ou dom- 
maige Affin qu'il puy.sse aller continuellement lesdicts pour ce 
faire, y mectront une casse ('^j suffisante non dépourvue de deniers. 
Et encoutre ledict Stevarts sera tenu et promeut de livrer la 
science de ladicte extraction et minérale distillation des soupfres, 
ensamble cestuy preuiier fourneau qui présentement est dresse de 
20 à 21 pots et consécutivement les autres fourneaul.x ([ue fauldr;i 
pour faire et continuer ledict ouvi'aige. 

A condition telle que de cest dict premier fourneau ledict Stevarts 
aurat, pour son labeur, costange et érection en oeuvre d'icelle par 
ledict faire si longtemps qu'il b songnera, trois florins et dix aidans 
ligois. Et de tous aultres nouveaulx fourneaulx (juc après cestuy 
seront par luy dresses a 20 ou 21 jxits, aura ledict Stevarts i)our le 
labeur, costange, uu philippus daler par jour, si longtemps (jue 
lesdicts fourneaulx respectivement iront et besogneront. 

Et si Ton trouvoit convenable et a pronflicl de faire lesdicts 



I 



(') SiisseroHe, localité voisine tle Tlicux. 
{•) Caisse, cassette. 



- 3 



foiiriieaulx plus farauds, ledict.' Stevarts eu aurat les sallaires à 
l'adveiuiut et selou graudeur desdicts. 

Bieu euteudu que tous iustrumens comme l'erremeus. mesures et 
aiiltres ustensiles, duvsantes aux dicts fourneaux qui ne seront et ne 
pourront estre faicts en manufacture de terre, ne seront comptes 
endeans les salaires de Stevarts, ains seront particulièrement 
comptes a charge des comi)arclioniuers comme aussy toutles aultres 
réparations nécessaires. 

Et affin que ledict ouvraige puisse conlinuellement aller et 
proufficter, est conditionne que ledict Stevarts sera tenu de 
préparer et dresser lesdicts fourneaulx consécutifs, si le temps 
qu'il met n'atnene aulcuns retardement dommaige et interest ; 
aultrement serat tenu de les porter seul et faire bono (') à ses 
comparchonniers lesquels aussy vice versa ont recipi'oquement 
promis de furnir de leur part a leur deubt si a temps que semblable 
n'amené aultre et portei'ont et feront bono les dommaiges et interest 
qui adviendroieut audict Stevarts. 

Item, quant les fouilles seront faictes, l'on ferat en présence 
desdicts comparclionniers s'il leur plait, compte et censément de 
tous les soupfres que durant le temps des présentes icelles seront 
este faicts, lesquels soupfres seront estimes et mis a certain pris 
que pour estre reduicts en calculation de deniers et d'aultre part se 
compteront tous les desboursemens en la dicte fouille exposez 
lesquels seront premièrement et devant tout defalcques et restitues 
en casse. 

Et toutte la reste desdicts soupfres serat entre lesquels trois 
comparchonniers egallemeut partys scavoir chacun un tiers desdicts. 

Item le susdict Guill. Stevarts aurat pour le raffinnage desdicts 
soupfres de chacun cent ('-), sept pattars de Rbant pour ses salaires 
et se peut lesdicts soupfres faire aussy beaulx que ceux de Ham- 
bourg il aurat de chacun dix pattars bbant. 

Et demoura ledict Guill. Stevarts maistre et administrateur du 
dict fourneau. Oultre les iprinses viendront au prouffict dudict 
Stevarts tous les vieux pots et aultres appartenans audict fourneau 
qui sont de manufacture de terre comme aussy il pourra tirer a soy 



(') Bonifier = porter à l'actif. 

(2) Il y a ici une lacune dans le texte. Est ce sur chaque cent livres 
ou chaque cent pots qu'on donnait 7 patars à Stevart? Nons suppo- 
sons toutefois que c'est sur cent livres car le rendement des pots 
peut très bien n'être pas uniforme. 



- 4- 

tous les charbons, craliiats aussi bien des houilles (') (^ue des kisses 
bruslees. 

Et affin que ledict Authoine Vaes soit rembourse des deniers 

qu'il seroit eu arrière pour despens extraordinaires ('-i par les 

faits, il recevra doresuavant par chacun jour que le fourneau 
besonguerat xii patars de Bbant jusques a ce que soit emi)ly de la 
somme de cent dallers et non i)lus avant. 

Il est encor conditionne que Jehan Geury anrat pour sa ('j 

quant aperera que il aura vaijue i)our soliciter l'ouvraige tant jjour 
fossier les kisses, chai-rier les pierres ou aultrement cliascunjour 
sept patars de Bbant. Encor est conditionne (jue nonobstant cestuy 
contract, ledict Gui]I™e pourra et luy sera loisible de faire fossoïer 
et profonder en ladicte prinse de Sacerot après aultres quelconques 
matières et metaulx A condition telle que toutes les marcassites et 
kisses que, en fossoijant se tireront au jour viendront a ladicte com- 
paignie et seront employés au prouffict d'icelle. Et d'aultre part 
touttes les terres (^) que i)ar ledict fossoijement seront jectees au 
jour viendront et a])parliendront sans contredict audict Guillaume 
seul. 

Et finallement comme ledict fourneau est érige en la sclouppe (^) 
du fourneau de fer de l^raillon, lesdits comparchonniers porteront 
et payeront legallement les charges et rentes audict fourneau, 
l)eage et tous deus du sclouppe. Mais pour support des dictes 
cliarges lesdicts comparchonniers par ensemble mectront ordi-e que 
dudict coup d'eau soit faict quel.iue prouffict soit de moulin, de 
semme ou aultre. 

Lesquels poincts et articles, conditions et reserves ont lesdictz 
comparchonniers acceptes et accordes promettant que desdicts 
exécution. 



('j Point curieux (^ue celui de remi)loi de la houille à cette indu- 
strie. Dans le Hartz, on emi)lo3'ait le bois, parce que l'on devait 
chauffer modérément, tandis que la houille donne une chaleur plus 
vive. 

(2) Mot illisible ; le sens dit : ocaisionnés. 

(3) Illisible : corvée (Tl). 

(^) Les terres eu question sont probablement les noires terres 
citées avec les kisses, dans les actes de concession de mines de 
plomb spécialement, des registres de la Chambre des finances. 

(5) Sclouppe, mot inconnu ; le contexte montre qu'il s'agit d'un bief 
de moulin, coup d'eau, écluse. 



— 5 



Présents en la muison diulict Giiillieliue Stevarts, scituee sur la 
paroisse de Saiucto Aldegoiule, en liiege, lionnestes personnes 
Mathy de Velckeueer, Matliy Mullenborgh, appelés de moy le uot- 
lair subescript. 

r.Al'IDE. 

Cette pièce est curieuse à plus d'un point de vue. Imi 
[)renuer lieu elle nous api)rend que, connue on le savait en 
ce qui concerne l'exploitation houillère, les entreprises 
industrielles étaient faites par des sociétés, des compur- 
clwnniers. L'acte en question établit très nettement d'ail- 
leurs, le rôle de chacun dans la Société, mais c'est incîon- 
testablement Guill. Stevart qui est la cheville ouvrière de 
l'affaire. C'est lui, en effet, qui construit le fourneau et il 
semble même le posséder d'avance ; il en reste maître et 
administrateur. Ue plus, il reçoit, outre sa part et son 
salaire, les déchets, non sans valeur, nous le verrons, de 
l'exploitation, sans comjjter les profits supplémentaires 
qu'il peut faire en « fossoyant après d'autres matières » 
dans la minière de Sasserotte. En effet, la Société n'a pour 
ses trois membres qu'un but, l'extraction et le raffinage 
du soufre retiré des marcassites et des kisses. 

L'exploitation du soufre devait avoir une grande impor- 
tance dans un pays où l'on fabriquait beaucoup de poudre 
et où le salpêtre était abondant. Il était donc utile de 
s'occuper de cette industrie et en réalité plusieurs indus- 
triels durent essayer et même réussir puisqu'un édit 
du 24 décembre iSgô défendit le trafic, c'est à dire 
sans doute, l'importation des aluns, couperoses et soufres, 
tant qu'une nouvelle ordonnance n'aurait pas statué sur 
ces matières et ce, précisément pour empêcher que ceux 
qui s'occupaient de ces substances ne fussent pas frustrés 
de leurs peines ('). Nous apprenons d'ailleurs par l'acte 
ci-dessus, d'où l'on tirait le beau soufre. C'était de Ham- 



(1) Nous avons aussi, dans des actes du notaire Hadin. retrouvé le 
nom d'un de ces exploitants et marcliand de soufre, couperose et 
alun, Wilhem Leuwerixht (Leuvrix, Louvrex). 



-=- 6 — 

bourg', entrepôt des soufies et couperoses provenant" du 
Hartz. 

D'après ce que l'on peut comprendre de la description 
du fourneau à pots et des mots distillation et raffinage 
employés dans l'acte, c'est bien le procédé môme usité 
dans le Hartz, que Stevart employait. Pour autant qu'on 
peut s'en rendre compte, le fourneau était nn massif de 
maçonnerie avec feu central, autour duquel sont disposés 
des pots ou creusets, en terre — en niannfacture de terre 
— dans le genre de ceux que décrit Sclilutter ('). Les mine- 
rais de marcassite ou kisses, c'est à dire de pyrite ou 
sulfure de fer (de cuivre ou de plomb peut-être) concassés, 
étaient placés dans ces pots et lorsque l'on allumait le 
fourneau, le soufre, mis en liberté, s'échappait par le haut 
des creusets et était conduit par des manches ou tuyaux 
en terre, jusqu'à des réservoirs remplis d'eau où il se 
précipitait. Le soufre ainsi produit n'est pas le beau soufre 
jaune; il est gris et doit, pour être mis en « canons », c'est 
à dire dans sa forme commerciale, être raffiné, de là les 
deux opérations mentionnées dans l'acte, la distillation et 
le raffinage. Je dis deux opérations, car Stevart reçoit un 
salaire différent pour chacune et c'est à l'occasion de la 
seconde qu'on lui promet dix patars au lieu de sept por 
cent (livres) de soufre, s'il parvient à produire du soufre 
aussi beau que celui de Hambourg-. 

On remarquera que Stevart stipule qu'il conservera à 
lui les déchets de l'exploitation, notamment les crahiats 
de kisses brûlées. 

Ces crahiats avaient, en effet, une valeur industrielle 
comme le montre le mode d'exploitation employé dans le 
Hartz (^j. lùi effet, le grillage des minerais n'en dégageait 



(1) Clu'.-.Vndr. Stin.UTi'EU, Delà foule, de.'i mines, des fonderies, etc. 
trad. Ilellot. Paris, lySS, chapitres 36 et i33. 
(2j SCHIiUTTER, loc. cit. 



— 7 — 

pas toute la matière sulfureuse, déjà considérable puisque 
ces kisses renferment de 47 à 53 °/o de soufre. Aussi utili- 
sait-on ces crahiais pour faire des vitriols ou couperoses. 
Le procédé est simple. A leur sortie des creusets, les 
kisses brûlées ou grillées étaient jetées dans des baquets 
de bois et arrosées d'eau bouillante qui dissolvait le sulfate 
de fer de ces minerais. La dissolution, après quelques 
jours, était soutirée par le bas, hors des cuves, chauffée 
pour la réduire puis mise dans des cuves à cristalliser où 
elle se prenait en cristaux verts, bleus ou blancs, suivant 
que le minei^ai contenait du fer, du cuivre ou du plomb. 
C'était la couperose ou vitriol et le produit valait la peine 
qu'on s'occupât de sa fabrication ('). Il faut remarquer 
d'ailleurs que les anciens métallurgistes ne savaient guère 
retirer le fer des pyrites, sans doute à cause de la forte 
proportion de soufre qui s'y trouvait ; ils essaimaient donc 
d'en tirer le meilleur parti en distillant le soufre et en 
dissolvant les sulfates en couperoses. 

En ce qui concerne le soufre, en tous cas, l'opération 
était avantageuse car elle permettait de se procurer ce 
produit moitié moins cher que ne coûtait le soufre d'Italie. 
C'était donc une industrie avantageuse pour le Pays de 
Liège, où ces pyrites abondent et l'on comprend pourquoi, 
en 1596, le gouvernement princier interdit l'importation 
des soufres étrangers, sans doute ceux de Hambourg, 
moins chers que ceux d'Italie, afin que les industriels 
liégeois ni fussent pas privés des bénéfices de leur 
industrie. 

En tous cas, Guillaume Stevarts dut réaliser des béné- 
fices dans cette affaire, car deux ans après cette fondation 
de société, on lui voit racheter la part de l'un des compar- 

chonniers Jehan Geuvy (-). 

EuG. PO L AIN. 

(ij II était employé notamment au grillage des minerais ])Our en 
éliminer le soufre et les sulfures. 

(-) Acte (lu notaire Lapide du (j juillet 1578. 



1 



JOSKPll 11 

ET 

LA libi^:rté du commerce des grains 



Les conflits d'ordre ])olitiqiie et religieux qui ont marqué 
lo règne de Joseph 11 dans les provinces belgiqucs ont, 
très naiurelleniont, attiré do préférence l'attention des 
liistorions. Leur iuiportiuu'e, les conséquences et le reten- 
tissement qu'ils ont eus expliciucnt suffisamment qu'il en 
ait été ainsi. Mais ce serait une erreur de croire que c'est 
exclusivement dans ces deux seuls domaines que les 
lîelges et leur prince avaient des vues différentes. I^eur 
accord n'était pas mieux établi dans les questions écono- 
miques. C/ost à un incident de cette oiii)Ositi()n que nous 
voudrions consacrer cette notice. 

Josci)li 11 était un pliysiocrntc ; toute la législation éco- 
nomique des Pays-lîas était protectionniste et imbue des 
])rincipes du plus i)ur mercantilisme. Pratiquement, les 
tentatives de réfornies ne se ])roduisirent (pTà ]-)ro])()s de 
la circulation et du commerce des grains. 

L(^rs de son voyage dans les Pays-Bas, .losepli II ne 
dissimula i)as les principes qui l'inspiraient. 11 s'étonna de 
ce. (jue l'exiiortation des céréales semblait être défendue 
d'une façon [)rcsque permanente et témoigna <■<■ que la 
» libeité était ce (jui lui paraissait le plus convenable et 
» le plus avantageux )>. I.ies autorités belges s'em})ressèrent 



— 10 — 

de lui faire observer « que les circonstances du local 
w demandoient absolument ce genre de précaution dans ce 
» pays-ci; qu'on avoit été longtemps en erreur ici sur la 
» mesure de la production en grains, mais qu'il étoit bien 
)) constaté à présent que l'excédent de la consommation 
i) interne se réduisoit à peu de chose; que dans les temps 
» de liberté les Hollandais entr'autres enlevoient les grains 
» avec véhémence par leurs entrepôts, et que la porte une 
» fois ouverte, nous étions en danger de manquer aux 
)) besoins internes; que malgré la déffense d'exportation, 
» les grains étoient à un prix qui soutient la balance entre 
» ce qu'on doit au cultivateur et ce qu'on doit au consom- 
» mateur et que c'est en suivant l'affaire comme on l'a 
» fait et en accordant momentanément la liberté pour 
» la révoquer au moment où les circonstances changent 
3) que Ton s'est préservé ici des inconvénients de l'excessive 
w cherté et de la disette, qui pendant un temps a accablé 
» tous nos voisins; qu'au reste, il y avoit sur cette matière 
» des principes si sûrs et une police si intéressante qu'on 
« croyait pouvoir réclamer la connaissance du chancelier 
» de cour et d'Etat et le rapport qu'il pourroit en faire à 
i) Sa Majesté » ('). 

L'empereur ne fut guère convaincu : dans une lettre 
écrite, après son retour à Vienne, au prince de Kaunitz, 
s'il admettait que l'importance de la question méritât de 
mûres réflexions, il réitérait qu'il fallait des circonstances 
locales «pour détruire les principes posés sur des foude- 
» ments aussi sûrs que ceux qui ont toujours regardé la 
» liberté du commerce des grains comme la source la plus 
» sûre de i-elever l'agriculture et: de soutenir les culti- 
)) va tours » (^). 



{^) E. IIuiji:rt, Le uayn^fe ilc l'eiiijiiTiiir Joseph II duiis les J'nys-Iins, 
pièce justificative XLII, pj). ^iti-^i'A. 

(^) Ibidem, pièce jiislil'icativo XUII, p. \-2i. 



— II — 

Quelle était à cette époque la législation annonaire belge? 
Sans pouvoir ici entrer dans de grands détails, ni remonter 
très haut, il suffit d'en indiquer les principes fondamen- 
taux et les x^rincipales applications réglementaires. 

Au point de vue de l'exportation, elle était, ou complète- 
ment prohibée ou temporairement permise pour certaines 
espèces de grains et par certaines frontières. Quand 
l'exportation est ainsi autorisée, elle est soumise à des 
formalités tracassières et à des droits de sortie. 

Pendant les premières années du règne de Joseph II, on 
suivit les mêmes errements. C'est ainsi que la sortie du 
froment fut défendue i^ar un édit du 3o décembre 1780 (') et 
ne fut autorisée par certains départements (Ypres, Courtrai, 
Tournai, Mons, Charleroi, Chimai, Namur et Tirlemont) 
que le 3i janvier 1782 H et le 21 mars 1782 par les autres (^). 
Dès le 3 septembre 1782, elle fut défendue par la frontière 
septentrionale C) et à partir du i3 octobre suivant (^) elle ne 
fut tolérée par les frontières française et liégeoise qu'avec 
de minutieuses précautions et des formalités compliquées, 
destinées à établir la provenance du blé et sa destination. 
Le duché de Luxembourg, qui jouissait depuis 1777 de la 
liberté d'exportation, fut, par ordonnance du Conseil des 
finances du 19 décembre 1782 (*^), compris dans la prohibi- 
tion d'exportation. Enfin, le 3i décembre 1782, la prohibi- 
tion fut absolue(^). Dans la suite, l'alternative recommença: 
10 mai 1783, permission d'exporter du froment (sauf par 

(1) Chambre des Com])tes. Archives générales du Royaume, n» 68, 
fol. 89. 

(-) Ibid., n» 68, fol. 119'°. 

(3) Ibid., n° 68, fol. 120, 

(4) Ibid., n" 68. fol. i3o. 

(5) Ibid., i\° 68, fol. 161V0. 

(6) Ibid., n" 68, fol. 167 vo. 
C) Ibid., noGS, fol. 169, 



— 12 — 

le Luxembourg) (') ; 25 octobre 1784, défense géuérale et 
absolue {-); 26 novembre 1785, liberté de sortie '^). 

Le seigle, l'orge, les semences, la boaquette et les autres 
céréales étaient de leur côté l'objet d'autorisation ou de 
défense d'exportation le plus souvent indépendantes des 
mesures prises à l'égard du froment. 

En ce qui concerne la circulation intérieure des grains, 
l'ordonnance de Marie-Thérèse du 8 juillet 1771 (*) régle- 
mente minutieusement la circulation dans les deux lieues en 
décades frontières, et celle du 7 novembre 1771 ^^^ formule 
à nouveau les règles traditionnelles sur la matière. Cette 
ordonnance fut rendue sur la proposition des Etats de 
plusieurs provinces et avait pour but de procurer une 
diminution du prix par une plus abondante circulation, 
particulièrement aux marchés j)ublics. Le Conseil privé 
avait donné un avis conforme. Ses principales dispositions 
étaient les suivantes : obligation à tout détenteur de grains 
de l'apporter aux marchés ; défense à tout le monde d'en 
acheter ou d'en vendre ailleurs, comme d'en acheter ou 
d'en vendre qui n'y aient pas été réellement exposés, le 
tout sous peine de la confiscation et d'une amende de 
10 florins par centaine de livres de grains, à charge tant 
du conducteur que de l'acheteur: la vente au plat pays 
n'était permise qu'aux voisins, sujets du prince, pour leur 
consommation, avec obligation pour eux de transporter le 
grain acheté sur leur tête ou sur leur dos ; sont proclamés 
nuls tous contrats de vente ou d'achat, faits au marché ou 
ailleurs, antérieurement à la publication de l'ordonnance, 
dans tous les cas où les grains n'ont pas été réellement et 
effectivement délivrés à l'acheteur avant cette même date. 



(ij Chambre des Comptes. Archives générales du Royaume, n" 68, 
fol. 192. 
(•') Ibid., n» 08, fol. 212 v^ 
(■^) Coll. imp., iu-fol., t. XXI. 

(*) Ordonnances des Pays-Bas autrichiens, 3^ série, t. X, p. i83. 
(5) Ibid., p. 201. 



— lo — 

Ces dispositions ne s'appliquaient qu'aux grains indi- 
gènes ; il était loisible d'importer des grains de l'étranger 
et de les vendre sans les exposer aux marchés publics. 
Pour éviter la fraude, ces grains devaient être accom- 
pagnés d'un certificat délivré par les employés des droits 
d'entrée lors de l'importation (Décret du 4 décembre 1771 
de Charles de Lorraine) ('). 

L'ordonnance du 8 juillet 1771 n'était pas appliquée 
dans le Limbourg et celle du 7 novembre ne le fut pas 
non plus, de même que dans le Luxembourg {^) ; mais le 
Conseil de cette dernière province rendit une ordonnance 
en date du 18 décembre 1771 i^) réglementant la circulation 
dans le pays à une lieue de la frontière et la vente aux 
marchés publics. 

Les députés des Etats du Hainaut demandèrent la 
révocation de l'édit du 7 novembre ; par décret du 
29 avril 1772 {*), l'Impératrice la refusa, à raison surtout 
des efforts que faisait la France pour conserver ses 
récoltes. Mais peu après, 17 janvier 1778, sur avis du 
Conseil privé et à raison de l'état des récoltes, Marie- 
Thérèse, jugeant qu'il était de l'intérêt de ses peuples de 
rétablir dans l'intérieur des mêmes provinces la libre 
circulation des grains, révoqua l'édit du 7 novembre, tout 
en maintenant celui du 8 juillet 1771 (^). Certaines dispo- 
sitions de ce dernier furent même révoquées et les autres 
adoucies, par une ordonnance du 26 mars 1778 (^j ; mais 



(ij Ordonnances des Pays-Bus Autrichiens 3^ série, t. X, p. 201, 
note. 

{•) Dans le duché, il y eut deux ordonnaues du Conseil qui réglaient 
la matière (28 février et 129 avril 177g. Collection Bibliothèque 
Chambre des Représentants, II, pp. 91 et 92. 

(^) Coll. inipr. in-fol. XVII. (Archives générales du Royaume). 

(4) Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, 3^ série, t. X, p. '202. 

i'^) Ibidem, p. 323. — Les règlements locaux des marchés publics 
restaient naturellement eu vigueur. 

(6j Ibidem, p. 373.. 



- i4- 

celle-ci à son tour, fut abrogée le 9 octobre suivant et les 
anciennes prescriptions reprirent toute leur force (^). Au 
X^rintemps de 1773, le renchérissement et la disette des 
grains des paj's voisins amenèrent Marie- Thérèse à pres- 
crire des mesures pour empêcher plus efficacement 
l'exportation des grains et à édicter des dispositions 
analogues à celles de l'édit du 8 juillet 177 1 i-J dont la 
plupart devaient prendre fin en août suivant. 

On peut donc dire que la circulation intérieure des 
grains était libre, sauf dans les localités voisines de la 
frontière ; mais cette liberté ne faisait pas obstacle ni à la 
perception de droits divers, ni à la réglementation locale 
des marchés publics. 

* * 

Le résultat des réflexions de Joseph II, annoncé 
dès 1781, fut l'édit du 11 décembre 178Ô qui est précédé 
d'une très intéressante déclaration de principe : 

ce Aj'ant mûrement pesé les avantages et les iuconvé- 
w nients du sj'stéme de législation que l'on a suivi jusqu'ici 
)) aux Pays-Bas, relativement au commerce et à la police 
» des grains, Nous avons reconnu toute l'illusion de ces 
» réglemens multiples et variés à chaque instant au moïen 
i> desquels, en enchaînant de toute manière le commerce 
» et la circulation de cette denrée, on a cru pouvoir en 
» maintenir en tous tems l'abondance et le prix moïen et 
» prévenir tout monopole , sans faire attention que ce 
» système devoit nécessairement rallentir et décourager 
» la culture, empêcher toute spéculation en grand et tout 
» magasinage dans le païs, forcer les propriétaires et les 
» négocians à profiter du premier moment qu'on permet- 
)) toit la sortie pour faire transporter et emmagasiner dans 



(1) Ordonnu/ices des Pui/sBns Autrichiens, 3e série, l. X, p. 4-5. 
(') Oivlonuauoe du ic- mai 1775. (Chambre des Comptes. Archives 
générales du Royaume, u» G;, fol. 32i v".) 



10 — 

« les païs étrang-ers les quantités démesurées de grains, 
» prennaut même sur le nécessaire pour la consommation 
» intérieure, par où, bien loin d'atteindre le but que l'on 
» cherclioit par tous ces réglemens instantanés, l'on s'ex- 
» posoit à voir renaître sans cesse les embarras qu'on 
» vouloit éviter, en provoquant, au lieu de les écarter, les 
» manoeuvres des monopoleurs. A quoi voulant pourvoir, 
» pleinement convaincu qu'une entière liberté dans le 
» commerce des grains est le seul moïeu d'entretenir con- 
» stamment dans le païs le prix le plus avantageux de cette 
M denrée, tant pour le propriétaire et le cultivateur, que 
» pour le consommateur, en donnant pleine carrière à la 
» culture et en animant la confiance des négocians opulens 
» et honnêtes, dont les spéculations et les magasins libres 
» de toutes entraves amèneront mieux que tous les 
» réglemens l'abondance et le prix convenables, et la 
)) concurrence nécessaire pour écarter tout monopole », 
l'Empereur de l'avis de son Conseil ordonné en Brabant, 
déclare abolis « tous les édits, ordonnances et règlements 
» émanés jusqu'ici sur le commerce et la j>olice des 
» grains. » L'article 2 de l'Edit est ainsi conçu : « Il sera 
)) libre en conséquence à tous et un chacun de vendre et 
» d'acheter en tout lieu comme bon leur semblera, les 
» grains et farines de toute espèce, de les faire entrer et 
» sortir de ces païs, de les y garder et emmagasiner, et 
» d'en disposer ainsi et de telle manière et eu tel tems 
» qu'ils le jugeront le mieux convenir, sans être sujets à 
» aucune inspection de police, ni à d'autres formalités que 
» celles prescrites pour la manutention de nos droits 
» d'entrée et de sortie ('). » 

Cette liberté absolue qu'il proclamait en ce qui con- 
cerne la consommation des céréales n'était qu'une appli- 
cation d'un principe plus général qu'il exprimait le 



(ij Collection iu-fol., t. XXII, aux Archives générales du Royaume. 



— i6 — 

7 janvier 1788 dans une lettre au comte de Trauttmans- 
dorff (M à qui il écrivait : « A l'éj^ard du commerce et des 
» douanes, je crois qu'on n'y est pas procédé d'après les 
» bons principes qui conviennent à ce pays ouvert, où 
» l'on ne ]3eut exiger des droits qu'il est si facile de 
» frauder. Le transit et la libre sortie des produits doivent 
» former la base pour toutes les dispositions relatives à 
» une partie aussi essentielle ; les fabriques et manufac- 
)) tures de ces provinces ne méritent aucune considération 
» lorsqu'il s'agit d'un intérêt majeur. » Il est donc d'avis 
» d'accorder une liberté presque parfaite pour le transit, 
» l'entrée, la sortie et la consommation. » Les Etats 
augmenteraient leurs subsides pour indemniser le trésor 
royal de la perte qu'il éprouverait de la suppression des 
droits de douanes et si quelques fabricants venaient à 
quitter le pays « de plus gros négociants viendraient s'y 
» établir et cette liberté.... attirera peut-être tous les 
i) transits d'Allemagne, Lors les bois de construction ; il 
» se pourrait aussi que toute la contrebande pour l'Angle- 
» terre et la France se ferait de chez nous m {•). 



* 



Le principe de la liberté absolue en matière de céréales 
ne resta pas longtemps en vigueur. Si l'on ne peut consi- 
dérer comme une atteinte à ce principe le décret du 
14 février 1787 (^) portant qiTe l'édit du 11 décembre pré- 



Ci; H. SCHLITTER, Geheime Correspoiidens Josephs II, 1900, p. 48. 

(2) Traiittinansdorff adopta d'enthousiasme les idées de son sou- 
verain et donna les ordres nécessaires pour réunir les éléments 
d'un grand rapport à faire sur la question. Cf. ses lettres à Joseph II 
des 23 et 28 janvier et27 février 1788. II. SCHi.riïER, op. cit., i>p. 57, 61 
et 71. — Aucune suite ne semble avoir été donnée à ce projet. 

(3) Conseil Privé, cartons 263i et 2702, et collection de placards de 
la Bibliothèque de la Chambre des Représentants, t. \'III, p. io3. 



— I' 



cèdent u'iibolissait ni les droits de banalité, ni ceux de 
louche et d'accises, ni les règlements de police sur les 
marchés publics, par contre l'ordonnance du 27 sep- 
tembre 1787 (M constitue une première et grave déio- 
gation. Cette ordonnance rendue à la prière de plusieurs 
Etats i.^*, suspendit celle ^u li décembre en ce qu'elle 
défendit la sortie du froment par eau par la frontière 
d'Anvers à Nieuport et celle, tant par terre que par eau, 
par toutes les frontières sauf la Gueldre, de toutes les 
céréales à l'exception de certaines espèces d'orge. Cet 
édit resta en vigueur jusqu'au 26 juillet 1788, date à 
laquelle une déclaration de l'Empereur [^) abrogea la 
défense d'exporter le froment et le seigle. ^lais en ce 
qui concerne ce dernier, l'exportation en fut si consi- 
dérable que dès le 17 novembre suivant (*) on la suspendit 
par totis les bureaux de la fiontière du Xord depuis 
Turnliout jusqu'à Courtrai. Cette prohibition fut étendue 
le i5 décembre 1788 C^) à la frontière française et liégeoise 
et engloba eu outre le froment, le métillon et l'épeautre 
ainsi que les farines. 

Eufin quelques jours plus tard, le 3i décembre (*^), la 
prohibition fut générale et comprenait en dehors des 
céréales, une foule de produits agricoles, légumes, œufs, 
volailles, etc. Une déclaration du 18 mars suivant ren- 
força les pénalités frappant les fraudes C). 

Ou sait que le printemps de 1789 fut marqué en Fi'ance 
par une grande disette et les Pays-Bas en subirent le 



(ij Archives générales cUi Royaume. Collection iu-folio de pla- 
cards, t. XXII. 

(2) Ibid., t. XXIII. 
f^i Ibid., t. XXIII. 
(4j Ibid., t. XXIII. 

(3) Ibid., t. XXIII. 
(6) /bid^ t. XXIII, 
'7| Ibid., t. XXIII. 



I 



— i8 — 

contre-coup. L'exportation frauduleuse sévit sur une 
grande échelle. On dut le 4 avril 1789 (^J rétablir la légis- 
lation méticuleuse qu'avait formulée l'édit du 8 juillet 
1771 sur la circulation des blés dans le voisinage de la 
frontière (-). 

Peu après, la situatiou devint d'autant plus gra\ e que 
les circonstances générales échauffaient déjà les esprits 
et que, suivant Trauttniansdorff (^i, aies mal intentionnés 
» auxquels il importe d'entretenir les troubles chercheraient 
» sans doute à en profiter pour exciter du mécontentement 
» parmi le peuple et l'engager à quelque indécence qu'il 
» faudrait ensuite réprimer par la force. » Le ministre 
en attribue les causes au manque « des grains des pro- 
)j vinces du JSTord de la France et à ce que le principe, 
« bien vrai d'ailleurs, qu'il ne faut point imposer de gène 
» au commerce de cette denrée de première nécessité ayant 
•>•> été étendu un peu trop loin chez nous, dans ces cir- 
» constances nous n'avons... conservé que tout au plus la 
» quantité nécessaire pour fournir à nos propres besoins 
» et sommes par là exposés à toutes les suites fâcheuses 
» que produit le vil intérêt des vendeurs dont la mnr- 
» chandise est devenue indispensablement nécessaire aux 
» acheteurs. » 

Partout les prix haussèrent, doublèrent même; le 
Hainaut en i)articulier manqua de blés ; l'appât du gain 
favorisait la contrebande. Tout en ne s'exagérant pas le 



(1) Voir les nombreuses pétitions et les délibérations du Conseil 
du Gouvernement {i:énéral, au carton 11° 170 des arcliives de ce Cou- 
seil, Arcliives j^énérales du Royaume. 

('-) Les officiers fiscaux furent chargés de veiller à rexeculion de 
cet édit. Voir les instructions qu'ils reçui'ent : Conseil du Gouver- 
nement f-énéral, rcg. 19;). fol. 5 et ss. — C'est le Conseil du Gou- 
vcrnemeni général qui centralisa toutes les mesures à prendre eu 
présence de la disette des grains. 

(3j Ti-autimansdorff à .Josei>li II. 3i mai 1789, dans II. Scni,lTTi:i{, oyn 
cit., ])p. ii'ii et 2(j3 et noies p. {J~3. 



- 19 — 

danger, Trauttsmausdorff agit personnellement. Il se 
rendit à Mons afin de i:)rouver par cette démonstration 
publique qu'il s'occupait de remédier au mal; à Bruxelles 
même, il A^isita les marchés publics incognito, mais il fut 
reconnu et réussit à faire baisser les prix. Il fit passer en 
Hainaut des grains de Flandre et importer dans ce dernier 
comté des céréales de Hollande. 

Ces mesures ne calmèrent pas complètement la popula- 
tion. Il y eut des pillages et l'on arrêta des convois de 
grains, les empêchant de se rendre à leur destination ('). 

La politique de Trauttmansdorff, dans ces circonstances 
critiques, fut habile et énergique ; il rendit, au nom de 
l'Empereur, un édit (3 juin 1789) (") comminant la peine de 
mort contre quiconque attaque ou insulte toute personne 
portant du grain dans les villes ou même le transportant 
d'un lieu à un autre, contre quiconque se livre au pillage 
ou tente seulement de le faire, et autorisant ceux qui 
seraient victimes d'attaques ou d'insulte ou de pillage à se 
défendre même par la force. L'édit punit de la fustigation 
et de dix ans de détention dans une maison de force tous 
ceux qui auraient comploté ou excité à se livrer à de sem- 
blables attaques. Ces divers crimes étaient jugés sommai- 
rement et suivis d'une exécution immédiate. 

En même temps qu'il agissait au répressif, le ministre 
essaj'ait de prévenir les troubles et « d'assurer le repos et 



': Le caractère général et spontané de ces désordres éveilla en 
Trauttniansdorl'l' des soupçons sur leur sincérité. II crut y voir un 
coup monte par les adversaires du gouvernement. Il n'était jias loin, 
du reste, d'attribuer aux mesures i)olitiques en i>erspeciive une des 
causes de la disette. «Il y a beaucoup d'apparence que cette disette 
"momentanée jirovient en partie de ce que les abbayes, prévoyant 
«leur suppression, se sont emi)ressées à vendre toutes leurs provi- 
w sions et sont parvenues même à engager leurs fermiers, dont le 
» nombre est si considérable, à caclier leur grain sans le vendre afin 
» d'exciter du mécontentement ». Ibidem. 

{^) Archives générales du royaume. Collection in-foL, t. XXIII. 



20 



» la tranquillité publique ainsi que la libre circulation des 
)) grains dans l'intérieur du pays qui seule peut procurer 
» l'abondance aux marchés et ramener les prix des grains 
» à un taux modéré »('). Il recourut au sj'Stème des primes. 
Il accorda une prime de 45 florins de Brabant pour chaque 
last de seigle de 60 rasières qui, importé par les bureaux 
de Lille et de Selzaete, serait apporté aux marchés publics 
jusqu'au i*'' juillet et vendu avant le i5 suivant ('). Il auto- 
risa les Etats de Brabant à consentir une prime de 8 sols 
à la rasière pour le seigle vendu aux marchés de Louvain, 
de Bruxelles et d'Anvers. Ayant ainsi pourvu à l'aliment 
consommé par le menu peuple, il voulut « étendre égale- 
w ment ses soins à l'égard du froment nécessaire pour la 
» consommation de la ville de Bruxelles et offrit à ceux 
» qui en apporteraient aux marchés des 17 et 19 juin, les 
)) primes suivantes : i" quatre sols par rasière à ceux qui 
» exposeraient en vente et auraient effectivement vendu 
)) au moins 20 rasières ; 2" quarante, trente et vingt flo- 
» rins en sus des quatre sols, aux trois personnes qui 
» respectivement auraient importé en ville et vendu la 
» plus grande quantité de froment pour autant que ces 
)) quantités excèdent cinquante rasières. Les trésoriers de 
j) la ville étaient chargés du contrôle » (^). 

C'était répondre aux primes à Timportation grâce 
auxquelles la France avait réussi à introduire tant de blé 
au détiiment des Pays-Bas. 

Aux marchés des i5 et 17 juillet, les mêmes primes 
furent accordées avec cette modification que le froment 



(1) Préambule de l'édit du 3 juin idte. 

(2) Journal génénil de l'Europe, cité ])ar II. Sciii.iTTER, op. eit., 

i>. G:3. 

(3j Aviîi'tissenicut du i.'5 juiu. Arcliives générales du Uovuuine, 
collection in-folio, t. XXIII. 



— 21 — 

ne devait pas être vendu au-delà de 6 florins la rasière, 
mesure de Bruxelles ('). 

En outre, Traiittmansdorff donna une médaille d'or « à 
» un fermier de village qui, de son propre mouvement, 
» a vendu mille rasières de grains à ses concitoyens, à un 
» infiniment plus bas prix qu'il n'eût pu le vendre au 
)) marché », ainsi qu'à un autre « qui sacrifie au-delà de 
» mille florins pour fournir pendant plus d'un mois une 
» grande quantité de froment, à dix sous moins que tous 
» les autres (^j )>. 

Citons enfin comme mesure destinée à calmer la crise, 
la déclaration du 12 juillet, maintenant la défense d'ex- 
porter des grains, malgré les apparences de récoltes favo- 
rables, jusqu'à ce qu'on soit assuré du résultat de la 
récolte de 1790 (^). 

Dans sa correspondance secrète avec Joseph II, le 
comte de Trauttmansdorff ne dissimule pas qu'à un 
moment donné, la situation était grave. Il admet qu'il y 
avait un certain accaparement, mais avoue très franche- 
ment qu'il y avait une insuffisance avérée. Il en attribue 
la cause à la France « qui nous a porté le coup mortel par 
» la quantité incroyable de grains qu'elle nous a enlevée 
» légitimement tant que l'exportation était permise, et par 
« fraude depuis qu'on a été obligé de la défendre ; l'attrait 
» du prix considérable qu'on y paie et des primes plus 
» exorbitantes encore qu'on y accorde rendent toutes les 
« précautions à cet égard parfaitement inutiles (*) » 

Cependant les mesures qui furent prises enrayèrent le 



(') Avertissement du 11 juillet 1789. — Archives générales du 
Royaume. Collection in-folio, t. XXIII. 

(-) Trauttmansdorff à Josepli II, i3 juillet i^Sg. H.. Schuttek, 
op. cit., p. 307. 

(^) Archives générales du Royaume. Collection in-folio, t. XXIII. 

i^j Trauttmansdorff à Joseph II, 7 juin 1789. II. ScHi-riTER, op. cit., 
p. 26G. 



— 22 — 

mal, les troubles cessèrent vite et si le prix des céréales 
resta élevé, du moins farent-elles, en quantité suffisante, 
offertes aux marchés publics. Dès le 20 juin, Trauttmans- 
dorff se dit sans inquiétude et se refuse à procéder à des 
perquisitions chez ceux qui étaient soupçonnés d'accapa- 
rement non seulement à cause des événements politiques 
du moment, mais parce que les « monopoleurs » ont « tant 
» de moyens de cacher leurs provisions sans qu'il soit 
possible de les découvrir ». On fit cependant des 
recherches à rabba3"e de Tongerloo, signalée comme ayant 
dix mille rasières, où l'on ne trouva que douze cents. Pour 
lui « le parti qu'on a pris de faire cesser le monopole par 
» une baisse subite et considérable des prix, en augmen- 
» tant le nombre des vendeurs par l'établissement des 
» primes, a fait le meilleur effet » [^). 

A la mi-juillet, Trauttmansdorff se considère comme 
maître de la situation. « L'espèce d'inquiétude que nous 
» avions sur la disette des grains, écrit-il le i3 juillet à 
» l'Empereur, a absolument tourné à notre avantage , 
j) puisqu'elle a occupé aussi et nous a valu la reconnais- 
» sance surtout du peuple auquel j'ai naturellement le 
» plus songé. Nous nous sommes procurés une abondance 
» peu commune à tous les marchés. Nous avons fait consi- 
» dérablement baisser le prix qui est ti'ès tolérable et 
» aujourd'hui je suis parvenu à faire augmenter le poids 
» du pain d'une, deux et trois onces, sans que tout cela 
n ait exigé la moindre contrainte ou ordonnance gênante 
» pour le commerce des grains qui ne saurait être assez 
» libre ; la seule à laquelle j'ai dû me prêter est la décla- 
» ration que l'exportation serait défendue jusqu'à la 
» récolte de 1790, parce que j'espère que cette opération 
» contribuera ])lus que toute chose à faire cesser le mono- 



(1) 'rniiutinaiisdorl'i'à.lo.scph II, 20 juin 1781). dans II. Sciu.nTKU, 
op. cit., p. 275. Cf. la note oi)tiiniste qui sacceiitue, le 26 juin; 
il) idem, p. 1:82. 



— 23 — 

» pôle qui était la principale cause de toute notre 
» disette » ('). 

Sur ce dernier point, le ministre était quelque peu eu 
contradiction avec lui-môme, car il n'avait pas jusque-là 
accordé grande iniluence aux tentatives de monopole. 

Sauf quelques mouvements dans le Linibourg ('), en 
septembre, l'été se passa sans plus de troubles dus au 
manque de céréales et tout rentra dans une situation nor- 
male [^). 



Il est intéressant à noter, comme le rappelait du reste 
Trauttmansdorff lui-même, qu'exception faite de la défense 
d'exportation et des mesures destinées à éviter la sortie 
frauduleuse le long des frontières, aucune disposition 
législative ou coercitive ne fut prise pour remédier à une 
disette considérée comme sans exemple dans le pays. Le 
gouvernement n'eut recours qu'à des mesures d'ordre 
économique, agissant sur le jeu de l'offre et de la 
demande. 11 faut spécialement signaler qu'il ne rétablit 
pas l'ancienne législation traditionnelle réglementant la 
circulation et la vente des céréales dans l'intérieur du 
pays, sauf cependant eu Hainaut. 

La situation de cette dernière province décida sans doute 
le gouvernement à y rétablir les principes consacrés par 
d'anciens édits (■*). Toujours est-il que, sur dépêche datée 



(1) H. ^'CHI.nTER, op. cil., ]). 3()-. 

(2) Trauttniansdorlf à Josepli II. i<) septcMiibre, dans H. Sciiuttf.r, 
op. cit., p. 387 . 

(^; Le 23 sei)(eiiibre, le ininislre i)aiie au i)assé de la «disette 
extraordinaire >', «dont le gouvernement a presque niiraculeusenient 
arrêté les jjrogrès et les suites ». Ibidem, p. 899. 

(*) A signaler un décret du conseil de llainaut défendant de porter 
obstacle à la libre circulation et au transport des grains dans l'in- 
térieur de la i)rovince, du aS mai 17S9. Bibliothèque de Mous, 
53'^ portefeuille de placards, 11" 25o8. 



- 24 - 

du 17 septembre 1789, le conseil souverain du Hainaut 
publia un édit de la même date, par lequel lEuipereur 
affirmait que l'attention par lui donnée à tout ce qui inté- 
resse la subsistance de ses peuples, lui a fait prendre « en 
)) considération que l'interposition de personnes tierces 
■>y entre les cultivateurs et les consommateurs prête à des 
w manœuvres i)ropies à produire le renchérissement du 
» grains». En conséquence il défend l'acliat-vente de grains 
ailleurs qu'aux marchés publics, sauf le droit des habitants 
des campagnes d'y acheter ce qui est nécessaire à leur 
consommation, et il annule tous contrats non exécutés et 
contraires à la nouvelle interdiction ('). 

Cette exception est d'autant plus étonnante que Trautt- 
mansdorff résista aux vives instances qui lui furent faites 
en Flandre en vue du rétablissement de l'édit du 
7 novembre 1771. Malgré les perspectives favorables de la 
récolte de 1789, la situation générale provoqua certains 
achats à un prix élevé et dès le 3i juillet les baillis et 
hommes de fief de la cour, château et vieux bourg de 
Grand insistent pour que le gouvernement soit saisi d'une 
demande d'interdiction générale de vente ailleurs qu'aux 
marchés publics (^). De son côté, Trauttmansdorff signale 
le 4 août aux députés des Etats de Flandre qu'on a porté 
à sa connaissance « que le monopole exerceroit déjà ses 
» manœuvres et ses spéculations sur la récolte en achetant 
» et en retenant des parties considérables de grains sur 
« pied». Il est décidé à y porter remède, mais avant de 
rien faire, il demande l'avis des corps administratifs 
flamands. 



(') Conseil du Goiivernement général ; rejï. 11° 19;), fol. i3G v». 

(2) Etats de Flandre, n» j^jS. Archives de l'Etat à Gand. Ce rej;istre 
contient les cojjies — souvent iini)riniées — des avis et des lettres 
des diverses administrations et des députés des Etats relatifs à la 
circulation des {grains. Xous y renvoyons quand nous ne donnons 
pas <rindicaiion contraire. 



— 25 — 

Suivant l'usage, les députés s'adressent aux diverses 
administrations locales afin de coustituer « un résultat 
provincial ». S'il y avait unanimité pour décider le main- 
tien de la prohibition de l'exportation au moins jusqu'après 
la récolte de 1790, il y avait divergence d'opinion sur le 
régime intérieur à adopter. 

Le clergé de Bruges, la ville de Gand, Courtrai, Aude- 
naerde et sa cliatellenie, le pays d'Alost, la ville et le 
pays de Termonde, Ninove et Assenede sont favorables à 
l'interdiction de vente hors des marchés publics avec, 
quelquefois, des réserves sur des points secondaires. 

Le clergé de Gand et le Franc de Bruges signalent sur- 
tout les inconvénients qui naissaient de la législation de 
1771, taudis que la ville de Bruges, le pays de Waes, Bou- 
chante et Bornhem se prononcent pour la liberté de la 
circulation et de la vente. 

A leur réunion du 4 septembre, les députés des États 
décident de communiquer ces derniers avis à toutes les 
administrations en attirant leur attention sur des projets 
qui leur avaient été soumis pour assurer l'approvisionne- 
ment et le bas prix des grains. Le 7, ils répondent à 
Trauttmansdorff, le tranquillisant quant aux accapare- 
ments qu'il redoutait (') et l'avisant que les opinions sont 
partagées. 

Pendant qu'une nouvelle consultation avait lieu, le 
conseiller fiscal baron d'Haveskerke, adressa successive- 
ment au Conseil Royal du Gouvernement des plaintes qu'il 
avait reçues sur les formalités tracassières exigées dans 
la lieue de la frontière «qui prennent beaucoup de tems 
aux païsans qui dans le moment de la récolte leur est si 



(^) « Il parait se vérifier qu'effecti veinent ces achats sur pied ont 
y> eu lieu eu quelques endroits, notamment dans le district du Vieux 
» Bourg de (iand et dans celui du Métier d'Asseuede, mais ils n'ont 
:» pas été aussi générale (sic) ni en aussi grand nombre comme ou 
>) les avait envisagés. » (États de Flandre, n" 998.) 



— 26 - 

précieux. » Ces formalités étaient deveunes d'autant 
moins nécessaires que le prix du blé en Fi'ance était 
inférieur à celui de la Flandre (^). Les députés partagèrent 
l'avis du fiscal et en informèrent le Gouvernement (^). 

Les opinions restèrent divisées : le clergé de Bruges, 
celui de Gand, les villes de Gand, de Courtrai, de 
îsinove (^), le Vieux Bourg de Gand, la ville et le pays de 
Termonde, Assenede, sont partisans du renouvellement 
de redit de 1771. Bruges veut attendie que les marchés 
soient devenus plus stables. Le pays du Franc et la chatel- 
lenie d'Audenarde estiment que, dans les conjonctures 
troublées du moment, on ne peut s'ai'rêter à une législa- 
tion définitive (*), mais sont favorables à la liberté. La 



(1; 28 août et 3 septembre. — Etats de Flandre — « Eutretems et par 
» provisiou, jai fait cesser les précautions sngerées depuis et qui 
y> n'étuient pas coni])rises dans cet edit excepté le cordon qui est 
)) formé sur les frontières par les ^^ardes des ])aïs sous l'inspection 
» d'un commissaire établi par les juridictions respectives. » 
6 octobre — Conseil du gouvex'nement général, reg n» 199. 

(2j i5 septembre : Etats de Flandre, n° 998 et 6 octobre, Conseil du 
gouvernement général, reg. 19g, loi. i^[). 

(3) Ninove donne un avis longuement motivé ; elle proclame que 
l'agriculture est la source de tout négoce, (pie linterèt général est 
de la favoriser, et qu'à la liberté du commerce est attaché le boulieui* 
de l'Etat. Elle se prononce cependant eu faveur de l'édit de 1771 car 
c'est la meilleure façon de niveler les prix et de les connaître. 

(•*j La chatellenie d'Audeuarde signale que la mesure i)roposée 
par Gand de permettre la sortie, quand le ])rix descend à un taux 
déterminé, ressemble au système anglais dont elle a indiqué les 
défauts dans un mémoire remis aux dé2)utés en 1782. Ces deux 
administrations sont d'accord pour admettre que la i^roduction 
annuelle des Pays Bas dépasse de beaucoup leur consommation. 
L'avis continue en ces termes : « Hieruyt volght dat d'observantie 
gemaekt by den heer Necker in syn tractaet teu jaere 1770 u\ tge- 
geven sur la législation et le commerce des grains en geconfirmeert 
door by naer aile den publicisten maer al te waer is, te wclen « que 
ce n'est (pie i)ar l'effet d'une ojfinion ])ublique vague et peu déter- 
minée (pie le j)euple est in(piiet ou trancpiille sur la provision des 



chatellenie de Com-trai, le pays de Waes, les ville et 
métier de Boncliaute, le pays de Boriihem sont nettement 
partisans de la libre circulation et s'opi)osent à la remise 
en vigueur de l'édit de 1771 ('). Les magistrats du pays de 
Waes s'appuient sur l'expérience qui montre qu'après des 
périodes de panique, de grandes quantités de blé ancien 
reparaissent sur les marchés. Ils invoquent les considé- 
rations de l'édit perpétuel du 11 décembre 1786 et diverses 
publications françaises (^). 

Le 8 octobre, les députés donnèrent connaissance au 
Conseil du résultat provincial. Ils rappellent que « le 
» public attribue la cherté présente à des spéculations de 
)) commerce » et ils admettent avec lui a qu'il est des gens 
» qui courent la campagne achetant des grains en grande 
» quantité chez les fermiers lesquels dans la certitude de 
» trouver la commodité de vendre cette denrée chez eux, 
» ne se pressent pas de garnir » les marchés publics. 

Ils supplient donc Joseph II « d'ordonner à tous pro- 
» priétaires, fermiers, laboureurs et autres qui ont des 



grains répandus dans le roiaume et celte opinion est le fruit de 
l'imagination autant que de la raison. » Tis deze opinie soo hy voor 
den aontlioont die uieer werckt op de hooghde of leeghde van den 
])rijs der graenen al wel de rede '^ehaersheyt, even gelijk een 
aeustaende i)eryckel nieer of min werckt op liet gemoet van den 
menscli niet maer even maete dat het groot of kleyn in sijn selven 
is maer in advenante dat iiet op liet genoed indruck doet ». Si le 
public connaissait l'excédent de la production on n'aurait pas à 
redouter cette opinion vague. La cliatellenie présente un i)rojet de 
règlement impliquant la libre circulation intérieure. — Le i)assage 
cité de Xecker se lit au chap. II de la 2™^ partie du traité (Œuvres 
complètes, édition de Stail. t. I, p. i65). 

(^) C'est du vieux neuf, dit Bornhem. 

(2) Notamment. l'Avis au peuple sur les premiers besoins on petits 
traités oeconomiqnes (sic) et L'intérêt général de l'Etat, ou la liberté 
du commerce des grains. — Il s'agit des traités de l'abbé Bourdeau 
(Avis au peuple sur son premier besoin, Paris 17G8) et de Mercier de 
la Kivière (Amsterdam et Paris, 1770). 



— 28 — 

» grains à vendre, de les apporter- aux marchés publics et 
» autorisés, faisant très expresses inhibitions et défenses 
w tant à eux qu'à tous n)archands, facteurs et autres, d'en 
» acheter ou d'en vendre ailleurs (pi'aux dits marchés et 
» point d'autres grains que ceux qui y auront été réelle- 
» ment exposés, à peine de confiscation et autres com- 
» minées par l'ordonnance du 7 novembre 1771 ». 

Les députés ajoutaient avec assez de naïveté, que i)lu- 
sieurs d'entre eux doutaient que le renouvellement de 
cette ordonnance ]>rocurât a la diminution du prix des 
» grains pai- une plus abondante circulation aux marchés 
» publics )) mais qu'il aurait, tout au moins pour effet de 
contentei' l'opinion publique. 

A les eu croire, celle-ci se montrait sceptique quant au 
maintien de la prohibition d'exporter, qui i)Ouvait être 
facilement tournée par les autorisations particulières. 

(vCtte rej)i'ésentati()n fut suivie; d'une coiil'érence à 
liriixelles à laquelle le bourgmestrede Biuges, Co])pieters, 
et le conseiller actuaire d'Hoop furent ai)pelés. L'accueil 
reçu doit avoir été peu encourageant, car le 17 octobre, 
'les députés, invoquant l'urgence « de contentei- l'opinion 
publique », in^-istaient ])()ui'Ma ])rom])le émanation de l'édit. 
TrautUnansclorlf leui- répondit qu'il avait examiné leur 
requête mais « comme il se pourrait que le i)i-éjiigé général 
« soit le seul motif » (jui les y ait déterminés, la matière 
étant délicate, il leur envoya une « Note d'observations 
retraçant les inconnéniens résnltnns de cet lùlit (de iy"j). » 
Il leur demandait de les bien peser et de s'expliejuer à 
nouveau sur cet objet. Réjjondant à l'insinuation que le 
gouvernement ]){)uri-ait bien ne pas maintenir la défense 
d'exportation, il i)rit un ton très laide pour (;x})rimer son 
mécontentement de ce cpi'on se })ermettait de douter de 
ses intentions ('). 



(') Etats (le Flandio, 11" O'jB- 



— '-^9 — 

La note i'» en question est un long mémoire où le 
Ministre se révèle analyste très perspicace et partisan 
déterminé de la liberté économique {^). 

Il commence par rappeler brièvement la situation que 
créait l'éditde 1771 et ajoute : 

(c II 3' a dans les tems de liberté quatre moyens qui pour- 
» voient à l'approvisionnement de la plupart des villes : 

» 1° L'apport qu'en font spontanément les cultivateurs 
)i des enviions de chaque ville pour le vendre au marché ; 

» 2° La faculté qu'ont les boulangers, les meuniers ou 
)) fariniers, les brasseurs et les grosses communautés ou 
» ménage, d'aller acheter eux-mêmes au plat pays, les 
)) gi-ains dont ils ont besoin pour leur propre approvi- 
)) sionnement, sans être réduits à acheter au marché ; 

)) 3" Les blatiers, gens qui sans faire d'emmagasinement 
» intei'médiaire vont acheter les grains dans les cantons 
» les plus éloignés des grandes villes et des grands mar- 
» chés et les transportent par des charettes et des chevaux 
» de somme, pour les vendre dans les villes du canton où 
•>■> les prix sont plus hauts, en concurrence avec les 
)) fermiers des environs ; 

1) 4° Les marchands de grains en gros qui achètent les 
» grains aux marchés ou au plat pays, et les emmagasinent 
» non-seulement pour les revendre dans la ville de leur 
» résidence, mais aussi pour les transpoi'ter de cette 
)) ville-là à une autre où la cherté sera plus grande que 
)) dans les cantons où les achats ont été faits. » 



(1) Etats de Flandre, n° 998. 

(2j II est intéressant de signaler ici l'opinion qu'en août 17S7 le 
comte de Belgiojoso exprimait sur Trauttmansdorff, alors âgé de 
38 ans, qui venait d'être désigné pour lui succéder : « Il n'a ni grands 
talents, ni aucune idée des affaires de gouvernement, moins encore 
de commerce, navigation, économie politique, etc. » Belgiojoso à 
Crum])ipen, 18 aoùti787, dans H. Hchiafter, Briefe iind Denkschriften 
zur Vorgeschichte der Belgischen Révolution, Vienne, 1900, p. 3G. 



— 3o — 

(c La concurrence de ces quatre moyens qui s'emploient 
» indifféremment selon les lieux et les circonstances des 
)) tems n'est-elle pas nécessaire pour amener à la fois 
» l'activité de la circulation et le meilleur marché 
» possible ? 

» Si on détruit cette concurrence de moj^ens, cette 
» destruction ne doit-elle pas opérer les effets contraires 
» et les plus fâcheux ? « 

Telles sont les questions que Trauttmansdorff examine 
et se propose de résoudre. 

Il commence par écarter de son examen la période qui 
suit immédiatement la récolte, car, à ce moment, quelle que 
soit la législation en vigueur, on est assuré d'un approvi- 
sionnement facile, les villages aj^ant tous plus qu'il ne leur 
faut et ceux à proximité des grandes villes y envoyant 
tout naturellement leur excédent. Cette période peut durer 
deux ou trois mois. Il faut donc se placer à un moment 
postérieur, a quand les cantons les moins fertiles du plat 
y> pays devront manger des grains d'un autre canton à une 
j) journée ou plus de distance, quand chaque ville considé- 
» rable aura épuisé à peu près les grains des villages 
» circonvoisins, dont les fermiers sont à portée de fré- 
» queuter les marchés. » * 

Trauttmansdorff pose deux grands principes et les 
applique immédiatement au régime créé par l'édit de 1771. 

(c Ce n'est pas augmenter la circulation que de la 
» détruire partout ailleurs qu'aux marchés publics. 

» Ce n'est pas non plus de la quantité de grains qui se 
» trouve à un marché que dépend le i)rix et la tranquillité 
» des consommateurs ; c'est la proportion qui se trouve 
» entre les acheteurs et les vendeurs. Or, l'effet de 
)) l'ordonnance de 1771, si elle avait eu une exécution bien 
» réelle et que la position auroit été telle qu'à présent, 
» devroit naturellement être de diminuer aux marchés la 
» concurrence des vendeurs de diverses classes et d'y 
» augmenter de beaucoup le nombre des acheteurs. 



— àl — 

» Ce mal seroit surtout très grand dans les villes (|ui 
)) ont dans leur voisinage un canton peu fertile et fort 
» peuplé d'ouvriers. Alors ces paysans (^ui ne peuvent 
» aller eux-nienies clierclier de petites quantités de grains 
» dans un canton plus abondant pour leur consommation 
» courante, viendront en foule aux marcliés de la ville 
)) voisine disputer aux bourgeois les grains qui se trou- 
» veront à vendre et dès qu'il y auroit un jour de nmrclié 
» insuffisamment garni, voilà une multitude de gens 
» assemblés, de la ville et de la campagne, portés aux 
» querelles séditieuses. Le moindre mal seroit que chacun, 
» citadin et paysan, ne voulant pas s'en retourner sans 
» grains, mettront l'enchère ; que les fermiers vendeurs 
» hausseront le prix et voilà do quoi faire monter subite- 
» ment les grains à un taux excessif auquel il reste 
)) ensuite. 

w II paraît que la maxime inverse résultante de la 
)) liberté, savoir, de laisser subsister la plus grande con- 
» currence de vendeurs et d'ameuter le moins d'acheteurs 
» pressés, qu'il est possible, dans un même lieu et un 
M môme jour, est plus convenable pour la modération des 
» prix et la trauquillité. 

» Ainsi, outre que les dispositions de 1771 paraissent 
>) d'api'ès cela nuisibles plus qu'utiles aux citadins, elles 
» sont de nature à fâcher à la fois des fermiers de contrées 
)) fertiles et les paj^sans et ouvriers des cantons qui ont 
M besoin d'acheter, m 

Après ces considérations générales, Trauttmansdorff 
examine les effets de la législation de 1771 sur les quatre 
moyens, qu'il a relevés au début de son mémoire, d'ali- 
mentei- une ville. 

En ce qui concerne « l'apport que font spontanément les 
» cultivateurs des environs de chaque ville », il distingue 
entre les villes suivant qu'elles sont ou ne sont pas « au 
» milieu d'un circuit assez fertile pour servir à leur con- 
)) sommation de toute l'année » ; les premières sont rares 



— 32 — 

et il leur est nssez indifférent qu'on puisse vendre ailleurs 
qu'au marché, « cependant, même à leur égard, les fer- 
« niiers du district, faciles de n'avoir pas la liberté de 
» vendre chez eux, certains qu'ils n'ont pas de concurrence 
r, par le commerce, et pour la plupart peu pressés de 
y> vendre, à cause du haut prix qu'ils ont eu de leurs den- 
» rées, ont plus beau jeu à tenir ferme sur le prix; et 
» quand il fera en hyver de grandes neiges, des dégels qui 
» tiendront les barrières fermées et les chemins de terre 
» impraticables, s'il se trouve un petit nombre de fermiers 
» à deux marchés de suite, ils seront assez avisés pour 
■>•> hausser subitement les prix jusqu'au point le plus 
» fâcheux : peut-on abandonner la subsistance des grandes 
» villes au contretems de la saison, au caprice ou aux 
» combinaisons d'intérêts de fermiers du A'oisinage? » 

L'inconvénient devient plus sensible pour les villes dont 
les environs immédiats ne sont i)as très fertiles et elles 
sont la majorité. « Si on défendoit l'achat des grains au 
» plat pays, il ne faut pas du tout s'attendre qu'à défaut 
» d'acheteurs les fermiers des villages dont par l'éloigne- 
» ment on n'est pas habitué à venir dans cette ville-là, 
» négligeront leurs travaux et abîmeront leur attelages 
» pour être deux ou trois jours dans les neiges ou dans 
» des chemins rompus. Xon : sans doute ils resteront chez 
w eux, battront leurs grains à leur aise et attendront le 
)) prix du pi'intems. » 

La défense sollicitée, loin d'être favorable aux villes, ne 
pourvoirait pas à leur approvisionnement, « bien des 
» petites villes, des bourgs populeux, des cantons peuplés 
)) <r()uvrit'rs (|ui ont peu de terre arable, éprouveraient 
» l'insuffisance et les effets fâcheux de cette mesure ». 

Quant aux grands consommateurs, boulangers, meu- 
niers, brasseurs et grosses communautés, s'il leur est 
interdit d'acheter hors du marché, c'est les réduire « à 
» n'acheter (pi'au hasard à un marché bien ou mal garni ». 
Sans compter qu'il y a là de la dureté et une cause de 



— 33 — 

souffrance pour les auti-es, exposés à une disette, il ne 
faut pas perdre de vue que « si les plus gros consonima- 
» teurs d'une ville se pourvoient pai- eux-mêmes au plus 
» bas prix possible, les acheteurs au détail seront plus 
» aisément satisfaits an marché : la plus forte concurrence 
« en sera absente. » Même, si l'on doit restaurer les 
anciennes dispositions, il faudra en exempter ces gros 
acheteurs. 

En ce qui concerne les blatiers, Trauttmansdorff est 
bref; il constate que l'ordonnance de 1771 détruit leur 
commerce. Or, « cette espèce de commerce se fait dans 
)) une grande partie du pays wallon ; toute l'Ardenne ne 
» reçoit du froment et de 1 epeautre que par ce mo3'en. » 
La liberté de ce commerce est donc indispensable, si l'on 
veut empocher des disettes locales. C'est en toute h^'^po- 
thèse, une seconde exception qui s'impose. 

Reste la quatrième source de l'alimentation urbaine, le 
commerce des marchands en gros, à l'égard desquels 
l'opinion publique était toujours mal disposée. Trautt- 
mansdorff sent combien ici sa thèse est délicate. 

(c La première question qui se présente à leur égard est 
» de savoir si on peut se passer d'eux ? 

» Peut-on sans eux faire circuler les grains des endroits 
» abondans dans les endroits qui en manqueront après 
•>■> l'h}' ver ? 

)) Où les magistrats se chargeront-ils de cette circula- 
» tion ? Ce commerce par des administrations serait-il 
» praticable? Comment se feraient les achats dans un 
» endroit, les transports, les emménagements et les 
» reventes? Outre les pertes et les délais pour les caisses 
>) municipales, ce serait prêter aux calomnies des méchans 
» et aux murmures du peuple, il semble que ce n'est qu'à 
» la dernière extrémité quon peut avoir recours à une 
» telle opération, comme on a été forcé de le faire en 
» dernier lieu , avec néanmoins toute la circonspection 
« possible. 



- d4 - 

» 11 faut donc des marchauds de grains dans l'intervalle 
» de rautoiune au printemps et à l'été suivants, qui est le 
» teins où leur concurrence se trouve indispensable pour 
)) l'ournir aux marchés des grandes villes, surtout pendant 
» que les fermiers et leurs attelages sont occuppés anx 
» travaux de l'agriculture et de la récolte. 

» Mais ceux qui s'élèvent avec préjugé violent contre 
» les marchands de grains voudraient qu'ils puissent 
» vendre au printemps et qu'ils n'achetassent pas en 
M automne. 

)) S'il est vrai qu'on ne peut se passer des marchands de 
» gi-ains, s'il est à souhaiter qu'ils vendent au priatems 
» et en été an meilleur nmi'ché possible et qu'il soulagent 
)) au meilleur marché possible les autres villes qui auront 
)) besoin de pains il serait inconcevable de les empêcher 
» de faire leurs achats au meilleur marché possible. Ce 
» sei'ait vouloir la chose et refuser les moyens. 

» Les partisans de l'édit de 1771 objecteront qu'en 
» défendant aux marchands d'acheter au plat pays, il leur 
» reste de se pourvoir aux marchés. 

» Mais c'est bien ici que l'insuffisance de nos anciennes 

» lois se manifeste encore. 

» 
» En forçant les marchands de grains d'acheter unique- 

» ment aux marchés publics, si cela même, en augmentant 
» la concurrencée et l'empressement des acheteuis ne 
» faisait pas renchérir les grains, on a cru parer à l'incon- 
» véiii(int pai- la règle presque généralement usitée, que 
» les bourgeois ont la première heure du marché, les 
» boulangers, brasseurs, meuniers ia seconde et que les 
» marchands n'y peuvent venir que quand les autres sont 
» pourvus cela est très beau dans la théorie et à peu près 
» sans effet lécl dans la i)ra tique. » 

Ti'aut tmansdorff va plus loin, il estime que si les mar- 
chands xeiilcnt acheter bon marché et, revendre cher, 
l'obligation pour les fermiers de ne leur vendre qu'aux 



- 35 — 

marelles est de nature à rendre plus commode le prétendu 
monopole des marchands. 

« Supposons qu'à la mi-novembre, le froment soit à 
» douze escalins et qu'ils veulent l'avoir à onze. Ils atten- 
» dront un marché où il soit venu plus de fermiers qu'il 
» u'j^ a d'acheteurs bourgeois , boulangers et autres : 
)) ceux-ci auront donné douze escalins ; eux partis, les 
» marchands n'en offriront que dix en disant aux fermiers 
)) qu'ils peuvent reporter leurs grains chez eux, ou les 
)) laisser en ville, mais qu'eux, marchands ne peuvent s'en 
)) accommoder à plus haut prix. 

» S'ils tiennent bon, et avec ce concert qu'on dit régner 
» entre eux, certainement, ils parviendront à avoir les 
)) grains à onze escalins à ce marché et aux suivans. 

» Supposé ensuite qu'au mois d'avril suivant, les 
)) fermiers demandent quatorze escalins, et que les 
)) bourgeois et boulangers, meuniers, etc., disputent pour 
» l'avoir à treize ; quand il en sera resté quelques 
» parties pour l'heure des marchands, ils prendront les 
)) fermiers au premier mot à quatorze escalins, et si 
)) quelqu'un de ceux-ci en demande quinze, les marchands 
» les donneront, en affectant de trouver le grain plus 
» beau que l'autre acheté à quatorze. 

:» En voilà assez pour progressivement eu deux ou trois 
)) marchés faire monter le froment à seize escalins ou plus 
» à l'égard de tout le monde. D'ailleurs cette tournure de 
)> choses serait défavorable aux petits cultivateurs et 
» fermiers qui sont communément obligés de vendre leurs 
)) grains avant l'hyver pour payer leurs baux et pourvoir à 
» leurs autres besoins, tandis que les gros fermiers et 
» grands propriétaires attendroient le tems du haut prix 
» au printems, au lieu d'nmener en automne et en hyver 
)) leurs grains aux marchés des villes. « 

La liberté d'acheter au village vaut donc mieux que 
l'obligation de n'acheter qu'en ville. 

Cependant Trauttmansdorff ne conclut jias complète- 



— 36 - 

ment en faveur d'une liberté absolue. « La seule manœuvre 
» nuisible est l'achat qne feioient les marchands de gi-ains 
» an plat pays, pour les y laisser à leur compte et les 
» empêcher de venir au marché ou d'accaparer les grains 
n sur les routes on hors des portes des villes pour les faire 
» conduire immédiatement chez eux. :>j 

Le ministre penche en faveur de l'obligation imposée 
aux niari-hands de conduire en tout premier lieu en ville 
les grains achetés chez les fermiers, sous la surveillance 
des magistrats. 

a Serait-il possible d'arranger en conséquence l'annul- 
» lation des marchés déjà faits? C'est sur quoi il échoit de 
» délibérer. » 

Les députés des Etats, se rappelant les divergences de 
vues des divers corps de la province et pour satisfaire à la 
demande du ministre firent im})rimer leur lettre du 
8 octobre, la réponse de Trauttmansdoi-ff et la note doc- 
trinale qui raccompagnait. Ils les firent distribuei' aux 
différentes administrations en leur demandant leur 
opinion (') . 

Il est curieux de relever l'accueil que rencontra ce 
mémoire si précis sur une question aussi complexe. Les 
clergés de Bruges et de Gaud se bornent, en une ligne et 
sans discussion, à déclarer qu'ils persistent dans leur 
opinion antérieure. Le Franc de Bruges et la ville de 
Courtrai conclurent comme le ministre, mais le premier, 
à raison des circonstances et la deuxième parce qu'elle est 
entouiée de villages qui sont abondamment pourvus de 
grains (jui l'alimentent. La chàtellenie de Courtrai ti-ouve 
dans la note du ministre la confirmation de son opinion, 
tandis que celle d'Audenarde se borne à renvoyer à son 
avis, très détaillé, du reste, émis un mois auparavant. 
Quant au Vieux Boui-g de Gand, rien d'étonnant à ce qu'il 



(') ij) ()ct()l)re 178.1). Ktats de Flaïuh'e. reg. 9<)H. Archives do l'État 
à naiHl. 



affirme que les inconvénients signalés par Tranttmans- 
dorff ne se rencontrent pas en Flandre, à raison du 
nombre de marchés autorisés auxquels les populations 
rurales peusent se rendre sans grand déplacement. Le 
pays de Waes donna, par contre, une pleine adhésion aux 
raisons de la note , il y vit la preuve de la nécessité de 
supi)rimer toute enti-ave à la circulation et à la vente des 
grains. Il renforce même la thèse de Trauttmansdorff et 
de Joseph II en signalant que l'obligation prévue à Tédit 
du 7 novembre n'assure pas l'alimentation des marchés, 
car l'exportation vers le Brabant et les autres provinces 
est permise et suffit pour attirer le commerce des céréales. 

Au moment où il fut consulté, le pays de Termonde était 
plein d'inquiétude causée par la circcnistauce que de nom- 
breux bateaux arrivés chargés de chaux, de charbons, etc., 
repartaient avec un chargement de grains, vers le Haut 
Escaut, eu amont de Gand. Les quantités étaient telles 
que visiblement il ne s'agissait pas d'assurer la subsis- 
tance des Hennuj^ers et des Tournaisiens, mais de faire 
de l'exportation. En conséqueiu'e, ses magistrats consi- 
dèrent qu'il faut republier l'édit de 1771, ou tout au moins 
défendre le transport par bateau sur le Haut Escaut 
au-delà de Gand. 

Bouchante continue à voir beaucoup d'inconvénients à 
la mesure proposée dont il reste adversaire. Assenede est 
d'avis contraire, sauf à siniplil'ier les formalités ; enfin 
Bornhem, sans revenir à la législation de 177 1, voulait qu'à 
chaque vente conclue en ville ou au plat pays, les autorités 
délivrassent une quittance spécifiant notamment la desti- 
nation et que les autorités du lieu de destination en 
remissent une autre à produire dans un certain délai. 

Ces diverses opinions furent exprimées à la fin du mois 
d'octobre ou dans les premiers jours de novembre, (^uand 
elles arrivèrent à Gand, cette dernière ville et toute la 
Flandre étaient abandonnées par les troupes autrichiennes 
et les Etats étaient momentanément maîtres de la province. 



Le triomphe de la Révolution brabaneonue amena le 
retour aux anciens eri-ements réglementaires en cette 
matière. 

Le 22 janvier 1790, les Etats de Brabaut rétablissent les 
princij)ales dispositions de l'édit du 7 novembre 1771 : 
obligation pour tout propriétaire de grains de les apporter 
aux marelles publics, défense d'en aclieter ou d'en vendre 
ailleurs ni d'autres que ceux qui y sont exposés, sous 
peine de confiscation et d'une amende de 10 florins; an 
plat pays, vente permise uniquement aux voisins pour 
leur consommation personnelle avec obligation de trans- 
porter le blé acheté sur le dos ou la tète ; nullité de tous 
conti'ats antérieurs contraires à la nouvelle ordon- 
nance ('). 

Peu de jours après, les Etats jugèrent nécessaire de 
réunir en un seul règlement toutes les dispositions sur la 
matière et leur règlement du 3o janvier 1790 défendit 
toute exportation, confirma l'édit du 22 janvier et rétablit 
toutes les dispositions antérieures relatives à la circulation 
des grains dans la lieue des frontières; il les renforça 
même notamment par des entraves apportées à la mouture 
des grains et par des formalités de contrôle et de sur- 
veillance (■'). 

Ces prescriptions furent encore renforcées par la décla- 
ration du 9 mal"s suivant qui exigea, pour toute vente au 
plat pays dans l'étendue d'une lieue, des acl^eteurs ou ven- 
deurs la déclaration éci'ite du curé eu du i)lns ancien 
éclievin de leur domicile, indi([uant le nom des vendeur 
et acheteur, comme aussi la ((uantité et la qualité des 
céréales vendues (^). 



(•j Art-liives ^l'iiérales du Uoyauine. Coll. i -folio, t. XXIV. 
('-') Ibidem. 
(3) Ibiih'iii. 



- 09 - 

Dans la province de Xamur, les Etats défendirent 
l'exportation vers la province de Luxembourg, de grains, 
denrées, chevaux et fourrages, dans le but, il est vrai, 
d'en enipêclier l'usage par les troupes autrichiennes. En 
même temps, ils défendirent toute exportation vers 
l'étranger (28 janvier 1790). 

Cette ordonnance fut rendue applicable aux céréales 
qui ne faisaient que transiter ])ar la dite province 
(21 mars 1790) ('). 

La Restauration autrichienne laissa subsister la légis- 
lation qu'elle trouva en vigueur. Cependant elle eut 
bientôt une tendance à l'adoucir. Déjà par résolution du 
27 avril 1791, les Etats de West-Elandre augmentèrent la 
quantité de grain qui pouvait circuler librement le long- 
dès frontières (^) et le 16 mai suivant, une déclaration de 
l'Empereur et E-oi révoqua l'édit du 4 avril T789 qui avait 
rétabli le régime ancien dans la distance d'une lieue de la 
frontière et ne laissa subsister que la prohibition d'ex- 
porter les grains, rappelée par la déclaration du 16 mars 
1789, niois non les farines qui pouvaient désormais sortir 
par tous les départements moj^ennant paj^ement des 
droits 1^). Il ne fut porté atteinte à cette dernière liberté 
que par une ordonnance du Conseil des finances, en date 
du 28 avril 1792 (■*>, qui défendit à partir du 10 mai la sortie 
des farines par les ports d'Ostende et de Xieux)ort. 

Chose curieuse, nous constatons vers l'été de l'année 
1791 un mouvement bien marqué en Flandre en faveur de 
la libre exportation des grains. Sur demande d'un grand 
nombre d'administrations, les députés des Etats trans- 
mettent au gouvernement un vœu en ce sens(i8 juin 1791). 
Les gouverneurs répondent que les cii-constances ne i^er- 



(') Archives générales du Rojaume. Coll. imp., in-folio t. XXIV. 

(2) Ibidem. 

{^) Ibidem et Chambre des Comi)tes, reg. n" 69, fol. iS^o. 

{■*) Chambre des Comptes, reg. 69, fol. 84^0. 



- 4o - 

mettent pas encore pareille mesure et demandent des ren- 
seignements sur l'état de la récolte (29 juin et 8 août). 
Ils ne les obtinrent que vers la fin octobre ('). 



* 
* * 



Il a paru intéressant de compléter cet exposé de théories 
et de législation en matière annonaire par quelques 
chiffres indiquant, pour l'époque envisagée, les mouve- 
ments d'importation, d'exportation et de transit des 
céi"éales et aliments assimilés. 

Malheureusement les données statistiques que nous a 
laissées l'ancien régime sont fragmentaires i^i et int-er- 
taines. On ignore comment elles sont dressées i^). 

Tels qu'ils sont, les relevés généraux que faisait dresser 
tous les ans le Conseil des finances, peuvent nous fournir 
de suffisantes données statistiques. 

Nous en extrayons pour les cinq années 1784, 1780, 1786, 
1790 et 1791 (^), les chiffres suivants : 



(') Etats de Flandre, reg. g()S. Archives de l'Etat, à Gaiid 

(2j La collection des Relevés géiiérmix des inurchundises uianu- 
fucliirées et denrées entrées, sorties et transitées par les 21 départe- 
ments des Pays-Bas Autrichiens, ne renferment plus les relevés des 
années 1778 à 1783 inclus, 1787, 1788 et 1789. 

(3) Notamment si les mesures portant la même dénomination mais 
variant d'une localité à l'autre ont été réduites à une mesure coni- 
nume. — Cf. (i. liiGWOOD, Xotes sur les mesures n blé dans les 
anciens Pays-Bas, igoS. 

(■•j Conseil des Finances, n" ûao et ss. Les années 1700 et 1791 sont 
des années de compte : elles commencent au !<■' novembre de l'année 
précédente. Les départements de Iluremonde et de Navagne n'y 
sont pas comi)ris, sauf le poste de dieratte, comjjris dans celui de 
Hervé. — En fait, cette omission est sans imi)orlanco, à raison des 
abonnements en vigueur dans la (Jueldre. 

Cf. ii. BkîWOOI), Les iinjiàts frénérau.s dans les Pays-Bas autri- 
chiens, p. -2^0. 



1784 



- 4i - 

1785 



1786 



1790 



1791 





i 


Entrée 


2.672.874 2.597.224 


2.560.430 2.388.660 3.896.336 


Riz 


) 


Sortie 


45.010 


17.177 


38.857 


15 041 


22.743 


(en livres 


1 


Transit 


277.717 


385.379 


413.942 


488.374 


651.047 


Lentilles 
<en livres) 


\ 
( 


Entrée 
Sortie 
Transit 


5.485 
4.634 

1.758 


1 .559 

286 

1.047 


1.033 
214 

1.000 


347 



367 


456 
143 

277 


Millet 
eu livres) 


1 


Entrée 
Sortie 
Transit 


59.833 

1.213 

15.717 


75.696 V-i 
954 
6.531 


61.364 
114 

6.579 


29 760 



2.490 


349.465 

60 

1.891 


Orge 


1 

\ 
1 


Entrée 


57.358 


36.816 


81.952 


51.526 


46.966 


nn\é et perlé 


Sortie 


2.056 


6.366 


5.157 


123 


1 180 


(en livres) 


Transit 


7.157 


2.070 


7.464 


1.416 


1.900 


Froment 
len lastsj 


\ 
1 


Entrée 
Sortie 
Transit 


1.012 i/s 
5.855 3/4 

585 1/20 


305 3/^ 

4.065 Vî 

391 Va 


1.112 5/g 

14.852 2/3 

273 1/4 


463 V12 
261 1/4 
539 5/12 


911 3/8 

271 

.276=/6 




\ 

1 


Entrée 


989 


864 '/4 


1 .507 1/.2 


733 3/4 


706 >/4 


Seigle 
eu lastsi 


Sortie 
Transit 


5.392 '/4 
320 3/, 


771 !/■• 
504 s/u 


29 990 Vu 

510 11 /.24 


122 ^/4 

290 7'i2 


158 1/2 
119 V.. 


e ou soucriou 

(enlasts) 


\ 
1 


Entrée 
Sortie 
Transit 


1.619 5/l2 

97 3/, 
353/4 


504 2/:; 
184 '-!,, 
28 


1.142 ^^; 
814 3/., 
126 


854 'h 
229 13/,^ 

69 l'/24 


1.0191/6 

223 2/3 

58 1/3 


Epeautre 
(eu lasts) 


\ 


Entrée 
Sortie 
Transit 


307 '/12 
132 "/.,4 
■^08 1/3 


178 

1123/4 

180 


126 5/0 
363 1/:! 
152 i/.J 


01 "/24 

35 15/24 
135 V12 


98 5/6 

69 

186 3/4 


Bouquette 
«n lasts) 


1 


Entrée 
Sortie 
Transit 


431 V"> 

177 5/,., 
205 1/0 


20>'/i2 

7 

IV2 


Î9V2 

418 5/., 
1 


20 1/3 

|51 >/6 

2^/12 


12 H/j, 

292/3 

I7l2 


Métillou 
(en lastsi 


\ 
1 


Entrée 
Sortie 
Transit 


13 s^/,20 
31 2/3 
2 ''ks 


9^12 
1^/8 

45/6 


38 l'/24 

13 2/:j 
■ 51/3 


6 

1^/4 


9 V.2 

1 

7l2 


ais à brasser 
(en lastsi 




Entrée 
Sortie 
Transit 


66 7/8 

1^/8 
193/4 


331/5 
1 

9 


451/2 
5 1/2 
131/2 


58 3/4 
32/3 
25 i/e 


131 l'/iî 

1 

33/4 



42 



1784 



1785 



1786 



1790 



Avoine 
(en lasts) 

Pois 
(eu lasts) 

Fèves 

(en lasts) 

Favelottes 
(en lasts) 

Vèclies 
{en lastS) 

(Ji'iiins mêlés 
vn lasts) 

lariuu 
(cn tonnci 

Son lie farine 
(en valeur^ 

l'iiiu (1l' farine 
icn xah'iir 



Entrée 
Sortie 
Transit 

Entrée 
Sortie 
Transit 

Entrée 

Sortie 

Transit 

Entrée 

Sortie 

Transit 

Entrée 

Sortie 

Transit 

Entrée 

Sortie 

Transit 

Entrée 

Sortie 

Transit 

Entrée 

Sortie 

Transit 

Entrée 

Sortie 

Transit 

Entrée 



513 1/2 
250 "■'/go 
424 3/6 

13 '/s 

19 -Vf. 

9-/3 

10 i'/i2 
62 i/i 

2 *Vl2 

97 1/2 

112 5/,2 

67 Vs 

10 3/, 

2 1/2 
43/4 

38 V4 

109 ''.. 

313 ^3;,8 

645 V2 
S. 433 "li 
56 '"m 

671 11. 

110 n. 
44 11. 



609 V12 

533/3 

471 Vg 

53/4 

2 1/4 

7 -/s 

1 '/4 



3 2/.-! 

13 Vi 

V2 



15 1/2 

2 3/8 
6-/2. 

32 'ix-: 
422 
329 1,2 

540 Vr. 
2.910 ", 
73 

389 n. 
21 n. 

6 11. 



1.327 3/, 
368 11/12 
614 

6V3 

27 3/, 

5V2 

12 Vi-- 
38 ?/g 

33/4 

63 1/3 

197 5/6 

10 •^/40 

(■) 1/fi 

1 7.1 



9001/04 1.(560' 

17 V2 ( 

150 5/,., 1: 



" "/(■. 
366 
Ô71 ',., 

720 11/,, 
7.713 3/, 
5!» 1/4 

476 fl. 
17 11. 

:. n. 



•^.(ill 11. 3.153 fl. 5.1(;i 11. 
1.535 fl. 3.412 fl. 3.33-1 fl. 

60 n. !I5 11. 747 11. 



(•liiins cn j^erhi-s l 
d»! toute csiieoe • Sortie 
I. n c'Iiar.'eK | Transit 



855 ^V, 
J53 1/4 
.396 1'.. 



341 •/,, 345 i/,o 

(\9 1 4 124 î'/io 

158 i/i 143'/.. 



8 '/lî 
'/12 
6 1/g 

34 5/,s 
14 1/2 

2 \',2 

58 s/g 
193 Vs 

3 ^«/24 
18 '/3 

1 

4 '/g 

208 2/., 

24 1/3 

452 -"/G 

464 2/3 
1.514 -'s 

252 11/12 

167 11. 

18 n. 

(• n. 

1.6ir. (1. 

2. 854 11. 

376 H. 

1 20 1/.2 
11 
10 



- 43 - 

Ces chiffres appellent quelques brèves observations. 

Ce qui frappe tout d'abord, c'est leur faiblesse. Les 
quantités sont en général, tant à l'entrée qu'à la sortie, 
minimes, si l'on excepte le riz que notre pays ne produit 
pas. La presque totalité de la production nationale est 
consommée dans le pays et suffit pour alimenter la ]iopu- 
lation ('). 

Si à cet égard, nous considérons particulièrement le fro- 
mentetleseigle, noiisrelevons de faibles importations etdes 
exportations relativement importantes pendant des années 
normales, et nulles pendant les deux dernières, période 
de crise, de bouleversement politique et d'insécurité. 

Le deuxième trait caractéristique consiste dans les 
variations extrêmes des chiffres, spécialement de ceux de 
l'exportation et du transit. Ici, c'est la législation qui 
explique le phénomène. Les chiffres élevés de l'exportation 
du froment et du seigle en 1786 s'expliquent par ce fait 
que dès la fin de l'année précédente (26 novembre 1785) 
pour le premier et dans le courant de cette année pour le 
deuxième, la sortie fut libre. Le soucrion, l'épeautre, la 
bouquette et l'avoine présentent aussi un relèvement à la 
sortie due à la même cause. Par contre, les deux dernières 
années considérées sont des périodes de prohibition et les 
quantités exportées sont ramenées à peu de chose. Quant 



(1) Cette constatation est confirmée par les renseignements statis- 
tiques envoyés le 21 octobre i^jj! par les députés des Etats de 
Flandre aux Gouverneurs, sur l'état des récoltes en Flandre. 
Tout en faisant de prudentes réserves sur lexactitude des chiffres 
fournis, ils ajoutent ([u'on était daccord que les grains « excèdent 
» de beaucoup le nécessaire à la consommation nonobstant l'aug- 
» mentation des troupes de Sa Majesté IP'mpereur et des français 
» émigrés qui auroient i)u ai)porter quelques changements ». Le 
tableau porte que la récolte de 1791 s'élève à i.5ii,363 sacs, qu'il 
restait en magasins des l'écoltes antérieures, 2(Jo.255 sacs, ce qui 
donne un total de 1.771.(518 sacs pour une consommation de 
1.218.701 sacs. (Etats de Flandre, n" <)()8.) 



-44- 

aux farines , l'augmentation sensible de l'exportation 
de 1791 sur celle de l'année précédente s'explique par la 
liberté de sortie accordée le 16 mai 1790. 

Si maintenant nous voulons pénétrer quelque peu dans 
le détail et rechercher les départements par où s'effec- 
tuaient généralement l'entrée et la sortie, nous pouvons 
faire quelques constatations intéressantes. 

Le froment et le seigle sont principalement importés par 
le département de Hervé ; puis viennent les départements 
de Tournai, Chimai, Namur et Tirlemont. Quant à la 
sortie, quand elle est tolérée ou permise, elle s'effectue 
presque exclusivement par les départements septentrio- 
naux, Bruxelles, Ostende, Anvers, Bruges. 

C'est dans les provinces wallonnes et le Luxembourg, 
que se concentre le commerce international de l'épeautre 
et de l'avoine 

Comme il se comprend, le riz pénètre en Belgique par 
les départements de Bruxelles, Anvers, Gand, Bruges et 
Ostende ; il en sort surtout par Bruxelles. Anver.s et à un 
moindre degré, Luxembourg. 

L'introduction des farines s'effectue d'une façon sensi- 
blement la même par tous les départements, mais l'expor- 
tation se fit surtout par Bruxelles et les départements 
flamands. 

Marche, Hervé, Chimai sont ceux où l'on importe le 
plus de pains de farine, et Namar, Tirlemont , Saint- 
Nicolas sont ceux d'où l'on les exporte. La situation géogra- 
phique de ces départements expliquent leur prédominance 

respective. 

G. BIGWOOT). 



LETAT DES ETUDES TOPONYMIQ_UES 
EN BELGIQUE 



I. — A diverses reprises, dans les iiitroductious de 
leurs travaux de toponymie, nos auteurs ont jugé bon de 
démontrer l'utilité de cette science encore neuve et d'en 
j-appeler les antécédents. En coordonnant ces notes frag- 
mentaires, il serait facile de composer une histoire de la 
toponymie en Belgique. Mais, bien que courte, elle 
dépasserait le cadre de ce rapport. Nous nous contenterons 
d'indiquer ici les passages où les curieux pourront se 
documenter. 

I" La Frontière linguistique de M. Kurtli (t. 1, p. 6) 
rappelle la grosse question posée par l'Académie royale 
en 1822, sur l'origine de la différence de langue en 
Belgique, le mémoire de Raoux, la réplique de Meyer. 
En somme, cette question de 1822, prématurément posée, 
aboutit au livre de M. Kurtli, qui en est une réponse 
éloignée de soixante-quinze ans. Preuve qu'il n'est pas 
toujours mauvais d'attirer l'attention sur des questions 
prématurées. 

2° A. -G. Cliotin, dans les Prolégomènes à ses Études sur 
les noms de villes, bourgs, villag-es, hameaux, rivières et 
ruisseaux du Bradant, publiées en 1859, remémore les 
appels faits par le ministre de l'Intérieur aux Commis- 
sions provinciales de statistique en 1848, les mémoii'es de 
Willems, de J.-J. de Smet eu i85o, puis l'appel fait par la 
Société provinciale des sciences, arts et lettres du Hainnut 



-46 - 

pour obtenir une toponymie du Hainaut. On ne visait 
alors que les noms géographiques et on ne songeait jjas 
encore à une exploration toponj^mique minutieuse. Cliotin 
eut le prix. Son mémoire, imprimé en 1857, est refait eu 
1868, après une seconde étude, celle sur le Brabant, qui 
est de 1859. 

3° Dans l'intervalle, avaient paru les deux travaux de 
Grandgaguage, le Mémoire sur /es anciens noms de lieux 
de la Belgique orientale, i854, et le Vocabulaire des 
mêmes noms, 1869. Signalons ici, dans le même ordre 
d'idées, le remarquable travail de Piot sur lea pagi de la 
Belgique, 1876, 

4" La même introduction de M. Kurtli (p. 11) signale 
une proposition laite en 1877 i^ar le curé Sulbout à 
VInsiitut archéologique du Luxembourg, tendant à faire 
recueillir en détail la toponymie de cette province. Le 
dixième volume des Annales de rinstitut archéologique 
du Luxembourg- (1878, pp. viii-ixj, retrace cet épisode 
et la fin de non-recevoir opposée à Sulbout. 

5"^ IjCs appels réitérés de M. Kurtli depuis i885 en vue 
d'obtenir des sociétés d'archéologie du pays des glossaires 
toponymiques de communes sont piésents à la mémoire 
de tons. Ils ont été raj^pelés dans la même intioduction 
de la Frontière linguistique, dans celle du Glossaire 
toj)onyini(iue de Tongres. par Ulrix et Paquay ;i9o8), 
laquelle ne mentionne même que les efforts de M. Kurth, 
son Glossaire toponymique de la Commune de Saint-Léger 
et son intervention dans ce sens à la Société d'Art et 
d'Histoire du diocèse de Liège. 

6. Enfin la propagande entreprise par la Société liégeoise 
de littérature wallonne a été récemment mise en lumière 
l)ar yi . Lmile Dony dans son article intitulé Pour latopo- 
nymie (Revue des Humanités, mars 1908) et par la biblio- 
graphie que fournit sur la question le Liber memorialis 
de la même société (Bulletin de la Société liégeoise de 
littérature wallonne, t. XL VII, 1908, pp. 58-59). 



- 47 - 

En réuiiissuiit ces divers écrits, le lecteur qui le débire 
aura une idée des divers aspects sous lesquels on a envi- 
sagé la question des recherches topony iniques en Bel- 
gique et des faits qui jalonnent cette histoire. L'étude des 
noms de lieux peut, en eilet, se faire de diverses manières 
et à divers points de vue. Elle peut être entreprise en vue 
d'une démonstration d'ordre historique, comme celle des 
])agi ou de la frontière linguistique. Elle peut se proposer 
une fin linguistique, l'explication des noms eux-mêmes, 
dont l'historien et l'archéologue pourront ensuite tirer 
parti, à leur tour, pour étayer leurs thèses, telle la Topo- 
nymie naniuroise de Roland. Elle peut se proposer sim- 
plement de diesser le catalogue systématique des noms de 
lieux d'une commune, d'une province, d'un pays. Ce qui a 
été reconnu le plus immédiatement nécessaire, c'est ce 
dernier genre de travaux. Un des meilleurs conseils qu'on 
puisse donner à des chercheurs en quête de sujets est 
celui-ci : « Faites-nous le glossaire toponymique de votre 
commune». C'est ce qu'a prêché longtemps M. Kurth et 
après lui la Société wallonne. 

II. C'est un lieu commun, aujourd'hui, de démontrer 
l'utilité de ces glossaires aux historiens et aux linguistes ; 
ce n'en est pas un du tout de la démontrer aux autres, à 
ceux précisément qui auraient les loisirs, les connais- 
sances requises pour composer ces recueils. Et c'est 
depuis peu même que les sociétés archéologiques, en géné- 
ral, sont converties à l'utilité et à la possibilité de l'entre- 
prise. Ecoutez-en l'exemple instructif : il expliquera pour- 
quoi les meilleures idées doivent suhir un si long stage 
avant de produire des fruits. 

Sulbout avait donc proposé, en 1877, que l'Institut 
archéologique du Luxembourg s'adressât aux instituteurs 
afin d'obtenir la désignation des lieux dits et des petits 
cours d'eau sous leur prononciation locale. Le secrétaire, 
yi. Dupont, dans son rapport d'octobre 1877, quelques 



- 48 - 

mois après la mort de Sulbout, qui n'eut pas l'occasion de 
répondre, reflète ainsi l'opinion du comité permanent : 

« Messieurs, nous vous ferons observer d'abord qu'il 

y a une quantité innombrable de lieux-dits, et, dans 
notre province, montueuse par excellence, un nombre 
considérable de cours d'eau. 

)) Réunir tous les noms de ces ruisseaux et de ces endroits 
exigerait un travail énorme : et quel serait le fruit d'un tel 
labeur ? Nul n'ignore, Messieurs, que la plupart des lieux- 
dits doivent leur nom à des circonstances fortuites, à des 
accidents ou à des événements le plus souvent sans impor- 
tance ; qu'endroits et ruisseaux tirent leur dénomination 
presque toujours de leur aspect, de leur situation, de la 
nature du sol ou de celle de l'eau : en un mot ils l'em- 
pruntent généralement à des faits qui n'offrent guère 
d'iutérêt ni de caractère historique, et il serait téméraire 
de tirer de ces appellations des inductions à l'aide 
desquelles ou prétendrait éclairer le passé. 

)) Il faudrait, en outre, compulser des montagnes 
d'archives et faire des recherches infinies à travers les 
anciens registres de l'enregistrement et des lij^pothèques ; 
car ces dénominations changent fréquemment de généra- 
tion en génération, preuve manifeste qu'il ne s'y attache 
le plus souvent que peu de valeur historique ; enfin 
beaucoup de ces noms se sont altérés dans la bouche 
du peuple, au point qu'il est impossible de les reconstituer 
dans leur état primitif. 

» J'ajoute, pour terminer ce point, que les noms des 
lieux-dits, dont ladénoraination aurait quelque importance 
par le fait qu'elle se conserve à travers les âges, sont 
consignés pour la plupart dans les atlas cadastraux et 
dans ceux des chemins vicinaux, où il est facile de les 
trouver. 

» Ainsi, Messieui-s, le Comité pei'manent ne méconnaît 
pas l'utilité que pourrait offrir le recensement général 
réclamé par notre regretté confrère ; mais il est d'avis 



- 49 - 

qu'il est impraticable à cause de riiifinité de ces noms, de 
leurs variations continuelles et de la difticnlté qu'il y 
aurait à contrôler les indications fournies par les institu- 
teurs. Il serait plus pratique de se borner à demander des 
indications sur les noms locaux paraissant avoir un sens 
véritablement historique : c'est une question à examiner 
iiltérieurement. » 

Bien que la toponymie eut fait son entrée dans le monde 
avant 1877, ne soyons pas trop sévères pour cette fin de 
non-recevoir opposée à l'intelligente initiative de Sulbout. 
Trente ans se sont écoulés depuis : trouverait-on, aujour- 
d'hui, un beaucoup pins grand nombre de lettrés qui 
comprissent l'importance et le rôle de la toponymie? 
Le rejet de la proposition ne nous scandalise pas ; ce qui 
nous a semblé hautement intéressant, ce sont les considé- 
rants du refus, qui sont toujours d'actualité. Eemercions 
donc les honorables archéologues qui se sont dévoués pour 
donner une formule — excellente, ma foi, — à des objec- 
tions topiques, qui n'ont pas» encore cessé de refleurir 
fidèlement ; puis examinons-les. Xous échappei'ons aiuï^i 
à l'ennui de parler dans le vide et de paraître tisser des 
lieux communs sur l'utilité et sur la possibilité des 
recueils toponymiques. 

Le premier ordre d'arguments se rapporte à la difficulté 
du travail. « Quantité innombrable..., ouvrage énorme..., 
compul.'^er des montagnes d'archives..., recherches infi- 
nies... », tel est le premier cri. Mais pourquoi les savants 
se réunissent-ils en sociétés, sinon pour oser des travaux 
que redouteraient la faiblesse individuelle et la brièveté 
d'une seule vie ? A moins qu'on ne fasse alliance pour 
supporter à quarante le travail d'un seul etnencourir qui 
le quarantième de responsabilité ! 

(( Difficulté de contrôler les indications fournies })ar 
les instituteurs ». Ainsi ce sont les instituteurs qui 
travailleront, et la société scientifique, n'ayant dans cette 
liypothèse que la charge de contrôler leur tiavail. la 



jugerait encore trop lourde ! Cette besogne ne sera pas 
trop lourde : elle sera facile ou impossible ; facile, si le 
ooiitiôleur sait son métier de philologue ; impossible, s'il 
ne le sait pas. Pourquoi demande-t-on aux instituteurs 
(j'ajouterai aux prêtres, aux secrétaires communaux, aux 
gardes forestiers, aux géomètres du cadastre, aux notaires 
ou agents des notaires) de dresser des listes topouy- 
miques ? Ce n'est point dans l'intention de faire faire par 
les étrangers l'œuvre de la Société. Cette œuvre se divise 
en trois parties. La premièi'e, qui est la collecte sur place, 
est impossible à la Société sans correspondants dévoués : 
celle-ci ne peut sérieusement songer à se transporter dans 
les 2620 communes belges, à étudier longuement le terri- 
toire et à interroger cent mille personnes. Au contraire, 
ce travail, réduit à une commune, est un jeu pour celui 
qui vit dans sa commune et la connaît depuis quarante 
ans. 11 n"a qu'à parler de ce qu'il sait, il n'a qu'une com- 
mune à décrire. Demander les matéi'iaux bruts à celui 
qui détient les matériaux^ c'est, croyons-nous, une dé- 
marche et une dépendance nécessaires, honorable pour 
celui qui fournit ces renseignements, nullement honteuse 
l)oiir celui qui les leçoit. Ce n'est pas un édifice tout 
construit qu'une société demande à cet homme expert, 
mais seulement de (juoi le bâtir. Et jnême, comme ces 
matériaux sont de deux sortes, modernes et anciens, il 
conviendra de i)artager la besogne, de demander les noms 
modernes aux topographes, les anciens aux ai'chivistes. 
(^hi'un arclii\iste s'abouche avec un ami (jui e>t sui- les 
lieux, ou (pic le cotinai>scur des lieux s'abouche avec un 
archivi.sie, ou ([u'un homme soit assez compétent pour 
assunu-r le> deux ouviages, ou (pie la Société suggère le 
traxail a deux per>()nnes qu'elle associe, ou enfin qu'elle 
consente à lecevoir deux ouvrages i)artiels pour les 
coordonnei' elle-même, ce sont des arrangements acces- 
soires qui peuvent se plier à diverses variations. 

La seconde opération peut s'appeler le coutiôle des 



— 31 

matériaux. La troisième est le travail de mis^e en œuvre. 
L'une et l'autre sont du ressort d'une société arcliéolo- 
gique. Le contrôle exige un concours de connaissances 
diverses, topographie, paléographie, philologie avant tout. 
Il y faudra de la psychologie aussi ; disons plus sim- 
plement l'expérience des fautes que les correspondants 
peuvent commettre, car il faut leur reconnaître le droit de 
se tromper. 

On paraît douter ensuite de l'utilité de l'entreprise ou 
du moins on affirme que le résultat ne serait point en pro- 
portion du labeur. On insinue que ce qui a seul quelque 
valeur est connu par les atlas du cadastre et des chemins 
vicinaux, que le reste est fugitif, fantaisiste, sans portée, 
et d'ailleurs corrompu. Que d'erreurs en peu de mots 1 
Les atlas précités sont utiles, mais, faits souvent par des 
étrangers, ils estropient les noms d'une façon si naïve 
qu'elle déride les fronts les plus moroses. Ce sont 
des documents bons à consulter, rien de plus ; ils ont 
d'ailleurs été composés pour enseigner les voies et les 
biens, nullement pour enseigner les noms. Que les noms 
changent, est-ce une raison pour ne pas les recueillir? Si 
on veut dire par là qu'ils subissent des variations phoné- 
tiques, c'est un malheur qui leur est commun avec tout 
être existant, animal, plante, idée, vocable. Si on veut 
dire par là qu'ils ont une vie très éphémère et que la topo- 
nymie d'une commune se transforme complètement à 
chaque génération, c'est prendre l'exception pour la règle : 
la vérité est que la plupart des dési<>,natious sont stables. 
Et pourquoi d'ailleurs l'éphémère ne contiendrait-il pas en 
soi un enseignement? Enfin il faut relever cette idée que 
les noms historiques seuls contiennent un enseignement 
historique. Je crains de découvrir en cela quelque immense 
illusion. Les grands noms ne recèlent rien de plus poé- 
tique ni de plus mystérieux que les petits : les anciens, 
rien de plus que les modernes. Rhône et Rhin signifient 
cours d'eau ; Latium, Campanie, Champagne et Flandre 



— 32 — 

signifient plaine : Gand, Condé, Coblenz. Gemiind signi- 
fient confinent ; Bruxelles doit son nom à qnelqnes bois 
marécagenx ; nn gué, nn pont, nn bouquet d'arbres, une 
colline, une source 07it suffi, autrefois comme aujourd'hui, 
à dénommer les lieux. Bref, ce ne sont pas les résidus 
étymologiques que peuvent laisser les anal^^ses des noms 
qui ont le plus d'importance pour l'historien, ce sont les 
circonstances qui entourent le fait même de la dénomi- 
nation ; ce sont les renseignements qui résultent de 
groupes de noms identiques. Ce ne sont donc pas 
nécessairement les noms obscurs et anciens qui ont seuls 
quelque chose à nous apprendre. D'humbles matériaux 
sans importance poui- le linguiste peuvent donner à l'his- 
torien d'utiles indications sur le régime de la propriété, 
sur les éi)Ctques de défrichement et de colonisation, sur 
l'industrie, sur l'aspect ancien du pays aujourd'hui assé- 
clié, essarté et fertilisé, sur la nationalité des occupants 
d'une région. Il y a deux ans, au Congrès de Gand, un 
habile archéologue, M. Louis Stroobant, a montré victo- 
rieusement comment des noms encore parfaitement intel- 
ligibles pour les Campinois peuvent être révélateurs d'an- 
ciens bois sacrés ou de nécropoles historiques ('). Combien 
de fois le nom de lieu n'a-til pas inspiré ou guidé l'archéo- 
logue dans ses fouilles? Les toinbeiix, les hosier{, les 
paradis ou liemcl, les wérixhas, les -sart, les -hein, les -la, 
les -lé, les -uille nous instruisent à la façon des médailles 
et des urnes. Un groupe de noms insignifiants aura sa 
signification ethnologique ou écouoniique à des yeux 
avisés. 

Nous sommes donc peu touchés de cet argument que 
beaucoup de noms de ruisseaux, de champs, de prés, de 
bois seront d'une grande banalité. D'abord, ils ne pren- 
dront pas dans un recueil plus de place qn'ils ne valent. 
Il (Ml est (ju'il snffii-;i de citer. Ensuite il n'imjiorte pas 

(') A iiii;il('.s (lu .VA'' Coiiiirès. (JmiuI. I!)<'-. pp. i>,S")-o(j(5 



— 53 — 

que les glossaires toponymiques des 2620 communes de la 
Belgique soient publiés à purt et forment une littérature 
immense : il importe que, pour un travail d'ensemble, une 
société, la Saciété wallonne ou toute autre, possède en 
manuscrit le relevé des désignations toponymiques des 
communes belges. 

TII. S'il s'agit maintenant de dénombrer ce qui a été fait 
jusqu'aujourd'hui dans ce sens, je ne puis compter comme 
glossaires de communes les travaux trop partiels de 
de Smet, de Cliotin, de Tarlier et AVauters, de Tandel ; ni 
les listes qu'on trouve dans divers dictionnaires topogra- 
pliiques, tels ceux de Delvaux de Fouron, de de Uyckel, de 
Vandermaelen, de Jourdain et de Van Stalle ; il ne s'agit 
ici que de glossaires de communes. Nous avons donc, à 
ma connaissance du moins, Le Hœulx ('), Saint-Léger (^), 
Saint-André lez-Bruges (^'), Braine-le-Comte {*), Bilsen (^;, 
Franco rcliamps C^i, Jupille C), Spal*), Tongres (''1, Grouy lez- 
Piéton ('•*), Forges lez-Chimay ("), Beaufays O^i, Aj^eneux ('^j. 



(') J. MONOYEK, Les noms de lieux du caiilon du RœiiLx, Mons, 1879, 

(•) G. KURTll, Glossiiire to/)oiiyini</iie de lu comninne de Saint-Léger-, 
Namur, 1887. 

(3) Aug. Vax Speybrouck, dans Annales de In Société d'Emulation, 
Bruges, 1889. 

{*) C. DUJARDIN et J. Croquet, Toponymie de Braine-le-Comle, 1898. 

(^) C. HUYSMANS et J. CUVEI.IER, Toponymische Studie over Bilsen, 
1897. Publié par l'Académie flamande. 

(^) A. CouxsoN, Glossaire toj>onymique de Francorcliamps, dans 
Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne, t. XLVI, 1906. 

(^jE. Jacquejiotte et J. Lejeune, Glossaire to/jonymicjue de la 
commune de Jupille, même collection, t. XLIX, 1907. 

(Sj A. BODY, Toponymie de Spa, même société, inédit, i<,;o4. 

('•') E. Ui,rix et J. PaqUAY, Glossaire toponymique de la ville de 
Tongres. Tongres, 1908. 

(10) L.-J. Jacquet, dans la Semaine religieuse de Gouy, J908. 

(11) E. DONY, Toponymie de Forges-lez-Chimny, dans Bulletin de la 
Société liégeoise de littérature wallonne, 1. LI, 1909. 

'12-13) J, Le.ieune. Paraîtront dans le Bulletin de la Société liégeoise 
de littérature wallonne eu 1910 et 1911. 



- 54- 

Les histoires des oomniunes contiennent souvent un 
chapitre plus on moins copieux consacré aux noms de 
lieux. Pour ne pas remonter jusqu'aux travaux de Tarlier 
et Wauters sur les communes du Brabant, et de Tandel 
sur les communes luxembourgeoises, citons, par exemple, 
le glossaire toponymique annexé à VHistoire de la bonne 
ville de \]^aremme, par M. A. de Ryckel (V); la table des 
lieux dits et la carte que M. Louis Darras a insérées dans 
S£i Notice sur Vogenée lez- Walcouvt ; le chapitre consacré 
aux lieux dits dans VHistoire de la ville de Limbourg, 
par M. J. Thisquen (^). Dans les Communes namiiroises, 
excellentes monographies historiques publiées depuis 
1905 sous la direction de MM. (V-G. Roland et L. Lahaye, 
un chapitre de topographie ionrnit un certain nombre de 
noms pour Auvelais, Arsimont, Hemptinne. Xous souhai- 
tons que les auteurs ne craignent pas de donner une 
extension plus grande à leurs listes pour les monographies 
ult('M'ieur(ïs. 

D'autres glossaires sont en l'ormation. MM. Ulrix et 
Paquay annoncent dans leur Toponymie de Tongres. 
p. 3G, un glossaire de Berg, et, p. 05, un glossaii-e de 
s'IIeeren Eldei'cn. Le titre d'ailleui's promet encoi'e 
davantage et le phm imprimé du travail d'ensemble 
comportait, outre Tongres, la toponj'mie de dix communes. 
M. Jean Lejeune, de Jupille, continue ses excursions à 
travers les communes limitrophes de son paj's et le déi)ôt 
des Archives de Liège. M. rab))é .1. Bastin compte nous 
donner piochainement la toponymie de Malmedy. Deux 
autres auteurs ont entrepris le glossaire de la commune 
de Polleur. Xous comptons refaire celui de .Jalhay, 



(') Dans liiilli'liii (le l;i Socii'lé d'Art el d'IIisloirc du Diocèse de 
Liéi^e. 1 \'. p. ilifi-iS:"). Sur ce glossairi', cf C. KriMil. /..■/ Fronfière 
liiifriiisli(iiie, t. 1, ]). i.')7. 

t^' Dans Bidlclin de /<•» Société iwi-nie/oise d'nrrhéoloi^ie el d'/tistoirc, 

t. X. loos. 1». •2^:-t>-H. 



ébauché jadis pai- feu .r. -S. Renier ('). Tl est donc permis 
d'espérer que l'impulsion donuée ne s'arrêtera plus. 

Le travail d'ailleurs deviendra d'autant plus facile que 
les auteurs auront plus de modèles entre les mains. La 
Société liégeoise de littérature wallonne ne ménage ni les 
récompenses ni ses peines. Les rapports critiques qu'elle 
publie depuis 1895 (-' abondent en conseils à l'adresse des 
auteurs éventuels. 

Les glossaires to[)onymiques les })lus difficiles à com- 
poser sont ceux des communes dont remi)lacement est 
occupé par quelque grande ville, ancienne et pleine 
de souvenirs, comme Liège et Tongres. I^à, en effet, 
riiistoiie locale, dans ce qu'elle a de plus minutieux, peut 
seule rendre raison des dénominations multiples que les 
rues, les places, les monuments, les maisons importantes 
ont reçues dans la suite des temps. C'est avec les archives 
surtout que ces glossaires doivent être composés, et ils ne 
peuvent être de simples glossaires. D'autant plus faut-il 
savoir gré de leui- oeuvre aux deux auteurs de la Topo- 
nymie de Tongres, et, à M. T. Gobert, de son énorme 
et savant travail sur Les Rues de Liège. 

IV. Mais, pour être fécond, le travail doit être bien 
organisé, (^u'a-t-on lait })Our guider dans leur (xMivre les 
cheicheui-s de bonne volonté ? Dans cette (question de 
méthode, il y a trois choses à examiner : 1° (|uels 
matériaux l'ecueillir? ; -2" comnient procéder pour les 
recueillir ? ; 3' comment les exposer en un ouvi'age ? On 



(') Voyez le rapi)ort inséré anv oe travail (Unis Bulletin de la 
Société Uéifcnise de littérature uniUoune, X . 3S, p. 19-12G. Le inrinoire. 
reiuln à l'auteur, na jamais été remanié ni imprimé, (viuaiul nous 
sommes rentré en ])ossession du travail, à hi mort de l'auteur, 
le manuscrit était à moitié carbonisé. 

(-1 Voir la l)i1)liograi)liie de la i)artie loponymique dans le Lilier 
mciiiori.ilis . 



— 56 — 

paraît beaucoup mieux d'accord sui- les deux i>renners 
points que sur le troisième. 

i'''' point. Il s'agit donc de composer une œuvre surtout 
ou exclusivement documentaire. Il y a à recueillir les 
noms actuels; les formes anciennes des noms actuels, les 
noms anciens qui sont tombés dans Toubli, sous leurs 
diverses formes ; à identifier le nom et l'objet ; à 
expliquer la convenance du nom à l'objet. Ce dernier 
article a seul besoin d'éclaircissement. 

Si les reclierclies sur le nom avaient i:)our but de mieux 
faire connaître le lieu, le travail serait d'ordre topogra- 
phique, ou géographique, ou cadastral. Mais, en ce cas, il 
est visible que le nom ne serait (ju'une des caractéris- 
tiques du lieu, une des moins importantes peut-être. Ici, 
au contraire, les renseignements relatifs au lieu n'ont 
(l'auti'e but que d'éclairer le nom ; ils sont subordonnés 
au nom : le tiavail est d'ordre linguistique. Sans doute 
le nom seul, sans la connaissance de l'objet, nous 
intéresserait moins, il serait moins clair. Le nom a 
besoin, comme on dit, d'être identifié avec l'objet. Le 
toponymiste doit donc nous montrer l'objet juste assez 
l)Our nous intéresser au nom, et par les attributs qu'il 
juge à même d'éclairer la désignation. 

•j" point. Les noms, on les recueille à des sources 
diverses : à la tradition orale, pour l'usage actuel ; à la 
tradition écrite jjour le passé. Les sources de la tradition 
orale sont : les connaissances propres de l'auteur en pre- 
mière ligne ; l'enquête auprès des gens experts, des vieux 
habitants du paj's, de ceux qui, par métier, doivent mieux 
le connaître, par exemple les secrétaires communaux, les 
gardes-forestiers et les gardes-champêtres. Les sources 
écrites sont les chartes, les documeuts d'archives, les 
cartes, les livres conceinant la région. 

L'identification se fait, pour les noms modernes, sur le 
teiiain, en s'aidant des connaissances des gens experts 
cités plus haut, en s'aidant des eaites existantes, en faisant 



pour mémoire des croquis sur place. La vue du terraia 
suggérera nombre d'explications topographiques et autres 
qui trouveront place dans l'articulet consacré à chaque 
nom. Pour les noms anciens périmés, l'identification ne 
peut se l'aire (j[ue pour autant que les documents four- 
nissent des points de repère. Il ne suffit pas de parcourir 
rapidement les archives pour ne recueillir que les formes ; 
il faut souvent prendre note du contexte qui mentionne 
les lieux voisins, le propriétaire, l'étendue, la nature du 
sol, ou d'autres particularités utiles. 

L'objet étant dénommé en raison de ses attributs, non 
de tous, mais de l'un ou de l'autre, qui peut être fort 
accessoire ou fort extrinsèque, ce serait maigre de se 
contenter d'inscrire un nom à une certaine place sur une 
carte : il faut expliquer, si on le peut, le rapport entre le 
nom et l'objet. 

3" point. 11 s'agit uuiinlenant d'exposer les renseigne- 
ments recueillis. Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'un glos- 
saire topou3^mique est formé d'un cei'tain nombie d'ar- 
ticles, tous sur le même type. Avant de nous introduire 
dans le détail des noms de lieux, il convient que l'auteur 
crée des chapitres d'ensemble qui nous orientent, en nous 
montrant la commune par ses traits essentiels et à vol 
d'oiseau, en nous faisant connaître l'état actuel du pa3's et 
même un peu, s'il est possible, son passé. Nous avons 
besoin de ces chapitres généraux pour nous intéresser au 
sujet. 

Dans le corps de l'ouvrage, quel type d'article ei quel 
ordre ado[)tcr? Ou peut réduire à deux les types d'article 
que nous offrent les travaux imprimés. L'un est celui des 
toponymies de Saint-Léger, de Francorchamps et de 
Forges ; l'autre est celui de la toponymie de Jupille. Cha- 
cun a ses avantages particuliers ; le premier mode condense 
moins la matière et se laisse lire plus facilement. Le 
second mode, imaginé par M. Haust pour l'édition qu'il a 
donnée de la toponymie de Jupille, a le mérite de mieux 



— 58 — 

préparer les matériaux en vue d'un classement général. 
L'écueil à éviter dans le premier cas, c'est la diffusion ; 
dans le second cas, c'est la sécheresse. Peut-être y aurait-il 
moyen de combiner la forme méthodique du second mode 
avec l'allure plus humainement narrative et descriptive 
du premier. Quelque système qu'un auteur adopte, il doit 
nous donner des articles significatifs et qui se prêtent à la 
lecture. Ce serait un leurre de composer maintenant un 
travail illisible avec l'espoir que, dans cinquante ans, on 
s'en servira plus facilement pour une œuvre d'ensemble. 
Il faut que les auteurs se donnent la peine de rédiger, 
d'exposer clairement, sans verbiage et sans concentiation 
trop savante, des renseignements qui seiont ti'ès variés 
d'ailleurs, et d'autant plus intéressants que souvent ils 
auront été recueillis sur place et non empruntés à des 
livres. 

Voici le minimum de ce que doit contenii- un article : 

En tète, le non] moderne, dans la langue du terroir, 
accompagné du nom officiel francisé, s'il y eu a un. tSi l'on 
croit nécessaire de donner la priorité au nom officiel, 
comme étant un nom universellement connu (ex. Char- 
leroij, nous n'y voyons ]^as d'inconvénient. L'ordre des 
articles seul en sera i)eut-ètre parfois légèrement modifié. 
Miiis si le nom n'a de traduction que les traductions sou- 
vent maladroites ou fantaisistes des tabellions et des géo- 
mètres, il faut adopter la forme patoise, qui a le méiite, 
elle, d'être vivante. Enfin quand des formes anciennes 
seules exi.stent, faut-il choisir la plus ancienne? Elle est 
respectable, certes, nuiis elle peut être singulièrement 
altérée, soit ])ar ignorance du scribe, soit par quelque 
antre accident. 11 vaut mieux, à noire avis, t-lioisir la plus 
fidèle, qui ne sei'a pas très difficile à déterminer pour peu 
qu'on ait des variantes. L'arbitraire, qui ris(jue défausser 
parfois le choix, nous parait moins dangereux que la 
îiécessitc de suivre une grai)hie qui peut êti'e absuide, qui 



— 39 — 

d'ailleurs, étant la plus ancienne aujourd'hui, pourrait être 
détrônée par quelque autre forme antérieuie demain. 

En second lieu vient le tableau des variantes du nom 
recueillies dans les anciens textes imi)riuiés et manuscrits. 
Ce tableau n'a d'autie but que de i'ournir une idée appro- 
ximative de l'ancienneté du nom, cbose dont l'IiistorieTi 
peut se servir, et de donner les cléments compaiatifs pour 
la restitution exacte et l'explication d'un nom obscur. Il 
faut en tout cas s'assurer de l'accord entre les noms 
modernes et la tradition, car des noms modernes qui 
aj)paraissent a priori très clairs et très simples sont por- 
fois dus à des déformations par étymologie populaire. 
Celui qui entreprend ces recherches à travers les archives 
n'a pas besoin qu'on lui di.<e dans quelles pièces et dans 
quelles collections il a chance de rencontrer de nombreuses 
formes et indications toponymiques. S'il n'est archiviste 
lui-même, il sera renseigné à souhait par les archivistes 
de nos giands dépôts. Peut-être serait-il bon ici do mettre 
les néophytes en garde contre les excès de zèle, les lectures 
fastidieuses sans utilité réelle. S'il est intelligent, par 
exemple, de noter que telle forme est isolée, accidentelle, 
et que telle autre est la forme ordinaire, ce ne serait guère 
comprendre le but de ces recherches que de compter com- 
bien de centaines de fois une forme se rencontie dans les 
quatre-vingts volumes des registres aux œuvres d'une 
commune Dans le travail définitif, ces indications se 
donnent par la date et par la mention de la collection, du 
registre et de la page en abréviations convenues, assez 
claires pour renseigner celui qui désire vérifier, pas assez 
étendues pour arrêter le profane qui cherche dans pareil 
ouvrage des connaissances plus simples. 

De même que la synonymie, le reste de l'article a pour 
but d'éclairer le terme en apportant ce que la topographie 
et l'histoire locale peuvent fournir. Quelle est la nature 
de l'objet? Où est-il situé exactement? N'a-t-il pas subi 
des changements d'attribution ou de forme ? Quelles sont 



— 6o — 

les particularités intéressantes qui le concernent ? Celui 
qui vise à fournir lui-même une explication du nom et qui 
est capable d'étj'mologie saura facilement quels traits il 
doit choisir. Celui qui veut se borner à la mission plus 
modeste de recueillir des notes et des arguments utili- 
sables prévoit plus difficilement ce qui peut servir dans 
les cas les plus obscui's qui sont aussi les plus intéres- 
sants. Il faut alors que ce dernier, en attendant que l'ex- 
périence lui vienne, ne craigne pas d'en dire trop pour en 
dire assez. 

Quelques auteurs demandent en outre des noms compa- 
ratifs, des analogies de toute sorte, qui sont du ressort de 
la philologie. Il nous paraît que ces rapprochements ne 
seront faits avec succès par les auteurs de glossaires que 
dans les cas tout-à-fait faciles, c'est-à-dire quand ils senmt 
inutiles. Dès lors, à quoi bon embarrasser de ces comparai- 
sons élémentaires les glossaiies toponymiques demandés ? 

Les articles constitués, dans quel ordre devront-ils être 
rangés ? Disons d'abord que l'auteur fera bien de laisser 
ces articles eu pages séparées, pour laisser à lui et aux 
autres la faculté d'améliorer l'oidre choisi. Jusqu'ici, sur 
la façon de coordonner et de présenter la toponymie d'une 
commune, les avis sont assez divergents. Certes, il n'est 
nullement nécessaire que tous les travaux de ce genre 
soient coulés dans le même moule. 11 n'y a pas grand 
mal à ce que les monographies présentent quelque variété 
dans la rédaction, la disposition, voire par les préoccu- 
pations favorites de l'auteur. Indiquons les divers tj'pes 
propo.«és et examinons-les. 

L'un voudrait que l'on étudiât d'abord le nom de la 
commune, puis ceux des hameaux, des rues, des chemins. 
La première partie serait ainsi consacrée aux ouvrages de 
riiomnic. Dans une seconde partie viendraient les coui-s 
d'eau, les accidents de teirain, les cultures, bois, bruyères, 
marécages ('). 

(') Cl". 'J'ojtoiiyinie de Tongres, \>\) l'i-i"). 



— 6i — 

Cependant, les cultures, les prairies sont aussi des 
œuvres de l'homme. Puis n'est-il pas plus juste de 
commencer par ce qui ne dépend pas de l'homme et est 
antérieur à son installation : le sol, l'hydrographie et 
l'orographie ; de continuer par les bois, naturels i)lus 
souvent qu'artificiels : puis par les lieux qui dépendent 
du travail de l'homme, chemins, prés, terres arables ; 
enfin par les constructions humaiues : fermes, églises, 
rues, monuments, ponts, viaducs, chemins de fer ? C'est 
suivre, autant qu'il est possible, un ordre chronologique 
des choses et des noms. 

A ces deux types s'en oppose un troisième, Tordre 
alphabétique pur et simple Xous en avons dit un mot 
tantôt, en tant que le plan de l'ouvrage influe sur la 
rédaction des articles. Ce système a des qualités. Il fait 
venir sous le même titre tout ce qui contient le même nom, 
quelles que soient les différences de destination des 
objets. Ainsi corti Zabè, pré Zabè et fontaine Zabê seront 
placés à Zabê. Tout se dispose ainsi mécaniquement en 
vue d'un grand recueil de toponymie ou belge ou wal- 
lonne. L'inconvénient principal de cette méthode, c'est 
qu'il sacrifie l'avantage immédiat à un avantage ulté- 
rieur. On lira toujours plus facilement et avec plus de 
plaisir un ouvrage qui essaye de retracer la physionomie 
de la commune et qui n'éparpille point l'intérêt topogra- 
phique et historique au hasard de l'ordre alphabétique. 
Nul doute, cependant, que cet ordre ne soit de mise dans 
chaque chapitre, pour classer des étangs, des fontaines, 
des prés dont, logiquement, la place est indifférente ; nul 
doute qu'un index final ne doive rassembler ce que 
l'exposé systématique a dû séparer ; il y a du moins 
accord sur ce point. Les amateurs d'une disposition 
réaliste pourraient aussi se rapprocher de la disposition 
alphabétique en multipliant moins les subdivisions. Inu- 
tile de mettre à part, en effet, les haies et les heicls, 
dénominations souvent confondues. C'est faire du zèle de 



— 62 — 

distiuguer en chapitres séparés des prés, des prairies, des 
assises. Un chapitre cultures pourrait envelopper tout ce 
qui est prés et terres, d'autant que l'un se transforme en 
l'auti'e assez facilement. Voilà des concessions possibles 
en vue de l'utilisation ultérieure du glossaire. Je ferai 
remarquer aussi, relativement à l'ordre alphabétique, que 
rien en réalité ne s'y prête moins que les dénominations 
toponj'^miques. Ainsi Zabè, qui concentre diverses expres- 
sions, n'est pas un nom de lieu, c'est un prénom de 
femme. C'est donc bien à corti que doit se trouver corti 
Zabè, à supposer que ce nom demande autre chose qu'une 
simple mention. A Zabè, qui sera dans l'index final, il ne 
doit y avoir qu'un rappel ou uu renvoi. Sinon, tous 
les noms de personnes viendront se ranger par ordre 
alphabétique dans un dictionnaire toi30nymique. Il y a 
des cas où le classement alphabétique devient presque 
impossible ; c'est lorsque l'expression contient une prépo- 
sition, un adjectif faisant partie intégrante du nom. Disos 
l'tièr, à pid de tiêr, est un autre lieu que le tiêr. Si on 
fait un sort à la préposition dans le classement de 
Derrière-Coronineuse (Vottem, Herstal), Dessous-les-Bois 
(Erezée), Devant-le-Pont (Visé), à l'adjectif dans Dièrin- 
patâr (Hollogne-aux-Pierres, Baisj'^-Thy, Vogenée), que 
fera-t-on des innombrables locutions commençant par a, 
al, è, so ou sol ? Elles ne se caseront pas sans classement 
arbitraire et sans beaucoup de renvois. Tels sont les 
avantages et inconvénients de chaque système. Nous 
conseillons aux intéressés de les étudier en détail dans les 
œuvres i)ubliées avant de choisir une disposition, mais 
nous ne prétendons exclure aucune des dispositions 
l)roposées. 

Tout glossaiie toponymique doit êti-e accompagné d'une 
carte de la commune, sans exclusion d'autres cartes par- 
tielles. Les auteurs devraient toujours adopter pour base 
de leur travail les cartes de l'Institut cartographique 
militaire au vingt-millième, qui donnent exactement le 



— 63 — 

relief du sol et tons les accidents de terrain, quitte à en 
amplifier le format, s'ils le jugent nécessaire. C'est dans 
ce cadre fidèle et lisible qu'ils devraient inscrire les noms 
de lieux, avec tout le soin qu'on donne à un travail qui 
doit être gravé ou reproduit par la photogravure. Qu'on 
ne cesse de prêcher aux futurs auteurs : « faites-nous de 
bonnes cartes». Une bonne carte dispense de tant d'expli- 
cations ! Si on possédait déjà, sans texte explicatif, les 
427 planchettes de la Carte de Belgique soigneusement 
élaborées an point de vue des noms de lieux, la question 
du répertoire toponymique de notre pays serait bien près 
d'aboutir ! 

V. La culture de la toponymie dans notre paj'S n'a pas 
seulement produit des recueils de noms : elle a eu quel- 
quefois l'ambition de fournir des théories, des explica- 
tions, des démonstrations. Sans s'aventurer aussi profon- 
dément dans le passé que M. d'Arbois de Jubainville, elle 
a souvent appliqué à la Belgique ou critiqué avec bonheur 
les hypothèses heureuses ou hasardées de la science fran- 
çaise et germanique. M. Kurth a étudié en détail par la 
toponymie les fluctuations de la limite linguistique en 
Belgique, et, débordant beaucoup de son cadre, il a fait de 
son livre, par l'appareil de démonstration et les listes de 
noms, une vraie bible du toponymiste belge. Dans le pre- 
mier volume de sa Toponymie namiiroise, le chanoine 
C. G. Roland a savamment étudié les plus anciennes 
couches de noms géographiques de sa province. Avant 
eux, dans la Wallonie prussienne, M. Quirin Esser avait 
donné de nombreux articles de toponymie celtique qui 
intéressent aussi notre région (^). On peut signaler ensuite 



(') Les articles antérieurs à i885 sont réunis dans une brochure 
Beiiriige ziir Galln-Keltischen Nainenkiiiide, Mahiiedy, 1884 ; d'autres 
ont paru dans le Kreisblatt fiir den Kveis Malmedy, imprime à 
Saint-Vith. - 



-64- 

des monographies relatives à des suffixes, à des préfixes, 
à des termes fréquents ou curieux : le travail de M. Paul 
Errera sur les Waréchaix (') ; une Etude critique sur le 
nom de Mons, par E. Douy et I. Fonsny {"i; les notes de 
Vanderkindere sur Meer et Belle, et, plus récemment, sur 
Dieweg et Diestelle {^) ; un travail du rapporteur soussigné 
sur les noms en -ster {*) ; l'article de l'abbé J, Bastin sur le 
préfixe Chin-i^); des articles de M. G. Cej'ssens dans 
Leodium C') ; des études de toponymie flamande dans la 
petite revue flamande Biekorf {iqo8) ; le vif débat qui eut 
lieu entre M. Kurtli et Gobert à propos de Merclwul et 
Legia {') ; l'article du chanoine Roland sur Astanetum (^) ; 
telles sont les traces les plus récentes des préoccupations 
linguistiques appliquées aux noms de lieux. Il faudrait 
étendre de beaucoup cette liste si l'on voulait citer les 
travaux historiques à base toponymique comme les Ori- 
gines de la ville de Liège, de M. Kurth (^), contre les- 
quelles M. J. Schreiber Aient récemment de romj)re sa 



(') Dans Aimules de In Société d'archéoloi'ic de Bruxelles, 1S94, 
t. VIII, !> liv. 

(2j Dans Annales du Cercle nrchëologifjiie de Mons, t. XXIX, 

!^i Dans Annunire-Biillelin j)otir le j>ro<'rès des études ]>hilolo- 
gi<]nes et historiques. 18;)!) et 1904. 

{*) Dans Bulletin de la Socielc renuétoise d'nrrhéoloi^ie et d'histoire, 

t. y, 1904. 

(S) Dans Leodium, 1907. 

(S| Dans Leodium, 1908, 1909. 

0) GOIJERT, sur Merchoul dans Bulletin de l'Institut nrcheoloifique 
liégeois, t. XXXV, i9o."5. — Kiinil, Lu Lésiin, avec ai)])en<life relatif à 
Merchoul, même Bulletin, t. XXXVII. — Gohkiit, Merchoul et Mntri- 
rulu, 19O7. 

(^) Dans Mélunges Kurtli, t. II, 289-298. 

{^) Dans Bulletin de lu Société d'Art et d'Histoire du diocèse de 
Liège, t. II, 1882. 



— 65 — 

lance iM ; les études de D. Joiickheere sur VOrigine du 
nom de Flandre (^), et de Vanderkindere sur les Origines 
de la populalion flamande i^), le Majeroux de M. Kurth [*), 
des articles de M. Victor Tourneur sur la mythologie 
ou rar(;liéologie gauloise dont la toponymie n'est pas 
exclue (^1. 

Avec de la patience et de la concordance dans les efforts, 
on peut arriver à recueillir les désignations de tout genre 
des cadastres ancien et actuel. Mais, pour faire le triage 
et tenter l'explication de ce qui mérite l'attention du lin- 
guiste dans cette masse énorme et superfétatoire, il faut 
autre chose que de la patience. En ceci le toponymiste 
belge ne saurait faire œuvre scientifique sans se tenir au 
courant des meilleures publications étrangères qui pré- 
sentent un intérêt général. Les conclusions trop radicales 
d'Arnold dans l'application de la toponymie à l'ethnogra- 
jjhie sont battues en brèche dei)uis 1890. Arnold a ouvert 
le champ à rap])réciation scientifique des noms de lieux, 
mais dans le détail ses théories sont à reviser. Haus 
Witte (^), Adolf Schieber (7j, Georg Heeger (S), Franz 
Cramer ('^) ont repris l'une ou l'autre question et par des 



(1) Dans le Bulletin de In Société Scionti/iqne et Littéraire Un Lini- 
bourg, t. XXVI, 1908, pp. igti". 

(2) Dans Reone Catholique, 1882-8.3. 

P; Dans Bulletin de l'Académie royale de Belgique. t885. 

[■^) Dans Annales de l'Institut archéologique d'Arlon, l. XVII. 

(5) Dans Le Musée belge. 

(6) D'abord dans Jahrbuch der Gesellschaft fiir Lothringische 
Geschichte, 1890, p. 278; puis dans Uber Deutsche und Kelloromanen 
in Lothring-en, Strasburg, Trûbner, 1891 (ingen, -iveiler). 

{"') Dans la même revue lorraine, t. XII, 1900 (-ingen, -heim) ; 

t. XIV, 1902, pp. 449 

(S) Die Germanisclie Besiedlung der Vorderpfalz an der Hand der 
Ortsnamen, Programme du gymnase de Landau, 1900. 

(") Die Ortsnamen auf -WEUJîR im Aachener Bezirk, dans Zeit- 
schrift des Aachener Geschirhtsvereins, t. XXIX, Î907. 



— 66 — 

comparaisons méticuleuses ont réduit les affirmai ions 
aventureuses d'Arnold. 

Xous aurions pu allonger cette liste, mais la liste des 
ouvrages ne donne pas la manière de s'en servir. On ne 
saurait trop répéter que la topoiiNaiiie est une partie de 
la linguistique, la plus difficile à exploiter, la plus ingrate 
et la plus décevante. On pourrait dire encore à ceux qui 
désirent s'y aventurer que, dans l'état actuel, où tant de 
grandes hypothèses ont été lancées, la science a plus 
besoin de travaux critiques partiels, de démonstrations 
patientes, qui aient pour résultat de ruiner définitivement 
celles des grandes synthèses prématurées qui encombrent 
et illusionnent. Prenons un exemple relatif à notre pays. 
Vous savez quelle importance M. d'Arbois de Jubainville 
donne aux Ligures, dont il fait les prédécesseurs des 
Gaulois dans une grande partie de la Gaule. On attribue 
aux Ligures les noms de suffixe -asco, -osco, -iisco, le 
thème aliso. Or, on prétend signaler leur habitation en 
J^elgique par un Stabelasco de 690 (Stavclot), par un 
Geningha Thriiisca (Driesch sous Waereghem, FI. occ), 
l)ai- le nom du Condroz : Condriiscus pagns ('). Ces formes 
isolées sont- elles de mauvaises lectures ou non f Les mots 
de terminaison -sco sont-ils nécessairement assignables 
aux Ligures ? Des études critiques de ce genre, sur des 
points bien délimités, peuvent rendre les plus grands 
services. Signalons comme des modèles à suivre, en ce 
sens, les études d'Antoine Thomas sur la formation du 
nom (lu iiays de Comenge, sur les noms de rivières en 
-ain. sur le ((plomb » du Canial, sur la formation du nom 
de la nillr (i Arles, sur aise et aisance {•), les Notes cri- 



(') Zanakdki.i.i. Tojioityinie jUiiHule, dans Raoul de rÉiacE, Les 
noms de nos- rii'U-ies, l'aris, II. Champion, 1907, p. 52. 

(2j Recueillies dans les Essais de philolngie /'ranciiise. Paris, 
Bouillon, iSyH. 



- 6; - 

tiques sur la toponymie gauloise et gallo-romaine (';. Le 
Manuel de l'antiquité celtique de G. Dottin l^) est aussi un 
livre de science prudente qui n'égarera pas les tra- 
vailleurs, 

Mais aux toponymistes il ne faut pas seulement des 
livres de linguistique, il faut des recueils comme ceux de 
Forstemann, de Holder, et surtout des cartulaires bien 
faits, comme ceux de Saint-Hubert (Kurtli), de Stavelot- 
Malmedy (Roland et Halkin), comme le Cantatorium de 
Saint-Hubert (Hanquet), pour ne citer que des textes 
relatifs à notre région, où les auteurs ont dépensé des 
trésors de sagacité et d'érudition pour identifier et 
expliquer les noms propres de leurs textes. Peut-être 
serait-il désirable qu'un recueil critique général d'ono- 
mastique et de toponymie belge fournît à pied d'oeuvre 
aux historiens et aux linguistes les matériaux de cette 
nature disséminés dans une foule de publications, au 
moins depuis les auteurs anciens jusqu'à l'époque où 

commencent nos archives. 

Jules FELLER. 



(1) Dans Nonneaux essais de philologie française. Parie, Bouillon, 
igoS, pp. 34-G2. 
{-) Paris, H. Champion, 190G. 



L'EXEMPTION DE L'ABBAYE 
DE SAINT-TROND. 



L'abbaye de Saint-Trond l'ut fondée vers l'année 657 ('). 
Son fondatenr l'avait dotée de ses biens patrimoniaux 
situés en Hesbaye, en Canipine (-) et dans le Testrebant 
en Hollande (^). Cependant toutes ces possessions avaient 
été offertes jadis à l'église de Metz où, sur les conseils de 
l'évêque de Liège, saint Trudon était allé demander la 
science ecclésiastique et l'initiation au sacerdoce. A la 
suite de cette donation, les évêques de Metz se trouvaient 
en possession des droits seigneuriaux sur tout le temporel 
de l'abbaye de Saiut-Trond. Aussi s'attribuaient-ils le 
doniim abbatiae, en confirmant les élections abbatiales et 
en accordant au nouvel élu l'investiture des biens et droits 
attachés à ses fonctions. 



(1) C'est la date traditionnelle retenue par les moines qui, en 1607 
et 1767, célébrèrent solennellement le lo*' et le iit^ centenaire de 
l'abbaye. 

(-j-Le centre de ces possessions était Peer, dont dépendaient 
Helchteren, Exel, Grand-Bx'ogel et Wycliniael. 

(2j Tout le pays de Ileusden, comprenant Heusden. Aalburg, 
Herpt, Doveren. Ilesbeen, Genderen, Elhen et lîaldlonienbroek 
appartenait à l'abbaye de Saint-Trond. 



— 70 — 

Au point de vue temporel donc, Tabbaj^e de Saint-Trond 
dépendait des évèques de Metz. 

Sous le rapport spirituel cependant, comme le monastère 
était situé dans le diocèse de Liège et que pendant plu- 
sieurs siècles aucune règle d'exemption ne fut portée, les 
évèques de Liège étaient en droit d'intervenir à Saint- 
Trond. Ils le firent du reste à plusieurs reprises. Au com- 
mencement du xi*^ siècle, l'abbé Adélard (999-1034) éloigné 
de son couvent par l'évêque Thierry de Metz, put revenir 
au milieu de ses moines, grâce à l'intervention de l'évêque 
de Liège ('). Ce fut encore l'évêque qui conféra la béné- 
diction abbatiale à Gontram vers io34 (^) ; d'accord avec 
l'évêque de Metz, l'évêque de Liège imposa aux moines de 
Saint-Trond, en io83, comme abbé, un religieux de Saint- 
Vincent de Metz [^). 

Bien plus, quand, quelques années après, le siège épis- 
copal de Metz était occupé par un intrus, l'évêque de 
Liège, Heni-i de Verdun, resta seul à défendre les intérêts 
spirituels de l'abbaye de Saint-Trond. Il le fit avec un zèle 
et une fermeté qui ne se démentirent pas un instant. 
Ayant excommunié l'abbé intrus Lupon, le i5 juin io85, il 
leva une armée, s'en alla assiéger Saint-Trond et réintégra 
Lanzon, abbé légitime, dans la jouissance de ses droits 
(20 février 1087). Quelque temjis après, il empêcha le sei- 
gneur Otton de Diest de prendre possession des villas de 
Webbecom, Pelt, Ilelchteren et "Wychmael que l'abbé 
simoniaque Hernian de Ilorpraael lui avait vendues ; il 
cita à Liège, pour les réprimander, les moines Lupon et 
Stepeliu (pii n'observaient pas la discipline monastique C). 

Son successeur Otbert s'ociîupa tout aussi activement 
de l'abbaye de Saint-Trond. Complice de Henri IV dans 



(') (jestii A/>/>;iliiiii Triuhnicnaium, éd. de Borniau. t. I. p. G. 

(2) Ibidem, p. 14. 

(^) Ibidem, \>. .'îo. 

C) Ibidem, ])p. 3S-(ii. 



la querelle des investitures, il bénit, en 1091, l'abbé simo- 
niaque Lupon, excommunia l'intrus Herman vers 1094, 
puis donna le 7 mars 109S la bénédiction abl)atiale à 
Thierry, qu'il défendit constamment contre les intrigues 
de son compétiteur. Après lu mort de Thierry, Otbert 
présida, avec l'évêque de Metz, la nouvelle élection à 
Liège même, où les religieux s'étaient réunis le 3o janvier 
iio8(M. 

Celui qui fut élu en ce jour, le célèbre Rodolphe, resta 
constamment en relation avec les évêques de Liège. Il fut 
le compagnon de voyage d'Alexandre de Juliers que le 
pape Honoi'ius venait de citer en cour romaine ("h C'était 
du reste pour protéger les biens de l'abbaye qu'Alexandre 
excommunia, en 1128, les comtes Godefroid I^"" de Louvain 
et Gislebert de Duras (^). 

Albéron de Chiny donna, le 25 mai ii38, la bénédiction 
abbatiale à l'abbé Folcard ("*). L'année suivante, il confirma 
le droit du monastère à lobole banale et n'hésita pas à 
jeter l'interdit sur l'église de Diest qui avait refusé de se 
soumettre (■''. 

Son successeur, Henri de Leyen, bénit l'abbé Wiric le 
i5 janvier ii56. Celui-ci dut l'accompagner en Italie {'') ; 
mais le prince-évèque le récompensa en incorporant 
l'église Xotre-Dame à Saint-Trond et l'église de Mielen- 
sur-Aelst à la inense abbatiale ('). 

Le i*^'" septembre 1169, l'évoque Raoul de Zaehringen 
pi-ésida, à Saint-Trond, les fêtes de l'exaltation et de la 
translation des reliques de saint Trudon et de saint 



(V) Geslu Abhnlnni, t. I. j). (J2-117. 

(-j Ibidem, p. i>i3. 

[^j Ibidem, j). i>i8. 

(•>) Ibidem, t. II, p. 11. 

(âj PlOT, CarttUaira de l'iibbaye de Snint-Troml, t. I, pp. 48 et 6-j 

('j) Gestii iibbiUum, t. II, pp. 33 et ^'S. 

{') PiOT, op. cit., t. I, pp. 104 et io5. 



Eucber ih. Dix ans plus tard, l'évèque se rendant à Rome 
obtint du pape Alexandre III la coufiriaation de tous les 
privilèges de l'abbaye i^'. 

L'entente la plus cordiale ne cessa doue de régner entre 
les abbés de Saint-Trond et les princes-évêques de Liège. 

^lais voici un fait qui, du moins plus tard, alla exercer 
une influence considérable sur les relations des deux pré- 
lats. En 1227, Jean, évêque de Metz, céda, par un contrat 
d'ècliange, tous les droits, pouvoirs et biens qu'il possédait 
à Saint-Trond à Hugues de Pierpont, évêque de Liège (^). 
A la suite de cette cession, l'archevêqne de Cologne et le 
cbapitre de l'église métropolitaine engagèrent l'abbé de 
Saint-Trond, Jean de Santis, à reconnaître l'évèque de 
Liège comme son seigneur et à lui prêter foi et hommage ' ^). 
Une lettre analogue fut adressée aux habitants de Saint- 
Trond {^). 

Ce que l'évèque de Metz avait cédé à celui de Liège 
c'était la uilla de Saiiittreon, ciiin omnibus appenditiis 
suis et en particulier le donum abbatiae. Il faudrait en 
conclui-e que l'évèque de Liège devenait seigneur de toute 
hi \ille et que l'abbé du monastère devenait son vassal. 

Pour ce dernier point, on aurait pu le croire, car les 
nouveaux prélats s'en allèrent régulièrement après leur 
élection se présenter à l'évèque de Liège et lui demander 
la bénédiction abbatiale C^). 

Quant à la souveraineté de la ville, il y avait une impor- 
tante restriction à faire. Car déjà, en 1107, le pape 
Pascal II. confirmant les possessions de l'abba^'^e, lui 



(') Cîeslii ubbulnni. l. II, p. .^5. 

('-) l*l(»T. Ciiilulnire (le rubl'iiye de Sninl-Troml , t. I. p. i.'i4 et (îcstn 
til>l>iitiiiii, l. 1. j). 7(). 

(■^) ]i()K.M.\NS el SriU)()l..Mi:ESTi:i!s. C. ni ni ni te <{t' l'ci^lisc S.iint- 
Lamheri. t. I. p. 2iii . 

c'j Ibidem, pp. -j'iiî et -SA^. 

[^) Ibidem. \>\y. 'SX.\ et ii'iT). 

(6) Ccstii .ibbiiliim, t. II, j). :>2.S. 



avait attribué la moitié de la ville de Saint-Troud, medie- 
tatem videlicet ejusdem oppidi in quo monasteriiim sitiim 
est et cambatiim de toto oppido (^. 

Comment cette moitié de la ville était-elle devenue la 
propriété de l'abbaj'^e? et comment celle-ci avait-elle acquis 
le droit exclusif d'établir des changeurs dans toute la juri- 
diction? Kous l'ignorons. La seule supposition possible 
paraît être une donation d'un évêque de Metz antérieure- 
ment au xn* siècle (r). 

Toujours est-il que les abbés de Saint-Trond main- 
tinrent leurs droits et quand, en 1288, la ville de Saint- 
Trond obtint sa première charte communale, celle-ci lui 
fut octro3^ée au nom de Jean, évèque de Liège, et de 
Guillaume, abbé de Saint-Trond, agissant ensemble 
comme co-seigneurs de la ville (^). 

A part une seule contestation (*). cette situation fut con- 
firmée plus d'une fois par des actes publics. Elle se mani- 
festa surtout d'une façon assez curieuse en i3o2, lors d'une 
révolte des habitants contre l'abbé et ses échevins. En 
cette circonstance, l'évêque de Liège, Thibaut de Bar, 
vint au secours du prélat. Un tribunal fut dressé au milieu 
des champs, entre Brustliem et Saint-Trond, et cela dans 
un endroit où les deux juridictions, celle de l'abbé et celle 
de l'évêque, se rejoignaient, et là, au nom des deux sei- 
gneurs, les coupables furent condamnés {^). 

Malheureusement, Adolphe de la Marck, successeur de 
Thibaut de Bar, ne semblait pas disposé à reconnaître 
cette co-souveraineté des abbés. En i3i4, les Saint-Tron- 



(*) PlOT, op. cit., t. 1, p. 129. 

C'î) C'est la sujjposition que fait Dakis, Xotices, t. \, p. 75. 

(3) PiOT, Curlnhiire de l'abbaye de Suinl-Trond, t. I, p. 383. 

(•*) A la suite <le cette eoute^talioii, le droit de battre luoiiuaie l'ut 
reconnu au i)riuce, celui de récliaiiy:e à l'abbé {Ge.slii abbnliim, 
t. II, p. ii3o. 

(5) Gentil nbbutimi. t. II, jjp. i>33-u38. 



- 74 - 

naires s'adressèrent au prince-évêque et lai demaudèrent 
un régime communal semblable à celui dont jouissaient 
les Liégeois. L'évêque accorda les institutions demandées 
sans consulter son co-seigneur ('). C'était lui déclarer la 
guerre. L'évêque avait avec lui les maîtres de la commune 
et leurs partisans qui se mirent à violer de toutes parts 
les droits du monastère L'abbé, lui, se trouvait soutenu 
par son avoué, le duc de l^rabant, et par l'official de 
Liège qui lança des sentences d'excommunication et d'in- 
terdit contre les partisans du prince. Cette situation 
lamentable se pi'olongea pendant dix ans. 

Mais c'est précisément pendant cette période d'hostilités, 
tantôt ouvertes, tantôt sournoises, alors que l'abbé avait 
j)orté plainte en Cour romaine, que ses droits lurent publi- 
quement affirmés par les éclievins de Saint-Trond : Tenent 
pro certo quod religiosus vir doininus abbas monasierii 
sancli Triidoiiis, ratione abbatiae siiae iantuin habeat 
dominii jiiris et Juridictionis, iam altae qiiam bassae, ad 
nieriim seii mi.xtum iinperiuin pertiiientis in niedietate 
dicti oppidi Sancti Triidonis, pi\)ut ipsa niedieias certis est 
discreta liwitibus. quantum habeat reuerendus j)ater doini- 
nus Leodiensis cpiscopus in altéra média parte i])sius 
oppidi, quae suis etiam limitibus est distincta; qnoque 
idem dominus Leodiensis episco})us nihil amplius juris 
habeat in medietate ipsius oppidi ad dictum dominum 
abbatem et ejus monasterium pertinente quam ipse do- 
minus (ibbas seu ejus monasterium habent in altéra média 
parte ad i[)sum dominum Leodiensem episcopum pertinente 
in Juridiilione videlicet tem})orali (^). C'était l'atlirniation 
explicite et solennelle de l'égalité absolue des deux sei- 
gneurs en fait de souveraineté temporelle. 

Du reste, l'évcquo. se trouvant bientôt aux prises avec 



l') IMoT, Cari ni, lin- de l'abbnyc de Suinl-Troud, t. 1, ]). 44^- 
(2) Ihidciil, t. I., ]». 4!)!)- 



- :5 - 

ces mcnies Saiiit-Troimaires qu'il avait soutenus contre 
Tabbé et qui maintenant prêtaient niain-foi-te aux Liégeois 
et aux Tougrois en révolte contre leur prince, dut se 
réconcilier avec le prélat en 1324. La paix de Nieuwen- 
hoven, en 1827, sans déclarer explicitement la co-souverai- 
neté, la supposait cependant à toute évidence (*). 

Il en fut de même de tous les actes publics qui suivirent 
et qui émanèrent des deux seigneurs. Bien plus, quand le 
tribunal des XXII fut érigé en i343, Adolplie de la Marck 
dut déclarer que cette érectrôn ne porterait nulle atteinte 
aux droits de l'abbé dans la ville de Saint-Trond (^). 

Cette situation se maintint ainsi jusqu'à la fin du 
xv^ siècle. C'est la possession paisible de la co-souverai- 
neté. Xon seulement elle ne fut plus contestée ; mais plus 
d'une fois, en i349, 1416 et 144^' les empereurs reconnurent 
que les abbés de Saint-Trond étaient leurs vassaux en 
raison, entre autres, du pouvoir temporel dont ils jouis- 
saient et que les actes désignent sous le nom significatif 
de regalia (^1. Cette co-souveraineté fut du reste publi- 
quement et explicitement reconnue en 1472 par Louis 
de Bourbon et Arnoul de Beesde (^). 

Toutefois à la fin du xv^ siècle Jean de Horne, évêque 
de Liège, essa^'a de se défaire de son co-seigneur. A 
rélection des bourgmestres en 1496, il refusa de recevoir 
les délégués de l'abbé. Celui-ci en appela à l'empereur. 
Trois mois après, le prince-évêque se trouvait cité devant 
le Grand Conseil de Malines (•). Aussi en i5oo la réconci- 
liation avait eu lieu (^). Du reste à cette même époque les 
évêqnes de Liège coururent un risque sérieux d'avoir à 



(1) PlOT, Cai-tuliiire de l'abbaye de Suint- Trond, t. I, p. 4*35- 

(2) Ibidem, t. I, p. 487. 

(^) Ibidem, t. I, p. 5o6 et t. II, pp. 201 et 269. 
(■*) Ibidem, t. II, pp. 353 et 35;. 

(5) Ibidem, t. II, p. 471. 

(6) Ibidem, t. 11, p. 488. 



- ;6 - 

JSaint-Trond comme co-seigneur au lieu d'un simple abbé 
bénédictin, les puissants ducs de Bourgogne. Sans leur 
intervention, la souveraineté temporelle sur la moitié de 
la ville était vendue par l'abbé Antoine de Berghes aux 
ducs de Brabaut ('). 

A partir de i558, les difficultés recommencèrent pour ne 
plus cesser qu'à la fin de l'ancien régime, Robert 
de Berghes essaya en cette année d'annuler l'élection de 
Cliristoi)be de la Blocquerie ; mais la réponse catégorique 
du prieur Jean d'Audenarde lui enleva tout espoir de 
réussir (^). Eu i586 le cliapitre de Saint-Lambert entra 
lui-même en lutte. S'étant emparé i^ar ruse des bulles de 
confirmation de Léonard Betten, il obligea le nouvel 
élu à venir se présenter à Liège afin d'y demander la 
confirmation de son élection (^). La cérémonie de la béné- 
diction abbatiale de Rémi Watzon en 1607 l'ut de même 
troublée par l'ingérence du prince-évêque. Mais à cette 
occasion le Saint Siège jugea nécessaire d'intervenir. Le 
14 février 1609, il fut décidé en Cour romaine que le 
monastère de Saint-ïrond était soumis directement au 
Souverain Pontife et nullement à l'évêque de Liège (^J. 
Chose curieuse, au lieu de se prévaloir de cette décision, 
Hubert Germeys demanda de nouveau le 8 janvier i6i3 au 
chapitre de Saint-Lambert de confirmer son élection (^). 

Rome intervint une seconde fois en 1614 Paul Y 
déclara solennellement l'exemption du monastère de 
Saint-Trond de toute juridiction spirituelle, de l'évêque 
ou du chapitre cathédral C*). Bien plus, la bénédiction 
abbatiale ne i)ouvait être conférée par le suffragant de 



{'i Geshi uhbaiunt, éd. dk Kokman, t. II. p. 355. 

(-) SlAMCNON, Clir(nii(jii(t 'le l'u/ihuyo i/c S:iiiil-Trnii(l , p. o. 

'}) Ibidem, \). {4. 

{*) Ibidem, p. Gii. 

(^) Ibidem. ]). 72. 

(•"'j Ibidem, p. 77. 



— 77 — 

Liège qu'à condition de déclarer que c'était par délégation 
pontificale, non épiscopale, qu'il remplissait ces fonc- 
tions ('). 

De fait, cette décision fut observée en 1609, lors de la 
bénédiction de Hubert de Suetendael (^), et pendant tout le 
XVII® siècle, il n'y eut plus guère de contestations. 

Il n'en fut pas de même au siècle suivant. En 17 10, le 
prince-évêque retira l'enseignement au Petit Séminaire 
des mains des religieux et remplaça ceux-ci par des prê- 
tres séculiers. C'était, paraît-il, pour obliger l'abbé à 
renoncer à ses prétentions à la co-souveraineté de la 
ville. Mais les abbés de Saint-Trond n'y renoncèrent 
jamais: Rome leur avait accordé l'indépendance spiri- 
tuelle ; Vienne semblait les soutenir dans leurs revendica- 
tions d'indépendance temporelle ; rien d'étonnant alors 
s'ils se résignèrent à toutes sortes de vexations, jusqu'à 
la confiscation de leurs meubles, plutôt que d'abandonner 
ce qu'ils considéraient comme un droit intangible de leur 
monastère (^). 

Parfois cependant la réconciliation semblait immi- 
nente ; en 1791, notamment, le prince-évêque de Hoens- 
broeck et l'abbé Eucher Knapen furent ensemble inau- 
gurés à Saint-Trond comme co-seigneurs de la ville. 

Si donc en droit les abbés de Saint-Trond pouvaient 
prétendre à l'exemption spirituelle et temporelle à l'égard 
des princes-évêques de Liège, en fait il ne leur a jamais 
été donné d'en jouir paisiblement pendant un laps de 
temps considérable. 

G. SIMENON. 



('j Simenon, Chronique de l'abbaye de Saint-Trond, p. 80. 

(2) Ibidem, p. 1)7. 

(3) Daris, Histoire du diocèse et de la principauté de Liéife (^1724-1852), 
t. I, pp. 95, i56, 256, 347, 378. 



GUILLAUME DUFAY ''> 

(avant 1400-1474) 



Son importance historique. 

L'importance historique de Dufa^' est avérée non 
seulement par le témoignage intuitif des hommes de son 
siècle, mais aussi par la critique raisonnée des historiens 
de la musique appartenant à la seconde moitié du xix^ 
siècle et au début du xx''. 

Les deux monographies les plus étendues qui lui ont été 
consacrées de notre temps, celle de Fr.-X. Haberl et 
celle de Stainer, énumèrent les documents du xv^ siècle 
qui font foi de la gloire que le maître s'était acquise par 
son génie. L'un des plus anciens est le passage du poème 
de Martin le Franc, Le Champion des Daines (vers i44^^J» 
où il est fait allusion à Dufay : 

Tapissier, Carmen, Cesaris 

N'a pas longtemps (sij bien chantèrent 

Qu'ilz esbaliirent tont Paris 

Et tous ceux qui les fréquentèrent : 

Mais onccxues jour ne deschantèrent 

En mélodie de tel chois, 

— Ce m'ont dit qui les escoutèrent — 

Que (jtuillaume du Fay et Binchois. 



(1) Cette courte étude, rédigée en vue du Congrès archéologique 
de Liège, constitue le chapitre préliminaire d'un travail beau- 
coup plus étendu, que l'auteur compte consacrer à Dufay, et 



— 8o - 

La réputation de Dufay est encore attestée par une 
lettre d'Antonio Squarcialiipi, le célèbre organiste de la 
cathédrale de Florence : dans cette lettre, adressée le 
i^"^ mai 1467 au « Canonicus Gulielmus in Cambray » 
(Dufay était, à cette époque, chanoine dans cette ville), 
Squarcialupi parle de la haute considération dans laquelle 
Pietro et Loreuzo de" Medici et lui-même, tenaient les 
compositions du maître. 

Parmi les textes les plus curieux dans lesquels il est 
(question de Dufay, citons celui qui a été mis en musique 
par Loyset Compère et qui e^t oounu sous le nom de 
Sàngergebet (La prière des chanteurs). C'est un motet 
en l'honneur de la Vierge iOmniiiin bonornin plena) 
dans lequel le poète supplie la Mère de Dieu d'obtenir par 
ses prières le salut des musiciens les i)lus en vue de 

l'époque : 

Omuium bouorum plena, 
Peceatorinu mediciua. 
Cujus i)roi)rium orare 
Est, atque preces fiindare, 
Pro miseris peccaiitibus 
A Deo recedc-ntibus. 
Fuude preces ad Filiuin 
Pro salute canentiuin. 
Kt primo pro G. Diifny, 
Pro «|iio me. mater, exaudi. 
Lumen totius musicae 
Atijue cantoriim lumine. 
Proque Diittsart. litisnois. Curoii. 
Magistris cantilenaiiim, 
Georgei de Brelles, Tincturis, 
Cimbalis lui honoris. 



dans lequel il e.xaininera la vie et Tunivre «lu grand maitre belge, 
et s'efforcera de dégager les lignes générales de son esthétique. 

Les nombreuses notes et références (jue comportera ce premier 
chapitre, dans sa version définitive, ont été supprimées ici, afin de 
ne pas enlever à l'extrait publié son caractère de simple communi- 
cation. 



— 8i — 

Ac Okegheni. Dcs/irp.s. C.orhct, 
Ileni.ift, Ftnigiie.s cl Molincl 
Atque Régis omiiibusiiuo 
Caiieutibus, siniul et me, 
Loyset Compère, oruute 
Pi'o niagistris j)ura meule. 
(Quorum memor, virf;:o, vale 
Semiier Gabrielis Ave. Amen. 

Ce document ne peut dater d'avant 1470. parce qu'il cite 
Josquin des Prés, dont il ne saurait être question avant 
cette date, ni d'après 14^6, pour les raisons que le Codex 
de Trente n^ 91, qui le contient, était déjà entièrement mis 
sur pied avant cette année. M. Gaido Adler émet l'hypo- 
tlièse que La prière des Chanteurs a peut-être été rédigée 
au lendemain même de la mort de Dnfay (i474) ^^ sous le 
coup de la perte considérable qu'elle était pour les con- 
temporains. Quoi qu'il en soit à cet égard, la place 
d'honneur attribuée par le poète à l'auteur. de la messe 
Se la face ay pale prouve assez en quelle estime il était 
tenu. 

Enfin, les théoriciens les plus en vue de l'époque parlent 
de lui avec respect et le considèrent comme un artiste de 
premier plan. Le belge Tinctoris (i446-i5ii) le place (en 
1477) parmi les meilleurs musiciens du siècle, et l'allemand 
Adam de Fulda (i44o?-i495) insiste, dans son traité, écrit 
vers 1490» sur les éléments de progrès (]ue Dnl'ay avait 
introduits dans l'art musical. 

A partir du xvi® siècle et déjà même de la fin du xv^, 
le mémoire de notre musicien tend à se perdi-e. L'éclat 
universel dont brille l'école néerlandaise avec la venue 
de Josquin des Prés, relègue peu à peu le vieux maître 
dans l'ombre. 

Guillaume Crétin, dans sa Lamentation sur la mort 
d'Okeghem (sijrvenue en i495), le cite encore parmi 
d'autres musiciens. Le théoricien italien Franchinus 
Gafurius fait allusion à lui dans sa Practica Musicae (1496); 



— 82 - 

Giovanui Spataio, l'adversaire de Gafurius, ne le passe 
pas non plus sous silence dans son Tractato di Miisica 
(i53i). 

Cependant, plus les années s'écoulent, moins on parle 
de lui; bientôt, à l'ignorance de son rôle et môme de son 
nom, viennent se joindre dans resi)rit des hommes du 
xvi^ siècle, des conceptions de plus en plus confuses relati- 
vement à la suite chronologique des fondateurs de la polj'- 
phonie néerlandaise. Au xvii^ siècle, on ne rencontre plus 
à son sujet qu'un seul témoignage. Il faut lire, dans 
Haberl, les textes que publie cet auteur pour se rendre 
compte de la portée restreinte (pi'ont la plupart des 
témoignages postérieurs à i5oo. 

Haberl rapporte également tout ce qui a été écrit 
à propos de Dufay à partir de l'époque où l'idée du 
savoir enc^'clopédique a commencé à s'introduire dans 
le domaine de la musique (Miisikalisches Lexicon de 
Walther, 1782). Il insiste sur les erreurs ou les appréciations 
bizarres dans lesquelles ont versé la plupart des écrivains 
musicaux de la première moitié du xix*" siècle à propos 
des polyphonistes du xv'', spécialement de Dufay, et 
n)ontre enfin comment, gi'âce à l'accumulation progres- 
sive de matériaux de plus eu plus nombreux, les Cousse- 
maeker, les Ambros, les Vanderstraeten et les Naumann 
sont arrivés à remettre en lumière l'importance du niaîti'C 
belge. 

Mais ces historiens n'étaient pas encore à même de 
montrer quel avait été le rôle historique véritable de 
J^ufay. Une erieur chronologique très grave, due au fait 
(|iie l'abbé Baini. dans son ouvrage célèbre sur Paleslrina 
affirmait que le nom de Dufay apparaissait dans les 
listes de chanteuis de la chapelle pontificale de i38o à 
14^2, avait eu pour conséquence de dater sa mort de i432. 

Or, M. Nanderstraeten et M. Iloudoy eurent, l'un en 
1880, l'autre eu 1882, l'occasion de voir le tombeau de 



— 83 — 

Diifay, et de constater, par l'inscription qu'il poitait, qne 
le maître était mort en i474- 

Ce fait, inconciliable avec l'affirmation de Baini, attira 
l'attention de Fr.-X. Haberl, qni alla examiner en détail 
les archives pontificales et découvrit, qu'en réalité, le 
nom de Dufay ne s'y rencontrait pas avant 1428. Le résul- 
tat de ses recherches a été minutieusement consigné dans 
sa monographie (i885). 

Dès lors, l'époque à laquelle Dufay avait réellement 
vécu (environ 1400 à i474) étant définitivement fixée, il 
devenait plus facile de définir avec précision son lôle 
historique. La publication d'un nombre relativement con- 
sidérable, non seulement de ses œuvres, mais encore de 
celles de ses contempoi-ains, par Stainer (Dufay and his 
contemporaries, 1898) et par M. Guido Adler (Denkmiiler 
der Tonkunst in Oesterreich, 1900 et 1904), acheva de 
mettre les Mnsikforscher à même de déterminer, d'une 
manière aussi exacte que possible, la place qu'il occupe 
dans l'histoire de la musique. 

Dans cet ordre d'idées, Sir John Stainer, aidé i)ar ses 
enfants, accomplit la première étape importante, en con- 
sacrant à la biographie de Dufaj^ et aux caractères distinc- 
tifs de son art, des pages aussi clairement écrites que 
pensées. 

11 était réservé au grand historien de la musique, 
M. Hugo Riemann, de synthétiser les efforts réalisés 
avant lui, et de décrire, en un tableau animé et suggestif, 
l'intense mouvement artistique du xV" siècle, dont Guil- 
laume Dufay occupe le centre. Il l'a fait, avec la hauteur 
de vues et la compétence que Ton imagine, dans la pre- 
mière partie du second volume de son Handbuch der 
Musikgeschichte (1907), 

La conclusion définitive qu'imposent les investigations 
de nos contemporains est en tout conforme à l'appréciation 
des contemporains de Dufaj^ qui plaçaient le maître en 
tête des musiciens de son temps. 



-84- 

Déjà Ambros (1816-1876) et Xaumaun (1827-1888J avaient, 
dans leurs remarquables traités d'histoire de la musique, 
pressenti son importance et l'avaient jugé à sa juste 
valeur, en se basant sur le nombre restreint de documents 
praticjues dont ils pouvaient disposer à l'époque où ils 
écrivaient. 

Sir John Stainer, mieux outillé, du moins sur le terrain 
de la musique profane, le considère comme le vrai précur- 
seur du style de madrigal, et estime que, pour ce qui est 
de r « imitation )) — élément technique et esthétique qui 
va jouer un rôle si considérable à partir d'Okeghem — il 
est fortement en avance sui- les musiciens de son temps. 
Le titre seul du livre de Stainer : Dnfay et ses contempo- 
rains, n'implique-t-il pas déjà que l'auteur place notre 
maître à la tête des artistes appartenant au milieu du 
xve siècle ? 

M. Guido Adler, dans la préface du VIP volume 
des Denkmâler der Tonkiinst in Oesterreich (p. vi) appelle 
Dufay « le compositeur le plus représentatif de l'époque». 
Plus loin, dans sa savante introduction (p. xxxiii), il 
le qualifie de « chef du mouvement nouveau tout entier « 
(Haiipt der ganzen neiieren Richtung). 

Enfin, M. Riemann ne cesse d'émailler la partie de 
son Handlnicb der Musikgeschichte où il est question de 
la musique du xv^ siècle, d'une expression qui restera 
désormais consacrée : « l'époque de Dufay » (Die Dufay 
Epoche), et qu'il justifie clairement en disant que parmi 
le grand nombre des compositeurs qui déployaient leur 
activité vers i45o, la figure qui api)arait avec le relief le 
plus accentué est «naturellement » celle de Dufay [p. io3). 

Chaules VAX DEX BORREX. 



LES HABITANTS 

DES 

CABANES NÉOLITHIQUES DE LA HESBAYE 
ÉTAIENT-ILS AGRICULTEURS? 



Cette intéressante question s'est tout naturellement 
posée à l'esprLt des archéologues depuis la découverte de 
meules en pierre dans les fonds de cabanes explorés i^ar 
MM. Marcel De Puydt, Davin-Rigot et Herman Davin. 

Un commencement de réponse fut donné en igoS par 
M. Georg F. L. Sarauw, conservateur-adjoint au Musée 
national de Copenhague, qui reconnut l'empreinte de 
céréales dans deux fragments de poteries grossières 
extraites à l'endroit dit « agglomération de TEpinette (') ». 
D'après M. Sarauw, ces empreintes sont celles de la base 
d'épillet de Triticiim dicocciim (Sclirank.), sorte d'épeautre 
originaire de l'Orient, qui fut trouvée dans les habitations 
lacustres. Ce Triticiim n'est plus cultivé en Belgique, mais 
il l'est encore parfois en Suisse et dans l'Allemagne du 
Sud ; on l'abandonne de plus en plus à cause de son faible 
rendement. 



(1) Voir Marcel De Puydt, Fonds de Cabanes néolil/iiqnes de la 
Hesbaye dans Bulletin de la Société d'Antlirojtnlogie de Bruxelles, 
tome XXV, 1906. 



~ 86 — 

Lors des fouilles pratiquées à Jeueffe en 1908 ('), M. Mar- 
cel De Puydt fixa tout particiilièremeut son attention sur 
la recherche des grains de froment. Il crut, sur le terrain 
même, en observer quelques-uns carbonisés et si friables 
qu'ils tombaient en i)oussière nu moindre contact. Divers 
échantillons d'argile extraits des fonds de cabanes de 
Jeueffe m'ont été soumis et c'est de leur examen que je 
désire rendre compte ici. 

Certains morceaux d'argile présentent les caractères 
ordinaires du limon hesbayen ; je n'3^ ai trouvé que de 
rares fragments de charbon de bois semblables à cenx que 
j'ai fait connaître eu une autre circonstance {■). Je signa- 
lerai, en outre, la présence de quelques parcelles blanches 
d'os calcinés, spongieux et friables. Je n'ai pas rencontré 
d'écales de noisettes comme celles qui ont été trouvées à 
Latinne (^i. 

D'autres morceaux d'ai-gile sont durcis par l'action du 
feu; vraisemblablement, ils ont été recueillis dans le voi- 
sinage du foyer de la cabane. Ces morceaux contiennent 
de nombreuses traces végétales qui se présentent sous 
deux aspects bien différents. Certaines parties de l'argile 
témoignent, par leur coloration rongeâtre, d'une cuisson 
analogue à celle de nos briques; elles sont criblées de 
petites cavités vides, empreintes des matières végétales 
qui étaient incorporées au limon, mais qui ont été com- 
plètement brûlées. Les autres parties de l'argile sont 
noires et remplies de débris végétaux carbonisés : elles 



(') Ces l'ouilles ont été faites avec le concours de MM. .1 . Hainal- 
Naudrin et .lean Servais. 

{•) M. De PlVDT, Empluccments d'hiilyilutions préhistoriques en 
Jlesbaye dans linUetin de la Société d'Anlhvopologie de Bru.xelles, 
tome \ X\'I, i<y)-. 

i'-U M. DiC PcvDT, Fonds de cahiines néolitliiimcs de /a Ilesbaye, 
Ibidem, tome XIV, iR(),")-i ««)(;. 



- 8; - 

ont été soumises à une température insuffisante pour pio- 
duire la combustion du cai'bone. 

Qu'il s'agisse d'empi-eintes ou d'objets carbonisés, les 
débris végétaux, tous de petite taille mais extrêmement 
abondants dans l'argile cuite, sont constitués par le 
résidu du battage d'une céréale. Ce résidu se compose 
uniquement des paillettes qui envelop[)ent le blé et qui 
portent le nom de balles ('). 

Dans la demeure du meunier (où l'on a trouvé six paires 
de meulesj, et aussi dans les cabanes voisines, on devait, 
semble-t-il, allumer le feu avec les balles comme nous le 
faisons avec des copeaux. Peut-être aussi l'aire des 
cabanes était-elle formée d'argile battue après avoii' été 
pétrie avec des balles pour obtenir plus de solidité. D'ail- 
leurs, les balles constituaient évidemment un déchet 
encombrant, abandonné sur le sol, piétiné par les habi- 
tants. Après l'abandon des villages néolithiques et leur 
enfouissement sous terre, toutes les matières végétales se 
sont peu à peu décomposées ; elles ont disparu sans laisser 
de traces, excepté lorsqu'elles avaient été carbonisées par 
l'action du feu à ré})oque où les villages étaient habités. 
C'est pour cette raison que nous ne retrouvons que des 
morceaux de charbon de bois disséminés ça et là autour 
des foyers, et des balles emprisonnées dans l'argile 
cuite. 

On n'a rencontré, eu Hesbaye, dans les fonds de cabanes, 
ni bois de charpente, ni objets en bois ou en os C^). 



(1) Dans la terminologie botanique, les balles sont désignées par 
les termes glumes et glumelles. 

(2) En i8(i5, j'avais pensé que la carbonisation des écales de noi- 
settes trouvées à Latiune pouvait l'ésnlter d'une lente décomposi- 
tion accoini)agnée de longs lavages par les eaux pluviales qui 
auraient entraîné les composés ulmiques solubles. Je me basais sur 
le fait que les écale.s néolitliiques ne sont jamais amincies comme 
celles qu'on brûle à l'air libre (liiilletin de la Socirté cV Anthropologie 



— 88 — 

Pour bien établir la preuve de ce qui précède, il est 
nécessaire de rappeler ici quelques-uns des caractères 
botaniques des froments afin de pouvoir reconnaître les 
débris de la céréale néolithique retrouvée à Jeneffe. 

Les innombrables races de froment connues aujour- 
d'hui forment deux groupes : dans le ]>remier, qui est de 
beaucoup le plus considérable, sont rangés tous les blés 
dont l'axe de l'épi est solide et dont les grains se dé- 
tachent naturellement, à la maturité, de leurs enveloppes 
ou balles. Ces deux qualités facilitent grandement le 
battage, opération qui, de tous temps, a occasionné un 
travail presque aussi considérable que la mouture. Au 
point de vue archéologique, il convient de rappeler qu'un 
froment de ce groupe a été trouvé dans les cités lacustres, 
celui que Heer a nommé Triticum viilgare antiquorum. 

Le second groupe comprend un nombre assez restreint 
de blés dont l'axe de l'épi est fragile et dont les gi-ains, à 
la maturité, restent emprisonnés dans leurs enveloppes ou 
balles : ce sont les blés dits vêtus que l'on confond parfois 
sous le terme épeautre, bien que ce nom soit en réalité 
celui d'une espèce seulement de ce groupe. Deux autres 
espèces datent des époques préhistoriques : ce sont le 
Triticum dicoccum et le Triticum monococcum qui ont été 
trouvés dans les cités lacustres (V*. Aujourd'hui, les blés 
vêtus sont de plus en plus abandonnés à cause de leur 
moindre qualité et aussi parce qu'une opération spéciale 



de li !■ II. \ elles, tome XIVi. A cette époque, je n'avais pas vu le gise- 
ment. Il était i)robableiuenl i(lenti(jue à celui (les balles de .leuefl'e. 
f)r, si les écalcs étaient emprisonnées dans de 1 iii'j;ile i)lus ou moins 
cuite, on ])eui admelt<re quelles ont été carbonisées par le l'eu ù 
l'ahri de l'uir. .)e me suis assuré, récemment, qu'en opérant la 
combustion décales modernes dans ces condilions. ou ne c(nisiate 
l>as d'amincissement du péricarjte. Dès lors, rien ne s'oppose plus 
à admettre l'action du feu cpie tout semble indiquei- nettement. 
('.) A. J)i-; Canu<)M,i:, L'ovii^im- des jihnile.s cultivées, p. u<ji. 



- 89 - 

est nécessaire pour dégager le grain des balles qui le 
retiennent. 

L'épi du Triticiim dicocciim qui nous intéresse plus par- 
ticulièrement, se désarticule eu une vingtaine d'épillets 
contenant chacun deux graius. Chaque épillet montre, à 
sa face interue, un fragment de l'axe de l'épi, fragment 
qui mesure 3 millimètres environ de longueur. Chaque 
épillet est formé de deux écailles nommées glumes et de 
plusieurs autres nommées glumelles. Toutes ces écailles, 
longues de lo à 12 millimètres environ, sont confondues 
sous le nom vulgaire de balles. Elles présentent certains 
caractères spéciaux qu'il est inutile de décrire ici. Il 
suffira de dire que certaines d'entre elles ont une forme 
de nacelle et montrent des nervures longitudinales assez 
rapprochées. 

Ces particularités ont été retrouvées à Jeneffe, soit à 
l'état d'empreintes, soit à l'état d'objets carbonisés. 

Les empreintes sont extrêmement nombreuses : elles 
reproduisent fidèlement la forme et les dimensions des 
glumes et des glumelles; on y distingue souvent les ner- 
vures longitudinales. 

Les parties carbonisées reconnaissables consistent en 
segments désarticulés de l'épi ; en fragments correspon- 
dant à la partie épaisse, dorsale et inférieure des glumes 
isolées ; enfin en pellicules extrêmement friables qui 
représentent la partie mince des balles. J'ai retrouvé 
plusieurs fois aussi la base de l'épillet lui-même, base qui 
est assez résistante : elle se montre sous la forme d'un Y 
largement ouvert. C'est précisément l'empreinte de la base 
de deux épillets que M. Sarauw a été le premier à recon- 
naître à la surface de fragments de poterie, comme il a été 
dit plus haut ^'h 



1' La iiliotograpliie de ces empreintes est reproduite, eu fron- 
tispice, dans le travail de M. De Puydt cité an bas de la page 85. 



— 9*> — 

Qiiaut aux grains eux-mêmes, ils sont rarissimes, ce 
qui se comprend sans peine, les Néolithiques ayant soin 
évidemment de no pas laisser perdre une denrée aussi 
précieuse. Toutefois, en brisant avec soin des morceaux 
d'argile cuite, j'ai pu recueillir quelques grains carbonisés 
complètement isolés, ou environnés seulement de débris 
de glumelles. Ces grains sont bien reconnaissables à leur 
sillon longitudinal ; ils mesurent seulement 6 millimètres 
de longueur, mais il est possible que leur grandeur ait 
diminué par le fait de la carbonisation. 

Ce qu'on voit bien plus souvent et <|u'oii pourrait 
prendre pour un grain, c'est l'empreinte de la concavité 
d'une glumelle. Celle-ci ayant la forme du grain qu'elle 
recouvrait peut donner lieu à un moulage qui reproduit 
assez exactement la forme et les dimensions du grain. Les 
glumes donnent des apparences analogues. Tous ces mou- 
lages se distinguent des grains véritables par l'impossi- 
bilité qu'il y a de les isoler complètement, comme il est 
impossible de séparer entièrement de la roche enviion- 
nante l'empreinte interne d'une coquille dépareillée de 
mollusque bivalve. 

En brisant au marteau l'argile cuite de Jeneffe, on isole 
de temps en temps des débris charbonneux plus ou moins 
complets, mais on en pulvérise d'autres. J'ai cherché aies 
dégager par un autre procédé L'action de l'eau ne donne 
aucun résultat, vu la dureté de lagaugue et la fragilité des 
objets qui y sont inclus. L'acide chlorhydrique suffisam- 
ment concentré désagrège les morceaux d'argile à froid, 
mais les débris végétaux sont complètement émiettés. 
L'acide fluorhydrique qui, théoriquement, devrait dis- 
soudre les silicates et respecter le carbone, n'a pas donné 
de résultats satisfaisants, i)robablement à cause de la 
texture éminemment poreuse et friable des parties char- 
bonneuses. 

Je ne me suis d'ailleurs pas bonié à observer les débris 
végétaux contenus dans les argiles cuites de Jeneffe; j'ai 



— 91 - 

tenté de reproduire artificiellement leurs particularités. 
Pour cela, j'ai i)étri de l'argile ordinaire après y avoir 
incorporé une gfunde quantité de balles d'épeautre (Tri- 
iicuni Spelta). Cliauffée dans la flamme d'un bec de 
Bunzen, l'argile ainsi préparée noircissait rapidement 
par suite de la carbonisation des matières végétales. 
A une température plus élevée, elle prenait la couleur 
d'une brique peu cuite. La cassure montrait des 
empreintes, des moulages et des débris carbonisés sem- 
blables à ceux de Jeneffe, mais de taille plus grande, ce 
qui prouve que la céréale néolithique appartenait à une 
espèce à épillels plus petits que ceux de notre épeautre, et 
par suite à grains plus petits aussi. 

Dans les matériaux recueillis dans les fonds de cabanes, 
je n'ai pas constaté la présence de paille, c'est à dire de 
chaumes ou tiges de céréales. On peut croire que les 
chaumes n'étaient pas ai)portés au village et que nos 
ancêtres se bornaient à cueillir les épis à la main, comme 
les Asiatiques le t'ont aujourd'hui encore pour le riz. Les 
tiges desséchées sur place étaient probablement incen- 
diées, et c'était vraisemblablement une coutume analogue 
à celle des feux de brousse si généralement en usage 
chez les })euples primitifs, analogue aussi à celle de l'éco- 
buage pratiqué de nos jours encore dans les Ardennes. 

Quant à la détermination spécifique du froment de 
Jeneffe, je suis porté à croire qu'il s'agit bien réellement 
du Triticiim dicocciim. Cependant les éléments d'une 
détermination tout à fait rigoureuse me semblent encore 
faire défaut. Je n'ai pu m'assurer si l'épi était serré et 
barbu (^j, si les gl unies avaient deux dents, etc. 

Dans le genre Triliciiin, les espèces diffèrent peu les 
unes des autres; de plus, elles contiennent de. nombreuses 



(ij A plasieur.s reprises, j'ai cru trouver de très petits Iragmeiits 
de barbes, mais l'observation au microscope m'a détrompé: c'étaient 
de très fins débris de tilumes ou de Klimielles. 



races qui offrent des particularités qui se répètent dans 
plusieurs séries. Au point de vue archéologique, une 
détermination spécifique importe assez peu : l'essentiel 
est de savoir d'une façon certaine que les Néolithiques de 
l'époque ©malienne en Hesbaye étaient agriculteurs. 
L'absence de haches et de pointes de flèches à pédoncule 
ou ailerons tend d'ailleurs à faire admettre qu'ils n'étaient 
ni guerriers ni chasseurs. 

La Hesbaye étant cultivée depuis une si haute anti- 
quité, un autre problème semble recevoir également une 
solution. Les botanistes, comme les archéologues, se sont 
souvent demandé quelle fut la végétation primitive du 
sol hesbaj^en ? Etait-il couvert autrefois de forêts comme 
une glande partie de la Belgique? Tout le monde sait 
qu'au] oui-d'hui il ne présente nulle part de végétation 
arboi-escente spontanée. De plus, aucune trace de bois ou 
de lignite n'a été trouvée dans le linu)n lors des grands 
travaux de terrassement. 

Grâce aux belles découvertes de M. De Puydt et de ses 
collaborateurs, on i)eut croire que le sol de la Hesbaye a 
été occupé par des populations ngricoles peu de temi:)S 
après son émersion et qu'ainsi les conditions nécessaires 
au développement des forets ne se sont jamais réalisées. 
Evidemment ceci n'a pas empêché quelques bouquets 
d'arbres d'exister ça et là : nous sommes assurés déjà de 
la présence du chêne et du noisetier, essences auxquelles 
il faut sans doute ajouter des saules et des aulnes qui 
vivaient le long des cours d'eau. 

Il est donc permis de ])enser que la Hesbaye n'a pas 
subi, comme les antres régions de notre pays, de pro- 
fondes modifications depuis l'époque de sa formation 
géologique, parce que l'hojnme a entravé son évolution 
naturelle. Asservie dès son origine, elle ne connut jamais 
la sauvage liberté des anciens continents : elle fut tou- 
jours ce que nous vovons aujourd'hui, une terre nourri- 
cière aux allures douces et monotones. 

A. GRAVIS. 



SOURCES POUR UÉTUDE 
DE L'ARCHITECTURE CIVILE PRIVÉE 

FAÇADES, PLANS, DÉCORATION INTÉRIEURE 
ET MOBILIER 



Les œuvi^es de l'arcliitecture domestique, bien que beau- 
coup moins grandioses que les monuments proprement 
dits de l'art religieux ou civil, sont peut-être plus intéres- 
santes que ceux-ci, parce qu'elles présentent une beaucoup 
plus grande diversité et ensuite parce qu'elles nous 
touchent de plus près. 

L'art gothique, par exemple, et l'art de la Renaissance 
ont produit dans les divers pays de l'Europe des monu- 
ments admirables, sans doute, mais qui offrent partout en 
même temps, les mêmes caractères ou à peu près, et qui 
ont entr'eux une très grande ressemblance. 

Toute autre est l'architecture domestique, dont les spé- 
cimens diffèrent considérablement selou les époques, les 
pa3's et même les localités. 

Les maisons privées diffèrent de ville à ville, à raison 
du milieu social, religieux, politique, économique, com- 
mercial et artistique; à raison des nombreux facteurs qui 
influent sur la manière de vivre des habitants de telle ville 
déterminée ; à raison de la nature, de l'abondance et de la 
qualité des matériaux de construction employés ; de la 



- 94 - 

nature du sol, du climat, de la science des architectes et 
de l'habileté des constructeurs. 

Les influences locales ne se font sentir dans aucune 
bâtisse autant que dans les habitations privées. 

On en coustate l'action dans les différences que pré- 
senteut, par exemple, les maisons du Tournaisis avec 
celles du Brabant, les maisons liégeoises avec celles de la 
Flandre. 

Et que serait-ce si, étendant la comparaison, nous met- 
tions en regard nos maisons déjà si diverses de la Belgique 
actuelle, avec celles de l'Italie, de l'Allemagne, de la 
France, dans ses différentes régions, de la Grande- 
Bretagne et des autres pays ! 

Et cela s'explique par suite des circonstances que 
nous énumérions tout à l'heure et eucore par cette consi- 
dération que chacun veut, tout naturellement, que sa 
demeure soit faite à sa taille, qu'elle satisfasse ses goûts 
et ses besoins personnels. 

L'étude de l'architecture domestique présente encore 
un autre avantage sur celle de l'architecture monumen- 
tale : c'est que les spécimens de ces constructions sont 
encore foit nombreux, bien que souvent dégradés ou défi- 
gurés au cours des temps, précisément pour se plier aux 
goûts changeants de l'habitant et aux caprices de la mode. 

Il n'est pas de ville, pas même de village, qui n'ait 
d'anciennes maisons ; parfois même on les rencontre eu 
très grand nombre. 

Pour ne citei- que Tournai, on y compte plus de 1.200 
maisons anciennes plus ou moins bien conservées, dont 
5oo présentent un véritable intérêt ou sont susceptibles 
de l'estauration. 

Longtemps ces modestes produits de l'art de bâtir ont 
été négligés. Seules, quelques maisons très remarquables, 
de vrais chefs-d'<jeuvre, sont citées dans les manuels d'ar- 
chéologie ou dans les descriptions de villes. 



— 95 — 

Aujourd'hui, ou les étudie partout et presque partout 
aussi, on commence à les restaurer. 

Les cartes postales illustrées, ce mode de vulgarisation 
puissant, à la portée de toutes les bourses et de toutes les 
intelligences, leur l'ont une place dans leurs séries, à côté 
des cathédrales, des monuments de tout genre et des sites 
pittoresques. 

Mais ce mouvement de recherches et de restauration ne 
doit pas s'arrêter aux façades, qui tout naturellement ont, 
les premières, arrêté l'attention des archéologues et des 
esthètes. 

Après les façades, on a compris qu'il fallait étudier le 
plan des maisons, parce qu'il y a une corrélation intime 
entre le plan et la façade elle-même. 

Puis on a voulu connaître le mobilier qui garnissait les 
diverses salles des habitations et la décoration appliquée 
à ces salles, et cette recherche répcmd non seulement au 
désir naturel que nous avons de nous éclairer complète- 
ment sur les détails de la vie privée dans les temps 
anciens, mais encore à un nouveau courant d'idées, à une 
mode nouvelle, en vertu de laquelle beaucoup de gens de 
goût, nullement archéologues d'ailleurs, veulent garnir 
leurs appartements de meubles anciens, de telle ou telle 
époque déterminée. 

Or, à part les salons du xviii® siècle, encore assez nom- 
breux, il reste fort peu de documents originaux, encore 
en place, pour permettre de reconstituer le mobilier des 
anciennes demeures, surtout aux époques reculées. 

On y suppléera par des recherches dans les musées, où 
figurent des meubles d'époque et d'origine connues ; mais 
la moisson ne sera pas abondante, car nos musées ne sont 
pas riches à cet égard et sont très inférieurs, sur ce point, 
aux musées allemands, où les meubles et objets mobiliers 
de toute espèce sont parfois excessivement nombreux. 

Une autre source de documents sur le mobilier, se 
trouve dans les tableaux et les gravures, dans les scènes 



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sculptées sur uos mouumeuts publics et sur les meubles 
anciens eux mêmes. C'est ainsi qu'on a pu écrire tout un 
volume sur les objets mobiliers fournis par les stalles de 
la eatliédrale d'Amiens. 

Les tableaux, en particulier, donnent un ensemble pré- 
cieux d'aperçus, relativement à la décoration intérieure 
des habitations privées, la disposition de leurs apparte- 
ments et leur mobilier, reproduit, surtout dans les pein- 
tures gotliiques, avec une exactitude et un détail surpre- 
nants. 

Cette source, cependant, a le défaut de manquer de 
précision, car, de même qu'il est impossible d'identifier 
les vues d'églises, de villes, de remparts et de campagnes, 
qui forment le fond des tableaux de nos peintres du 
moyen âge, il serait impossible aussi de préciser à quelle 
ville, à quelles liabitatious appartiennent les intérieurs et 
les mobiliers reproduits avec tant de minutie. 

Et ceci m'amène à parler d'une autre source bien autre- 
ment abondante que les précédentes, et beaucoup plus 
précise et plus sûre : ce sont les pièces d'archives, les 
documents écrits, et nous pouvons comprendre sous cette 
dénomination les manuscrits et même certains imprimés. 

Les détails fournis par les documents d'archives sont 
aussi i)récis, aussi exacts, au point de vue de l'attribution 
de temps et de lieu, que les autres le sont peu à cet égard, 
et s'ils parlent moins aux yeux que les meubles réels ou 
leui" représentation peinte, ils donnent généralement — si 
on les groupe — tant de détails, qu'on peut parfaitement 
se les représenter par l'imagination et les reconstituter 
Ijar le dessin. 

Ces pièces d'archives appartiennent à des genres fort 
di^ ers. 

Les premièi'es sont celles (pii concernent les corps de 
métiers ou qui constituent des contrats pour l'exécution 
d'anivres d'art ou d'objets mobiliers déterminés. 



Ce sont iiaturelleineiit les plus utiles, mais elles sont 
rares. 

Il y en a d'autres, beaucou[) plus nombreuses, mais 
généralement très laconiques : ce sont les testaments. Le 
testateur énonce l'objet qu'il donne ; il ne le décrit pres(|ue 
jamais. 

Il est un troisième groupe de pièces plus nombreuses 
encore, cjui fournissent généralement des détails très 
abondants : ce sont les comptes d'exécution testamentaire 
et les comptes de tutelle, dont le nom indique la nature. 

Je ne puis parler des pièces de ce genre qui se trouvent 
dans les divers dépôts d'arcliives du pays, ne les ayant 
pas consultées ; mais je i^uis faire connaître ce fonds 
si curieux, si riche en détails, si abondant en documents 
et en renseignements, tel qu'il existe aux arcliives de 
Tournai, où je l'ai entièrement exploré. 

K Toute l'histoire de la vie privée des Tournaisiens du 
)) moj^en âge se trouve écrite dans nos chirographes » 
(c'est-à-dire dans nos x^ièces d'archives), dit jNI. d'Her- 
bomez ; a il n'est que de l'en dégager ; mais la vie pu- 
» blique aussi s'y laisserait étudier. » 

« Ces chirographes des archives de Tournai sont au 
» nombre de plus de cinq cent mille et se trouvent, à 
» l'heure actuelle, répartis en quatre grandes séries : tes- 
)) taments — comptes d'intérêt privé — chirographes de 
)) la cité — chirograx)hes de l'échevinage Sainte-Brice. » 

Je veux m'éteudre seulement sur la série des comptes 
d'intérêt privé, c'est-à-dire les comptes d'exécution testa- 
mentaire et les comptes de tutelle, au nombre de trente 
mille, ou environ, que j'ai tous compulsés. 

Ces comptes relatent, in extenso, tous les actes utiles à 
la reddition du compte de l'exécuteur testamentaire ou 
du tuteur : le testament, qui donne ouverture au compte; 
l'inventaire très détaillé dressé à la mortuaire, où l'on 
trouve la distribution de la maison, la nomenclature de 
toutes les salles, la description souvent minutieuse et jjièce 



- 98 - 

par pièce, de tous les appartements, de^mis la cave jusqu'au 
grenier, et de tous les objets mobiliers qui se trouvent 
dans chacun d'eux ; le relevé des créances et des dettes du 
défunt, avec Force détails ; la vente du mobilier, où on 
retrouve une seconde fois tous les objets inventoriés, mais 
groupés généralement par espèces : les argenteries, les 
cuivres, les meubles, les vêtements, etc. : la vente des 
immeubles ; les dépenses faites pour les funérailles, qui 
révèlent souvent des usages locaux ; les déboursés pour 
les mineurs au cours de la tutelle : frais d'écolage, de 
voyages, de vêtements, d'apprentissage d'un métier, etc.; 
frais d'entretien ou de construction d'immeubles, 

Gn'ice à ces pièces d'archives, et en particulier à ces 
comptes d'exécution testamentaire, on peut, en les com- 
binant et en groupant les éléments qu'ils fournissent, 
reconstituer avec grand détail la distribution des habi- 
tations privées du xii'- au xviii'' siècle, maisons de 
pierre (ou steen) des riches patriciens, ou maisons en 
pans de bois de l'artisan et du marchand ; le mobilier et 
la décoration des salles qui les corai)osent, les costumes et 
même les usages de leurs habitants. 

Nous revoj'^ons ainsi, encore meublée et vivante, la 
maison de nos pères, qu'elle soit romane, gothique, ou 
d'époque plus récente. Nous connaissons sa distribution 
intérieure comme sa façade ; le mobilier de clia(iue appar- 
tement, vestibule ou dépendance, du sous sol jus- 
(ju'au grenier, en passant par le bouge, la salle, la 
clinnibre, la boutique, le comptoir on ])ureau, la cuisine, 
les salons, les chambres à coucher, les galeries, les cours 
et les jardins et jusqu'aux fleurs (]ui les ornent et qui 
varient, comme tout le reste, selon les époques. Nous 
examinons tous les meubles, nous en détaillons le con- 
teiui, vêtements et bijoux, vaisselle et papiers. Nous 
pouvons ainsi nous rendre compte de la som^^tuosité de la 
vie chez certains grands bourgeois, de la simplicité de 
l'existence chez la généralité des habitants. Nous voyons 



— 99 — 

aux murs des appartements les œuvres d'art (|ui disent les 
époques de f>aix et de prospérité, les armes qui rappellent 
les époques troublées ou glorieuses ; nous suivons dans 
les inventaires les progrès ou la décadence de nos indus- 
tries d'art et des différentes branches du commerce ; nous 
connaissons le costume, avec les variations — lentes en ce 
temps-là — de la mode ; les mœurs des habitants, leurs 
aspirations, leur degré de culture, l'objet de leurs préoc- 
cupations, de leurs travaux ou de leurs études ; les dis- 
tractions et les fêtes qu'ils aimèrent toujours ; les dévo- 
tions auxquelles ils s'attachèrent spécialement, dans les 
différents temps. Xous assistons aux naissances et aux 
baptêmes, aux fêtes de familles, aux maladies et à la mort 
des hôtes, aux repas qui suivent les funérailles, aux dis- 
positions prises pour celles-ci, où se révèlent bien des 
coutumes locales ; à l'éducation et à l'instruction des 
enfants... A^aste champ d'étude, où l'intérêt est constam- 
ment soutenu. 

La question de l'architecture domestique, l'histoire de 
l'habitation privée, préoccupe depuis quelque temps déjà 
nos sociétés savantes et nous en trouvons l'expression 
dans cette question qu'en 1901 l'Académie io,yale de Bel- 
gique mettait au concours et qui n'a pas jusqu'ici, 
croyons-nous, reçu de solution : 

« Faire l'histoire des habitations du xvi'' et du xvii^ 
» siècle dans les anciens Pays-Bas ; établii' la eomparai- 
)) son entre ces habitations et celles de nos jours, tant au 
» point de vue esthétique que sous le rapport de l'emploi 
)) des matériaux, du confort et de l'hygiène. » 

Xous avons répondu à cette question, eu ce qui concerne 
Tournai, au point de vue des façades des maisons, dans le 
premier volume de notre Etude sur « l'habitation tournai- 
sienue du xi^ au xviii^ siècle » et nous avons réuni les 
matériaux pour donner, dans le second volume de cette 
étude, la distribution et la décoration intérieure des mai- 
sons, le mobilier, les costumes et les usages locaux. 



— lOO — 

Nous avions, pour faire ce travail, les pièces de nos 
riches archives communales. Les autres villes du i)aj^s, 
sans être aussi bien dotées que Tournai, à ce point de 
vue, ne >()nt cependant pas dépourvues d'archives et 
peuvent certainement apporter leui" contribution à l'étude 
de l'architecture civile privée en Belgique. 



L'étude de notre architecture domestique a été une des 
préoccupations des organisateurs du Congrès archéolo- 
gique de Liège, comme le prouvent les questions mises à 
l'ordre du jour des discussions de la 3^ section. M. Brahy- 
Prost doit s'occuper des particularités techniques et 
artistiques du mobilier liégeois au xvi® siècle ; M. Polain 
Ijose la même question pour le mobilier des xvii® et 
xviii*^ siècles, et il exposera la transformation du style de 
rarchitecture civile à Liège aux xvii*" et xviii^ siècles ; la ville 
do Liège elle-même, passant de la théorie à l'exécution, a 
restauré et ouvert au public i!es superbes demeures que 
sont l'Hôtel d'Ansembourg et la Maison Curtius. Enfin, 
M. Lefèvre-Pontalis doit traiter en conférence publique, 
avec la haute compétence qu'il i)ossède, les maisons de 
pierre et de bois en France, dii xii* au xvi^ siècle. 

Xos éi'udits collègues ont d'ailleurs, depuis quelque 
tem])S, porté leurs recherches sur le même sujet ; M. le 
chanoine Duclos a publié un livre sur l'art des façades à 
Bruges ; M. Buis a étudié le pignon biuxellois et a écrit 
riiistoii'c de sou évolution ; et sous sa direction, le comité 
du Meux-Bruxelles a relevé tous les détails de l'architec- 
ture donuîstique dans cette ville. Déjà au congrès archéo- 
logique de (jrand, M. le Professeur Cloquet avait abordé 
l'étude des constructions civiles ])rivées et il y avait 
organisé une ex])osition de dessins de nos vieilles façades, 
dans les différentes régions de la Belgique. Il a, depuis, 
repris ce sujet dans i)lusieurs i)ul)lications. 



Ces recherches sur nos anciennes demeures avec tous 
les éléments qui les composent, ont été accueillies avec 
faveur par le public ; de là les reconstitutions du vieil 
Anvers, du vieux Bruxelles et du vieux Liège, les plus 
grandes attractions peut-être de nos dernières expositions; 
mais il y a mieux à faire que des reconstitutions éphé- 
mères : il faut restaurer nos vieilles demeures, et grâce à 
elles, rendre à nos villes un caractère d'art et de pitto- 
resque que seules x^euvent leur donner ces anciennes 
constructions. C'est ce qu'ont fait plusieurs administra- 
tions communales avec un véritable succès, de nature à 
encourager les autres à les suivre dans cette voie ! 

K.-.T. SOIL DE MORÏAMK. 



LE PLUS ANCIEN DOCUMENT CONNU 

DU THÉÂTRE LIÉGEOIS 

d'après un manuscrit inédit du xv^ siècle 



J'ai tenu à réservei' au Congrès aicliéologique la primeur 
d'une petite découverte qui intéressera sans doute tous les 
amis du théâtre wallon. 

Le plus ancien document connu jusqu'à présent dans 
ce domaine était un fragment de moralité de la première 
moitié du xyii^ siècle O. 

Je voudrais vous soumettre maintenant un manuscrit 
dont l'écriture est de la lin du xv® siècle, et dont l'origine 
liégeoise ne me semble pas douteuse ; je fais allusion à un 
recueil composé de deux m3'stères et de trois moralités, 
appartenant à la Bibliothèque du Musée Condé, à Chan- 
tilly, et que je compte éditer très prochainement. 

Sans doute, aucune indication de provenance ne figure 
sur le manuscrit, mais l'exameu ])hilologique du texte 
permet, dans l'état actuel de nos méthodes, de l'assigner 
avec certitude à la région de Liège. 

Avant de passer à ces preuves d'ordre linguistique, 
vo^'ons si par d'autres côtés le manuscrit ne nous livrera 
pas quelques indices de nature à les confirmer. 

Dans l'une des Moralités, le Jeu des sept vertus et des 



(') Bulhlin de lu Sociélé liégeoise de lHlérttture nudlonne, i"= série, 
t. II. 2" partie, pp. i à 20. 



— io4 — 

sept péchés capitaux, je relève un passage qui atteste chez 
l'auteur une coiiuaissauee assez précise de la Belgique et 
de ses mœurs. C'est Glouteriiye qui parle : 

Je suy Damme de mainte terre 

Kt eu Frauche et en Engletere. 

Ma loy ont bien trestout tenut 

Deis le temps de bons roy Artus 

Norniaus, Thiois et Aonlois, 

Qui bien ont tenut mes loy. 

En Flandre ai(e) je maint(e) i)rens servant, 

A Ypre, a Bruge et a Gant. 

Li pouvre vont a la cervoise. 

Leur ilh font moult sovent grant noise 

Et li aulcuns enle[nt] godalle (i). 

Qui ont pau d'argent en leur malle. 

I<]t li plus riche vont a vin 

Ou anueus ou alinekin '^j ; 

Li enfanclion tempre la prendent 

Por le doucheur a cuy il tendent. 

Et tant y vont mes gloteceaux 

Qu'il en devinent laronceaux 



Partout cognoist ou bien mensengne 
I)'Ir(e)lande jus(|uc a Lowangne.... 

On aura noté la forme ^vallonne « Lowangne » rimant 
avec « ensengne », ce qui dénonce une prononciation 
analogue à celle du wallon moderne Lovaiu, mais avec 
une 71 mouillée finale. C'est le même aspect que prend ce 
nom dans J. de llemricourt P^ qui a Lowainge, Lowang', 



(') Einblenl, enlèvent, volent la bière i)ortant le nom de « godalle >'. 

(2) Amiens est « annualis » ; nUnckin, que je nai rencontré nulle 
l)art ailleurs, ne peut être autre chose, à mon sens, que le moyen- 
néerlandais ullcnkine ou iilcenkinc, nUecnkinr, que M Veiu 'OL'I.I-Ii:, 
EtymoIog-iscJi Woordcnboek, traduit par « langer en langer, à la 
longue». Je traduirai <lonc le vers comme ceci : soit jeune soit vieux. 

(^) G. DoiTlJKl'ONT, Elude lingnislifjne sur Jacques de Hemricnurt cl 
son éjKxjnc. dans McnioircN ronronnes de l'Acndéniie voyide de Bel- 
gique [CUissc des Lellves), t. XL^I. iS;|i, in-R». p. liH. 



— I03 

Lowangne, trois graphies correspondant à la même 
prononciation. 

On remarquera en outre qu'en évoquant les trois 
grandes villes de Flandre, Ypres, Bruges, Gand, l'auteur 
fait cette observation, qui dénote une connaissance réelle 
des mœurs flamandes : le peuple s'enivre de bière, la bour- 
geoisie de vin. 

Enfin, il faut s'arrêter davantage à l'opposition de 
thiois et avalois. Ou n'est pas habitué à rencontrer vers la 
fin du moyen âge ce dernier terme familier aux chansons 
de geste et d'ailleurs encore mal expliqué. 

4 ya/ofs ne désigne pas ici les habitants des Pays-Bas, 
comme l'analogie sémantique pourrait le faire croire, 
puisqu'on les a déjà nommés en parlant de « thiois ». Il 
faut donc cheicher une autre interprétation, et les textes 
cités par Gachet dans son Glossaire roman (^) nous y 
conduisent tout naturellement. 

N'y a-t-il pas eu, en elTet, jusqu'au xv^ siècle, a des baillis 
» d'Avalterre qui étaient maîtres de Chantraiue et des 
» autres commanderies du pays de Liège, comté de Bouil- 
» Ion et comté de Looz »? D'autre part, Gille de Cliin, se 
rendant au tournoi à Maestricht, va en « Avauterre ». 

Sans conclure donc avec Gachet que « le pays d'Avau- 
terre, dont pailent les trouvères, est à peu près celui que 
comprenait le bailliage du même nom à son origine » et 
que (c les limites de l'ancien évêclié de Liège seraient à peu 
près les siennes », je définirais le mot Avalois en disant : 
(c Ce terme désigne les habitants de la vallée de la Meuse, 
depuis les environs de Liège jusqu'aux alentours de 
Maestricht ». Cette interprétation s'adapte à merveille à 
presque tous les textes littéraires. Quant au nôtre, il en 
permet à peine une autre. 



(1 j Gloasitire roiiuui des Chroniques riniées de Godefroid de Bouillon, 
du Chevalier du Cygne et de Gilles de Chin, Bruxelles, Hayez, 1869, 
111-4°. * 



— loG — 

11 faut rapprocher, du passage que nous venons de 
commenter, cet autre où Avarisce s'exprime ainsi : 

« A Aras, à Mes (et) en Lhorene 

ai(e) je presteit maint(e) samayne ; 

eu Rome et en Lombardie, 

ay uzureit tout(e) ma vie 

(et) à Paris et decha la Some ». 

Sans attacher trop d'im])ortance à ce fait que, sauf 
Paris, presque tous les lieux énumérés firent partie jadis 
de cette Lotharingie qu'à la même époque Charles-le- 
Téméraire rêvait de reconstituer, on notera le « et deeha 
la Some ». Cette expression implique que l'auteur compose 
dans ces « pays de par deçà » que les ducs de Bom-gogne 
avaient réunis peu à peu sous leur autorité souveiaine. 



Avons-nous d'autres moyens que la toponjnnie pour 
détern)iner plus exactement le ou les auteurs de nos 
Nativités et de nos Moralités ? 

Oui, mais c'est ici que j'ai besoin de faire appel à vos 
lumières, quoique les réponses négatives du meilleur 
connaisseur des choses ecclésiastiques belges, j'ai nommé 
le savant dom Ursmer Berlière, ne me laissent guère 
d'espoir d'aboutir. 

cl) Sur le dernier feuillet, à la fin de la troisième Mora- 
lité, se lit l'explicit de « Suer Katherine Hourlet. » 

('omme le mot a explicit » sépare « Suer Katherine » de 
« Bourlet » et que la première Nativité porte (') « Explicit 
per manus Bourlet », on est amené à se demander si « suer 
Katherine, » est réellement notre coj)iste et si elle portait 
ce nom de famille « lîourlet », si fréciuent dans la province 
de Tjiége. 



(')Kl même sansiloule d'une autre maiu. 



— i()7 — 

b) D'autre part l'épilogue de la seconde INIoialité s'ex- 
prime connue suit : 

lOnsi le tesiuogne Bonuerier. 
Lequeil veult a Dieu sujiplier 
etc. 

Mes efforts pour identifier ce « Bonverier» ont été vains. 

c) Ensuite le texte nous livre une dernière indication 
moins précise encore lorsque, dans la seconde des deux 
Nativités, Marie Jacob en adorant Jésus dit : 

Je vous i)rie que veulhies aijdijre 
Les i)ovres seur de saint Michiel. 

VAle parait bien implorer la miséricorde divine en faveur 
des s(xnirs de Saint-Michel ; mais où y a-t-il eu en Belgique, 
et particulièrement dans la région liégeoise, un couvent de 
femmes ayant saint Michel pour patron ? Il est vrai qu'il 
peut à la rigueur s'agir d'un béguinage ou d'une coufiérie 
pieuse quelconque (,'). 

Mais ce passage, la présence d'une « suer Katherine » 
et l'invitation faite aux « suers » dans le prologue de 
prêter silence à la pièce attestent que nos jeux ont été 
repi'ésentés dans un couvent de femmes, ni plus ni moins 
que le fragment de Moralité du xvii^ siècle, cité plus haut. 

(/) A signaler enfin le nom d'une des propriétaires du 
manuscrit, J. S. Ediys de Potiers, qui a, au xvii'' siècle 
sans doute, griffonné son nom au bas d'une feuille en le 
faisant précéder de sa devise « à Dieu seulle. » 

En ce qui concerne la date, à part l'écritui'e qui, nous 
l'avons dit déjà, est au plus tôt du dernier quart du 
xv*^ siècle, et a part la langue, que nous allons étudier 
bientôt, nous n'avons i>as d'autre moj'cn d'investigation 
que l'étude du costume. 



'1) C'est riiyi)otlièse que nie suj^gère M. Fairon, que je remercie 
ici pour ses aimables recherches. 



— loS — 

En effet « Orgueil « se vante de corrompre les femmes 
par les dimensions et la forme... de leurs chapeaux ! 

« Coriie[s] leur fay porteir es teist 
eusi qu'elles] fuissent beist. » 

Tout le monde aura reconnu le fameux « escoffion à 
cornes », mode belge qu'Isabeau de Bavière introduisit à 
la cour de France à la fin du xiv^ siècle et qui fleurit jus- 
qu'aux alentours de i465i'). La première moralité doit 
donc remonter au moins au troisième quart du xv® siècle. 
Les Nativités, par leur langue et leur caractère littéraire, 
sont plus anciennes ; les deux autres moralités doivent 
être contemporaines de la première. 

Quoi qu'il en soit, les éléments fournis par le texte étant 
insuffisants, il faut recourir à ranal3-se linguistique. 

Les philologues me croiront volontiers si je leur dis 
que j'attache aux preuves qui vont suivre jilus d'im- 
portance qu'aux précédentes. 

heu Etudes de Dialectologie wallonne de M. W'ilmotte 
qui ont assis sur des bases scientifiques notre connaissance 
de l'ancien wallon, et toutes les recherches qui ont suivi 
celles du savant liégeois, pei'mettent d'assigner maintenant 
avec certitude une provenance wallonne '-) à tout texte 
médiéval réunissant les caractères que voici (•') : 

a) Voyelles 

i) Passage de a tonique accentué et libre du latin à ei 
au lieu de e. 

Ex. : Enfanteir, ploreiv, anieis (amatus), loweie (louée), 
troueie (trouvée), etc. 



f'j .le ilonnerai prochainement dans la lienue ;ircJi('()lufii(jiic le 
résultat des recherches auxquelles Je me suis livré :i ce sujet. 

('-} ('e terme ne comprend pas le IJainaut. 

(3)Notre énumération est un peu différente de celle de M. \\ iluiotte. 
Tous les exemples sont empruntés à notre manuscrit et y constituent 
sauf indication contraire non l'exception, mais la refile. 



— I09 — 

2) Préférence pour a et / à la protoiiique : 

Ex. Asteis (anc. fr. estes, êtes) ; samayiie ; pitit (\vall. 
mod. pitî) ; signeur. 

3) Réduction de ie roman à /, caractéristique du wallon 
moderne. 

comenchir(e) ^ anc. fr. comencier. 

4) Passage fréquent de e roman à e/, notamment dans les 
deuxièmes persounes du pluriel : aveis, ueZ/'c/s (verrez), etc. 

5) E ouvert latin entravé devenant ie. Le fait est encoie 
rare au moyen âge. Cependant infîer, diestre, pierte, etc. 

6) Suppression et addition iri-égulière de l'e muet final. 
Une des caractéristiques les plus remarquables de notre 
texte est la présence d'un e final à toutes les premières 
personnes du singulier du futur : yraie, feraie, etc. 

7) Présence d'un / ou d'un iv de liaison entre les voyelles 
en hiatus : Ex. veyiit (wall. mod. vèyoïi, anc. fr. vëu), 
joweraie (wall. moà. jowvè) \joweal, etc. 

8) Absence de cette confusion entre en et an qu'on 
trouve en français et en lorrain ; témoin des graphies 
comme sains (< sine + s) = français .sans. 

B) Consonnes 

9) Traitement français du c -\- a (^), traitement picard 
concurremment avec le traitement français pour le c + e, /: 

Douche, chose, chi, ciel, céleste, chantent. 

10) W représentant souvent le v latin. 

iij Le w germanique demeurant w à l'exclusion du g 
français : 

Waine ^ gaîne, (wall. actuel wène), wastelet, petit 
gâteau (liég. mod. wastè). 

12) Chute de n devant s. Ex. mostreit ^ montré (wall. 
mod. mostré). 



C) Ceci seul suffit à exclure la Picardie ou le lîaiuaut comme 
patrie de notre texte. 



IIO 

i3) Cliute i') de l devant consonne et par conséquent 
absence de vocalisation, trait également conforme au 
patois moderne. 

Ex, l'article composé pluriel : as, az ; mis (nul) ; mies 
(mieux), pastoreaz fan pluriel). 

i4) Absence de consonne intercalée entre l-r, m-r, m-l. 
Ex. : faiilra (faudra), voirai (voudra), reuenrat. 

i5) Maintien de t final dans le verbe, là où il a disparu 
du français de très bonne heure : Ex. appariiit (au parti- 
cipe), al (habet), oyt (auditus), etc. 

i6) La graphie Ih = / mouillée, graphie caractéristique 
du wallon et du provençal : Ex. veulh, oyeiilh, ilh. 
Innombrables exemples. 

17) La graphie z (notamment lorsque le / a disparu 
devant s), employée sans raison étj'raologique alors qu'en 
français z représente t -\- s à la finale. 

Ex. : pasloreaz, az. 

C) Morphologie 

18) L'article féminin est « le », l'article pluriel composé 
avec à est « az ». 

19) Le déplacement de l'accent sur la dernière S3'llabe 
dans : asteis, diseis (wall. mod. estez, dihez), accentuées 
sur la terminaison et qui s'opposent aux formes fortes du 
français êtes, dites. 

20) Des passés définis comme fiseiit = (firent). 

D) Vocabulaire 

Des mots comme devens --= dans (wall. mod. divins), 
doret =^ tarte (wall. mod. dorêye), waghe, sorte d'étoffe (^^; 
une forme comme manie (mauvaise). 



(') Au iiioins ihins la prouoneialioii. sinon toujours dans l'ortho- 
Ki-aphe 

(2j Waffhet dans un docunienl de i4a(J cité par M. BOUMANS dans 
Bulletin île lu Société liégeoise de litténititre wallonne, t. VI, ue 
l)artie, p. loS. 



— III — 

Cette desoi'iptioii (') qu'il sei-ait l'acile d'allonger encore, 
conviendrait aussi bien à hi langue de Hemricourt qu'a 
si bien décrite M. G. Douireponr ou à la langue des cliro- 
ni(|ueuis liégeois. 

11 faut cependant ajouter un deinier trait cai)ital qui 
permet, selon M. WiUnotte (Romania, t. XVIII, p. 211), de 
situer au texte au Nord d'une ligne passant à environ 
4 lieues au Sud de Liège ; je veux parler du traitement du 
suffixe latin -elliim devenant -eut, et non -ia(l) comme à 
Huy. Or mon texte en a une foule d'exemples et, comme il 
est du xve siècle, ce trait suffit à lui assigner pour patrie la 
région liégeoise. Ex.: beal aingneal, pastoreaz, etc. 

Une rime semble même établir cpi'à cette époque la 
graphie -eal correspondait déjcà à une prononciation : 
e ouvei't, qui est celle du liégeois modei-ne : aiigneax (') : 
Mahai (Meclitildis;, 

Pour le Xord-wallon et môme pour le Liégeois plaident 
aussi des formes comme az, aoierée, mains (=^ mais), 
waghe, etc., les pronoms mey, ley (elle), le possessif se 
(son), l'adjectif démonstratif cist, le traitement du suffixe 
-aia dans troueie (trouvée), loweie (louée), etc., la préposi- 
tion devens (dans), etc. 

Mais voilà, je pense, plus de preuves qu'il n'eu faut. Il 
est temps de passer à l'examen littéraire du texte, et ce 
n'est pas le moins curieux. 

Les deux Nativités, qui occupent les premières feuilles, 
sont d'une grâce charmante, bien rare dans le théâtre du 



(1) Deux traits manquent à peu près à notre te.vte : 1° le traitement 
se, s -|- y > .\7i dont Hemricourt a hii-mème très peu (rexemi)le.s, et 
presque tous dans des noms de lieux ; 2 > l'absence de e [)ro5tliétique. 
règle à laquelle de Heniricourt nest non plus i)as toujours fidèle. 
D'antre parties traces de picard n'y sont pas rares, mais si celles-ci 
s'expliquent facilement par le rayonnement littéraire de la Picardie, 
l'influence inverse n'eût pu s'exercer et l'on ne concevrait i)as qu'un 
manuscrit hennuyer par exemple présentât autant de traits wallons. 

(■-) Dans notre texte .y n'est jamais une abréviation poui' us. 



— 112 — 

moj'en âge. Elles expriment dans un langage naïf la ferveur 
de la foi populaire et elles sont dégagées de la lyrique 
courtoise au point que pas un vers, i)Our ainsi dire, n'y 
est correct et que pas une ballade ou un rondel ne les 
dépare. 

Ecoutez ce Noël, qui rappelle ceux qu'a publiés M. A. 
Doutrepont (') et que des copistes du xv® siècle ont inter- 
calé dans notre texte. C'est un dialogue entre les bergers 
allant à la « Creppe. » 

Le II le Pasteur 

Et vous, ma doiiclie amye Eylison. 
Il vous faultadoreir cel enfaiiclion 
Aweucque vostre compaingne Maliai, 
Qui enporterat une angneax. 
Et Troffeit (^jmon frère vous mande 
Que emporties cliaschune une lampe 

Eyijson 

Et a bien ! tredoux frère, 

Que Dieu vous met huy en bone heel. 

Vechy des nois et pûmes en nostre pantliier 

Qui nous demorat hier a soppeir 

Et se vous avies ung seul flaiotteax 

Vous séries ung très gentils pasturiax ! 

Le Ille Pasteur 

Et de par Dieu, j'en aie ung. 

Eymson a Maiiayi- 

Or sus, damme Mahay ! 
Prendeis ung aingneal gras ; 
Nos laisorons chi nos brebis 
En la garde del entant petis. 



Cj Revue des Putois gallo-romans, i88S. 

(') Ce nom m'étonne beaucoup. Le texte porte To/'/'eil avec un 
petit rentre /"et o, signe qui dans notre manuscrit est l'abrévia- 
tion de er ou de re. 



— ii3 — 

Mahay a HIA'SOX 

Et a bien, très douche compaingiie ! 
Allons-y nos deux ensemble. 
Xos laisserons trotteir dovant 
Les jollis pasteur de renon. 
Xos en yrons après le pitit pas 
Fesloiir et conjoiir la mère et l'enfant. 

On aura remarqué là un mot qu'aucun diotionuaire ni 
aucun autre texte ne connaît heel. C'est le moyen-néerlan- 
dais ou le moyen-bas-allemand lieel, salut, et le vers signifie 
« que Dieu vous ait en sa grâce. ))(^) Il me semble que ce 
mot rend admirablement compte du wallon héli, quêter à 
la fête des Rois, que Grandgagnage n'a pu identifier. Il 
explique mieux encore cette chanson de l'Est de la province 
de Liège qu'a publiée M. Monscnr dans son Folklore 
wallon (■) et dont la nôtre serait l'aïeule : 

S'è-st oùy le liél ; 
I n'a pu del mizér 
S'è to lièlyeu ; 
I n'a pu de bribeu. » 

Ce qui donne aussi à notre texte un aspect si primitif, 
c^est que tous les développements littéraires ou légen- 
daires qu'avait connus déjà en France, dès le xiv* siècle, 
le drame de Noël lui sont inconnus. 

Les liens qui l'unissent à la liturgie sont extraordinaire- 
ment étroits et accentuent le caractère archaïque et 
monastique de nos Nativités. Les rois font leur offrande 
en se servant du trope que l'Eglise a conservé jusqu'à nos 
jours : « Hoc signiim magni reg-is est: Eamiis et inqiiira- 
miis eiim et offeramiis ei iniinera, auriim, thiis et 
myrram ». 

Or, ce trope n'est que dans notre texte et dans les 



(•) C'est le lieu de rappeler le « bail » de langlais : Hail to tliee, 
thane of Glamis... hail to thee tbane of CaAvdor... (Macbeth, I, 3t. 
(2) Bruxelles, Rozez, s. d., in-i8, p. 122. 



- ii4- 

di'aines liturgiques des xi^ et xii^ siècles, par exemple, 
dans celui de Bilseu (';, qui est du xi® siècle. Il est inconnu 
aux antres drames de Xoël français ou picards. Ceux-ci 
ignorent aussi le « puer datas est nobis et filiiis », le 
c( Adorate Deiini » et le « Omnes de Saba », communs à 
notre première Nativité et à la liturgie catholique jus- 
qu'à aujourd'hui. 

La seconde Nativité, qui ne nous est transmise que 
fragmentaireinent, semble la suite de la première. Elle 
aussi rappelle de très près le drame liturgique. 

Les trois Moralités qui terminent le manuscrit sont 
moins agréables à lire. Elles ont une certaine valeur pour 
l'histoii-e littéraire, parce que nous sommes très pauvres 
en Moralités françaises du xv^ siècle; mais elles sont 
dépourvues, à part la seconde, de toute espèce de charme. 
L'allégorie morale s'y déploie sans giâce et sans mesure. 

La conversion des sept péchés capitaux par les sept 
vertus à l'intervention d'un pieux ermite, et malgré la 
l'ésistance du diable, tel est le sujet de la première. 

L'alliance de Foi et de Loyauté, où se montrent quel- 
ques allusions trop peu claires aux malheurs du temps, 
aux ravages des gens de guerre et aux divisions entre « les 
trois états », tel est le sujet de la seconde, qui a infiniment 
plus de charme et de légèreté (-). 



(') A Hni.xelles, lîihliollieL-a Holliiiidiaiia. .l'en donui'i'ai l>u'iit(')t 
une éditiijii criticiue. 

I-) .T"ai cherflié s'il nv avait pas la (lueliiiie alhision aux guerres 
intestines du l'jivs de Liège au xv siècle. Mais il ne résulte, des 
l)assages <jue je \ais citer, ((ue ceci : cest (jue IKtat n'a peut-être 
pas de clief « (piaiil un ciievals na jxunt de rennes »'.''!) et que des 
gens d'ai me ])()nrsnivent les niallieureux. D'autre part, (jua Paix, a 
abandonné les trois Etats parce que la convoitise, lanibition. la 
prt'sonijition, l'avarice, l'orgueil, les tenaient : 

FOY 

Kt ai)i)elés vo ces louviaux 
<^iii sont gens d'arme. I.ovallc".' 



— II5 — 

Puis après, nous retombons dans la lourdeur des déve- 
loppements pédants avec le « Jeu de Pèlerinage humaine », 
qui n'est que'le Pèlerinage de Guillaume de De Guileville, 
découpé en dialogues. 

Je con)])te publier en regard l'une de l'autre, la version 
française, d'après Stiirzinger, la version namuroise du 
manuscrit de Bruxelles et la version liégeoise, ces deux 
dernières aj'^ant échappé à l'éditeur allemand ('-). 



LoYAi;rÉ 
Kt n'est point grant crualté 
(^ui (') ons voit courir en ce pays, 
Quant les gentiels homme sont pris 
Et les laboui'eur enmyneis, 
Balus, pillies, et desroV)eis ? 
FOY 

Ne vos veulhies desconforteir, 
Loyalté, c'est monde qui règne. 
Quant un chevals n'at point de rennes, 
On ne le sceit por ou tenir. 

FOY 

Loyalte die; ans n'aies nul songne 
Car point ne vos approcheront, 
Non feront il moy, car il n'ont 
De moy, ne de Leaulte curre. 
L'anemy (jui por eaus procure 
Leur l'ait oblieir vos et my. 

Paix 
Onc(iues puis que vus cors laisat 
Des III estas la compaugnie, 
Bien navient en cel[e] partie 
Ne ne lera, se Dieu n'y pense, etc. 

(1) Le wallon a « qui >•> pour « yue >>. 

C-) Ou y verra eu face l'une de l'autre, par exemple, la forme 
française du xive siècle, « un bel oysel », la forme namuroise. «un 
bel oysiel », et la forme liégeoise de notre texte : « ang beals 
ovseas ». 



— ii6 — 

Eiî résumé, l'exanien linguistique des cinq textes nous 
force à concluce à leur origine liégeoise. Cet examen est 
confirmé pour la première Moralité par des,citations de 
noms de lieux. 

Quant à la date, il se fait que, l'une des Moralités raillant 
une coiffure qui ne se rencontre guère chez les femmes 
nobles après i^'jo, cette pièce ne peut être postérieure à 
cette date. Les deux Nativités, à cause de leurs irrégularités 
métriques, de l'assonance employée au lieu de la rime, de 
leur indépendance absolue à l'égard des mystères français, 
à cause aussi de leur simplicité et de leur lien étroit avec 
le drame liturgique, à cause enfin de certaines particula- 
rités de leur dialecte, semblent de beaucoup antérieures 
et peuvent remonter, au moins dans leurs parties essen- 
tielles, au XIV ^ siècle. 

A'oilà ce que j'avais à dire de ce manuscrit de Chantilly. 

•Je suis heureux d'avoir pu mettre la main sur les seuls 
mystères liégeois connus et par conséquent sur le plus 
ancien texte dramatique dont on puisse faire honneur à 
Liège ou à la région voisine ('). 

GusTAVK COHEN. 



(') Je recevrai volontiers les observations qu'on voudra bieu 
m'adresser par écrit, 3. rue Severo, Paris XI\', ainsi que les solu- 
tions qui pourraient être proposées aux petits problèmes que j'ai 
posés dans ces pajjfes. L'identification des noms que j'y ai relevés, 
Bouverier, Teroffeit. Suer Katherine Bourlet, sera peut-être faite 
j)ar un chercheur plus averti. 



c< O SALUTARIS HOSTIA. » 
MOTET DE GRÉTRY. 



Quelques renseignements historiques empruntés à 
M. Breuet nous fournissent une entrée en matière sur 
l'œuvrette de Grétry écrite dans la forme « motet », dont 
l'origine remonte au xiii® siècle et au-delà. 

« Le motet d'alors est une courte chanson d'un seul 
couplet allant de pair avec les fabliaux , rondeaux , 
ballades, etc. 

Il se distingue de ces genres par sa brièveté et les 
déchanteurs des xiii*^ et xiv"^ siècles s'évertuant à créer 
l'harmonie par la superposition des mélodies indépen- 
dantes, appliquent au motet les nouvelles ressources en 
ajoutant une voix d'abord, une seconde ensuite, et enfin 
aboutissent au quatuor vocal mixte. 

Cependant l'origine mondaine ne s'atténue que très 
difficilement et l'inspiration religieuse voisine avec les 
poésies vulgaires. » 

A la suite d'une ordonnance du i3ape Jean XXII (i3i6- 
i334), le motet s'épure; à force de vivre dans le sanctuaire 
l'ascension continue et une séparation radicale s'établit 
entre la chanson française et lui. 

Son sens devient purement sacré et le motet polypho- 
nique imprégné de chant grégorien devient une forme où 
se sont illustrés les plus grands maîtres des xvi^ et xvii'^ 
siècles. Au xviii®, il continue à être traité avec le plus 
grand soin et il n'est pas étonnant que tout au début de la 



-=- ii8 — 

carrière de Grétry, nous trouvions des essais rentrant 
dans ce genre où les modèles ne manquaient pas. 

Un de ceux-là fut retrouvé lécemment par M. l'abbé 
Breuer à la bibliothèque de la cathédrale de Liège. Il est 
écrit à cinq voix avec basse chiffrée et porte le numéro 
323 avec l'inscription : O Saliifaris hostia à cinqiie uoci 
è (!j org'ano di Andréa Grétry. 

Il est plus que probable que ce morceau date de la 
période précédant le dépait de Grétry pour Rome et qu'il 
est l'un de ceux auquels H. de Curzon fait allusion dans 
sa biographie sur Grcitrj'^, quand il écrit que celui-ci 
« triomphait en arrangeant à nouveau maints motets du 
répertoire que son adresse avait l'art de faire croire origi- 
naux». 

Il n'y a en effet pas lieu de croire que cette pièce soit 
celle envoyée par Grétry pour le concours dont parle 
Hoyoux (manuscrit n*" ii65 de la Bibliothèque de l'Univer- 
sité de Liège, p. i54 et suivantes) et qui valut au compo- 
siteur une place de maître de chapelle à Liège en 1765-66. 
Il est presque superflu de rappeler (ju'il n'occupa jamais 
ces fonctions. 

Quoi qu'il eu soit, la facture dénote une main avertie, 
mais le texte n'a guère inspii-é notre compositeur et ce 
motet ne brille point par l'invention mélodique. 

Il intéresse plutôt par la rareté de pièces de ce genre 
que Grétry abandonna complètement pour se vouer à la 
scène, où dos succès plus durables lui étaient réservés. 

Le début en tierce et en forme de i>riipetto est une 
entrée assez banale, ainsi que les notes répétées qui se 
rencontrent çà et là dans le courant du morceau. 

Api-ès ce début en tierces par les deux soprani. l'alto 
reprend deux temps plus tard; ensuite le ténor et la basse 
répètent ce petit thème, qui, aussitôt établi, ne reparait 
plus, mais les paities continuent à évoluer avec aisance, 
notamment la partie de basse. 

Le sentiment iiiii)ersou3iel de ce motet se maintient d'un 



— 119 — 

bout à l'autre et, sauf un enchaînement harmonique qui 
amène un retard expressif de neuvième, cette jjièce ne 
brille point par les qualités primesautières qui ont assuré 
à l'auteur de Richard cœur de Lion une si belle place 
dans l'art musical de son temps. 

Fernam) MAWEï. 



RECHERCHES 

SUR 

L'ORIGINE D'EILBERT DE WAULSORT. 



Le but de cette commauication n'est pas de discuter la 
valeur intrinsèque de VHistoria Walciodorensis où se 
trouvent les seules données que nous possédions sur la 
généalogie d'Eilbert, fondateur de Waulsort. 

Que cette chronique renferme des légendes, cela n'a rien 
de surprenant: il s'en mêle à tous les récits dn moyen âge, 
surtout à ceux destinés à l'édification, et la critie^ue 
judicieuse sait l'aire la part de la broderie que, i)Our com- 
plaire à la mentalité m^^stique de ce temps là, les écrivains 
religieux aimaient à semer sur la trame un peu nue des 
faits. Dégager cette trame est précisément la tâche de la 
science ; elle n'ignore pas (^ue, pour faire accepter les 
enjolivements pieux visant à toucher les âmes naïves, il 
fallait les adapter à des faits bien connus^ et mettre en 
scène des individualités notoires en les plaçant dans le 
cadre historique où chacun savait qu'elles avaient vécu. 
Aussi, dans un récit légendaire, les précisions inutiles au 
but dévot que se propose l'auteur, et les détails accessoires 
n'a3'ant aucun caractère tendancieux peuvent être retenus, 
et doivent l'être, si des documents authentiques n'y c(in- 
tredisent pas. A plus forte raison est-on autorisé à en tenir 
compte, lorsque des confirmations leur sont apportées de 
sources très diverses que les rédacteurs des récits ont dû 
ignorer. 



— 122 — 

Nous n'entrerons pas dans la discussion du titre de 
comte donné à Eilbert. Il n'est nullement nécessaire pour 
qu'il y ait eu droit, qu'il l'ait porté depuis son adolescence 
jusqu'à son dernier jour ; il suffit qu'il ait exercé la eliai'ge 
comtale temporairement, par exemple durant la minorité 
d'un frère cadet ou d'un neveu, trop jeune encore pour 
commander. Nous croyons précisément que le fondateur 
de Waulsort a servi de tuteur à son frère utérin, 
Herbert II, comte de Vermandois, et qu'il est bien le 
même qui, en 914, souscrit, à Quincy-sur-Loison, près de 
Montmédy, une charte du comte Boson de Bourgogne, 
contenant un accord avec l'abbnye de Gorze, au sujet des 
terres de Yarangé ville et de Voisage, tenues en précaire 
par la reine Kicliilde, tante de Boson (' . 

En dehors de cette charte, le seul document d'archives 
non contesté qui mentionne la présence d'Eilbei't est un 
diplôme d'Otton-le-Grand, du 19 septembre 9:^6, donné à 
Reims, dont Otton venait de s'en)i)arer. Le roi prend sous 
sa sauvegarde: ^i inonasieriiun... in loco qui (iicitiir ITa/- 
ciodorus, ubi... Eilbert us [oir nobilis\ et iixor sua Heri- 
sindis siiscepernnt... Dei seruos... a Scotia uenientes » [•). 

La date du 28 mars 976, attribuée à la mort d'Eilbert, 
n'a pas plus d'autorité que les autres indit-ations de VHis- 
iorin W'alciodorensis et l'on ne saurait logiquement l'op- 
poser, pai" exemple, à sa généalogie, sous prétexte 
qu'Eilbert aui-ait dû vivre trop vieux. D'ailleurs, la dona- 
tion de Waulsort, confirmée eu 946, montie que, dès lors, 
les deux conjoints n'espéraient plus d'enfants et qu'lOilbert 
n'envisageait pas réventualité d'en avoir, si plus tard ayant 



(') Sur la date exact© de la charte de Boson, voir les observations 
coucduantcs do MAUlollAt,, lieniurqiw.s sur le ('arliiluirc de (iovze, 
dans.l/('//e/i.s/,i, t. III, p. u'i. - Parmi les souscriptions, on lit : « S. Kil- 
berti coniitis. » — Nous nous expliquons plus loin sur la jcirente 
réelle d'Kilbert et du comte Herbert II. 

(2j Moiiitmciiln (ici'iiiuiiini' /iis/<irir;i. Diplonuttn regiiiii cl inijiernlo- 
j-iiiii (scriiiiiniiie. t. J, p. i4o. 



— J2o — 



perdu sa femme, il venait à se remarier. lOn fait, Herseude 
étant morte, Eilbert prit bien une autre compagne, déjà 
veuve, mais ce second hymen fut stérile. 

Sur ces points, nous ne faisons que i)asser. 

r/objet de cette étude est la généalogie d'Eilbert donnée 
par le chroniqueur do Waulsort. De prime abord, on ne 
voit guère ce qui pourrait la faire contester, et quel des- 
sein pervers aurait [)u nourrir un faussaire en la fabri- 
quant. Elle rattache lulbert à des personnages si peu 
connus, que c'est justement le manque de notoriété de la 
plupart d'entre eux qui a — par un phénomène curieux de 
psjxhologie — servi d'argument contre elle. Par ailleurs, 
on contestait à Sigebert de Gembloux, historien de 
l'évèque Thierri 1^'' de Metz, l'autorité suffisante pour cons- 
tater une parenté entre le prélat et Eilbert, qui s'en serait 
glorifié; ne serait-ce jias une invention destinée à illustrer 
Eilbert? Ainsi les raisonnements en sens inverse sont 
utilisés tour à tour : tout est bon quand il s'agit de battre 
en brèche un « écrivain légendaire. » Pourtant, en tète de 
la généalogie, figure un Aimeii de Xarbonne dont, sauf ce 
passage, on ne rencontre le nom dans aucune chronique 
quelconque de Belgique ou d'Austi-asie du x® au xii'^ siècle; 
mais certaines chansons de geste ont lappelé son souvenir 
d'après des traditions du Midi, et c'est apparemment 
sa présence dans la généalogie d'Eilbert qui l'a rendue 
suspecte. 

Le chroniqueur de Waulsort établit ainsi cette filiation : 

Le comte Aimeri de Narbonne eut pour femme Ermen- 
trude, sœur de Bonifat'e, prince de Pavie. 

Leur fils fut le comte Guérin, Warinus de Ascloiiia. 
De Guérin sortit le comte Bovon, cornes Bovo qui dicitnr 
Sine barba. De Bovon est issu le comte Ebroïn, qui, de 
Berthe, fille du comte Wigeric et d'Eve, eut Eilbert et 
d'autres enfants. 

Les cinq générations : Aimeri, Guéiin, Bovon, Ebroïn, 
Eilbert, ne permettent pas, quelque date qu'on adopte 



— 124 - 

pour la naissance d'Eilbert, de faire naître Ainieri [ilus 
tard qu'en la seconde moitié du viiie siècle. 

11 s'agit bien ici du comte de Xarbonne dont Albéric (ou 
Aubri ) de Ïrois-Fontaines t'ait mention sous la date de 
779, en ces termes : « Xemericus Xarbonensis, pater Bovo- 
nis de Commarceio » (^;. Albéric n'a sûrement point tiré 
cette relation de VHistoria Walciodorensis. Pourtant voici 
le nom de Bovon rattaclié également à celui d'Aimeri. 

Cette date de 779 répond au temps où Charlemagne 
réorganisa l'administration de l'Aquitaine que son l'ils 
Louis, tout enfant, était appelé à gouverner : il envoya, 
pour diriger les diverses provinces de ses états du Midi, 
l'élite des grands de l'Austrasie, au point de « vider sou 
palais », suivant l'énergique expression d'un bistorien du 
temps. L'étude attentive des archives du monastère de 
Lorscli fait constater que, vers cette même date, disparut 
du pays un Aimeri, comte du Rlieingau, dont le [)ère 
Cancor et l'aïeule Willeswinde furent les premiers bienfai- 
teurs de l'abbaye rhénane ('). Le comté du Rlieingau passa 
à des collatéraux après qu' Aimeri eût contesté les libéra- 
lités de ses ascendants et conclu une transaction avec les 
moines. Mais, dans la fondation du monastère, le nom de 
Cancor est intimement uni à celui de Guérin, comte du 
canton voisin, le Lobdengau ; il est visible que ce sont de 
très pi'oches alliés. Si Aimeri de Xarbonne n'est antre 
qu' Aimeri du Rheingau envoyé dans le Midi, le nom de 
Guérin attribué à son fils par VHistoria ]Valciodorensis 
est amplement justifié. 

Aiiueri de Xarbonne auiait épousé Krmentrude, sœur 
de Boniface qui commandait à Pavie, soror Bonifacii 
inag-ni principis de Papia. Les Annales de Lorsch s'inté- 



i'i I*i:k'1Z, Miiiiiiiiiciilii (icriiiiiinae Jiis/nt ic;i, Si-rij)l()rcs, l. XXIII, 

I') \'oir le Codex diploiiintirits Lniiics/iciincusis, édité par l'Aea- 
<lfini(' T 11 éodoro-l'a latine. 



TL25 



ressent précisément à ce personnage. On y lit qu'en juin 
828, Bonilace à qui la surveillance (tiitela) de la Corse 
était confiée, pi-enant avec lui son frère Berclier et divers 
autres comtes de Toscane (aliis qiiibiisdain coinilibus de 
Tnscia), occupa la Corse et la Sardaigne avec sa flotte. 
Boniface, qui fait une levée militaire dans toute la 
Toscane, et dirige les opérations c(mtre les Maures, est 
donc un connétable, ou un gouverneur de province, et 
l'expression (c inag'iin.s pvincepH de Papia » n'a rien 
d'excessif. 

D'après l'Historia W^alciodorensis, un fils d'Aimeri, 
Guérin, est appelé cornes Warinus de Ascloiiia. On ne 
peut méconnaître, dans cette dénomination géographique, 
le lieu que les Annales de Fulda, en 882, désignent sous 
la forme identique Asclolia ('). C'est une résidence royale, 
Elsloo sur la Meuse, où Lotliaire II séjournait le i3 sep- 
tembre 860, lorsqu'il donna (lent en Betuv^e à l'abbaye de 
Lorscli, par un diplôme « actiim Aslao palatio regio » (-). 
Guérin, d'après les traditions deWaulsort, a donc été comte 
palatin d'Elsloo. 11 est permis de le reconnaître dans un 
comte Guérin envoyé avec les prélats de Mayence et de 
Verdun eu 83G, par Louis-le-Pieux, à son fils Lothaire 1^'', 
qui résidait alors à Pavie (^). 

Bovon est indiqué par VHistoria W'alciodorensis comme 
fils de Guérin. Nithard cite, en 840, dans la région voisine 
d'Elsloo, un comte Bovon qui apparaît encadré par Gisle- 
bert, comte de Maestriclit, et Erenfi-oi, comte (de Clèves ?). 
La guerre ayant éclaté entre Lothaire I"^'" et Charles- 
le-Chauve, ce dernier fut appelé par les comtes d'entre la 
Seine et la Meuse, qui s'engagèrent à lui prêter serment. 
Charles, se rendant à Quierzy, 3^ rerut l'hommage de ces 



C) Pertz, Moinimenta Germanine historien. Scrii)tores. t. I, p 3<)5. 
(2j Ibidem, t. XXI, p. 63. 

{^) Annules Berliniani, S3G; LtlTOl-F, Translatio snncti Severi, i\\). 
Pertz. Scri])lores, t. XV a. p. 292. 



— I2G — 

nouveaux sujets : a bénigne suscepit onines a Carbonariis 
et infra venientesry. Cependant, Odoul(que les traditions de 
Los disent avoir été comte de cette ville) séduisit Erenfroi, 
Gislebert et Bovon, qui, faisant défaut à l'assemblée de 
Quierzy, retournèrent au parti de Lotliaire (M. 

Pourquoi Bovon fut-il surnommé Sine barba ? C'est, 
selon toute apparence, parce qu'à la fin de sa carrière il 
embi-assa la vie religieuse et qu'on lui tondit les cheveux 
et la barbe. Au ix^ siècle, vécut un abbé Bovon de Corvei 
(la Corbie saxonne) élu après la mort d'Avon (9 novembre 
879) et qui finit ses jours le 29 octobre 890. Ce Bovon avait 
été marié, puisqu'il fut l'aïeul (avns) de Bovon IT, l'un de 
ses successeurs (918-22 juin 916) et celui-ci à son tour 
l'aïeul de Bovon III (élu en 942, et mort à la fleur de l'âge, 
le i3 juillet 948). 

Existe-t-il une présomption peimettant de rapprocher 
de Bovon sans Barbe, fils de Guérin et père d'Ebroïn, le 
Bovon P"" de Corvei ? Cet abbé obtint de Charles-le-Gros, 
le 7 mai 887, pour son monastère, la concession d'un béné- 
fice dont le comte Wigeric avait autrefois joui r-). 

L'Historia Walciodorensis fait d'Ebroïn, fils de l^ovon 
sans Barbe, le gendre du comte Wigeric, et nous avons 
l^résenté, dans nos Etudes sur le Luxembourg- à l'époque 
carolingienne, des arguments tendant à démontrer que le 
beau-père d'Ebroïn a vécu dans la seconde moitié du 
ixe siècle, entre 855 et 881. 

L'identification de Bovon sans Barbe avec l'abbé de Cor- 
vei, Bovon P'", a pour conséquence de donner pour femme 
au comte Guérin et pour mère à Bovon une sœur d'un 
autre Guérin qui fut abbé de Corvei de 826 au 20 septembre 
856. Ce Guérin de Corvei avait pour père Ecbert, duc de 
Saxe ; il appartenait jjar sa mère Ida à la famille d'Ada- 



(') ^«I■l'llAlll». 1. II, Ciq). i>, aj). i'KiM/. M()iniun-nt:i (icrninnlac Itisto- 
ricti Srrijilorcs, t. II, p, (J^G. 
(2) EuiiAUT. lici-cshi l,i!<l(>r. Weulpliidim', Cod. prol) . t I. j). ."{i. 



— 127 — 

lard et de Wiila. Or, c'est un autre comte Adalard qui, 
en 860, intercède à Elsloo auprès du roi Lotliaire II. Dans 
nos recherches sur la maison de Saxe, nous avons été 
conduit à cette conclusion que la fille d'Ecbert, qui l'ut 
mère de l'abbé Bovon I^'' s'identifie avec Adèle, 2* abbesse 
d'IIerford, citée de 842 à 858. Adèle eut deux autres 
enfants : Cobbon, chambellan de Charles-le-Chauve, et 
Hedvige, 3*^ abbesse d'Herford, citée de 860 à 890. La 
4*^ abbesse d'Herford, nommée Mathilde, serait à son tour 
une fille d'IIedvige et s'identifierait avec la mère du duc 
Thierri de Saxe ; de Thierri sortirent la reine Mathilde 
unie à Henri l'Oiseleur, et Amaurée, femme d'Eberhard 
du Hamaland. L'évêque Thierri de Metz, fils d'Amaiirée, 
serait ainsi l'arrière petit neveu d'Ebroïn, père d'Eilbert. 
Xous n'indiquons ces conclusions que pour mémoire, les 
présomptions sur lesquelles elles s'appuient ne pouvant 
être exposées ici. 

Ebroïn, fils de Bovon sans Barbe et père d'Eilbert 
d'après VHistoriaWalciodorensis, servit Charles-le-Chauve 
lorsque celui-ci devint, par le traité de Meerssen, posses- 
seur d'une portion du ro^^aume de Lotliaire II. Il fit partie 
de l'armée qui, sous la conduite du connétable Régnier, 
subit à Andernach, le 8 septembre 876, la cruelle défaite 
que lui infligea Louis-le-Germanique. Ebroïn fut fait 
prisonnier (^). Libéré plus tard, il obtint de Louis-le-Bègue, 
le 29 mars 879, en compensation de ses services et peut- 
être en dédommagement de sa rançon, deux domaines, 
Anthisue en Coudroz, Heure en Famenne [-) , situés dans 
la part de la Lorraine devenue française en 870 (^). 



(1) Annules Beilininni, S'G. 

i-) Heure en-Fainenne, c-fr. Laiiave, Etndesnr l'abbaye de Waiilsort, 
p, 10 : Roi.AND, Toponymie namnroise, t. I. p. 129. Cette identifica- 
tion est à substituer à celle de Iledré-en-Fameune, admise i)ar 
M. Parisot. 

(■^j Parisot, Le Royaume de Lorraine, pp. 373, 43^. 



— 128 — 

Il semble possible de fixer la mort d'Ebroïn au 12 sep- 
tembre (en 879 au plus tôt), d'après la mention du Kalen- 
dariiim necrologiciim de Gorze : « // Idiis Septembris. 
Ebrniniis cornes. » L'inscription de cet obit peut être 
imputée à l'évêque Thierri P"", puisque Eilbert a praedicti 
pontificis gloriabatiir consangiiinitate « </j, Thierri fit 
noter, en grandes rubriques, dans ce nécrologe, les anni- 
versaires de ses parents. 

On manque de données précises sur la date de la nais- 
sance d'Ebroïn et sur celle de son mariage. Il paraît 
devoir être identifié avec un a Ebroinus fidelis uassallns » 
de l'empereur Lotliaire P"", car les domaines en Hesbaye 
que ce prince lui conféra firent ]3artie, suivant la remarque 
de M. Parisofc, de la dotation de Waulsort {^). Lotbaire fit 
cette libéralité, le 9 juillet 855, à la prière de sa maîtresse 
Dode, une serve affranchie le 19 avril 85i, dont il eut un 
fils nommé Carloman, et que, dans l'acte en faveur 
d'Ebroïn, il appelle tendrement: « dilectissima ac familia- 
rissinia femina nostra. » Mais les termes de « fidelis 
vassallus )> n'impliquent aucune idée de fonctions exercées, 
et par conséquent d'âge. Ebroïn devait avoir au moins 
douze ans, lorsqu'il reçut ce don : c'est l'âge auquel, 
d'après un document formel du milieu du ix" siècle, les 
jeunes nobles pouvaient disposer valablement de leurs 
biens patrimoniaux et par conséquent recevoir des immeu- 
bles en don. (^> Lu vie d'Ebroïn serait circonscrite ainsi 
dans l'espace minimum de 843 au 12 septembre 879. 

Mais rien n'empêche d'admettre qu'Ebroïn a vécu 
plusieurs années après 879. Une donation faite à l'abbaye 
de Corvei, sous Bovou I'""", est énoncée comme effectuée par 

('j SiGKlJEUT, Vilii Deoderici I; apud Picktz, Monnmentn Germniiiae 
/listorica, Scriplores, t. IV, p. 4G7. 

(*) Pakisot. Le lioynuine de Loi-ruine, p. 28. 

(^) Nous avons cité ce texte, tiré d'une charte du comte Achihird, 
en faveur de Saint-Gall. dans nos IJtiides sur le Luxembourg, t. I, 



- 129 - 

Volcberl (Foubert) <( pro Euvnivino ». Si, comme la l'édac- 
tion semble l'iiuliquer clairement, c'est une fondation pos- 
tliiuue. émanant d'un exécuteur testamentaire ou d'un 
proche parent, et si elle s'applique au père d'Eilbert, il 
serait mort sous l'abbatiat de Bov'on I*^^ entre 879 et 890. 

(^uant à la date du mariage d'Ebroïn, elle est à fixer 
probablement après la dotation qui lui fut accordée par 
Louis-le-Bègue,etil est à présumer que parmi les six frères 
d'Eilbert, qualifiés de germani par VHistoria Walciodo- 
renais, il y en eût (pii furent aussi fils d'Ebroïn. Toutefois 
le terme de gernianiis est inexact pour au moins un des 
frères d'Eilbert : Herbert II, comte de Saint-Quentin 
(Vermandois'j certainement fils d'Herbert P'". C'était pour 
Eilbert un 1 rater iiterlniis, [rater ex utero, par opposition 
à frater gerinnnns, /'rater ex g-erinine, qui dans le haut 
mo3^en âge, a le sens de frère de père, ce qu'on nomme dans 
le droit moderne « un frère consanguin ». Le frater con- 
sangiiineiis était primitivement, comme le décèle rétjMuo- 
logie du mot, un frère de père et de mère. 

Au sujet de ces termes de parenté, une erreur d'inter- 
prétation est à relever au cours de la critique que, dans 
son récent ouvrage sur les ducs de Lorraine, M. Parisot 
a fait de notre étude sur Wicman II, comte du Hamaland, 
soumise au Congrès de Gand. 

La méprise de M. Parisot a d'autant plus lieu d'étonner 
ses lecteurs que son attention était formellement appelée 
sur un passage qui lui donne tort. M. Parisot réédite une 
interprétation erronée dont le duc d'Epernou — cela ne 
date pas d'hier — avait déjà fait bonne justice. 11 attribue, 
dans un texte du x^ siècle, au mot gernianiis, le sens 
absolu et nécessaire de frère de père et de mère, sens quil 
n'a pris rigoureusement que bien plus tard. Cependant le 
document eu question, le Vita Johannis abbatis Gorzienzis, 
parle de certains frères particulièrement chers à l'évêque 
Adalbéron I^''de Metz, et qu'il voulait avantager à tout prix, 
même aux dépens des abbaj^es placées sous son égide ; et 



— loo 

ces frères-là, le biographe de Jean de Gorze les distingue 
en les dénommant « germanos de matre ». Qui ne voit 
Tabsurdité de ce pléonasme, si g'ermaniis avait eii pour 
le rédacteur, le sens de « frère du même lit ? » 

D'ailleurs, la pieuve de l'acception contraire est faite 
par une foule de textes, à commencer par la chronique de 
Cliildebrand et de Xivelon, deux des continuateurs de la 
chronique dite de Frédegaire, au milieu du viii*^ siècle. Le 
terme de germani y est appliqué à des frères certaine- 
ment issiis de mères bien distinctes, comme Pépin, fils de 
Rotrude, et Griffon, fils de Sonnehilde, les deux femmes 
successives de Charles-Martel. 

J. DEPOIX. 



LE TOMBEAU DE HENRY DU MONT 

MUSICIEN LIÉGEOIS 
ÉTABLI EN FRANCE AU XVI F SIÈCLE 



Xonibreiix sont les artistes que la principauté de Liège 
a envoyés, au cours du moyen âge aussi bien que des 
temps modernes, renforcer le contingent de nos artistes 
nationaux et contribuer à l'éclat de cet ensemble multiple 
de forces et de génies divers qu'est l'art français, depuis 
les imagiers Pépin de Huy et .Tean de Liège jusqu'à Jean 
Varin et au graveur Demarteau. 

Parmi ces artistes, et non des moindres snns doute, il 
faut compter le musicien Henry Du Mont, né à Liège en 
1610, d'une ancienne famille de cette ville, qui s'établit peu 
d'aniiéesaprès sa naissance à Maestriclit. C'estàMaestricht 
que le jeune Henry Du Mont reçut sa première éducation 
musicale et resta près de 17 ans, de 1621 à i638, ainsi que 
son frère Lambert, au service de la collégiale Xotre-Dame, 
soit en qualité de chanteur de la maîtrise, soit en qualité 
d'organiste 1'). Néanmoins de fréquents sèjoui's à Liège 
le mirent eu rapport avec les musiciens liégeois les plus 
illustres de ce temps, tels que Léonard de Hodimont, 



1^) (.'es détails biogi'jiphiqiies comme ceux ([ui vont suivre sont 
empruntés au beau livre de M. Henry Quittard. Un iniisirien en 
France nu .VT7/'' siècle. Henri/ Du Monl. Paris, igoG. 



lOli — 

Laurent de Lexhy et Lambert Pietkiu. En i638 il se décida 
à aller chercher fortune en France. 

Du Mont arriva à Paris eu pleine maturité de talent, 
non comme un étudiant ou un aventurier, et l'on a pu faire 
remarquer tout ce que ses œuvres futures et son influence 
sur la musique française durent à sa formation liégeoise 
de gravité et de sérieux. Deux ans plus tard, il était 
oi-ganiste de la paroisse Saint-Paul. Il se fit connaître 
également de bonne heure à la Ville et à la Coui- par ses 
talents d'exécutant et de compositeur qui s'exerçaient 
surtout dans le genre religieux, mais ne dédaignaient pas 
à l'occasion des emplois plus profanes. A coté de ses 
CanticH. de ses motets et de ses messes, il écrivit aussi un 
certain nombre de « chansons galantes et bachiques » et 
une (c Pavane à trois violes « que l'on retrouve dans ses 
Mélanges de 1657. Il fut d'abord attaché à la maison du 
duc d'Anjou, puis en i663. passa maître de chapelle du l'oi. 
JEntre temps il était retourné cpielques mois à Maesti-icht et 
s'3' était marié. Devenu veuf, il reçut en commende un béné- 
fice ecclésiastique très important, l'abbaye de Xotre-Dame 
de Silly qui avait été jusque là l'apanage d'une des grandes 
familles de Normaîidie. Sa faveur était donc considérable 
à la Cour et le succès de sa musique était des plus complets. 
Celle-ci, au dire des juges les plus compétents, est extrê- 
mement i-eprésentative du grand style Louis XIV sévère 
et pompeux, en opposition avec l'art du Florentin Lully 
qui peut passer plutôt pour le piécurseur de l'esthétique 
du xviii^ siècle. « Le rôle de Du Mont dans l'évolution de 
la musique moderne, écrit M. Quittard, est aussi important 
en son domaine que celui de Lully dans l'opéra. » 

Mais, si le souvenir de ce grand musicien vit encore 
dans la mémoire des musicographes érudits qui ont de 
noti-e temps restitué l'histoire de sa carrière et étudié 
avec sympathie ses œuvres en gian«le partie oubliées, si 
quelques-unes de ses cîompositions survivent encoi'e dans 
la musique d'église traditionnelle, sa personnalité s'est bien 



effacée et les arts plastiques en particulier j)araissent 
avoir peu servi sa mémoire. Aucun portrait de lui ne nous 
est demeuré et, tandis que le tombeau de Lully, son rival, 
a subsisté, dans l'église de X()tr(i-I)ame des Victoires, avec 
nn admirable buste en bronze bien souvent reproduit, le 
mausolée, qui avait été élevé à Du Mont dans l'église 
Saint-Paul, théâtre de ses premiers succès, semble avoir 
disparu entièrement. Son dernier biographe, M. Quittard 
ne le connaît que par une description de Tiion du Tillet 
et un mauvais dessin du recueil de Gaignières. 

Le tombeau était de marbre blanc avec des ornements 
de métal doré. Un médaillon attaché sur une pyramide 
représentait le personnage, de profil, en costume ecclésias- 
tique. Dans le soubassement, un bas relief figurait la 
Musique ; au-dessous une longue table de marbre encadrée 
de tètes de mort contenait l'épi taphe que nous repi'oduisons 
ci-après. M. Quittard suppose que le monument resta debout 
jusqu'en 1802, date de la démolition de Tégiise, mais que 
celle-ci avant été désaffectée et jetée à bas, le mausolée 
disi)arut sans que personne pensât qu'il y eut quelque 
intérêt à le conserver. 

Il ignorait qu'Alexandre Lenoir, l'homme qii'on a pu 
appeler le grand sauveteur de Tart français pendant la 
Révolution, avait reçu pour son Musée des Monuments 
français, dès le 9 Messidor an H « de Saint-Paul, plusieurs 
débris d'épitaphes de tombeaux. » Malheureusement le 
zèle de Lenoir ne suffisait pas toujours à organiser ni même 
à enregistrer méthodiquement tout ce que sa piété et sa 
curiosité intelligentes lui avaient fait recueillir. D'autre 
part, la dispersion maladroite de son Musée après i8i5 et 
le peu de soin que l'on apporta à la répartition et à la con- 
servation des débris subsistants compromirent bien des 
monuments intéressants. 

Toujours est-il que, bien que nous n'en ayons de trace 
écrite nulle part et qu'il ne figure dans auctin catalogue, 
le monument de Henry Du Mont dut venir, au moins pour 



seM ])arties principales, et sans doute «lès Messidor an II, 
an dépôt des Petits Augustins. En effet, nons avons 
retrouvé, il y aqnêlqnes années, an fond des chantiers de 
Saint- Denis, où l'on transporta ai)rès iSiG, en njcme temps 
qne les fragments des tombeaux <1«'. la basilique, nonibre 
dedébtis de monuments pourvus ou non de leur état-civil, 
un bas-relief en marbre blanc qui, rapproché du dessin de 
Gaignières reproduisant le tombeau de Saint-Paul, révéla 
soudainement à nos yeux son identité méconnue. Ce bas- 
relief est rentré aujourd'hui au Louvre et exposé dans la 
walle Puget. C'est bien la Musicpie, lamusi(iue d'église telle 
que l'avait entendue notte Du Mont, grave, pompeuse, un 
peu apprêtée, largement drapée et noblement affligée. Elle 
a, à côté d'elle, uti orgue et une basse de viole et sur un 
pai)icr qu'elle tient à la main, on lit <'es i>aroles mises en 
musique (ju'avait relevées Titon du 'i'illct <laus son Pur- 
nasse français : Snspciuh'nius orgaiin dosIth ri ncrsn est 
in Inctum niodnlatio. 

(^uel est l'auteur de cette composition honorable sans 
être géniale, qui est d'une bonne formule et d'un style 
coriect mais n'accuse pas une personnalité très spéciale ? 
Ivien ne nous en avertit jusqu'ici. Aucun des guides de 
Paris antérieur» à la Révolution (pie nous avons consultés 
ne le mentionne. Le nom de Girardon vient à la pensée : 
miiis l)icn d'autres sculpteurs à l'cjioque ])i at i(|uaicnt cet. 
arl nn jxmi fioid dans sou habileté académicjuc. 

(^viant au médaillon, il nous échappe encore. Pcul-êire 
se dissinuile t il (pielque part sous un faux nom : car il est 
probable (|Mc Lcnoir l'avait égaleinout r<>cucilli. 11 serait 
encore plus intéressant (pic riillégorie. <pi<' nous venons 
de décrire, ])our nous cchiirer sur la per^oniialité de ce 
musicien éniinent (pio la l'^'i'ance <lut à la ville, de Licgi» et 
dont on cnti-cvoii a j)cine à travers la mauvaise ti'a<lnc- 
tion de (îaignièi'os l'expression grave <ît bi(Mi\ cillante, le 
sourire inelancoli<pie et «lonx. 

Tout.cd'ois nous avons r\\\ nlilc de siunaler an\ liislo- 



- de Hetity Du 
]^ur rappeler 1« 



rien» de Li lun^iqne et 

Mont, ce qne nous posÀ^ •. .> < ..^ 

sonvenir de ce grand artiste qui, s*il f^at en croire son 

■ pîtapbe. était m même lemp^ un s? jme de lûen. 




y 



\ 



EPITAPIIE DE IIEXKY lU' Mf»XT 

IKAN- -K Sa1XT-Pa 

l> O M 

Cy gist M"* Ucnrv do Mont, dn iliocèae de Liège, ablv 
de X. llame de SyUly. compositear Maiï>ire de Vj Mu&iqQd 



D'a}»rès le necaeil de Ro$er de Gaigvîetv^ 

Xatio»*"-* •■ ■■■'* ■ff>i i:ir- 



i36 



des cliappelles du Roy et de la Reyne, qui a laissé par ses 
ouvrages à la postérité les marcxaes de son rare mérite et 
de sa piété. La gloire et les louanges de Dieu ont toujours 
fait ses occupations. 11 estait d'un esprit humble, doux, 
affable, bien faisant et religieux en tout. C'estait un 
cliarme que de l'entendre toucher l'orgue, ce qu'il a faict 
en cette église pendant plus de 45 ^ms avec l'admiration 
de tous les plus illustres de son temps. Il y est mort bien- 
faicteur le S'^^ May 1684, aagé de 74 ans et il y a fondé un 
annuel et un obit solennel pour chacun an. Enfin sa 
charité ses signalée par des dons, grandes aumosnes, legs 
pieux et fondations establies en plusieurs lieux et cest 
par ces vertus chrétiennes que sera ouvert le chemin à 
l'immortalité. 

Paul VITRY. 



LE GOUVERNEMENT DE 

FRANÇOIS DE LORRAINE, PRINCE-ABBÉ 

DE STAVELOT (1704-1715) 

ET 

LES INSTITUTIONS DE LA PRINCIPAUTÉ 
A CETTE ÉPOQUE 



L'ancienne principauté de Stavelot-Malmôdy, qui se 
l'attache ]nn' son origine au domaine propre de l'abbaye de 
ce nom, fondée au vii'^ siècle, formait avant l'occupation 
française un petit état indépendant, tout en étani fief de 
l'Empire, et était incorporée, comme la principauté de 
Liège, au cercle de Westplialie. 

Au commencement du xviiie siècle, ce pays avait perdu 
plus d'un tiers de son territoire, par suite des empié- 
tements de ses puissants voisins. Il se composait des deux 
districts, dits « po^telleries », de Stavelot et de Malmédy, 
du comté de Logne et de quelques enclaves dans la 
Hesbaye liégeoise ('). 

Les événements politiques, dont l'Europe centrale fut le 
théâtre à la fin du xvii* siècle, avaient été particulièrement 
durs pour la principauté. Son prince-administrateur, le 
cardinal Guillaume-Egon de Furstemberg, n'avait pas su 



(1) E. Poui.l.ET, Histoire politique iintioiude, t. II, \^. 533. 



— i38 — 

éviter à son pays les funestes effets de la guerre entre la 
Fiance et les puissances coalisées. A deux i-eprises, en 
1689 et en 1692, les troupes françaises occupèrent le paj^s 
de Stavelot. La première fois, ce bourg, ainsi que celui de 
jMalméd3% fut incendié par les soldats de Louis XIV. On 
peut juger des ruines qu'ils y avaient laissées quand on lit 
que la principauté, qui comptait 8780 maisons avant la 
guerre, n'en possède plus, vers 1700, que 1693. Les charges 
avaient augmenté ; quelques-unes des familles les plus 
puissantes avaient quitté le pays. 

Par <uite de la guerre et à cause de l'absence continuelle 
du prince, la situation politique interne n'était pas 
brillante non plus. Des abus s'étaient glissés un peu 
partout dans le gouvernement ; les finances étaient mal 
gérées. Fuistemberg lui-même avait tout gâté en nommant 
le prieur de Stavelot, contre toutes les lois du pays, son 
vicaire général ou « stadthalter » avec pleins pouvoirs. La 
noblesse, jalouse de ses privilèges, et les monastères, 
faisant taire un instant leur antique querelle de préséance, 
se révoltèrent contre un pouvoir s'exerçant à distance et 
trop absolu. Bref, cpuind le cardinal mourut, en 1704, le 
pays, tant au point de vue général qu'au point de vue de 
ses institutions, était dans un déplorable état (^). 

Déjà en 1701, sur la proposition de Guillaume de 
Furstcmberg, François de Lorraine avait été élu son 
coadjuteur [)ar les cliai)itres réunis de Stavelot et de 
Malmédy, et ce choix avait été confirmé Vannée suivante 
par la Cour lomaine i^j. Ce jeune prince, né le 8 décembre 
1689, était fils de Charles IV, ancien duc de Lorraine et 
de Bar, et frère du du(^ régnant, I^éopold-Josc])!! (^). Dès 



(') A. DE Noiu:, Elude hinlorique sur l'aucic/i puys do Stnindot et de 
Miilmédy, pi). 399 et suiv. 

(2) .7. Al.r.XANDKi;, Histoire c/ironoln^ifjiw des uldiés-priitces de 
Stunelol et de Miiluiédy. par F. -A. \'illci'.s, ue vol., pp. i<p et suiv. 

(•^,1 Dictiotmaire Moreri, t. W. p. G()2. 



— log — 

que la nouvelle du décès du curdinal l'ut connue en 
Lorraine, le gouverneur du jeune homme et son précep- 
teur, deux gentilshommes lorrains, furent dépêchés à 
Stavelot avec mission de prêter serment au nom de Son 
Altesse et d'aviser aux affaires pressantes. Le prince, au 
mois de septembre 1704, vint prendre, en personne, 
possession du siège abbatial. Peu de temps après, François 
de Lorraine quitta le pays pour aller résider à Osnabriick 
et dans d'autres villes de l'Allemagne, accompagné d'une 
petite cour, qui comprenait principalement ses professeurs 
conseillers loiraius, le prieur de Stavelot et un seci'étaire{'). 

Pendant sa minorité, le pouvoir sx)irituel fut attribué, 
conformément aux règles canoniques, à un administra- 
teur, religieux de Stavelot, élu par les chapitres. Quant au 
gouvernement temporel, il fut délégué par le prince aux 
prieurs de Stavelot et de Malmédy, sous la directiou de sa 
Cour, à Osnabriick. 

Mais si le gouvernement officiel du pays demeure à 
Osnabriick, le contrôle réel de l'administration et la haute 
im[)ulsion des affaires s'exercent à Lunéville, par les 
ministres du duc de Lorraine. Et cela s'explique aisément 
quand on pense que le duc avait à cœur de veiller sur les 
intérêts de son jeune frère, encore presque un enfant, 
puiscpi'à son avènement il venait à peine d'avoir quatorze 
ans. Xe fallait-il i^as éviter à son gouvernement les mé- 
comptes et les déboires que celui de son prédécesseur 
avait connus? Mais cette influence de la cour de Lorraine,, 
pour être sérieuse et ei'ficace, n'en est pas moins discrète. 
Elle se manifeste sous la forme d'une i^rotection que les- 
religieux ou les états de Stavelot sollicitent et qu'à 
Lunéville on s'empresse d'accorder. D'ailleurs, il y a des 



(1) Voyez Mémoire concernant le prieur de Stavelot, Th. de lu 
Haye et l'histoire de la princijjauté, aux Archives de l'Etat à Liège, 
(fonds : archives de hi prlncii)auté de Stavelot ; collection : archives- 
diverses, papiers du conseiller Dumé). 



— r4<> — 

rapports constants entre les ministres de Lorraine et les 
conseillers du prince-abbé, qui exposent à l'occasion les 
difficultés du gouvernement, les écueils à éviter, pour en 
recevoir aide et conseil '/'. Enfin l'éclat de la cour de 
Lorraine, l'amitié qui unit ce pays à la France depuis le 
traité de Ryswj^ck, sont pour le pays de Stavelot une 
garantie de paix et de sécurité. 

Grâce à ce bienveillant appui et grâce aussi à la finesse 
politique des conseillers du prince, la régence du pays pen- 
dant la minorité de François de Lorraine et même toute 
son administration correspondent à une ère de restaura- 
tion, de paix et de x^i'ospérité relative. 

Sans aller à rencontre des lois constitutionnelles du 
pays, cliercliant moins à profiter des anciennes querelles 
intestines qu'à les apaiser, tout en sauvegardant ses préro- 
gatives, le prince administra si bien que non seulement 
l'autorité souveraine fnt parfaitement rétablie, mais même 
devint plus forte que jamais. Quant aux institutions du 
pays]'-), elles ne furent guère modifiées mais elles reçurent 
ce caractère de stabilité qu'elles devaient garder, d'une 
façon générale, jusqu'à la fin de l'antùen régime. 

Tl convient de les étudier rapidement en détail (^1. 



(1) Voyez. Mémoire concernant le prieur de Slnvelot, etc., cité plus 
haut. Instruction pour doni Mathias de Biu, délégué par le chapitre 
de Stavelot à la cour de Lorraine. Mémoire sur le gouvernement de la 
jirincipaulé : documents aux archives de l'Ktat à Liège (Collection et 
l'onds comme ci-dessus). 

(2) Voyez E. POULLET, op. cit., P. UK Noue, La législation de l'an- 
cienne principauté de Stavelttt-Malmédy, da,i\s Annales de l'Académie 
d'archéologie de Belgique, 4® sér., t. VI : A. GlELEXS. Inventaire som- 
maire des archives de la j>rinci/>autc de Stavelot, conservées au dépôt 
de Liège. Introduction. 

(^) Pour ceci et tout ce ijui va suivre, voyez ,T. Alexandre, op. cit., 
ibid. ; L. PoiiAIX, Recueil des ordonnances de la principauté de Slave- 
lot, ])i). i<)4 (5t suiv.; et surtout, Mémoire sur le gouvernement de la 
jirincipauié, document cité plus haut, dont cette étude est tirée en 
grande partie. 



- i4i - 

LE POUVOIR PRINCIER ET ABBATIAL 

Les pouvoirs du prince-abbé — son nom l'indique — 
sont de deux sortes : ils sont d'ordre temporel et d'ordre 
spirituel. Son Altesse est l'abbé de ses monastères; elle 
est, en même temps, prince souverain de rEm])ire, admi- 
nistrateur ds Stavelot, comte de Logne. 

Quelles [sont les attributions de l'abbé? En (juoi con- 
sistent les pouvoirs du prince? 

L'abbé n'exerce pas de juridiction spirituelle sur le 
clergé de son pays : ce droit revient aux archevêques de 
Trêves et de Cologne et à l'évèque de Liège en qualité 
d'« ordinaires ». 

Son pouvoir ne s'étend que sur les religieux des deux 
« maisons » ou monastères de Stavelot et de Malmédy, 
formant ensemble l'abbaye de ce nom de l'ordre de Saint- 
Benoît. 

Comme à son avènement François est mineur, la direc- 
tion de la discipline monacale a été attribuée, comme nous 
l'avons dit, à un religieux de Stavelot, choisi par le cha- 
pitre général et confirmé par le Saint-Siège. 

Cette administration au spirituel ne comprend pas le 
droit de «patronage» ni de présentation aux bénéfices. 
Ce droit, malgré les prétentions de l'administrateur, est 
réclamé par l'abbé et celui-ci en profite largement pour 
autant toutefois que ces prérogatives ne soient pas battues 
en brèche par un privilège de l'Université de Louvain, qui 
a la faculté de nommer ses gradués jusqu'à ti'ois fois 
durant la vie d'un abbé> aux cures ressortissantes au 
patronage abbatial. En 1708, l'administrateur au spiri- 
tuel est obligé de résigner ses fonctions et le jeune abbé, 
alors âgé de 18 ans, obtient du Saint-Siège l'autorisation 
de faire gouverner ses monastères par leurs prieurs res- 
pectifs. 

Cette direction monacale n'est pas exempte de diffi- 
cultés. En voici deux exemples. Les prieurs défendent la 



— 1^2 — 

perpétuité de leur cLarge : une fois élus et confirmés par 
l'abbé, ils prétendent l'être à vie; or, la plus grande partie 
du chapitre s'y oppose. Les sentiments des prieurs et des 
religieux sont également divergents en ce qui concerne la 
direction des meuses conventuelles : les uns l'attribuent à 
Son Altesse : les autres au chapitre. 

L'abbé n'entend pas profiter de ces divisions : désirant 
veiller aux droits de ses monastères autant qu'aux siens 
propres, il se remet, pour l'aplanissement de ces litiges, à 
la règle de saint Benoît, aux coutumes suivies dans ces 
deux monastères et aux dispositions du Saint-Siège. Une 
fois revenu dans le pays, il séjournera tantôt à Stavelot, 
tantôt à Malmédy, cherchant toujours à conserver une 
égalité parfaite entre les deux maisions. 

Comme prince, Son Altesse est seigneur hautain du 
pays et son souverain régent. Ses prérogatives ne sont 
guère contenues que par les droits de l'Empire dont il est 
le vassal, par ceux du cercle de Westplialie dont sou petit 
état fait partie, et par des coutumes locales traditionnelles. 

A son avènement il a prêté au chapitre le serment 
accoutumé, comportant en substance la promesse de gou- 
verner le pays conformément aux anciennes franchises et 
coutumes ('). Son gouvernement s'exerce avec l'aide de 
collèges administratifs et judiciaires, de fonctionnaires et 
de magistrats dont voici les attributions. 

INSTITUTIONS POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES. 

La politique extoi'ue de la principauté consiste à vivre 
en bonne intelligence avec l'Empire et à entretenir des 
i-apports amicaux avec les puissances voisines qui peuvent 
nuire au pays soit par des invasions armées, soit par la 
suspension du commerce. 

Il faut disposer les membres du cercle de Westplialie et 



(ij E. P()rr,i,ET. nj). rit., ibid. 



— i43 — 

la diète de Ualisbonne en faveur de la principauté pour 
obtenir un dégrèvement constant des contributions de 
guerre à fournir au cercle. Déjà, au commencement de la 
guerre, les délégués de Stavelot ont fait valoir la diminu- 
tion des ressources du pays, réduites d'un tiers depuis 
l'établissement de la matricule impériale et ils ont obtenu 
une modération proportionnelle. Il s'agit de la faire con- 
tinuer tout au moins jusqu'à la fin de la guerre, et les 
mandataires de Stavelot travaillent en ce sens. 

Pour prévenir les exactions militaires, on paie des 
contributions à la France et à l'Espagne ; on fournit des 
subsides aux alliés. Afin do sauvegarder ou de rétablir la 
liberté commerciale on entretient par des cadeaux l'amitié 
des bureaux de Bruxelles et de Luxembourg. Ces soins 
incombent aux préposés à la régence, qui sont chargés 
également de la police du paj'^s. 

Ce furent d'abord les deux prieurs que le nouveau prince 
investit de la régence. Ils étaient assistés d'un secrétaire 
liomme de loi, chai'gé de rédiger le texte des mandements 
et des rapports à envoyer à la Cour. Mais ils n'avaient été 
nommés que provisoirement, Son Altesse se réservant 
d'en ordonner autrement. En effet, en 1707, Elle établit un 
nouveau Conseil de régence, comprenant les deux prieurs 
et trois membres laïques. 

Les attributions de ce Conseil sont purement politiques 
et administratives, Au point de vue politique externe, les 
préposés à la régence ont à résoudre les contestations 
relatives à la juridiction et aux limites avec les voisins ; 
ils veillent à la conservation des traités et envoient, eu cas 
de besoin, des députations aux généraux et aux armées 
pour traiter des contributions et des corvées de guerre. 

Au point de vue politique et administratif interne, ils 
sont chargés de la haute direction de la police, du contrôle 
des finances du pays, de la défense des intérêts des 
orphelins et des pauvres. Mais tous leurs actes et eu 
particulier leurs règlements et ordonnances sont soumis 



- i44 - 

à l'approbation du prince, auquel ils doivent rendre 
compte tous les quinze jours de leur gestion et sans l'auto- 
risation de qui ils ne peuvent rien entreprendre, sauf en 
cas d'urgence. 

Pour gouverner un pays il faut des ressources, un 
budget. A Stavelot comme à Liège, ce sont les Etats qui 
le votent. Mais entendons-nous bien sur la signification 
des mots. Si nous employons le terme «Etats» parce qu'il 
est facile, il ne correspond cependant pas à la réalité 
des choses. Au commencement du xviiie siècle, les éphé- 
mères assemblées de maj^eurs et d'officiers qui, avec les 
deux prieurs, se réunissent périodiquent au comman- 
dement de Son Altesse et en tel endroit qu'Elle indique, 
ne constituent guère ce qu'on est convenu d'appeler une 
représentation nationale. Leur élément le plus influent et 
le plus indépendant, les mayeurs, après avoir revendiqué 
inutilement pendant plus de trente ans, dans un procès 
plaidé à Vienne, le nom et la qualité d'Etats, ont renoncé 
volontairement à ce titre et à ces prérogatives, à l'avè- 
nement de Son Altesse. Dans ces sortes d'assemblées 
d'ailleurs, les officiers et maj'eurs ne se trouvent pas pour 
délibérer, mais pour entendre les intentions et recevoir 
les ordres du maître. S'il est raisonnable, les délégués 
votent tout ce qu'il propose, jusqu'à ce subside spécial, 
appelé (( don gratuit » — il l'était primitivement — que le 
prince sollicite officieusement d'avance et dont il chiffre 
lui-môme le montant. En somme, le rôle principal des 
états de Stavelot consiste à répartir les charges presci'ites 
sur les trois districts du pays : les poslelleries de Stavelot 
et de Malmédj'' et le comté de Logne. 

Une fois cette répartition faite, les délégués de chaque 
quartier se réunissent en assemblée particulièi'e y^^'^i^' 
répartir leur (juote-part sur les communautés de leur 
district respectif ; celles-ci enfin impoe^ent les contri- 
buables. 



— i45 — 

Dans cliacun des quartiers, il y a un receveur général 
chargé de collecter et de débourser les deniers publics, et 
dans chaque mairie il existe un receveur particulier 
responsable vis-à-vis du receveur général qui à son tour 
doit rendre compte de sa gestion à Son Altesse. 

Eu présence de l'élévation toujours croissante des 
charges publiques, la rumeur populaire accuse certains de 
ces fonctionnaires de malversations et de péculat. En 
arrivant au pouvoir, le prince institue une commission par 
laquelle il fait examiner les comptes. Plus tard, nous le 
verrons prendre diverses mesures pour obtenir une bonne 
administration financière ainsi qu'une juste répartition 
des tailles entre ses sujets. 

Les finances du prince de Stavelot, comme à Liège, sont 
distinctes de celles de la principauté. Le prince jouit d'un 
donatif voté annuellement par les états et des revenus de sa 
mense. Le premier n'a pas de valeur fixe : Furstemberg en 
retirait parfois jusqu'à douze mille florins, tandis que son 
successeur ne dé[)asse guère la moitié de cette somme. 

Le domaine abbatial comprend les droits seigneuriaux 
tels qu'amendes, droits de main-morte, redevances féo- 
dales, etc , et les pi-ofits de la mense propiement dite, 
provenant de différentes propriétés situées soit dans la 
principauté, soit dans le Luxembourg, le pays de Liège, 
la province rhénane. 

L'administration des revenus de la mense avait été cédée 
à bail pour une somme de huit mille florins par le prédé- 
cesseur de François de Lorraine. Dans un esprit d'éco- 
nomie, celui-ci fait exploiter directement ces revenus par 
deux receveurs sous la direction d'un inspecteur. Ce der- 
nier est trop zélé et voudrait obtenir Tautorisation de 
revendiquer quelques métairies domaniales que les reli- 
gieux de l'un et de l'autre monastère ont démembrées de 
la mense abbatiale. Son Altesse hésite à donner un ordre 
précis à ce sujet : les moines le verraient sans doute d'un 
mauvais œil et pourraient protester hautement. 



i46 



INSTITUTIONS JUDICIAIRES 

Le pays de Siavelot est un paj'S de droit romaiu; celui-ci 
y constitue la règle pour autant que les lois municipales 
ou les statuts du pa3^s n'y ont pas dérogé. 

Cours dejnstice. — La justice, eu matière civile, ressort 
en i)iemière instance, à la cour du défendeur, et de là, en 
appel, au conseil provincial. Les affaires criminelles sont 
traitées devant les hautes cours de Stavelot et de Mal- 
médy, mais sans recours au conseil provincial. Quant aux 
cours inférieures, elles ne font qu'instruire le délit 
et l'envoient le criminel, avec son dossier, à l'une des 
hautes cours. 

Pour être exécutoifc, il faut que l'arrêt de mort ou de 
peine corporelle, prononcé par la haute cour, soit 
approuvé par le prince-évêque qui peut à son gré le 
modifier. 

Les hautes cours de Stavelot et de Malmédy font égale- 
ment office de cour féodale dans leur district respectif : à 
côté d'elles existe la cour féodale de Logne pour le comté 
de ce nom. 

La cour féodale de Stavelot est cour souveraine : 
c'est là que se font tous les reliefs de fief du pays. Ce 
greffe général est desservi par un secrétaire féodal 
qui rem]:)lit ainsi une charge distincte de celle de greffier 
de la cour. 

Conseil provincial. — Des trois cours susdites, en 
matière féodale, et de toutes les cours de justice, en ma- 
tière purement civile, les parties peuvent aller en appel au 
Conseil j^rovincial. 

Ce conseil, créé en iSgS, par Ernest de Bavière et qui 
corresj)ond au conseil oi'dinaiie de Liège est donc un 
t'ollège judiciaire, absolument distinct du conseil de 
régence. Il n'est (jue cour d'appel, sauf dans certains cas 
réservés et seulement pour les affaires civiles. 

Les deux prieurs de Stavelot et de Malmédy en sont 



— i47 -- 

respectivement le président et le vice-])résident. Ils sont 
assistés de sept antres conseillers, presque tous laïques, 
nommés par le prince. A l'époque que nous étudions, ils 
ont la réputation d'être en général très peu versés dans le 
droit et ils sont obligés de requérir les lumières de juris- 
consultes de Liège ou de Louvain, au gtaud détriment des 
parties qui doivent en supporter les frais supplémentaii'es. 
Son Altesse clierclie à y remédier autant que possible, 
d'abord eu attachant à son conseil un conseiller étranger 
d'office, ne touchant pas d'autres rétributions que celles 
des épiées ordinaires, ensuite en exigeant des nouveaux 
magistrats des connaissances solides. 

Il y a près le conseil provincial — qui tient ses séances 
au monastère de Stavelot, tous les lundis — un syndic ou 
procureur général, un archiviste, un greffier, chargé 
enir'autres de laii-e lapport tous les trois mois, à la cour 
du prince, des procès i)laidés au conseil. 

Les sentences de ce conseil ne sont pas toujours défi- 
nitives. On peut en appeler en dernier ressort, soit au 
Conseil aulique de Vienne, soit à la Chambre impériale de 
AYetzlaei-, soit même par voie de requête au jirince, con- 
formément aux lois du pays. Et, en effet, il arrive à Son 
Altesse d'agréer quelques-unes de ces requêtes et de dési- 
gner des commissaires en vue de la révision du procès. 

Une fois l'affaire jugée en dernier ressort, il appartient 
au podestat ou gouverneur de Stavelot, premier officier du 
pays, ou, à son défaut, au burggrave, de mettre l'arrêt à ' 
exécution. 



Les trois classes dirigeantes à Stavelot sont le clei'gé, 
la noblesse, les « officiers » ou fonctionnaires. 

Le clergé est la classe la plus privilégiée de l'état et 
dans son milieu, les chapitres des deux monastères de 
Stavelot et de Malmédy ont un rang à part. Avec le 
domaine du prince et quelques seigneuries nobles, leurs 
biens de fondation sont exempts de toutes tailles. Leur 



- i48- 

influence est grande et le prince a tout intérêt à les ména- 
ger. 

La noblesse, elle, a perdu beaucoup de son importance. 
Les descendants des grandes familles sont presque toutes 
pourvues d'une mairie et quand ils sont nommés par le 
prince, ils sont d'autant plus souples qu'ils sont ses créa- 
tures. Il y a cependant quelques nobles qui prétendent, à 
rencontre du chapitre de Stavelot et avec l'appui de celui 
de Malmédy, que leur mairie est héréditaire et qui font 
tout pour obtenir la restitution d'un arrêt du Conseil 
aulique de Vienne, qui les a frusti-és de ce droit. Le prince 
se trouve ici dans une situation fort délicate ; mais il juge 
en fin de compte que ne pas soutenir les mayeurs, c'est 
indisposer la nation contre le pouvoir, c'est donner l'alarme 
à la noblesse des environs. 

Aussi, quand il aura atteint sa majorité, s'empressera- 
t-il d'aller lui-même à Vienne pour plaider et obtenir la 
réiiitégration des mayeurs héréditaires dans leurs dignités. 

Il nous reste à dire un mot des magistrats et des fonc- 
tionnaires. 

En dehors du podestat et du syndic, les principaux 
officiers du pays, à savoir les membres du Conseil pro- 
vincial et son greffier, le secrétaire de la régence, les gref- 
fiers des deux hautes cours ne touchent pas do traitement 
fixe; en revanche ceux qui sont magisti-ats chaigent les 
parties de frais exorbitants et tous jouissent de fran- 
chises tant réelles que personnelles, exemptions de tailles, 
qu'ils appliquent non seidement aux biens patrimoniaux 
mais aussi aux acquêts. 

Le pi'ince veut réformer ces atteintes à la justice distri- 
butive. Mais les faits prouvent combien il est difficile de 
déraciner certains abus, quand ils sont liés aux intérêts 
matériels d'une classe puissante de la société. Après avoir, 
en 1707, porté un mandement accordant aux conseillers 
susdits des pensions en remplacement des franchises 
réelles, le prince, l'année suivante, se voit obligé de le 



- M9 - 

retirer et de revenir ù l'ancien système en lefiisant toute- 
fois l'exemption de tailles pour les fonds acquis. 

Un autre abus qui s'est glissé dans l'administration et 
qui est très discuté, c'est le cumul des offices. Ainsi, nous 
trouvons un médecin, qui e^t en même temps conseiller 
au conseil provincial, greffier de celui-ci, mayeur du bourg 
de Stavelot et receveur général de cette postellerie ! 

Son Altesse respecte les situations acquises, mais 
autorise aussi peu que possible les nouveaux cumuls. 



* 



Le gouvernement de François de Loi-raine, 70'' abbé de 
Stavelot et l'un des derniers grands noms de la princi- 
pauté, n'est point caractérisé par des faits mémorables. 
Apaiser les querelles et les haines — en particulier celles 
des moines entr'eux et des mayeuis contre les religieux 
de Stavelot, — faire règuer partout un peu plus d'ordre et 
de justice, voilà son programme. Sa bonté et ses manières 
affables le rendaient sympathique à tout le monde. Aussi 
les paysans et le menu peuple des villes, — qui n'eurent 
jamais rien à dire dans la principauté — lui étaient-ils sans 
doute reconnaissants de ses bonnes intentions. Ses man- 
dements — si nous en exceptons l'une ou l'autre prescrip- 
tion de police inspirée par quelque moine — sont empreints 
de générosité et ne manquent pas d'une certaine largeur de 
vues. Il eut d'ailleurs l'avantage, sinon le mérite, d'épar- 
gner à son petit pays les horreurs de la guerre, et ce n'est 
déjà pas un mince résultat pour une éj^oque, où tout 
l'Europe était à feu et à sang. 

Ce gouvernement fait preuve d'une grande prudence et 
d'une extrême délicatesse. La devise de la Cour est : ne 
pas compromettre l'autorité du maître. Il ne s'agit pas de 
sou intérêt immédiat : sou bon renom, son avenir seuls 
importent. Car ce prince est ambitieux et ses conseillers 
disent qu'il veut donner le bon exemple et se faire estimer 



IDO — 

au voisinage. Ces prétentions nous pai'aissent assez pré- 
somptueuses de la part d'un chef d'uu petit état, perdu dans 
les solitudes des Aidennes, comprenant quelques milliers 
d'hommes. Mais nous savons ce que ces mots veulent dire. 
Les frontières de Stavelot étaient trop étroites pour ce 
descendant de famille royale. Il rêvait à d'autres desti- 
nées. Quel pays espérait-il gouverner? Les documents ne le 
disent pas nettement (^) . Mais il y a lieu de croire que ce 
fut la riche et paissante principauté de Liège, dont le 
petit état de Stavelot était tout-à-fait voisin et qui eut 
si souvent avec lui le même maître. Quoi qu'il en soit, la 
mort prématurée du jeune abbé — ilmourutle 17 juilleti7i5, 
âgé de 20 ans — devait anéantir ces ambitions. 

A. GIELEXS. 

(i) Mémoire sur Je gouoernemenl de lu ])rinripaiité. 



RESULTATS DES FOUILLES 

EFFECTUÉES DANS LA CAVERNE DE FOND-DE-FORÈT 

(province de liège) 



Au cours (le l'auuée 1907, le Musée royal d'Histoire 
uaturelle de Bruxelles a eu l'occasion do ])ratiquer des 
fouilles dans les dépôts restés intacts d'une caverne déjà 
explorée vers i83o par le D'" Schnierliug-, de Liège, 
et ensuite par d'autres préhistoriens, le D'" Tilion et 
M. J. Hanial-Nandrin, uotamment. 

Cette caverne, située à douze kilomèti-es à l'Est de 
Liège, dans la vallée de la Soumagne. est connue sous les 
noms de caverne de Fond-de-Forêt ou du Bay-Bonnet. 

La paroi rocheuse de calcaire carbonifère daus laquelle 
elle s'ouvre, à environ dix-huit mètres de hauteur au dessus 
du ruisseau, montre les entrées des deux cavernes, ainsi 
que l'indique le cro(piis eu plan fig. i. 

Ces deux entrées sont distantes de huit mètres. La 
caverne de droite, en grande partie fouillée, n'a donné que 
que très peu de choses. La grotte dont il sera question 
dans ce travail ei-t celle de gauche, qui est constituée par 
deux galeries d'à peu près égale importance et se coupaut 
à angle droit. 

lia galerie rectiligne qui suit l'entrée avait déjà été 
fouillée ; la section à angle droit avait également été 
entamée et il y restait un volume assez important de 
matéiiaux en place, représenté par le pointillé de la fig i. 



— l52 — 




FiG. 1. — Croquis eu plan des deux cavernes de Fond-de-Forêt 
ou du Bav-Bonnet. 



Pendant tonte la din-ée des fouilles, la coupe des dépôts 
de remplissage s'est montrée assez régulièi'e; nous y avons 
noté les sui)e)'i)ositi()ns suivantes, à pai'tir du haut (voir 
lig-. '^) : 

La couche voluniineuse d'éboulis B a l'ourni une faune 
assez pauvre caractéiisée par la présence du renne et 
pai- IT'r.s^.s arctos. 

Klle se place tout au sommet du quaternaire et appar- 
tient soit au magdalénien moyen (niveau de Chaleux), soit 
plutôt au magdalénien supérieur (niveau du Trou du 
Chêne et de Remouchamps) ou faciès pré-tardenoisien. 

La couche limoneuse brun-clair E renferme la faune 
du mammouth, avec une industrie nettement magdalé- 
nienne foi-mée de lames, de grattoirs sur lame, de burins, 
etc.; elle a aussi fourni à M. Hamal une amulette en os 
ovale, ])ercée d'un trou de suspension. 

La ''ouche noirâtre F, argileuse, avec nombreux blocs 



— i53 — 




FiG. 2. — Coupe (les dépôts rencontrés pendant les fouilles 
de la caverne de Fond-de-Forèt. 

.1 . Recouvrement irrégulier de stalagmite. 

B. Eboiilis de gros blocs de calcaire tombés de la voûte . . omGo 

C Lit limoneux, avec petits blocs de calcaire et ossements 

d'animaux. Premier niveau ossifère o™i5 

D. Eboulis de gros blocs de calcaire tombés de la voûte, 

empâtés dans du limon . . . . , o"'3o 

E. Couche limoneuse jaune brunâtre, avec ossements et 
industrie. Deuxième niveau ossifère o"i3o 

F. Couche épaisse de blocs de calcaire de tous volumes, 

empâtés dans une argile noirâtre ou gris foncé, avec nom- 
breux ossements et silex travaillés dans toute la masse. 
Troisième niveau ossifère i'"00 

G. Dans les anfractuosités du plancher calcaire, sable argi- 

leux, micacé, avec cailloux de silex et éolithes tertiaires 
descendus, par les cheminées, du haut plateau .... o'".So 



de calcaire tombés de la voûte, renferme d'abondauts silex 
et beaucoup d'ossements de la faune du mammouth. 

Lors de nos fouilles, l'épaisseur de cette couche a été 
divisée en trois tranches superposées pour mieux en 



- i54 - 

apprécier le contenu et voir s'il varie, ce qu'il était impos- 
sible de discerner à cause du manque de stratification. 
Nous y reviendrons ci-après. 

La couche inférieure G n'a fourni ni ossements ni silex 
autres que des matériaux provenant de la couche caillou- 
teuse recouvrant le haut jîlateau dans lequel est creusée 
la vallée de la Soumagne. 

Chose intéressante, ce cailloutis du haut plateau est le 
prolongement de celui de Boncelles et il renferme égale- 
ment, en place, des éolithes fagniens. 

Les éléments contenus dans la couche G sont donc 
descendus, avec les eaux de pluie et les sables aquitaniens, 
par les canaux de circulation qui traversent la masse 
calcaire dans laquelle la caverne a été creusée et ils ont 
rempli les inégalités du plancher de celle-ci. 

Il nous reste maintenant à examinei' le contenu de la 
couche caillouteuse à ciment argileux noii-âtre constituant 
la couche F. 

La tranche supérieure a fourni une quantité d'ossements 
de la faune du mammouth, d'assez nombreux silex d'appa- 
rence hétérogène et des ossements travaillés, mais sans 
ornements. 

La tranche moyenne renfermait la même faune et des 
silex nombreux de même aspect qu'au dessus, mais pas 
d'ossements travaillés, sauf des fragments de diaphyses 
poitant des stries nombreuses aux extrémités, comme 
celles signalées par le D'" Henri Martin à la Quina. 

La tranche inférieure ne différait pas sensiblement de 
la tranche moyenne. 

Les silex des trois zones a^'ant été étalés, notre étonue- 
ment fut grand en remarquant qu'eu bloc, ils n'ajjpar- 
tenaient à aucun groupement connu ; mais il était aussi 
facile de constater qu'il suffisait d'opérer un triage pour 
diviser l'eTiscmble en deux groui)es très reeonnaissables : 
l'un, composé d'instruments de type moustérien ressem- 
blant à ceux que M. G. Chauvet, puis le D'" Henri Martin 



I.)0 



out retiré de leurs fouilles à la Quiiia (Charente) ; l'autre 
avec instruments à faciès parement éolithique. 

On sait que je considère l'industrie de la Quina comme 
aurignacienne inférieure et non comme moustérienne, à 
cause de la pré^sence des os utilisés qui n'existent pas au 
Moustier. 

Des trois tranches de la couche F, c'est la moyenne qui 
est la plus chargée d'éolithes. 

Comment expliquer ce mélange inattendu ? 

La première idée qui vient à l'esprit c'est de supposer 
que, puiï-que des éolithes pré-aquitaniens sont descendus 
du haut plateau pendant la première époque de remplissage 
(couche G), concordant avec une absence d'occupation de 
la caverne, il aurait encore pu en arriver par la même voie 
pendant la période d'occupation. 

Mais lorsque l'on compare les éolithes pré-aquitaniens 
de la couche G aux éolithes de la couche F, on leconnaît 
qu'ils ne sont pas semblables. Toutes les pièces pré-aqui- 
taniennes présentent un aspect identique à celui des 
pièces restées en place sur le haut plateau : elles ont 
toutes la teinte janne-rougeâtre caractéristique et ont les 
angles fortement émoussés. Il est à renu\rquer, de plus, 
que dans leur déplacement et leur voyage au travers des 
canaux de circulation de l'eau dans la masse calcaire, les 
éléments du cailloutis et les éolithes pré-aquitaniens ne 
se sont nullement esquilles. 

L'aspect des éolithes de la couche F est tout autre. 
D'abord, il y a très peu de matériaux provenant du cail- 
loutis du haut plateau restés intacts ; la presque totalité a 
été transformée en nucléi de débitage, ainsi que les gros 
éolithes pré-aquitaniens, et l'on reconnaît que l'ensemble 
des pièces à faciès éolithique dérive de l'utilisation des 
éclats tirés de ces nucléi. 

La place où des éclats out été enlevés des nucléi et la 
face de cassure des éclats présentent une teinte blanche 
ou grise, qui contraste avec la nuance jaune de l'extérieur, 



— i56 — 

c'est-à-dire qu'elle indique uu travail relativement récent. 

De plus, la majeure partie des pièces est exempte de 
toute trace d'usure par roulage, bien que certains amas 
d'outils à faciès de la Quina et à faciès éolitliique soient 
polis et à angles légèrement arrondis. 

Les éléments du cailloutis pré-aquitanien, y compris les 
éolithes qu'il renferme, ont donc été choisis et apportés 
intentionnellement dans la caverne pour y être débités, 
afin de servir à la confection de nouveaux outils. 

Disons, de plus, que beaucoup d'instruments à faciès 
aurignacien de la Quina sont tirés d'un autre silex que 
celui à pâte rude et grossière du cailloutis pré-aquitanien. 
C'est le beau silex noir de la craie sénonienne, qui a 
acquis, par le séjour dans la caverne, une belle patine 
blanche, porcelanée. 

Puisque la couche F est nettement recouverte partout 
par le niveau E à industrie purement magdalénienne et 
par l'éboulis B et D sans industrie, il faut donc bien que 
l'ensemble des matériaux tirés de la couche F soit contem- 
porain et dès lors, l'industrie du type de la Quina étant, 
à mon avis, aurignacienne inférieure, il s'en suit que 
l'industrie éolithique, qui paraît y être intimement mélan- 
gée, est aussi d'âge aurignacien. 

Voilà, au premier abord, une conclusion bien inattendue! 

Inattendue pour beaucoup, prévue et toute naturelle 
pour moi. 

En effet, par la découverte de l'industrie flénusienne, 
j'avais pu conclure que TEolithique n'avait pu s'éteindre 
définitivement dès l'apparition du Paléolithique, puisque 
des populations à industrie nettement et purement éoli- 
tliic^ue avaient fait une invasion considérable dans l'Eu- 
rope centrale au commencement de l'époque néolithique. 

Plus tard, par la mise en lumière de la vraie signifi- 
cation de l'industrie des Tasraauiens, j'ai pu montrer que 
l'invasion campignyienne, suivie de toutes les autres 
civilisations modernes, n'avait pas eu raison définitive des 



— i57 — 

Eolitbiques, attendu qu'à l'époque récente nous trouvions 
encore, en Tasmanie, une poi)ulation nettement éolithique, 
éteinte seulement depuis une soixantaine d'années 

Puisque la chaîne éolithique ininterrompue reliant le 
Fagnien au Mesvinien devait théoriquement se rattacher 
au Flénusien, puis au Tasmanien après une énorme 
lacune correspondant à tout le Paléolithique, il était naturel 
de penser que l'on retrouverait, de ci, de là, des chaînons 
isolés, au travers de l'époque paléolithique, qui peu à peu, 
se rattacheraient entre eux et enfin, au Mesvinien, d'une 
part, et au Flénusien de l'autre. 

C'est la découverte du premier chaînon éolithique 
synchronique à l'une des divisions du Paléolithique, qui 
vient d'avoir lieu dans la caverne de Fond-de-Forêt et 
comme ce n'est, souvent, que le premier pas qui coûte, 
nous avons l'espoir de retrouver les autres chaînons. 

Mais deux choses restent à expliquer: d'abord comment 
se fait-il que des Eolithiques aient pu survivre au déve- 
loppement énorme du Paléolithique et traverser toute 
l'échelle des temps Jusque nos jours ; ensuite comment 
peut-on trouver, dans la même caverne, au même niveau, 
deux industries aussi différentes que l'Aurignacien infé- 
rieur du tj'pe de la Quina et le par Eolithique ? 

La première question ne me semble pas difficile à 
résoudre. 

Il suffit de voir encore comment se passent de nos jours, 
sous nos yeux, la colonisation et l'extension de la civili- 
sation 

Au lieu d'agir avec douceur envers les populations 
arriérées, de chercher à les élever progressivement, on y 
va en armes, on impose sa volonté et l'on châtie impitoya- 
blement toute résistance; c'est même là un minimum. 

Il va de soi que les premières civilisations paléolithiques 
fortement armées, fières de leurs progrès et de leur savoir 
faire, ont employé, envers les Eolithiques qui les entou- 
raient, les procédés encore en usage courant aujourd'hui. 



— 158 — 

Les mallieureux Eolitbiqaes, non séduits par le mode de 
civilisation adopté à leur égard, au lieu de se laisser 
absorber, ont peu à peu reculé en essaj-ant de se défendre. 
Ti'aqués comme des bêtes fauves, ils se sont réfugiés dans 
les régions les moins accessibles qui rebutaient leurs 
poursuivants et 3'' ont vécu, farouches et isolés du reste du 
monde, gardant intacte, par défaut de mentalité progres- 
sive, leur industrie rudimeutaire qui convenait du reste 
très bien à leur genre de vie routi.niei' et peu compliqué. 

Ils se sont ainsi conservés en petites familles peu nom- 
breuses, épai'pillées en des points reculés, où ils ont pu 
subsister, sans doute, plutôt mal que bien, surtout pendant 
le Paléolithique inférieur. 

Mais il est un fait certain et que nous pouvons constater^ 
c'est qu'au Paléolithique supérieui-, à cause, probablement 
des conditions climatériques défavorables, les populations 
habitant les cavernes se montrent très peu nombreuses et 
fort clairsemées. 

11 y a eu régression notable du nombre des Paléoli- 
thiques et diminution de la surface habitée, au moins eu 
dehors de la France centrale (^) et c'est cette régression du 
nombre et de la puissance des Paléolithiques, l'éduits 
souvent à de i^etites tribus errantes de chasseurs, qui a 
sans doute permis peu à peu aux Eolithiques de se repro- 
duire, de prospérer et de récupérer lentement et paci- 
fiquement le terrain perdu. 

Remarquons aussi qu'à l'époque de l'Aurignacien infé- 
rieur, nous sommes arrivés au moment où une partie de 



1') Eli faisant abstraction de quelques stations importantes connue 
le .Moustior, (iorge d'Enfer, Laugerie Haute et liasse, la Madeleine, 
il n'existe rien, pendant le Paléolithique sui)érieur, (lui puisse être 
comparé aux énormes stations chelléennes et aclieuléennes telles 
qu'Amiens, Abbeville, Cergy, les bords de la Dordogne, etc., et à 
qtianlité d'autres, plus modestes, répandues à profusion en France 
et assez nombreuses en lîelgique et dans le Sud île lAngleterre. 



— ID9 — 

l'Allemague, de la Belgique, de la France et de l'Angle- 
terre vient d'avoir été submergée sous les eaux de la 
crue hesba3'enue. 

La crue terminée, les populations reviennent et, tandis 
que les Aurignaciens de France t'ont une première incur- 
sion dans nos vallées et recherchent nos cavernes, des 
groupes d'Eolithiques reparaissent aussi et un contact, 
probablement hostile, s'établit. 

Mais les Aurignaciens nomades circulent dans le pays ; 
ils quittent la caverne de Fond-de-Foret épiés par les 
Eolithiques. La caverne évacuée, les Eolithiqnes y sont 
entrés et s'y sont rais à l'abri à leur tour, jusqu'à ce que 
des Aurignaciens revenant, les Eolithiques disparaissent, 
leur cédant la place. 

Ces faits se sont sans doute renouvelés plusieurs fois et, 
si l'abondance des blocs tombés du plafond de la caverne 
n'avait été si grande, au point qu'elle a détruit toute strati- 
fication dans la couche noire, nous aurions sans doute pu 
surpendre l'alternance des occupations et leur nombre. 

Malheureusement, l'observation n'a pu être faite et 
si, d'autre part, nous cherchons pour quels motifs les 
Aurignaciens ont quitté la caverne, la présence des petits 
amas d'instruments et d'os d'apparence usée et roulée nous 
permet de supposer que des afflux d'eau ont pu faire 
remplir à la caverne le rôle de trop plein ou d'exutoire 
momentané des eaux de circulation, rendant l'occupation 
des galeries souteraines provisoirement impossible (^) . 

C'est pendant les courtes périodes de fonctionnement de 



II) La présence dun niveau bien défini d'instruments et d'osse- 
ments usés, à aspect roulé, a été constatée à la station type du 
Moustier et. précisément, les pièces de ce niveau présentent un 
faciès nettement éolitliique. Evidemment, comme il s'agit ici d'un 
abri sous roche, il ne peut être question de résurgence, mais d'une 
crue de la Vezère. Le niveau à faciès éolitliique était nettement 
compris entre deux niveaux purement nioustériens. 



— i6o — 

la caverne comme exutoire que l'usure remarquée sur 
certains os et sur certains silex s'est produite. 

Ces intermittences d'humidité et de sécheresse, qui 
avaient sans doute rebuté les Aurignaciens. ont permis 
aux Eolithiques, qui épiaient leurs mouvements, d'occuper, 
à certains moments, la caverne, quitte à fuir précipitam- 
ment lorsque, le souterrain asséché, les Aurignaciens sont 
]"evenus en jDrendre possession pour s'y abriter. 

Telle est l'explication que je crois pouvoir donner de la 
présence, dans la caverne de Fond de Forêt, d'une indus- 
trie aurignacienne inférieure, du type de la Quina et 
d'Hastière, à laquelle se trouve mélangée une im])ortante 
industrie distincte, de type éolithique. 

A. RLTOT. 



UN TAU ROMAN 

PROVENANT DE LÀ COLLECTION DU BARON DE CRASSIER 



Parmi les ériidits iiiédiéYistes de la première heure, l'eu 
Armand Scliaepkeiis a tenté nii effort qui n'est pas sans 
mérite, car il reste encore à glaner dans les albums qu'il a 
édités il y a une soixantaine d'années. L'archéologue- 
aquafortiste manque souvent de la rigueur à laquelle 
l'usage de la pliotograpliie nous a familiarisés pour les 
reproductions graphiques ; mais ses gravures montrent 
qu'il avait une intuition juste et nette des objets. Il en 
saisissait surtout le caractère, et, avec moins d'élégance 
et de virtuosité que Viollet-le-Duc, il nous donne cei)en- 
dant une impression plus objective et plus vraie que 
l'archéologue français, des monuments qui avaient sollicité 
sa pointe. 

On lui est redevable, entre autres, de la reproduction 
d'un tau (M très curieux en ivoire, qui ai^partenait encore 



(1) Le tau. ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec La lettre 
T dont le nom en grec est tnii, est l'une des formes très anciennes 
du bâton j^astoral, insigne des évèques et plus tard des abbés des 
grands monastères. Il fut employé concurremment avec le bâton à 
volute qui a fini par prévaloir. Ou connaît le tau de saint Héri- 
bert. à l'église de Deutz près de Cologne, et le bâton pastoral de 
saint Servais, à Maestricht. Voyez Eléments d'archéologie chrétienne 
dn chanoine Reusens, t. I, fig. 549 et 55o. 



l6'2 



en 1846 au barou de Crassier (^). Mais qu'était donc devenu 
ce remarquable morceau dont ou ne retrouvait plus de 
trace dans le pays ? La réponse nous vint un jour en exami- 
nant des reproductions pliotograpliiques de pièces appar- 
tenant à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg-, La concordance 
entre les pliotograpliies et la gravure de Scliaepkens était 
manifeste, à l'exception toutelois que la dernière repro- 
duction accuse la présence d'un bâton. C'était sans nul 
doute une adjonction de fantaisie et de date plus ou moins 
récente ainsi que cela semble résulter des renseignements 
que nous tenons du fondateur même de la collection. 

Voici en quels termes le baron de Crassier s'exprimait, 
dans la première lettre qu'il adres.sa, le 10 septembre lyiS, 
à Dom Bernard de Mont faucon : 

«Perinettez-moy d'ajouter que[ina dite bibliothèque est aussi avaii- 
n tagée d'une collection considérable de médailles et pierreries 
» antiques, avec diverses autres antiquitez tant païennes (]ue chré- 
» tiennes et des plus curieuses. Entre celles-cy se trouve un morceau 
» d'yvoir scul])tnré de tous cotez, lequel on tient être la i)artie sui)é- 
» rieure d'un ancien i)astoral ou bâton patriarcal. Le Irou du milieu 
» dont il est percé, en rétrécissant vers le haut, marque assé qu'il a 
» servis a tel usaj^e ; j'en joint icy le dessein pour que vous puissiez 
» i>lus facilement en reconnaitre les deux faces, lesquelles sont très 
» bien conservées, n'y ayant que le bras droit de l'ange avec quel- 
» ques i)etits niorceaux de leuillafçe éclatez et perdus. » 

Suit un mémoire (pii se termine i)ar ces mots : 

« Dessin d'un morceau dyvoire long de (i, haut de daux et épais de 
» I 1/2 pouces do France ; le milieu en est vide, derrière les 4 figiu-es 
» des côtés travaillés à jour. 



( '; Ak.M.VNJj Scu.VKl'KKNS, Trésor de Z'a// ancien en Belgique. Sciil]>tnre, 
arcliilectnre, ciselures, éniau.\\elc., Hru.velles, 1846, pi. VIII. L'auteur 
donne une descri])tion sommaire de l'objet ; il l'attribue à l'art 
roman du .vue siècle, et il met en note que la crosse est inédite et 
fait partie de la collection de M. le baron de Crassier, 



Planchk I 






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TAU ROMAN 
provenant de la collection du baron de Crassier 

(Musée de l'Ermitage à Saint-PétersbourgJ 



i63 



Trois semaines plus tard (3o septembre 1715, le savant 
bénédictin lui répondit : 

«Le dessein tlu luorceau d'yvoire est fort curieux ; je crois (^u'il est 
» du tems de la seconde race de nos Kois ('). 

Il n'y a pas lieu de relever l'assertion de Montfaucon, 
basée ici tout à fait sur le sentiment : à savoir que l'ivoire 
remonterait à l'époque carolingienne. L'aichéologie était 
à peine à ses débuts et souvent, faute de méthode, surtout 
faute de termes de comparaison, on tombait facilement 
dans des déterminations arbitraires. 

Scliaepkeus, dans la description sommaire dont il accom- 
j)agna son dessin, reconnaît déjà que la pièce est romane 
et du xii'^ siècle, opinion qui concorde avec l'opinion de 
Darcel, dont nous parlerons dans un instant. 

Le tau du baron de Crassier est entré à l'Ermitage avec 
le fonds de Basilewsky. Vers 1880, la célèbre collection 
avait été décrite par Alfred Darcel i'^) avec le concours du 
propriétaire. 

Le tau y est analysé en détail au u" 86 du catalogue. 
Pour les mesures voici ce qu'il donne : hauteur, 0^067 ; 
longueur, o"'i6o ; pour la j)rovenance : art allemand, 
xii^ siècle. Les auteurs relèvent un détail qui nous 
échappe sur les photographies, à savoir : « un rang de 
perles entre deux filets couvre l'échiné des volutes ». 



(ij Nous devons le texte ci-dessus à l'extrême obligeance de M. le 
baron Louis de Crassier qui a bien voulu faire des recherches à 
notre intention dans les ai-ehives de sa famille. La correspondance 
du baron de Crassier, dont un extrait vient d'être donné, a été 
publiée partiellement i)ar [Ulysse Capitaine [dans Bulletin de 
l'Institut archéologique liégeois, t. II et par Léon Ilalkin, Ibidem, 
t. XXVI ; les emprunts se complètent mutuellement. Le texte 
ci-dessus est pris sur l'original. 

(2) A. Darcei. et A. Basu.EWSKY, Lu collection Basilewsky, cata- 
logue raisonné, etc., Paris 1874. 



- i64 - 

Maintenant si l'on examine le tau (planche XXXV), on 
remarquera sur la face un médaillon circulaire entouré 
de feuilles d'acanthe et contenant la figure du Christ à 
mi-corps. La tête est entourée d'un nimbe discoïde uni. Le 
Christ tient de la main gauche un livre ouvert et il bénit 
de la droite à la façon latine. A la droite du médaillon 
on voit un ange qui foule à ses pieds un monstre; 
Scliaepkens 3^ voit avec raison l'archange Michel. Par 
contre il est plus difficile de déterminer le personnage en 
tunique occupé à dompter 0) qui forme le pendant. S'il 
s'agissait d'un monstre, on songerait assez naturellement 
à Daniel ou Samson qui terrassèrent le lion, mais ici 
l'animal fabuleux a rasi:)ect d'un serpent qui aurait une 
tête de poisson. 

La repiésentation qui nous occupe se répète des deux 
côtés du médaillon du revers qui nous montre la Vierge 
aussi à mi- corps présentant le sein à l'Enfant Jésus. 
Pour Darcel, elle lui offrirait une pomme. C'est sans nul 
doute nue erreur ; l'attitude du corps et le geste du bras 
droit rendent cette hyi)Othèse peu vraisemblable. La pré- 
sentation d'une ])0mme n'exigerait pas, semble-t-il, un 
effort aussi giand. Il ne serait pas hors de propos de 
rapprocher cette figure de celle de la Vierge dite de 
Dom Rupert. 

Mais ici, la sculi)ture a tel accent qui tiendrait bien 
quelque peu de la manière française, et il ne sera pas 
superflu de faire à ce proi)Os un em[)rnnt à un tympan 
d'une porte d'une maison de Reims. 

La partie supérieure de la comi)osition est occupée par 
un couple symbolique assis dans des feuilloges : la femme 
tient un livre ouvert du côté du spectateur; l'homme argu- 



(*) Voir 5i5. Musée de Sciiljjtnre coinjiarée. — Musée Inpidnire de 
Reims. — Tympan d'une porte de muison. — Collection des cartes 
postales (le Ilosdein. 



— i65 — 

mente en posant l'index sur la paume de la main gauche. 
Sous le motif se trouvent deux médaillons semi-circulaires 
entourés de feuilles d'acanthe; dans l'un, on voit un jeune 
homme imberbe égorgeant un monstre à tète de serpent ; 
dans l'auti'e, un couple d'adolescents en train de se faire 
des confidences. 

Tout dans ce morceau de sculpture monumentale a je 
ne sais quoi de plus nerveux, de plus précis dans le 
modelé des figures, des draperies et le détail des feuilles 
d'acanthe, mais on saisit aussi sans le moindre effort que 
ivoire et tympan appartiennent à une même époque. Et s'il 
fallait expiimer notre avis, nous dirions que ia richesse du 
décor et la vie qui se manifeste dans l'ornementation font 
songer à une provenance française ; mais certaines fai- 
blesses d'exécution et surtout l'esprit nous donnent plutôt 
l'impression que le morceau est !-oi'ti soit d'un atelier 
rhénan, soit d'un atelier mosan. 

S'il n'entre pas dans nos intentions de parler de l'usage 
des taus dont l'oi-igine est ti'ès ancien, il semble toutefois 
utile de signaler quelques exemples, d'après le P. Cahier v^j, 
de taus à double volute. Nous citerons la fig. 4 (P- 162) 
représentant un abbé avec cet insigne, et ])rovenant d'un 
manuscrit espagnol de 1109; la figure de Jean, abbé de 
Blandin, d'après un manuscrit de l'abbaye d'Elnon. 

Mais ce qui est plus intéressant au point de vue de 
notre étude actuelle, c'est le tau a double volute en 
ivoire reproduit p. 175, t. IV, figures 3i, 32 et 33 (^). 

Il provient de l'abbaye de Fécamp et appartient au 
Musée de Rouen. Le système de perfoi'ation est identique 
à celui que l'on remarque dans le tau de Saint-Péters- 
bourg. Cette analogie ne suffit pas à faire croire à la 
communauté d'origine : mais le fait méritait pourtant 
d'être signalé. Quant au décor, il se distingue par une 



{^) Mélanges archéologiques, t. IV 
(~) Ibidem. 



i66 



ornementation très pittoresque : des rinceaux animés par 
la présence d'un oiseau et de deux quadrupèdes qui ont 
la place des figures humaines qu'on voit dans l'ivoire de 
l'Ermitage, en contact avec des animaux fantastiques. 
Deux médaillons ovales entourés de perles contiennent, 
celui-ci une figure d'abbé avec la crosse, celui-là une 
figure humaine à mi-corps nue; une bande de rinceaux, 
flanquée de deux petites plus éti-oites également couvertes 
de rinceaux, couvre la tranche. 

Ce tau, contrairement à l'avis du P. Cahier, nous semble 
appartenir au xii^ siècle et non à la fin du ix*^ ou du x^ 
siècle. Le style et la facture des rinceaux ne permet pas 
d'ailleurs de lui donner une date antérieure à cette époque, 

J. DESTRÉK. 



L^ART MUSICAL BELGE 
PENDANT LA RENAISSANCE 



L'activité intellectuelle belge s'est manifestée ardem- 
ment dans bien des domaines. Les études historiques et 
critiques abondent. Elles précisent et souvent éclairent 
d'une lumière nouvelle non seulement les mouvements 
littéraires et scientifiques de toutes les époques, mais 
encore les manifestations des arts plastiques. Xous plaçant 
au point de vue de l'art pictural spécialement, nous consta- 
tons qu'il a été étudié jusque dans ses moindres détails : 
on a recherché les œuvres, on leur a assigné leur place, 
leur époque, leur valeur. Et non seulement les tableaux 
des grands maîtres, mais ceux des maîtres secondaires et 
même de maîtres inconnus sont tous les jours, dans nos 
musées, l'objet de notre attention et de notre admiration. 

Hélas, à part quelques travaux isolés, il n'en est guère de 
même pour notre art musical. Espérons que de ce Congrès 
naîtra un mouvement d'études d'histoire et de glorification 
de notre art. Dans ce but, il serait peut-être nécessaire 
(|ue les sociétés d'archéologie et d'histoire créassent dans 
leur sein des sections de recherches et d'études historiques 
musicales. 

Est-il possible que, la musique ayant été de tout temps 
cultivée chez nous, nous ignorions encoie tant d'oeuvres 
de nos musiciens et que, par conséquent, nous n'ayons que 
peu de données sur leur valeur. Ainsi, en étudiant la tran- 
sition de la musique vocale au style d'orgue, je fus amené 



— i6.S' — 

à examiner cette période contrapointiqiie que tous les 
musicologues s'accordent à qualifier d'époque gallo-belge 
et néerlandaise, et où une impoi'tante série de musiciens 
originaires des contrées arrosées par la Meuse et l'Escaut 
créèrent, pour ainsi dire, un art dojit la merveilleuse elflo- 
rescence nous plonge aujourd'hui encore dans la même 
admiration et le même étounement que ceux que fait naître 
en nous la vue des cathédrales gothiques du moyen âge. 

Et je fus surpris de constater que cette époque nous 
était imparfaitement connue. La plus grande x^artie des 
œuvres de nos compositeurs sont, en effet, encore manu- 
sci'ites. Des travaux importants ont été entrepris cepen- 
dant par de grands écrivains allemands surtout et fran- 
çais, mais, ou aucun travail n'embrasse cette période 
entière, ou l'on n'étudie et ne réédite que le peu d'œuvres 
imprimées à cette époque. Seules, les œuvres complètes de 
Koland de Lattre ont été éditées. 

A l'heure actuelle nous ne possédons pas assez de docu- 
ments pour l'élaboration d'une histoire complète des 
musiciens belges aux xv® et xvi*^ siècles, pour la bonne 
raison ijue la plus grande partie des œuvres de cette 
période sont encore manuscrites et enfouies dans les biblio- 
thèques étrangères, d'où il importe qu'elles soient tirées 
pour publier cette histoire. Et cependant que l'on juge, 
d'après ce que nous savons, si cette période fut glorieuse 
pour notre art musical. 

Tandis que les Pays- Bas présentent aux xiv^ et 
XV® siècles le spectacle du développement simultané de 
deux littératures, l'une romane, l'autre germanique, 
s'adressant chacune à un public différent, la communauté 
de civilisation, qu'avaient depuis longtemps en partage les 
provinces ^vallonnes et flamandes, fait qu'il en est autre- 
ment dans le domaine de l'art. Les moyens d'expression 
ai'tistiques : formes, couleurs, sons, permettaient aux 
artistes de s'affranchir du dualisme qu'imposait aux écri- 
vains la nature bilingue du pays. C'est à la collaboration 



— 169 — 

des deux races qu'est due la splendeur de l'art belge à cette 
époque ; les circonstances qui favorisèrent l'éclosion du 
génie des Van E^^ck, des Van der Weyden, nous valurent 
aussi celui des Dufay, Ockeghem,Josquindes Prés, Roland 
de LatLie. Wallons et Flamands se rencontrent pêle-mêle 
parmi les compositeurs qui illustrèrent la musique à cette 
époque ; le cliant à plusieurs mélodies simultanées, 
musique barbare et grossière à son origine, après une 
croissance longue et pénible, devint, au xv^ siècle, sous 
l'habile main des maîtres contrapointistes de la Flandre 
et du Hainaut, un art spécial, qui atteint son apogée au 
xvi^ siècle. 

N'attendez pas de moi que je vous fasse assister ici à la 
constitution des éléments de cet art. L'incubation fut 
lente, très lente, et dura plusieurs siècles. Les causes en 
furent multiples etde différentes natures. Il faudrait faire 
riiistoire de la musique dejsuis le x*^ siècle, montrer les 
tentatives effectuées dans les domaines mélodique, harmo- 
nique et théorique, mais le tem})S me manque. Croyez-moi, 
Je vous prie, quand je vous dis qu'à l'aurore du xv'^ siècle, 
les éléments d'un art véritable se ti'ouvent réunis, et que 
ce furent particulièrenieut les musiciens de notre pays, 
héritiers de l'art contrapointique anglais, qui donnèrent à 
cet art ses formules à la fois diverses, parfaites, définitives, 
et que ce furent eux encore qui contribuèrent le plus à le 
répandre en Europe. 

Toute cette graude époque de la musique vocale est 
caractérisée : 

I" par l'usage d'une notation proportionnelle perfection- 
née : absence des barres de mesure dans les manuscrits 
du temps, regardée par certains auteurs comme un signe 
de l'état d'enfance, de barbarie de l'art, alors que l'on a 
reconnu depuis que, par ce procédé, la liberté de la 
phrase musicale était plus entière ; 

2° par l'emploi exclusif d'une polyphonie résultant de 
procédés d'écriture aussi ingénieux que variés : à la fin 



i-o 



du xye siècle, tout l'art polyphonique se trouve, eu effet, 
constitué ; les contrapointistes sont parvenus à édifier 
des pièces à 2, 3, 4 voix et davantage, qui ont toutes les 
caractères de l'œuvre d'art : invention, expression, beauté; 
3° par l'adoption de formes musicales bien définies ; 
en dépit de leur multitude, les œuvres musicales publiées 
alors se l'amènent à trois types : le motet, la chanson 
polj^phonique et le madrigal, la messe. 

Le motet, qui donna naissance au répons et plus tard à 
la forme fuguée, est un court morceau de musique vocale à 
plusieurs voix sur un texte religieux, de forme et de rythme 
libres, basé sur la polyphonie et où, à chaque phrase du 
texte présentant un sens complet, correspond une phrase 
musicale s'adaptant à ce texte. Consultez le merveilleux 
Ave Maria à quatre voix de Josquin des Prés ; le très 
connu Assumpia est, de l'italien Falestrina, ainsi que ses 
lépons, le célèbre O vos omnes, de l'espagnol Yittoria, et 
surtout les motets de Roland de Lattre, dont le Nos qui 
sviniis in hoc mundo est un des chefs-d'œuvre du genre. 

La chanson polj-phonique, issue au xv'^ siècle de la 
vulgarisation des foimes contrapointiques, est essen- 
tiellemeut différente du motet : 1° en ce que l'expression 
rythmique du texte est presque toujours sacrifiée à la 
cadence métrique de la mélodie. A ce genre appartiennent 
les chansons françaises, cauzone. lieds, etc., la pavane 
et la gaillarde qui furent vocales avant d'être instrumen- 
tales ; 2° en ce que la forme spéciale procède par couplets 
répétés ou qu'entre chaque couplet s'iutercale un refrain, 
comme dans la chanson monodique. 

Le madrigal, issu du motet, est une comi)osition vocale 
de 3 voix à G voix, surtout à 5 voix, sur un sujet profane, 
le i)lus souvent erotique, basé sur la rythmique expiessive 
du langage et la rythmique populaire du geste. Vers la fin 
du xvi^'siècle, le madrigal affectedeux manières différentes- 



1-71 



qui donnèrent naissance l'une aux formes symplioniques 
et l'autre aux formes dramatiques. Citons la célèbre 
cliauson d'Ockegliem Si vostre cœur, celles de Josquin 
des Prés, la fameuse Bataille de Marignan de Janneqaiu, 
l'immense succès des premiers madrigaux, ceux d'Arca- 
delt, les célèbres madrigaux de Cyprien de Rore, ceux de 
Philippe de Mons, les chansons de R. de Lattre, dont celle 
qui commence par ces mots : « Quand mon mary vient de 
dehors » etc., est universellement connue. 

La messe comporte cinq parties : les Kyrie, Gloria, 
Credo, Sanctus, Agnas. Nos compositeurs portèrent cet 
ensemble musical complexe à un très haut degré de per- 
fection, lui donnèrent une unité réelle, en maintenant à 
travers les cinq parties un seul et même thème fonda- 
mental. Ce thème, tantôt liturgique, tantôt profane, donne 
le nom à la messe Je pourrais citer tel Kyrie d'Ocke- 
gliem, ou même la messe entière de P. de La Rue sur 
VAve Maria qui est un pur chef-d'œuvre de science et 
de poésie musicales. 

Cependant l'on distingue trois phases successives dans 
l'art polyphonique : la première période de cet art, dont 
les débuts sont assez maladroits encore, en établit les 
règles de l'écriture et la formation du contre-point propre- 
ment dit. C'est l'époque de la chanson polj^phonique et du 
motet dans son expression simple et naïve. Elle va de 
Dufay et de Gilles deBinche à Ockeghem, considéré comme 
l'initiateur de la seconde période, qui est une période de 
développement et de floraison, où l'écriture en imitation 
est portée à un degré de raffinement excessif. En effet, nos 
musiciens font ce qu'ils veulent des notes ; ils se plaisent 
aux difficultés, rivalisent d'adresse, d'audace : i^roblèmes 
compliqués de notation, canons énigmatiques, rétrogrades, 
renversables ; thèmes soumis successivement au joug de 
toutes sortes de mesures, de rythmes. Enfin la troisième 
période, est l'époque de l'harmonieuse perfection du motet, 
dont l'écriture s'épure, la forme s'élargit, le stj'le devenant 



— 172 — 

plus noble et plus élevé sinon plus expresslL C'est une 
période de réaction, de rénovatiou, caractérisée par la 
fondation des écoles italiennes, due à nos maîtres. 

Pendant près de deux siècles, nous voyons les Paj'^s-Bas 
marcher à la tête du mouvement musical européen. En 
effet, jetons les yeux où nous voulons, nous rencontrons 
des musiciens, belges surtout, compositeurs et chanteurs. 
Les chapelles des cours étrangères sont presque exclusi- 
vement composées de musiciens de notre pays. 

Si Gilles de Binche reste maître de chapelle de Philippe 
le Bon et Antoine de Busne maître de chapelle de Charles 
le Téméraire, nous suivons la trace de Guillaume Bufa}»^ à 
la chapelle pontificale, à la cour de Philippe le Bon en 
Savoie, à Cambrai. Si Barbireau meurt maîti^e de chapelle 
à la cathédrale d'Anvers, Ockeghem se montre à Anvers, 
à Cambrai, à Paris, en Espagne et enfin en Flandre. Hobrecht 
meurt de la peste à Ferrare, où Brumel le remplace. 
Gasj)ard van Weerbecke sert les Sforza à Milan : Henri 
Isaac les Médicis à Florence; Tinctor est musicien du roi 
de Naples ; on trouve Compère à Milan, Japart à Ferrare, 
Stockem à Rome, etc., etc. ; enfin Josquin des Prés reste 
quelque temps au service des ducs de Milan et de Modène; 
Roland de Lattre parcourt la France, l'Angleterre, l'Italie 
et se fixe à Munich, chez le duc xA.lbert Y de Bavière, où il 
influe considérablement sur le mouvement musical alle- 
mand, pendant qu'Adrien Willaert fonde l'école de Venise 
et Jacob Arcadelt l'école romaine. 

Quant à la valeur de leurs œuvres, on regardait, en 
Italie, les oeuvres de nos maîtres comme constituant le 
fonds du répertoire, avant la période qui précéda immédia- 
tement la naissance et l'éducation de Palestrina, et 
comme formant aussi l'ensemble des œuvres considérées 
comme classiques et proposées à l'étude et à l'admiration 
des jeunes musiciens. 

Le célèbre Liber qiiindecim inissariim, édité en i5i6 
par André Anti([uo et dédié au pape, contient exclusi- 



- 17^ - 

vement des messes de masicieus belges : Briimel, Josquin 
des Prés, Jean Mouton, Fiévin, de La Rue, Pipelaere, etc.; 
les recueils de Petriicei sont aussi remplis d'œuvres 
belges. Actuellement, un seul de nos musiciens a ses 
œuvres complètes éditées ; c'est Roland de Lattre. La 
maison Breitkopf et Hartel a entrepris, en 1894, la publi- 
cation d'une étude critique complète qu'elle a confiée à 
MM. Sandberger et D' Haberl. Les autres n'ont qu'une 
partie de leurs œuvres éditées, la plupart dans des antho- 
logies, mais la grande partie est encore manuscrite et 
enfouie dans les bibliothèques étrangères. 

Bruxelles, Bologne, Paris, Cambrai, Dijon possèdent 
quelques manuscrits, mais Rome, Munich et Vienne sont 
surtout riches en œuvres de nos musiciens. 

Si, au point de vue de l'histoire de l'art, le moindre 
petit détail a son importance, nous ne pouvons pas conti- 
nuer à connaître seulement la vie, l'histoire et les œuvres 
des musiciens belges des xv*^ et xvi® siècles d'après les 
renseignements et les quelques œuvres qui nous sont par- 
venus. 

Gilles de Binche ne nous est connu que par six rondeaux 
et quelques chansons de la bibliothèque de Munich, édités 
par Riemann, alors qu'un grand nombre d'œuvres sont 
encore manuscrites dans les bibliothèques de Bologne 
et de Vienne. 

Antoine de Busne, dont beaucoup de choses sont per- 
dues, a cependant des œuvres manuscrites à Bruxelles, 
à Rome et dans d'autres bibliothèques étrangères. 

Le D'' Haberl, dans son remarquable ouvrage sur 
"Dufay, donne la liste de i5o compositions de ce maître trou- 
vées à Rome, à Bologne, à Vienne, quoiqu'il existe encore 
quelques messes à Bruxelles, des motets et chansons à 
Paris, à Cambrai et à Munich. 

Il en est malheureusement ainsi pour tous : Vincent 
Faugnes, Eloy, Ockeghem, élève de Dufay à Cambrai 
et initiateur de la seconde période, ses illustres élèves 



— 174 — 

Josquin des Prés, né dans le Hainaut, P. de La Rue, 
Brumel, Compère, Hobreclit, les Lévin. Les élèves de 
Josquin des Prés, Coclius, Mouton, Joiubert, Jannequin, 
Benedict Ducis, Isaak, Clemens, Richefort, Yerde- 
lot, etc., etc., et jusqu'aux fondateurs des écoles italiennes 
AVillaert et Arcadelt et leurs élèves Cyprien de Rore 
et Philippe de Mons, tous ont laissé beaucoup d'oeuvres 
qui sont inconnues. 

Ces œuvres ne peuvent pas rester ignorées. 

Les autres pa^^s rendent hommage à leurs compositeurs: 
honorons aussi les nôtres. Xe laissons plus une époque 
aussi belle dans une demi obscurité ; il est possible qu'en 
étudiant les manuscrits de tel ou tel maître, l'opinion que 
nous avons de lui se modifie et que l'on découvre de nou- 
veaux chef-d'œuvres dignes de notre admiration. 

Eli conséquence, je demande que le Congrès émette le 
vœu de voir le Gouvernement s'intéresser à l'histoire de la 
musique en notre pays, comme il le fait pour celle des 
autres arts ; qu'au besoin et qu'en imitant par là les 
pays voisins, il charge une commission compétente de la 
mission de rechercher dans les bibliothèques étrangères les 
documents sur la vie et les œuvres des musiciens belges 
des xv^ et xvi*= siècles ; qu'il se charge même, comme des 
maisons d'éditions le font avec tel ou tel auteur, d'une 
édition complète de leurs œuvres : ce sera comme un 
monument à notre gloire nationale musicale. 

Louis LAVOYE. 



STATISTIQUE 

DES 

ANTIQUITÉS FRANQ.UES DE TONGRES 
ET DES ENVIRONS 



Pour l'examen de cette question, il convient tout d'abord 
de faire connaître les (Caractères distiuctifs des trouvailles 
■de dépôts funéraires francs. 

Les Francs, ayant occupé habituellement l'emplacement 
des villas romaines, ont aussi, généralement, placé leurs 
dépôts funéraires dans les cimetières romains, à proximité 
de ces villas ; il importe dès lors de bien différencier les 
usages romains et francs, car en cliercliant un dépôt franc, 
on rencontre constamment des restes de dépôts romains. 

Dans les cimetières antiques de Tongres, les dépôts 
francs se trouvent, le plus souvent, à la partie supérieure 
de la couche de terre sablonneuse, en dessous du limon 
hesbayen, soit à environ 2 à 3™5o de profondeur. 

Généralement, les dépôts des Francs, soldats, chefs ou 
esclaves, ne contiennent pas de monnaies ; même dans les 
sépultures tout à fait importantes, on n'en a trouvé que 
bien exceptionnellement. 

Les dépôts se composent parfois de vases romains et 
francs et on y rencontre le plus souvent la courte hache et 
une ou deux lances. Cependant un dépôt formé de vases 
exclusivement romains, de la courte hache et d'une 



— 176 — 

monnaie semble pouvoir être attribué à un Eomain 
vainqueur d'un Franc. 

Le tombeau d'un homme de rang élevé se distingue 
par certaines particularités; c'est ainsi, par exemple, 
que nous avons déjà rencontré un squelette qui avait été 
renfermé dans un cercueil en bois et enfoui à 3'"5o de 
profondeur. A environ 2 m. au-dessus de ce dépôt, était 
étendue une épaisse couche de terre glaise et de pierres, 
destinée à empêcher l'eau de la surface d'atteindre le 
cercueil ; sur cette couche, se trouvait le squelette ou 
les ossements du cheval du défunt. 

Généralement, les dépôts funéraires des Francs se 
trouvent à proximité de la voie romaiue passant par le 
cimetière. 

L'ornementation des bijoux francs a pour base un tracé 
ou des dessins géométriques rectiligues, ainsi que l'in- 
diquent les vases à cachets, ou portant des ornements à la 
roulette. 

Les Francs ont une manière de faire naïve, originale, 
qui n'a pas été empruntée aux Romains. 

Les divinités grecques et romaines ne se rencontrent 
plus dans leurs productions, mais on trouve des fibules, 
des bagues et. autres ornements ornés de croix ; la patère 
est devenue plate et les vases francs sont de forme conique 
ou tronconique. 

Citons maintenant quelques dépôts importants : 

A. AUX ABORDS IMMÉDIATS DE TONGRES, 
AU CIMETIÈRE VERS L'EST. 

Le 19 décembre 1896, nous avons fait l'heureuse trou- 
vaille d'un dépôt extrêmement intéressant dans le cime- 
tière romain, à l'Est de la ville, aux abords de la gare de 
Tongres et de la route de Tongres à Nimègue. 

A environ im25 de profondeur, nous avons mis à nu le& 
ossements d'un cheval, sur une couche formée de pierres et 



— 177 — 

de terre glaise ; puis à 2™5o plus bas, dans le sable, iioui> 
avons trouvé le cercueil dont le bois était réduit en une 
poussière blanche ; il contenait une vingtaine de beaux 
vases, des armes et un bâton de comraandeuient en jais 
de Lydie : c'est une pièce d'une rareté extrême (*). 

Son ornementation consiste, comme pour tousles produits 
francs du v® siècle, en figures géométriques rectilignes à 
facettes triangulaires et rectangulaires; la partie inférieure 
est formée d'un cube ouvragé ; la partie supérieure est 
travaillée au tour. 

Ce bâton doit avoir appartenu à un chef franc résidant 
à Tongres après l'invasion des Vandales, en 406. En effet, 
plusieurs vases de ce dépôt sont d'origine romaine ; 
d'autres sont incontestablement d'origine franque, notam- 
ment les grands plats en terre rouge jaunâtre de plus de 
o™3o de diamètre. Enfin aucune monnaie ne se trouvait 
dans cette tombe. 

A quelques mètres de ce dépôt, nous en avons rencontré 
un autre comi)renant notamment un grand vase en terre 
rougeâtre bien orné, pourvu d'une entrée ronde de o™o8 
de diamètre ; le pied n'a que 0^07 de diamètre et la hau- 
teur du vase est de o'"3i. 

Il porte l'inscription : JL M. F. JL B. I B. B — I 
et est orné d'une couverte rouge pale, de feuilles, de 
fleurs et de cercles. Dans le même dépôt, figuraient 
une cruche ansée en terre blanche, une autre ornée de 
lignes à la sanguine, une hache et divers petits vases. 
A proximité, il a été trouvé un dépôt plus important 
encore, composé d'une grande cruche en terre blanche à 
deux anses (hauteur : o'"3i) portant deux cercles au col. 



(^) C'est le second bâton de Tespèce qui soit parvenu jusqu'à 
nous ; le pi'emier a été exhumé à Cologne et se trouve au Musée 
Wallraf Richartz. Ce bâton, sans être identique au nôtre, lui 
ressemble beaucoup sous le rapport du travail ; quoique de même 
longueur, le nôtre est plus volumineux et mieux travaillé. 



- 178 - 

puis de denx petites cruches ausées en terre blanche, 
de deux bols en verre fin, d'un tonnelet en verre fin 
et d'une grande hache en fer. 

C'est surtout la hache qui caractérise le tombeau à 
défaut d'autres indications. 

Ce qui est très commun parmi les dépôts, dans le cimetière 
franc, vers l'Est de la ville, ce sont les cruches ansées en 
terre blanche de fabrication locale : elles ont une hauteur 
presque uniforme de o™25 et sont bariolées à la sanguine ('). 

Il s'agit, incontestablement, d'imitations franques de la 
cruche romaine en teri'e blanche. 

A remarquer encore parmi les dépôts frant^s. les vases 
en fine terre rouge, qui ont servi à contenir des douceurs, 
du lait, de la crème, des liqueurs, etc. ; ces vases, façon- 
nés au tour, ont absolument la forme des lacrymatoires 
romains en verre, mais ils sont plus grands; le lacryma- 
toire romain n'a que o'"o4 ,ou 0^05 de hauteur, celui des 
Francs en a une douzaine. 

A Tongres, parmi les dépôts francs un peu importants, 
on trouve habituellement un verre fin de la forme de nos 
vases à boire et aussi de la forme d'une boule tronquée ou 
d'un bol ; le verre de ces vases est généralement assez 
commun. 

Tout récemment, des déblais faits par M. Robert 
Christiaens dans les parcelles S" A, n°^ 4^9'' et 429^» ont 
fait découvrir de très nombreux dépôts francs avec de 
fort beaux vases, notamment des cruches en terre fine 
ornée de lignes à la sanguine, des patinae en terre rouge 
ornées de dessins à la roulette, des ornements et des objets 
en ivoire, notamment un phallus testicule, des peignes, 
des dés, etc., etc. 

Ces dépôts francs ont été retrouvés à l'emplacement 
d'une partie du cimetière romain que, préalablement, les 



(') Nos collections en comptent au moins une dizaine, appartenant 
toutes à des dépôts différents. 



— 179 — 

Francs ont complètement bouleversé en ne laissant intact 
aucun dépôt romain. 

B. A TOXGRES, AU CIMETIÈRE ROMAIX, VERS 
L'OUEST, une trouvaille extrêmement importante a été 
faite, en janvier 1881, en transformant en biiques les 
terres de la parcelle S" D, n° 200». C'est en creusant 
une fosse d'une profondeur d'environ 2™oo, après l'enlève- 
ment de la couche de terre à briques de i'"75 d'éj)aisseur, 
qu'on a mis à nu un tombeau, à deux compartiments, de 
2™oo de longueur, o™65 de largeur et o^ôo de profon- 
deur ('). 

Au fond existait un dallage en briques; les parois 
étaient formées de grandes briques plates et au milieu 
se trouvait un mur de séparation. 

Un des compartiments était couvert de dalles de o"'io 
d'épaisseur, l'autre de tuileaux. 

Les ossements des défunts étaient encore bien en place, 
la tête vers l'Ouest. Dans un des compartiments, près de 
la tête du squelette, une variété de perles, puis, aux poi- 
gnets, des bracelets en bronze ; à côté, un peigne : c'est 
donc un mobilier de femme. 

L'autre tombe contenait un squelette, une petite fiole 
et quelques clous. 

Dans chacun des petits côtés du compartiment rectan- 
gulaire formant la tombe géminée, étaient pratiquées 
deux ouvertures d'environ 0^20 de profondeur, o"'2o de 
longueur sur toute l'épaisseur des murs et une seule ouver- 
ture au milieu du mur mitoyen des deux tombes. 

Il faut admettre que dans ces ouvertures on avait placé 
une charpente en bois couverte d'un petit toit constituant 
un abri ou une petite chapelle au-dessus de la double 
tombe pour la mettre à l'abri des infiltrations. 



(•) Voir Bulletin de la Société scientifique et littéraire du Limbourg: 
t. XXI (1903), pp. 285 et suiv.: t. XXVII (1909), pp. 126 et suiv. 



— i8o — 

On a prétendu que ce second tombeau était incomplet, 
parce qu'il avait un mobilier moins important que celui 
du premier. Rien ne le prouve, car on a remarqué que les 
dépôts funéraires francs sont rarement très importants ; 
de plus la violation d'un tombeau franc, à l'époque franque, 
est difficile à concevoir et l'emploi de tuileaux pour le 
recouvrement d'un des dépôts et de dalles pour l'autre, 
n'est pas une preuve de violation. 

A l'époque franque, les matériaux étaient rares ; on 
mettait en œuvre ce que Ton avait sous la main (^i 

Les parois crépies sont peintes et divisées en comparti- 
ments ; trois des longs côtés ont cinq compartiments ; 
le côté vers le Nord en compte six. 

Ces compartiments sont ornés de peintures symboliques, 
de guirlandes, de couronnes; une colombe portant dans le 
bec un rameau est reproduite dans six compartiments ; 
dans quelques autres, ou remarque des signes particuliers 
ou caractères de l'écriture runique, en usage en Scandi- 
navie dans l'antiquité (^). 

Il s'agit donc d'un tombeau de personnes appartenant 
aux nations germaniques ayant eu des relations avec les 
Germains de la Scandinavie, où l'emploi des caractères 
runiques a été en vogue dès les premiers siècles de notre 
ère. 

D'un autre côté, le symbole de la colombe a été appro- 
prié au culte chrétien dès le iv^ siècle; les Francs ont 
occupé, en maîtres et sans contestation, Tongres et ses 
environs dès le commencement du v^ siècle; par consé- 
quent le tombeau ne doit pas être antérieur au commence- 



(') Le toinl)e;iu reconstitué est déposé aujourd'hui au Musée 
diocésain de Liège. 

(2) Ou retrouve de nos jours des objets de fouille portant ces 
caractères dans tout le Nord de la Russie, même dans la Russie 
d'Asie ; ce qui i)rouve (lue des relations ont déjà existé entre les 
populations du Nord dans l'antiquité. 



— I8l — 

meut du v^ siècle et ne doit pas être notablement posté- 
rieur, son contenu présentant presque tous les caractères 
des dépôts du Bas Empire. L'absence de monnaie est 
encore une preuve que nous avons affaire à un tombeau 
de l'époque franque 

Dans le même terrain S" D, n" 2()o\ toujours en enfouis- 
sant des déchets de fours à briques, les ouvriers ont mis 
au jour à des profondeurs de 3 à 3™75, un grand nombre 
d'auges en trass d'Andernach ayant contenu des squelettes 
et des dépôts funéraires. 

Les nombreux objets de l'époque franque de la collec- 
tion Christiaens proviennent de ce terrain, notamment 
de nombreux vases à boire en verre mince, des patinae en 
terre rouge portant des ornements à la roulette, des 
patères plates de grande dimension, une grande variété 
de fibules à figures géométriques, des bagues, des perles, 
des amulettes, des appliques rondes, des peignes en 
ivoire et en os gravé, des armes, notamment des pointes 
de lances et des haches de divers types. 

De la parcelle S" A, n° i99\ en faisant des briques, 
M. Huygen, de Hoesselt, a tiré aussi une nombreuse collec- 
tion d'objets francs, parmi lesquels des vases à boire 
coniques qu'on devait placer sur trépieds, des bols en 
verre blanc commun et à fond bombé. 

A ces trouvailles appartiennent encore de grandes 
patères plates en terre rouge de o'"25 de diamètre, des 
vases en terre rouge portant des ornements à la roulette, 
des armes variées, notamment trois grandes haches, une 
garniture en bronze d'un ceinturon de cuir, avec grande 
boucle gravée, de nombreuses agrafes en bronze. 

Signalons aussi une intéressante fibule en bronze doré 
avec ornements gravés, de grosses perles d'ambre parais- 
saiit avoir été portées en collier, un grand nombre de 
perles noires avec incrustations en jaune, des perles rouges 
avec incrustations en bleu. 

Les dépôts francs trouvésMans la parcelle S" B, n° 49^> 



— l82 — 

territoire de Koningslieim, sont aussi extrêmement nom- 
breux; tous font partie de nos collections. Les dépôts se 
trouvaient en général dans la couche d'argile sablonneuse 
à 3™5o environ de profondeur; ils étaient fort pauvres. Les 
ossements, bien orientés, se trouvaient entre les restes de 
deux planches ou de deux morceaux de bois; au pied, un 
petit vase en terre g-rise. 

C. DÉPOTS EN DEHORS DU TERRITOIRE DE 
TONGRES ET DE KONINGSHEIM. 

Il y a une dizaine d'années, notre attention a été appe- 
lée vers l'emplacement de la villa romaine qui se trouve à 
Petit Spauwen, le loug et à proximité de la voie romaine 
de Tongres par Brée à Ximègiie. Aussi, à diverses reprises 
et avec succès, nous avons dirigé nos recherches vers ces 
parages, oùles occupations romaines ont été si importantes. 

Un jour, nous avons découvert un tombeau à incinéra- 
tion contenant 40 vases et, dans une dépendance d'une 
villa incendiée, nous avons môme retrouvé le fer d'âtre 
pendu au mur, et à côté, un beau grand vase intact. 

L'occupation franque n'a pas été moins importante sur 
cette colline dénommée Berg, qui forme un véritable 
observatoire. En 1904, nous y avons trouvé à l'emplace- 
ment du cimetière romain une variété de dépôts funé- 
raires de l'époque franque. 

Un des tombeaux contenait une broche en or, fort inté- 
ressante ot intacte; elle a quatre centimètres de diamètre; 
le champ, foi'mé d'une plaque en or, est entouré d'un 
ceicle d'or strié; au centre, un ornement unique, en relief, 
de deux centimètres de diamètre, portant au milieu une 
grosse perle ; autour, quatre pierres incrustées dans des 
cavités triangulaires séparées par quatre doubles cercles. 
Dans le champ, des ornements en forme de 8, séparés 
par de petits cercles et six i)etits cabochons incrustés 
dans des cavités formées de rondelles en or. 



— Ibô — 

Ce tombeau contenait en outre des perles incrustées, 
une phalère eu bronze et quelques vases. 

A proximité de cette sépulture, un autre dépôt était 
formé de deux lances en fer, de quatre vases en terre 
noire et d'un casque en fer {*). 

Tout près encore, se trouvaient d'autres dépôts de 
moindre importance; à côté de chaque squelette étaient 
placés une lance et uu vase en terre noire. 

D'autre part d'importantes découvertes d'antiquités 
franques ont été faites à Othée, à l'occasion de travaux 
d'extraction d'argile pour la fabrication de briques. 

Othée, à 9 kilomètres de Tongres, était, dès l'époque 
romaine, au point de croisement de plusieurs routes se 
dirigeant du Nord vers le Sud. 

En effet, à Othée passent d'abord la grande voie romaine 
de Tongres à Arlon vers le Rhin, puis diverses voies 
romaines de moindre importance, notamment : la voie 
d'Oir ou d'Eure, c'est-à-dire d'Othée par Ileure-le-Tiexhe 
à Genoels-Elderen ; la voie de Trez ou de Maestricht 
par Herderen et Glons à Othée ; la Visé-voie ou du 
Passage de la Meuse à Visé, c'est-à-dire la voie d'Otliée à 
Visé ; enfin la voie de la villa de Koningsheim par Othée 
à Herstal. 

Othée a été ainsi, de tout temps, à un point de croise- 
ment du mouvement commercial du Nord vers le Sud, 
surtout pour ceux qui désiraient éviter le passage par 
Tongres et abréger un peu le chemin du Nord vers 
le Sud. 

Aussi, l'occupation de nombreux colons avec leurs 
installations agricoles, à l'époque romaine, n'a-t-elle pas 
manqué d'y attirer aussi les Francs, et leurs dépôts 
funéraires, à l'emplacement des cimetières romains, y 



0) On a fait remarquer récemment la rareté des casques parmi 
les dépôts francs ; les casques, en fer léger, n'ont résisté au temi)s 
que dans les terrains sablonneux secs. 



- i84- 

•ont été plus nombreux que ceux trouvés dans d'autres 
nécropoles 

Nous y avons recueilli, il y a une trentaine d'années, 
nue variété de dépôts parmi lesquels nous pouvons 
signaler beaucoup de perles ornées d'incrustations. 

Enfin il y a trois ou quatre ans, la construction de 
maisons à Hollogne-aux-Pierres, le long de la même voie 
de Tongres par Othée, Hollogne-aux-Pierres, Flémalle- 
Grande à Arlon, a provoqué la découverte, du côté Xord 
du village, de nombreux tombeaux francs à environ i'"5o 
de profondeur. Ces tombeaux, en forme d'auge ou de bac, 
étaient aussi formés de blocs équarris de pierre de la 
localité. Ils contenaient un mobilier i>lutôt pauvre : près 
du squelette, étaient déposés une arme, ordinairement une 
courte liaclie en fer, et un vase commun. 

Fr. huybrigts. 



MAGNA VOX 



Cette hymne en eliant grégoiieu est atti ibnée à Etienne, 
■évêque de Liège, musicien dihtingné qui vivait à la fin du 
IX* et au commencement du x^ siècle. 

C'est à lui que l'on doit rarraugement de l'office de 
saint Lambert et du Magna Vox qui ouvrait cet office. 

Du X® à la fin du xviii^ siècle cette hymne fut considérée 
à l'égal d'un chant national revêtant l'expression des 
supplications publiques ou de la joie triomphante de nos 
aïeux . 

Son abolition et son remplacement par le Valeureux 
Liégeois datent seulement de la révolution française, et 
depuis lors, ce Magna Vox était tombé dans un oubli à peu 
piès complet. 

Sa mélodie remonte à la première moitié du x* siècle, 
époque où la déviation du chaut ecclésiastique commence 
à se manifester, déviation qui aboutira peu à peu à la 
forme plus anguleuse appelée plain-chant, terme particu- 
lièrement usité encore à l'heure actuelle pour désigner le 
répertoire officiel de l'Église catholique. 

Les pièces de cette époque et des siècles postérieurs 
conservent toujours la modalité traditionnelle et lu diffé- 
rence ne s'accuse guère que par le caractère plus alourdi 
des mélodies qui deviennent moins fleuries, moins ornées. 

Plus tard, les compositions en style plain-chant subissent 
de plus en plus l'influence de la tonalité moderne et nous 
voyons éclore les oeuvres hybrides de Lully, de Henry 
Du Mont, de divers, etc. 



i86 



Plusieurs prétendent même que les versions eu usage de 
la messe connue sous le nom de « ro^'ale « ne sont pas 
conformes à ce que Du Mont a voulu et écrit, mais que les 
modifications et suppressions d'altérations seraient le fait 
des éditeurs. 

Il y a en effet une apparente contradiction entre l'écri- 
ture et rimi")ressi()n ressentie à l'audition de cette messe. 

La sensation de la tonalité moderne du mode mineur est 
si accusée que son exécution par un ensemble quelque peu 
considéi'able de voix, amène instinctivement l'emploi delà 
note sensible et d'autres altérations particulières au mode 
mineur. 

La mélodie qui nous occupe appartient au premier 
mode ecclésiastique dont l'échelle est, ré, do, si, la, sol, fa, 
mi, ré (sans altération) Oj. 

Cependant le Magna Vox dépasse cette échelle et il se 
prolonge d'une quarte au grave, ce qui le fait rentrer dans 
la catégorie des modes mixtes dont l'étendue offre plus de 
latitude et de i-essouices mélodiques. 

Par son étendue, il appartient au premier mode appelé 
dorien et à son dérivé, l'hypodorien, second mode ecclé- 
siastique, dont l'échelle est située une quarte plus bas '■). 

La mélodie évolue jusqu'à l'exiiémité de la gamme du 
second mode pendant les six premiers vers et conclut eu 
s'élevant et en prenant possession du ])remier mode aux 
mots O sacer Lainbertc, martyr, nosira vota siiscipe. 

La solennité et la gravité du début officnt un contraste 
assez saisissable avec les neumcs plus gracieux qui ornent 



Cj Le mode étant caractéri.sé avant loiU i)ar sa cadence finale 
normalement descendante, il est logique d'adopter la gamme dans 
cette direction. C'est celle de la gamme grecque et elle s'est main- 
tenue, j)lus ou moins longtemps, dans l'art du moyen âge, sans 
qu'aucune limite précise puisse être fixée à son renversement. 

(î) Il est à remarquer que le dorien grec s'établit i»lus haut ; 
l'échelle est mi, ré, do, si, la, sol. fa, mi. 



ift? 



lets dernières paroles et j'incline à y voir, déjà, une 
certaine recherche d'op[)Osition provoquée par le sens 
déprécatif des deux derniers vers. 

Les spectateurs présents aux fêtes fastueuses organisées 
en l'honneur du xii« centenaire de la mort de i^aint Lam- 
bert se souviendront peut-être que la Légia exécuta deux 
choeurs à la grancrmesse de la cathédrale, le 6 septembre 
1896: l'un était le Magna Vox, l'hymne ancienne, (jui, 
remise aux mains de M. S. Dupuis, réapparaissait habillée 
d'une liarmonisation adéquate à sa sobriété native et fut 
exécutée par un chœur nombreux. Ce fut un hommage 
discret et ingénieux rendu à la \énérabilité de l'^x^uvi'e du 
vieil évêque "'. 

On trouvera ci-contre le texte de cette composition. 

Fernaxo ^LVAVET. 



(1) L'iiarmoiiisatiou (le S.^Dupiiis étant à 4 voix d'honimes, l'auteur 
(le ces ligues a repris la mélodie primitive et l'a arraugée à 4 voix 
mixtes, forme sous laiiuelle elle existe au réi)ertoire de la cathédrale 
de Liège. 



HYMNE A SAINT LAMBERT 



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LES MEDAILLEURS BELGES 

ET SURTOUT LIÉGEOIS 

AYANT TRAVAILLÉ POUR LA FRANCE 



La médaille est une des pins importantes manifestations 
de l'art postérienr an moyeu âge. Son étude nous permet- 
tra de constater une fois de plus combien sont étroits les 
liens qui unissent la Belgique et la France. Les relations 
des deux pays ont été fréquentes en politique et en art, 
mais en ce qui concerne les monnaies et les ijiédailles elles 
ont été incessantes et la Belgique semble avoir donné plus 
qu'elle ne recevait. 

Les monnaies et les médailles ne jouent pas le même 
rôle, n'ont pas à remplir les mêmes conditions; cepen- 
dant certains caractères qui leur sont communs per- 
mettent d'assimiler les grandes monnaies aux médailles. 

Celles-ci peuvent se répartir en trois groupes naturels : 
I. Médailles et plaquettes fondues. 
II. Médailles ciselées, souvent creuses ou repoussées. 

m. Médailles gravées ou frappées. 

Les médailles fondues dérivent d'une maquette modelée 
en terre ou en cire, ou sculptée en pierre ou en bois. Les 
Italiens et les Français donnaient la préférence au mode- 
lage, les Allemands à la sculpture en pierre lithographique 
ou en bois dur. Les Belges soumis à ces deux influences 
ont le plus souvent suivi la première. La médaille moulée 
n'est qu'un petit bas-relief, et tout sculpteur peut en pro- 



- 190 — 

duire ; elle est accessible aux amateurs bien doués, et le 
poète Jean Second en est la preuve. 

Il est même à remai-quer que les premières médailles 
italiennes sont l'œuvre d'artistes qui ne semblaient pas 
prédestinés à ce genre de travail ; c'étaient souvent des 
peintres, comme Pisanello qui signait : « Pisano pictore », 

La plupart des artistes ayant produit des médailles 
fondues ont aussi ti-availlé comme sculpteurs. La maquette 
n'étant qu'un bas-relief de dimension réduite reproduit 
par voie de moulage, ce genre de travail a toujours été 
possible dès qu'il y avait des sculpteurs en bas ou demi- 
relief et des fondeurs. Cependant le moven âge n'en a pas 
fourni, et l'Italie a dû attendre son quatro cento pour en 
produire. 

Dès une époque fort reculée les Belges, fervents pèlerins, 
se l'endaient à Rome en grand nombi'e, et lorsque la Ville 
éternelle devint par surcroît la méti'opole des arts, beaucoup 
de jeunes ai'tistes belges y achevèrent leurs études: c'était 
le cas pour les [)eintres, mais les graveurs suivirent leur 
exemple ; aussi le rapide essor dans leur p;l3^s de la 
médaille fondue ne doit-il pas surprendre. 

Les médailles ciselées relèvent surtout du travail d'orfè- 
vrerie ; ce sont même les seules que le moyen âge ait ])u 
connaître, et elles ont disparu dès que l'on a gravé ou 
coulé de grandes pièces. Les plus anciennes sont les quatre 
que se fit faire Jean duc de Berry. L'artiste se procurait 
par la fonte ou le i-epoussé une ébauche qu'il travaillait 
ensuite au burin. Parfois en soudant un droit et un revers 
il constituait une médaille creuse. I^a dernière peut-être, 
et la i)lus belle, est de Warin lui-même, et i-eprésente la 
coloniuide du Louvre» de Perrault. Il a dû recourir à ce 
procédé un peu archaïque pour obtenir l'énornie relief qu'il 
désirait, et qui maintenant encore serait difficile à réaliser. 

La véritable médaille moderne est la médaille frappée ; 
elle seule peut se reproduire à un grand nombre d'exem- 
plaires, et par suite donner lieu à des commandes, à des 



— iQi — 

appels d'artistes d'un pixys dans un autre. Elle ne peut 
être un travail d'amateurs, et par cela seul qu'elle 
exige la confection d'un coin, elles nécessite le travail 
d'un professionnel et tontes les ressources d'un atelier. 
Elle est réellement moderne parce qu'elle dérive de 
la monnaie et n'a été possible qu'après le perfectionne- 
ment de celle-ci. 

La frappe servait depuis la haute antiquité à la fabri- 
cation des monnaies, et le moj^en âge n'y avait pas renoncé, 
mais ses espèces très minces et d'un type de plus en plus 
rudimentaire ne nécessitaient que peu d'efforts et ne pré- 
paraient guère au relief élevé de la médaille. Elle ne parut 
qu'à la Renaissance après les travaux des humanistes et 
les études des archéologues sur les grands bronzes romains. 

C'est alors que des artistes comme les Padouans vou- 
lurent copier ces bronzes pour fournir des suites complètes 
aux amateurs et des modèles aux autres artistes. 

Précédemment, on avait frappé un certain nombre de 
médailles, par exemple celles qui sous Charles VII com- 
mémorèi'ent l'expulsion des Anglais, ou celle offerte à 
Louis XII par la ville de Bourges, niais ce ne sont là que 
des monnaies agrandies ; elles en ont l'aspect, le faible 
relief et la technique. 

Du reste les médailles belges ou françaises sont, plus 
que les autres, issues de la monnaie nationale et cela ne 
doit pas surprendre. 

On sait que l'or avait peu à peu disparu de l'Occident 
après la chute de l'empire pour se concentrer à Constanti- 
nople, en même temps que les types se dégradaient de plus 
en plus, et que c'est le grand mouvement religieux, poli- 
tique et économique des Croisades qui, en rétablissant le 
commerce avec l'Orient, sx[ fait reparaître l'or en France. 
Ce sont aussi les belles monnaies arabes, larges, plates, 
et bien frappées, qui ont servi de modèles à saint Louis 
pour régénérer l'art monétaire. 

Mais les Croisades ont eu leur point de départ dans la 



- 192 — 

Flandre et la France du Nord ; les rois croisés étaient 
ceux de France et d'Angleterre, ducs de Xorinandie ; ils 
avaient près d'eux les comtes de Flandre et de Cham- 
pagne. K-ien d'étonnant dès lors à ce qu'il se soit formé 
dans ces régions des écoles de monnayenrs prêts, lorsque le 
temps serait venu, à se muer en véritables médailleurs. 
Une foule de tailleurs de monnaies y ont vu le jour et se- 
sont répandus un peu partout ; on ne les examinait pas 
trop ; n'étaient-ils pas originaires des pays où l'on naissait 
graveur ? Briot était lorrain, les Warin, les E-oettiers, les 
Duvivier belges ; d'autres remontaient de France vers les 
Flandres, mais tous étaient frères et le côté de la frontière 
qui les avait vu naître n'importait que pour leur état civil. 

Si beaucoup sont nés en terre belge, c'est surtout en 
France qu'ils recevaient la consécration de leur talent, et 
plus rares sont les Français émigrés en Belgique. Néan- 
moins il y eut des éclianges aux temps des comtes de^ 
Flandre et des ducs de Brabant, alors qu'il n'y avait encore 
que des graveurs de sceaux et de coins monétaires. Ces 
princes faisaient volontiers un pont d'or à l'artiste fran- 
çais qui, directeur de leur atelier, créerait pour eux de 
belles x^ièces ou des sceaux élégants. 

Si ce mouvement d'échange n'est pas douteux pour le 
haut moyen âge, il n'est pas toujours facile d'en relever 
les traces. Les documents sont plus rares et les noms peu 
caractéristiques. Jusqu'à la fin du xvi^ siècle, les individus- 
n'ont pas de patronymique: ils ne portent que des nom& 
de baptême, des sobricpiets ou des noms de villes, qui 
parfois ne leur ont pas donné naissance. En dehors de 
certains prénoms plus particulièrement en usage dans la 
Flandre, il est cependant des surnoms et des noms de 
villes qui ne laissent guère d'incertitude. 

Jusqu'au xvi" siècle, nous n'anrons à nous occuper que 
de graveurs ou tailleurs de monnaies ou de sceaux. 
Voici dans leur ordre chronologique ceux relevés dans la 
vaste enquête poursuivie trente années durant, i)ar 



- i9> - 

Natalis Roiidot à travers tous les dépôts d'archives ou 
existent des documents relatifs à l'art monétaire et aux 
graveurs ou médaillistes. La liste des tailleurs de la mon- 
naie de Valenciennes est complète ou à peu près. 

Tailleurs dk Valenciennes : 



Jacquemart Moiset 


i355 






Jean Moiset 


i355 






Jean d'Engliien 


i356 






Beaudouin de Gliines 


i36o 






Beaudouin de Frameries i365 






Hanin de la Cambe 


i368 




frère de H. le 


Jean de Maroilles 


i368 






Hanin le Boveur 


i368 






Hanin le Blaton 


1373 






Jean Sarrazin 


1419- 


1420 




Jean Saint-Manne 


l^'21 






Jean Olivier 


1422 






Pliilippart Sariazin 


1422 




frère de Jean 


Jean Laderière 


1429- 


1430 




Fournier Lottard 


1434 







Jacquemart Wallebiert i438 

Jean le Brun i438-i44^ 

Jean de la Roé 1446-48 

Pierre Forest i452 

Nicaise Festiel 1457 

Amand de Herlines' 1458-61 

Pierard Lauwier 1 460 

Jean Wallebiert 1477 

Colart de Faniars 1478 

Soit : 24 noms de i326 à 1478- 

Valenciennes appartient à la Flandre devenue française 
et on y rencontre à côté de noms qui paraissent indigènes, 
d'autres qui ne peuvent convenir qu"à des Français 
immigrés. En étendant à d'autres parties de la France le 



— 194 



déi^ouillement d'archives fait par Natalis Rondot, on 
trouve des preuves nombreuses de la présence de mon- 
noyeurs flamands dans le reste du royaume. 

Les voici avec les villes ou ils ont œuvré : 

Jean de Tournai i326-35 Lj^on. 

Jean de Vaux, de Paris i358-6i sceau de Louis de Mâle. 

Miclielet de Lens 1860-77 Troyes, Saint-Lô. 

Jean de Nimègue 1898-97 Rouen, Lyon 

Guyot de Hanin 141 1-26 Paris. 

Guyot de Valenciennes i4i5-20 Lyon, Bourges. 

Pierre d'Abbeville 1418-19 Bourges. 

.Tean de Heylen 1428-85 Bruxelles, Lille. 

1482-41 Amiens, Saint-Quentin. 

1487-40 Hollande, Lille. 

1450-74 Louvaiu, Lille. 

1455-74 Gand, Bruges, Lille. 
Jean van Muelenbègue 1460-72 Bruxelles, Lille. 
Nicolas de Russange 1467-1511 Paris, Lille. 

i5oo-i5o4 Amiens, Tournai. 

i55o-62 

1574-1602 

1601-26 appelé en Hollande. 



Humbert Pierron 
Michel Wallenaert 
Jean van Velpe 
Jacques de Biez 



Isaac de Bemmeteau 
Etienne de Hollande 
Conrard van Bloc 
Salomon de Caix 



Parmi ces hommes, beaucoup ne furent que des tailleurs 
de coins, dont le travail relevait plus du simple métier 
que de l'art; ils copiaient les patrons qui leur étaient 
fournis ; d'autres furent maîtres de la Monnaie dans 
diverses villes. Il en est cependant qui s'étaient créé des 
titres à cette fonction par leur passé d'artiste comme 
orfèvres ou comme graveurs de sceaux : tels Jean de 
Tournai, qui a gravé des sceaux pour le roi Charles V 
et des fers pour le duc de Bourgogne ; Jean de Vaux, 
artiste parisien, qui exécuta des fers et des sceaux, entre 
autres celui de Louis de Mâle ; Jean de Heylen qui a 
Joiu'iii ceux du duc de Bourgogne ; Jean van Velpe qui 
avant d'être orfèvre fut tailleur de fers et grava des coins 



— icj^ — 

de jetons pour la cluuubre des comptes de Brabant ; 
Jacques du Biez qui suivit la même carrièi*e. 

Cependant tous ces hommes, dont les œuvres sont 
sûrement entre nos mains, sans que nous puissions les 
distinguer avec certitude dans la masse des monnaies 
contemporaines, étaient jjlus des artisans que des artistes. 
Le type de la monnaie leur était étroitement imposé, 
celui des sceaux également ; ce type était tout décoratif et 
se prêtait peu à l'originalité ; les seuls dons personnels 
dont ils eussent à faire preuve étaient la sûreté de main et 
la rapidité. 

Si la médaille artistique est née non de la monnaie 
agrandie mais du bas-relief, c'est dans les ateliers des 
sculpteurs qu'il faut en chercher l'origine ou les éléments. 
Ils se nommaient orfèvres quand ils travaillaient surtout 
les métaux précieux, et imagiers, tailleurs d'images et 
autres noms analogues, si la matière première était la 
pierre, le bois ou les métaux vils. 

En France, à côté de Paris, la capitale du roi, se 
trouvaient diverses villes importantes, capitales de grands 
fiefs, qui étaient des centres artistiques équivalents, et où 
les artistes n'étaient pas tous indigènes. De ce nombre 
étaient L^'on, Dijon et Bourges. Pour Lyon et un peu 
Dijon, nous sommes renseignés par les travaux de Xatalis 
Rondot sur les sculpteurs de Lyon du xiv^au xviii*" siècle. 
Par lui on sait que l'école de Dijon, qui s'est formée au 
milieu du xiv^ siècle sous l'influence de la Maison de 
Bourgogne, était toute flamande. Son premier maître, 
un grand artiste, a été Claude Sluter « ouvrier d'ymaiges 
et valet de chambre » du duc Philippe le Hardi. Claux ou 
Claes de Sluter, de Orlande — Hollande — ouvrier 
d'entaillure ou tailleur d'images, a débuté à Dijon de 1870 
à 1872 sous le.s ordres de Jean de Merville auquel il 
succéda. 

De i386 à 1404 on trouve comme Flamands aj'ant tra- 
vaillé sous lui à Dijon : 



— igG — 

Perrin Beaule, 1886-90. 

Jacques de Baerze, de Termonde, 1389-96. 

Jean de Selles, 1.389-96. 

Pierre Appleraaiii, tailleur d'ymaiges, ouvrier de meuu, 

1393-94. 

Jean Midey de Fleuri ou dit Fleuri, 1393-94. 

Vuillequin Smont, 1398 94. 

Hennequin Vascoquien, i393-94- 

Hennequin de Piindalle, 1393-99. 

Claux van de M'erbe, neveu de Claux Sluter, 1393-1412. 

Jean de Rig-ni, 1398-99. 

Herame de Vanraarcliien, - 1397-98. 

Jean Hulst, ouvrier d'entaillure, 1897-99. 

Pierre Linquerque, ouvrier demennes œuvres, 1899 1400. 

Jean Aubei't, flamand, 1396-1408, 

imagier d'ivoire, neveu de Pierrand Aubert, de Tournai. 
Il a t'ait à la Cour de France diverses fournitures, dont 
une pour Isabeau deBavière. 

Hennequin de la Place, 1886-1402. 

Un artiste dece nom, venu de Tournai, avaitfnitlapierre 
tombale d'un cbanoine de Troyes. C'était probablement le 
même qui avait séjourné précédemment en Dauphiné à 
Romans. 

La plupar de ceux que nous venons de citer auraient 
pu fournir des modèles de médailles, mais néanmoins 
force nous est de descendre jusqu'à Etienne de Plollande 
pour trouver un médailleur, et un niédailleur ayant tra- 
vaillé i)Our la Fi'ance après s'être foi-mé dans son pays. 

Dès ce moment les tailleuis d'images d'origine flamande 
disparaissent et font place à une longue suite d'artistes 
dont beauc(ni[) eurent du luéiite et quelques-uns du génie. 

Outre les hommes isolés, et qui ne se fixèrent pas tou- 
jours en France sans esprit de retour, la Belgique eut le 
rare bonneui- dedounei- naissance à deux familles, disons 
même à deux dynasties dont l'éclat ra3^oune encore des 
deux côtés de la fiontière, les Waiin et les Roettiers. 



— 197 — 

Voici par oi-dre de date les artistes dont nous aui-ons à 
rappeler le souvenir : 

Etienne de Hollande i55o-62. 

Conrad van Bloc 1574-1002. 

' Théodore de Hissin 1590-95. 

Jean I Warin et sa famille i6i5, 

Martin Hendricy i643-6'_>. 

Léonard Hérard i665-75. 

Philippe Jacques-Joseph Roettiers, 1665-1712. 

R. Arondeaux 1678-1702. 

C. H. Kuchler 1798- 1802. 

A l'inverse des précédents, Salomon de Caux, français, 
mort à Paris, travailla en Belgique et se maria à Bruxelles. 

La part de la ville de Liège est des plus honorables et 
comprend : 

Jean I Warin. 

Martin Hendricy qui vécut à Lyon. 

Léonard, Girard Hérard. 

Jean II du Vivier. 

Etienne de Hollande, van Hollant, Stephanus Hollandus 
ou Holdius, était dessinateur et médailleur. Il a fait en 
France, en Angleterre et dans les Pays-Bas des médailles 
modelées et coulées qui témoignent de rares qualités per- 
sonnelles. Il était probablement d'Utrecht et on connaît 
de lui une quinzaine de médailles. 

De Conrad Bloc ou van Bloc nous savons peu de chose. 
Il vivait à Gand en i58o, en pleine crise politique et 
sécessionniste des guerres de religion. Il ne se rattache à 
la France que par les portraits de quelques personnages 
français ou mêlés à la politique française. 

On a de lui vme médaille du prince d'Orange au revers 
de Charlotte de Bourbon, sa femme; une autre de François, 
duc d'Alençon, élu par les Etats, en 1082, duc de Brabant 
et comte de Flandre. Il fit aussi un portrait de Philippe de 
Marnix, seigneur de Sainte-Aldegonde, au revers d'une 



KjS 



médaille de ee prinee. Enfin, à l'ooeasion des néoociations 
de 1598, il en fit d'Henri IV et de ses deux })lénipoten- 
tiaires. lîridard de Silleiy et Pomponne de IJellièvre (V'. 





Conrad van liloc : Guillaume, prince d'Orange, el au revers Cli;irlotte de 15ourl>on. 
Pièce gravée eu lâ^j). 

Sur Théodore de Ilissin, né à Vautai'd (mi ( iueldre, nous 
sommes également peu renseignés. 

A la mort de Germain Pillon, contrôleur général des 
effigies et poiueons, plusieurs candidats se présentèrent, 
et trois, dont Théodore d(^ Hissin. cpii se (piali liait d" « or- 
fèvre et sculpteur tant en or, argent, hion/e (lue l'er », 
obtinrent des lettres de commission le- nommant à cet 
office. Il fut débouté par la Cour des Monnaies. 

On est suijjris de voir le roi donner des lettres à divers 
candidats pour un même office, et la Cour refuser Tenre- 
gistremenl sans lequel le poste ne pouvait être occupé, ce 
(|ui nous semble un acte de rébellion. Mais les lettres 
royales étaient moins une nomination \érital)lc qu'une 
autorisation à soumettre ses titres à l'exanuMi de la Coui-, 
une sorte d'inscriiition sur la liste des candidats. Rappe- 
lons-nons en outre (|ue hi Lip;ne avait créé, en dehors du 
l'oi et conirc lui, une adininisli'at ion coniplcte e()niprenant 
une cour des Monnuics. 



(1) Voir à son sujet .\ I'INCHAKI), I/i.sloin' <li' In i>r;irnre des 
médailh'n en Helifiiiiic. 



— 199 — 

Les grandes djmasties de médailleurs liégeois com- 
lueuceut avec Jean P'' Warin. 

L'origine des Warin est encore entourée de njj-stère; 
elle rétait déjà pour leurs contemporains. 

Pinchard a révélé l'existence d'une officine de fausse 
monnaie, créée dans le duché de Bouillon par les seigneurs 
de Cuguon et des Haj'ons. Lors du procès criminel qui 
mit fin à cette entreprise, il s'y trouvait deux frères 
Warin originaires de Liège. 

Tallemaut des Réaux, qui embrouille une série de per- 
sonnages au sujet desquels il a des renseignements partiel- 
lement vrais, dit de Jean II qu'il était protestant converti, 
avait été banni pour fausse monnaie et s'était retiré en 
Angleterre, d'oùE-iclielieu l'avait rappelé. Il songe évidem- 
ment aux deux frères liégeois condamnés en 1628. 

Précédemment, il y avait eu à Paris un Guillaume Warin, 
protestant, sculpteur en cire, dont le fils nommé Jean était 
marchand orfèvre à Paris et eut lui-même, le 3o octobre 
1620, un fils dont on ne connaît pas le prénom. 

Le duc de Bouillon, protestant fanatique, a pu donner 
asile aux artistes protestants inquiétés dans les pays 
voisins, à Liège et en France. 

Un Jean travaillait, en 1611, à l'atelier de Bouillon, sous 
les ordres de Georges Liébert, et s'y trouvait encore en 
i6i5. Il était très pauvre ; faut-il le rapprocher du fils de 
Guillaume et de l'un des deux frères de l'atelier clandestin 
de la Tour à Glaire? En ce cas, il aurait vécu à l'aris eu 
1620, entre deux séjours dans le duché de Bouillon, Il faut 
plus probablement écarter le fils de Guillaume. Il est 
cependant établi que .lean II. né à Sedan, en iSgg, ou à 
Liège en 1600 ou 1604. était fils d'un autre Jean. Ce 
prénom se retrouve constamment et peut être un indice 
de parenté. Xous voj'ons être contemporains : 

i" Jean P'" Warin, de Liège, père de Jean H; 

2° Jean, orfèvre à Paris, fils de Guillaume; 



— 200 — 

3° Jean, employé à Bouillon en i6ii-i6i5; 

4° X..., de l'atelier clandestin de la Tonr à Glaire, 1628; 

5° Jean II; 

6" Jean III. 

Il est impossible de les ramener à deux individus, le 
père et le fils. L'ancien ouvrier nécessiteux de l'atelier de 
Bouillon pourrait être devenu le faussaire de 1628 : la faim 
est souvent mauvaise conseillère. Eu revanche, nous 
hésitons beaucoup à identifier le ci'iminel poursuivi à la 
requête du roi de France, en 1628, et l'artiste que ce même 
monarque choisit eu 1629 pour diriger sa monnaie, et qui, 
du reste, était en France depuis 1627. En tous cas, Jean I**", 
tailleur des coins de Bouillon, auteur de poinçons et de 
coins pour les ateliers de Maestricht et de Visé en i6i5, 
peut-être complice des faussaires condamnes en 1628, ne 
nous intéresse pas an point de vue français. 

L'histoire de la famille ne commence réellement qu'avec 
Jean II, dont la situation fut considérable et n'eut d'égale 
que celle de Dupré. Il se disait né à Liège, d'un pèie fran- 
çais, originaire de Reims. Barre la ciu né à Sedan, en 
1599. Moréri (édition de 1759), suivant sur ce })oint Charles 
Perrault, le fait naître à Liège, de Pierre Warin, seigneur 
de Blanchard, gentilhomme de la maison du comte de 
LocNvenstein-Rocliefort. Jamais Warin n'a invoqué cette 
extraction noble, malgré l'intérêt qu'il y aurait eu, ce qui 
rend très suspecte l'assertion de Perrault, du moins à 
l'égard de Jean, car elle pourrait être vraie i)our un autre 
Warin. D'après Louis Aufry, il était fils d'un autre Jean 
et de la fille de Guillaume Hovius. Fétis et l'auteur des 
Graveurs de Vécole liégeoise le font naître le 10 mai i6o3. 
Keynès lui attribue 68 ans à sa mort, en août 1672, ce qui 
reporte sa naissance à 1604. 

Les documents officiels le concernant sont ses lettres de 
naturalisation, les arrêts de la cour des monnaies et divers 
actes d'état-civil. 



— 20I — 

Ses lettres, beaucoup plus détaillées qu'elles ne le 
sont d'ordinaire, ont été données à Saint-Germain, le 
28 février i636. 

Elles sont particulièrement élogieuses pour l'impétrant, 
de même que la Déclaration du roi de novembre 1660. 

On voit par ces documents que le roi de France savait 
prendre partout les hommes, même les étrangers dont le 
mérite pouvait enrichir le patrimoine national. 

Venu spontanément ou appelé en France en 1627, il 
reçoit, en 1629, une commission de garde et conducteur 





Louis XIII, par JeanWarin. Première médaille connue du graveur général, frappée 
en 1629 pour le siège de la Rochelle. Au revers le roi en Hercule. 

des engins de la monnaie du moulin de Paris sous les 
ordres de René Ollivier. Il est, en 1642 et i643, l'un des 
« quatre graveurs par quartier » de la monnaie du Louvre. 
En 1644, il devient graveur de la Monnaie de Paris et con- 
ducteur et graveur général de toutes les monnaies au 
moulin établies et à établir dans tontes les villes du 
roj'aume. En 1646, il prend la qualité de « graveur des 
sceaux et chaiieeller3'e, trésor et aultres juridictions de ce 
royaume ». 

La même année, D'Armand L'OrjJhelin se démet en sa 
faveur de sa charge de tailleur et graveur général des 
monnaie? ; il en est pourvu par lettres royales du 17 mai 
1646. Il achète du tuteur du l'ils d'Abraham Dupré la 
charge de contrôleur général des poinçons et effigies, et 



202 — 

est reçu eu cette qualité par la Cour des Monnaies le 
6 avril 1648, et ce u'est qu'en août i65o qu'il obtient ses 
lettres de naturalisation ; c'est donc comme étranger qu'il 
avait eu cette brillante et glorieuse carrière. 

Il était sculpteur, peintre, modeleur et graveur de 
médailles ; il put devenir conseiller du roi et intendant de 
ses bâtiments. Il l'était déjà à la fin de 1662. 

On peut voir ce que pensait de lui Louis XIV par le 
texte des lettres de naturalisation, par celui de la Décla- 
ration du roi de novembre 1660, retrouvé i^ar Xatalis Rondot 
dans un recueil d'édits concernant les monnaies, et par un 
arrêt du Conseil d'Etat du 10 mars i663 (Voir annexe A), 

Le II février 1660, Jean Warin avait épousé Jeanne 
Desjours, veuve de René 011ivier,son prédécesseur comme 
garde et conducteur des engins de la Monnaie. Elle avait 
deux fils de son premier mari et eut huit enfants du second, 
dont François, qui succéda à son père. 

A côté de Jean Warin vivaient deux autres individus du 
même nom, un second Jean et Claude. Leur personnalité 
distincte est prouvée par l'existence de leurs signatures 
sur des actes officiels et au Registre des poinçons et 
matrices de la Cour des Monnaies, commencé en 1614 
et fini eu juin 17..., conservé aux Archives nationales 
Zi'' 348» et aux Archives de Lyon CC. 

Sur le registre de la Cour on trouve les signatures de 
Jean Warin, de son fils François et de ce Jean III qui 
travaillait à la Monnaie de Paris, sous les ordres de Warin. 
Il se pourrait qu'il fût, ou le fils du protestant Guillaume 
Warin, que nous savons avoir été marchand orfèvre, à 
Paris, ou l'un des faussaires de la Tour à Glaire. 

La signature de Jean III se voit à Lj'on, à la date du 
29 juillet 1647. Il a été en diverses circonstances le man- 
dataire de son chef et parent. Le consulat de Lyon lui a 
commandé plusieurs jetons de 1645 à 1647. L'un deux, 
avec armes de la ville, porte au revers un lion mené en 



2()0 — 



laisse par une main sortant des nues, avec la légende : 
Liigdiimim deoota. Liidovico. C'était un artiste médiocre. 





-JeauIII Warin commis du graveur général : jeton commaiidé par le Consulat de Lyon 

en 16^5. LVGDVNV'M DEVOTA I-VDOVICO : armes de Lyon. 

i^ DIV ■ SI • CONCORDES. Exergue : 164(5 main céleste conduisant un lion. 

Peut-être est-il un de ceux qui se mêlent dans le person- 
nage composite, dont parle Tallemant des Réaux, et a-t-11 
pu être compromis dans l'affaire des ateliers clandestins 
du Duché de Bouillon ? Il était noble, ce que ne semble 
pas avoir été Jean II. Charles Perrault, reproduit jjar 
Moréri, donnait pour père à celui-ci Pierre Warin, seigneur 
de Blanchard, gentilhonune de la maison du comte de 
Lœwenstein-Rocliefort. Il est à remarquer que c'est ce 
seigneur, cj^ui avait organisé l'atelier clandestin du Hayon. 
Ily a donc un rapprochement à faire entre le fils de Pierre, 
seigneur de Blanchard, et les frères Warin de la Tour à 
Glaire. Y a-t-il lieu de rapprocher aussi ce gentilhomme du 
comte de Lœwenstein, seigneur du Haj'on, du seigneur de 
Lœwenstein, dont parle C. Perrault? C'est assez probable. 
Le châtelain faux-monna^eur aurait donc groupé autour 
de lui une bande de forbans et de gentilshommes déclassés. 

Plus tard, lorsqu'il dut réorganiser les Monnaies royales, 
ouvrir des ateliers nouveaux et mettre à leur tête des 
hommes du métier, on conçoit que le graveur général ait 
recours à un parent, dont le passé était peut-être louche, 
mais les connaissances teehnicpies incontestables, et qu'il 
maintint toujours en sous-ordre. 

Ce n'est là qu'une hypothèse, mais elle n'a rien d'invrai- 
semblable. Du reste on sait par la relation du procès que 



— 204 — 

l'atelier clandestin était fort bien outillé, mieux même que 
•ceux du roi : il s'y serait trouvé en effet six presses, et la 
Monnaie de Paris n'en possédait pas. 

On est, avec Claude, en présence d'un artiste d'une toute 
autre envergure, et dont l'existence et la personnalité 
nous sont connues par les recherches de Natalis Roudot. 

C'était un parent assez proche du graveur général ; on 
le voit en i63o, signer au mariage de celui-ci avec Jeanne 
Desjours, comme premier témoin, et seuls les parents 
proches signaient en cette circonstance. 

Il était sûrement français de naissance, car on ne trouve 
pas de lettres de naturalisation le concernant ; il fait libre- 
ment son testament et dispose de tous ses biens sans 
avoir à tenir compte du droit d'aubaine. Il est toujours 
qualifié de « noble » Claude A^'arin, bourgeois de Lyon, 
et ne semble pas avoir été marié 

L'œuvre de Claude Warin comprend trois groupes de 
médailles qui correspondent à des phases différentes do 
sa vie: médailles anglaises; médailles l^^onnaises; mé- 
dailles de personnages romains et autres. 

Les médailles anglaises datent de 1682 à 1642. 

Malgré le talent de l'auteur, ce sont encore des œuvres de 
jeunesse. Trois seulement ont un revers : celles du 
sculpteur français, Hubert Le Sueur, de Charles I*^"" et de 
Thomas Bodley. 

Claude, établi à L3^on en 1647, et sans doute plus tôt, 
peut-être en i643, dès son départ de Londres, dut, par 
ordre du consulat de la ville, où il exerçait les fonctions 
de maître de la Monnaie, faiie une série de médaillons de 
personnages officiels. 

Enfin, il existe différentes médailles de personnages de 
l'histoire romaine, signées Warin, sans dateet ({u\ semblent 
se rattacher à l'œuvre de Claude. 

Natalis Rondot a catalogué 79 médaillons, qu'il croit 
pouvoir lui attribuer. Il imitait la manière de Dupré et 
modelait en cire des médaillons unifaces (car il n'est pas 



2<)D 



Philippe Croppet, juge de l'arclievêclié de Lyon et de l'abbaye d'Ainay, 
p;ir Claude Warin, i65i, sans revers. 

•certain que les pièces à revers soient de lui). Tout a été 
fondu, la fonte est mince et tons les détails se voient au 
revers, même la signainre. 

On a la cire d'une de ses médailles, celle de Jean 
Monlcean (collection Gustave de Clansade, à Toulouse). 

Le médaillon de Le Sueur, est daté de i635, et ce sculp- 
teur venu à Londres en i63o, y est resté jusqu'à sa mort 
«n 1670. Jean Warin avait de trop lourdes occupations 
pour pouvoir s'éloigner de Paris de 1629 à i638 et même 
1648 ; ces portraits ne peuvent donc être de lui. Les 
œuvres de Londres sont d'un débutant qui s'attache à 
suivre les qualités de Dupré jusqu'à en devenir sec. 



— 2o6 — 

Celles de Lyon, postérieures de 20 ans, montrent plus de 
maîtrise et de belles qualités, tout en restant inférieures à 
celle de Jean II. 

Il est enfin un portrait qui pour nous reste énigmatique, 
celui de Tabarin, conservé au Cabinet de France. Ce 
médaillon ovale acheté par Cliabonillet est signé W. 

Tabarin est mort vers 1634. Le grenetis et la signature- 
ressemblent beaucoup à ceux de la médaille également 




Tabarin, bouffon parisien mort vers 1684, époque où Claude Warin était à Londres, et 
où Jean II ne pouvait quitter Paris. Le médaillon qui no rappelle pas leur 
manière semble l'œuvre d'un troisième Warin, peut-être le protestant Guillaume 
Warin, Sans revers. 

ovale d'Hubert Le Sueur. L'œuvre semble trop bonne pour 
avoir été faite avant les médaillons anglais de i633. Ne 
pourrait-on pas songer à ce mystérieux Guillaume Warin, 
sculpteur en cire, dont le nom paraît en 1620 ? 

Les deux pièces ne sont pas de la même fonte, et 
Le Sueur a été sûrement fait à Londres. 

Les offices, sous l'ancien régime, étaient des propriétés ; 
ils s'acquéraient suivant des règles étroites, mais à la 
mort du titulaire figuraient dans sa succession. C'est ainsi 
que François Warin fut, par lettres patentes, nommé 
après son père à la charge de tailleur général des Mon- 
naies, et reçu par la Cour des Monnaies le 29 décembre 



— 207 — 

1672. Jean II, en épousant la veuve de René Olivier, son 
prédécesseur, avait eu à tenir compte des droits du fils de 
celui-ci comme « maître et garde conducteur des engins de 
la Monnaie. » Nous ne rechercherons pas quelles mesures 
furent prises à cette époque, mais François dut conclure 
le 17 décembre 1672 une transaction avec Pierre Olivier, 
fils de René, pour entrer en possession de cette charge. 

François a dû naître en i638. Jal n'a pas trouvé son acte 
de baptême dans les registres de Saint-Germain l'Auxer- 
rois. De son œuvre nous ne citerons qu'une grande médaille 
du roi datée de 1674. 

Fut-ce parce qu'il n'avait pas à beaucoup près les hautes 
capacités de son père que le roi ne jugea pas à proi)OS de 
lui conserver son office de graveur général ? En tous cas, 
il lui fut remboursé en 1681. Le rôle de François alla 
s'effaçant, et il semble être mort dans une situation voisine 
de la gêne. Il avait épousé contre le gré de son père 
Jacqueline Gobillon. Jean, après l'avoir déshérité par 
testament pour le cas où il contracterait ce mariage, lui 
avait rendu ses droits par un codicile. 

A Nancy, il y eut au xvii^ siècle un graveur de médailles 
nommé Varin Vautrin. Nous ne saurions dire s'il appar- 
tenait à la famille du graveur général, et nous ne connais- 
sons aucune de ses œuvres. 

Toute médaille fondue dérivant, comme nous l'avons dit, 
d'un prototype modelé, les artistes qui en ont créé firent 
œuvre de sculpteur. Par suite, chaque fois que l'on étudie 
l'un de ceux-ci, il est logique de se demander s'il n'existe 
pas quelque médaille de lui. Nous sommes loin de connaître 
les noms de tous les sculpteurs belges qui ont séjourné en 
France, mais on peut en citer quelques-uns. 

A Lyon, il y eut au xvii^ siècle, outre Martin Hendric}% 
Bernard et Gérard Sibrecq (ce dernier parrain de Gérard 
Audran), Jean van Hoenorst et Georges Hannicq, de 
Mons. 



2o8 



De Gérard Sibiecq, dont la pi-ésence est constatée de 
i635 à 1643, on ne connaît ni statne ni médaille. 

Sur Hannicq, Xatalis Rondot a donné les renseigne- 
ments suivants, extraits des Archives de Lyon : 

« Mimerel a fait quelques ouvrages poui- cette église 
(celle de l'Hôtel-Dieu de Lyon), toutefois les sculptures 
pour le grand hôtel du cœur ont été exécutées par 
Georges Hannicq, demeurant à Lyon ». — Le prix-fait de 
ces ouvrages, 2^001 livres, est daté du So juin et signé: 
Georges Hannicq ; il y e«t fait mention, entre auties, de 
trois figures relevées en ronde bosse, un crucifix, la 
Vierge et saint Jean l'Evaugéliste (Archives de Lyon, 
DD. minutes des actes de Gajan, Hôtel-Dieu, de 1698 à 
1693, folios 493 à 49^1- Oii n'est pas en droit d'affirmer 
qu'il ait produit des médailles, mais ces trois figures 
relevées en bosse sont évidemment des médaillons déco- 
ratifs. 

La ville de Liège a fourni à la France de Louis XIV un 
autre graveur de grand mérite et qui, mort à 45 ans en 
pleine vigueur, n'a pas en le temps de donner toute sa 
mesure. C'est Léonard-Gérard Hérard. Natalis Rondot le 
croyait né à Liège en i63o. Jl avait été reçu à l'Aca- 
démie des Beaux- Arts le 5 octobre 1670, sur un poi'trait du 
chancelier Séguier et un médaillon en marbre de saint 
Jacques. vSes lettres de naturalisation sont datées de 
Saint-Germain en avril 1672. Il habitait alors Paris depuis 
i5 ans (Arch. Xat. Z, 6007, f» i5). Il a laissé des jetons et 
des médailles qu'il signait Hérard, Héi-ard f., G. Hérard, 
ou enfin G H. Jal a montré les erreurs et les confusions 
commises à son sujet et qui ont commencé dès son 
vivant. Voici l'article qu'il lui consacre : 
Hérard, Girard Léojiard? 1637-1675. 
La liste des Académiciens dit : Ilerrard (sic) Girard 
Léonard, sculpteur et graveur. Né à Liège, reçu le 
16 octobre 1670, mourut âgé de 45 ans, le 8 novembre 1675. 
Ce renseignement diffère de celui que je trouve au registre 



— 209 — 

de Saint-Germain TAuxcrrois : « Du samedi 9 novembre 
1675 fut inliunié en l'église M. Iléraid, âgé de 38 ans, 
sculpteur du Roi en son Acad. de peintuie et sculpt. pris 
aux galleries du Louvre, décédé hier matin à 9 h. 

L. Loir, .^foisy. ■» 

Loir, artiste qui demeurait au Louvre, voisin d'Hé- 
rard, et qui put savoir de la femme du dé!unt l'âge 
de celui-ci, fut-il mieux renseigné^ que l'huissier de 
l'Académie? Je ne saurais l'affirmer. Il y avait quatre ans 
seulement qu'Hérard avait été logé au Louvre lorsqu'il 
mourut. Le roi lui avait donné par brevet du 4 septembre 
1671 « le logement et la boutique du dessouls de la grande 
galerie, occupéautrefois par Girard Ijaurent, tapissier haut- 
lissier». Le brevet (Bibliothèque: Manuscrits 2771-2) dit 
le successeur de Laurent: Léonard Heirard (sic) sculpteur 
et graveur en médailles. Le nom de cet artiste ne i^renait 
pas deux R. Je le vois écrit Herard par notre sculpteur au 
registre de saint Louis au Louvre (23 août 1670 baptêmes). 
Hérard avait épousé Marie Mou}^ qui mourut au Louvre, 
âgée de 28 ans, le 26 juin 1676 (Saint-Germain l'Auxerrois). 

L'importance du rôle joué à Lyon par Claude Warin est 
attestée par l'existence de ses élèves. Le plus remarquable 
a été le liégeois Martin Hendricy, sculpteui", médailleur et 
architecte, né en 1614, et qui vivait encore en 1662 à Lyon. 
Il a toujours signé : M. Hendricy, 

Le 17 novembre i656, le consulat de Lyon constatait ; 
« qu'il a été reçu habitant d'icelle ville il y a longues 
années (Archives de Lyon, AA 112, fol. 854-855). Par le 
registre dit <( Les Nommées » et par ses lettres de naturali- 
sation datées de mai 1609, on sait qu'il s'était établi à Lyon 
en 1643 et y avait successivement épousé, en 1643, Hélène 
Vincent, dont il eut quatre fils et trois filles, puis en 1659 
Marguerite Cellier, qui lui donna trois enfants. 

En 1648, la ville le nomma son sculpteur ordinaire, et il 
eut à partir de cette date des commandes nombreuses pour 
l'hôtel de ville, alors en construction, et pour les diverses 



églises de lu ville. On peut lui reprocher d'avoir été un 
imitateur presque servile de Claude Warin. 

En 1643, il donne une statne de Xotre-Dame de Pitié : en 
1646 il reçoit iSoo livres poai" nue fontaine eu face du cou- 
vent des Feuillants; eu 1648, 700 livres poui" les quatre lions 
marins de la fontaine de la i>lace des Terreaux ; en 1649, 
ce sont deux grandes vierges à l'enfant; en i65o, les armes 
de France mises au fronton de l'hôtel de ville ; en i652, 
six figures pour la chapelle de l'hôtel de ville ; en i655, le 
lion du pied du grand escalier (3oo 1.) et des têtes de Vierge 
et de Christ pour l'autel de la chapelle (i5o 1.) ; en i658, 
l'encadrement et la mise en place des Tables de Claude ; 
en 1609, une Vierge pour uue nuiison devant les Feuillants; 
en 1662, les armes de la ville pour une fontaine. 

A tontes ces commandes officielles, il faut ajouter une 
foule de statues et de sculptures dispersées dans la ville. 

On a de lui comme médailles les portraits du maréchal 
de Villeroy et de l'archevêque Camille de Neuville, tous 
deux de i655, et une médaille coulée pour l'inauguration de 
l'hôtel de ville. Il en existe des essais en trois foutes suc- 
cessives de i5i mill.. 146 1/2 et i43. Sa veuve mourut à 
près de 80 ans. le 3i octobre 1709. 



* 

* * 



Au groupe des Waiin et des artistes qui leur font 
cortège succède la nombreuse et brillante famille des 
Roettiers. 

Elle est issue d'un orfèvre anversois. Philippe, marié en 
1625 àElisabetli Thermes. D'après certains actes étudiés 
par Jal, le nom primitif de la famille aurait été Roest, 
témoin cette phrase d'un acte de baptême : «Anne-Marie 
Roest qui signifie eu français Roettiers». La iironoucia- 
tion devait être : Rottiers. 

Philippe Roet tiers, qui avait des ])rétentions à la 
noblesse, seml)le avoir rendu des services à Charles II 



fugitif, et celui-ci, dès sou retour eu Augleterre, y api)ela 
les tiois fils de sou ami : Jeau, Joseph et Philippe. Ils tia- 
vaillèrent à Londres sous les ordres de Thomas Simou, 
directeur de Li monnaie d'Angleterre. Lorsque celui-ci se 
retira en i665, ils lui succédèrent, mais ce n'est que le 
3 juillet 1669 qu'ils furent nommés graveurs de la monnaie 
de Londres. 

Jean resta toujours en Angleterre, fut graveur général 
des monnaies de Charles II et de Jacques II et mourut 
à Londres vers 1700. Il y épousa Catherine Prost, et 
en eut plusieurs enfants dont Norbert et Jacques. Celui-ci, 
qui avait éi)Ousé Cornélie Prost, mourut jeune, ainsi que 
sa femme, laissant un fils du même nom. Norbert, venu en 
France pour remplacer son oncle Joseph, appela près de 
lui son neveu orphelin, lui apprit son art et le mit à même 
de remplaçai- plus tard dans les Pajs-Bas son grand-oncle 
et son cousin. Jacques le jeune, élevé à Paris, a travaillé 
pour le roi de France et produit des médailles et des 
jetons. Sans doute, une partie de son œuvre est anonyme 
et se confond avec celle de son oncle Norbert. 

Joseph, baptisé à Notre-Dame d'Anvers, le 2 août i635, 
fut appelé à Paris par Colbert, en 1672, pour travailler à 
l'histoire du roi. Il reçut des lettres de naturalisation en 
1674 et fut logé au Louvre en 1679. Les recherches de Jal 
ont fait découvrir tout ce qu il y eut d'irrégulier dans sa 
situation entre ses deux épouses successives. D'Elisabeth 
Niles il eut cinq enfants : Philippe, Jacques- Joseph, 
Georges, Jean et Elisabeth. D'Hélène Stone House, fille 
d'un officier au service du roi d'Angleterre, il eut trois fils 
et trois filles. Elle ne savait pas signer son nom. Les 
lettres de naturalisation données à Versailles en juillet 
1674 concernent Joseph Poettiers, natif d'Anvers, sa 
femme Hélène Stone House, native de la province d'York, 
et ses cinq enfants nés d'un premier mariage. Or, à ce 
moment Elisabeth Niles vivait encore, et c'est même au 
Louvie qu'elle mourut, le 16 octobre 1O80 à deux heures 



— 212 — 

de l'après-midi. Elle fut enterrée le vendredi à Saint- 
Germain l'Auxerrois et l'acte de décès fut teigne de son 
mari et de son fils Philippe. Le mariage de Joseph et 
d'Hélène Stone House n'eut lieu que dix ans plus tard, le 
12 juin 1690. Les époux se déclarèrent âgés respectivement 
d'environ 48 ans et d'environ 82 ans. Ils légitimèrent alors 
trois enfants qui avaient eu pour parrains et marraines 
leurs aînés : Anne-Maiie, Hélène-Noëlle et Louis. Les 
dates de naissance données par Joseph lors de sou 
mariage et celles fournies par sa famille à son décès ne 
concordent pas ; était-il né en i635 ou en 1642? Sa famille 
s'est-elle trompée ou s'est-il rajeuni en épousant Hélène? 

Ses œuvres, hieu que n'ayant pas l'ampleur de celles 
de Warin, sont fort belles, et font également honneur à 
son paj'^s d'origine et à sa patrie d'adoption. Ce sera tou- 
jours un titre de gloii'e pour Louis XIV et ses ministres 
d'avoir compris la valeuî- de pareils artistes encore à leurs 
débuts et d'avoir su se les attacher. 

Georges, son troisième fils, fut graveur particulier de 
la monnaie de Paris et eut six enfants de Ma)ie-Claude 
Hermant. 

Joseph-Cliarles, né en 1692 et marié en 1715 à Catherine 





1/6 ThieuUier, doyeu de la faculté de médecine de Paris eu 1770, 
par Charles-Norbert Roettiers. 

Hérault, fut graveur particulier de la monnaie de Paris 
et graveui- général après la mort de son cousin. De son 
mariage avec la fille du peintre paysagiste Hérault, il eut 
une fille et un fils, Charles-Koibert, graveur général 
comme lui et comme lui également membre de l'Acadé- 



mie des Beaux-arts. Pincliard a publié une lettre de celui-ci 
adressée le 28 septembre à Jacques le jeune, qui se trouve 
aux Archives du roj'aunie. Il mourut à 52 ans, le 
19 novembre 1772. 

Joseph-Charles était trop jeaue pour succéder direc- 
tement à son père ; entre eux se plaça Norbert, fils de 




Hecquet, doveii da la faculté de médecine de Puris eu 1714, 
par Norbert Iloeltiers. 

Jean l'ancien qui, depuis vingt ans, n'était plus graveur 
général d'Angleterre et avait quitté ce pays au commen- 
cement du règne de la reine Anne. 

On ne voit pas que les enfants de Georges aient joué un 
rôle dans l'art, et leur sort est inconnu ; leurs naissances 
s'espacent entre 1712 et 1728. Charles-Norbert ne semble 
pas avoir laissé de descendance. Rémond- Ferdinand, le 
dernier fils de Joseph, est qualifié d'écuyer ; il est ingé- 
nieur du roi, c'est à dire officier du génie, et héraut d'armes 
de l'Ordre de saint Louis. Sous l'ancien régime, les ser- 
vices rendus à l'Etat pendant deux î',énérations au moins 
aboutissaient fréquemment àl'octi'oi de lettres de noblesse. 
Il en fut ainsi pour les Roettiers. Nous venons de voir le 
dernier enfant de .Joseph affilié à l'Oi-dre de saint Louis : 
Jacques, l'aîné des quatre enfants de Norbert, né à Saint- 
Germain en Lave, le 20 août 1707, maître orfèvre, joailleur 
et orfèvre ordinaire du roi en même temps que graveur 
à la Monnaie, fut anobli en 1772. De ses deux fils, l'aîné, 
Jacques-Nicolas, chevalier, s'appela comme lui Roettiers 
de la Tour, l'antre fut Alexandi-e-Louis de Montaléan, 
chevalier, conseiller du roi, auditeur à la Chambre des 



— 2l4 — 

•comptes. Quand il mourut, le 17 mai 1784, l'acte de décès 
fut signé par ses deux fils, ainsi que par Roettiers de la 
Bertraretre et Roettiers de la Chauvinnerie. Ceux-ci 
étaient-ils ses enfants ou des cousins ? 

Un autre membre de leur famille , Jean - Baptiste 
Roettiers, gentilhomme de la chambre de Louis XVI, 
victime de son attachement au roi, n'est connu que par le 
registre d'écrou de la conciergerie et son exécution le3i 
janvier i794- H était âgé de 45 ans, ce qui le fait naître en 
1749. Fut exécutée le même jour Anne-Jeanne Roettiers 
de la Chaussigny, marquise de Charras. Etaient-ils frère 
et sœur et faut-il rapprocher leur nom de celui de la 
Chauvinnerie, qui figure dans l'acte de décès de Jacques 
Roettiers de la Tour ? 

A l'invers de ce qui était arrivé pour la descendance de 
Warin, on voit les Roettiers s'élever socialement à 
l'étranger comme en France. 

Philippe-Jacques-Joseph, le troisième fils de l'orfèvre 
anversois, né à Anvei'S le i3 septembre 1640, dut venir 
en France en même temps que son frère Jean et y tra- 
vailler quelque peu, car il reçut comme lui des lettres 
de naturalisation en 1674. Il ne fit sans doute que passer en 
France, puisqu'on le voit épouser à Anvers, la même 
année, Jeanne-Marie de Mangeleer. Il se fixa dans son 
paj'S d'origine où il fut graveur général du roi d'Espagne 
Ijour les Pays-Bas, après l'avoir été du roi d'Angleterre, 
et ne revint même pas à Paris pour le mariage de son 
second fils François. Il eut quatre enfants : Philippe, 
l'aîné, lui succéda comme graveur-général des Pays-Bas 
et mourut sans postérité. François, peintre, dessinateur et 
graveur de médailles, né en Angleterre en 1682 ou i685, 
s'y établit au début de sa carrière et fut dessinateur de la 
reine Anne ; il vint ensuite à Paris comuîe peintre de 
l'Electeur de Bavière qui habitait Saint-Cloud;il y épousa, 
le 12 juillet 1712, Jeanne Hacquet, veuve de François 
Heurté, fut professeur à l'Académie de peinture et grava 



— 21J — 

des médailles ; iiuis eu 171S il se rendit à Vienne, y devint 
directeur de l'Académie des Beaux-Arts et fut anobli par 
lettres patentes du 29 février 1720. C'est là qu'il mourut 
en 1742 sans laisser de postérité. 

Le tableau ci-joint [Annexe B), et qui est fort loin d'être 
complet, donne d'après Pinchart, Jal et Natalis Rondot 
uue esquisse généalogique de la famille. 



La grande entreprise de l'histoire métallique de Louis 
XIY continuée par celle de Louis XV, nécessitait le 
concours d'un grand nombre d'artistes et répandait de 
plus en plus en France le goût de la médaille. On ne doit 
donc pas s'étonner que tous les graveurs qui se sentaient 
du mérite aient étudié en France ou offc^rt leui's services 
au roi. 

C'est ainsi que Nicolas-François Mévion, né à Statte 
près de ïiny en i656. élève de H.Flémalle, se pei'fectionna 




Pierre-le-Grand, parJe iii du Viviei-. PETRVS ALIiXIEWII Z TZAR -MAG. RVSS.IMP. 
Buste à droite. — E; VIRES ACQVIRIT EVXDO. La Renommée volant avec une 
trompette dont le pennou est aux armes de France et de Russie. 

à Paris et travailla à la Monnaie. Rappelé à Liège vers 
1685, il devint en 1G88 « oraveiir et tailleur des coins^ des 



— 2l6 — 

monnaies comme aussi des médailles et jetons ». Sa 
dernière œuvre fut le jeton du millénaire du martyre de 
saint Lambert. Il mourut en 1697 et eut pour successeur 
Gangulphe de Vivier ou du Vivier qui ne nous intéresse 
qu'en tant que père de Jean du Vivier. 

La dynastie des du Vivier ne présente pas la majes- 
tueuse grandeui- de celle des Roettiers ; elle commence 
avec Gangulphe, se continue par sou fils et les trois 
enfants de celui-ci et compte un dernier représentant au 
début du xix^ siècle; mais on peut dire que Jean du Vivier 
est la personnification de la gravure officielle sous 
Louis XV. Né à Liège, le 7 février 1687, de Gangulplies et de 
Françoise Boussard, il épousa vers 1718 Marie-Louise 
Vignon dont il eut 17 enfants. Il fut reçu la même année à 
l'Académie ; il était à la fois peintie, graveur en taille 
douce, et graveur en médailles. Il a laissé pins de six cents 
coins dont deux cents de jetons. Ses premières œuvrer 




Louis XVI et Marie Anloiiielte. par lîeiijainin du Vivier. Fête offerte ;iu roi et à la 
rein-*, le 21 janvier '■1782, à l'occiisioii de la naissance du Dauphin par la A'ille de 
Paris, li La Ville recevant les siiuvoraiiis diins la sallo du b.uifiuet. 



— 217 — 

datent de 1714- H gvavu plusieurs fois la tête de Louis XV, 
une partie des jetons des doyens de la l'acuité de médecine, 
et enfin, de 1721 à 1723, une belle médaille de saint Michel 
pour le priuce-évèque de Liège. Il mourut à Paris le 
3o avril 1761. 

De ses nombreux enfaiits, deux fils et et une fille mar- 
chèrent sur ses traces : Pierre-Simon-Benjamiu, Tliomas- 
Gei'main- Joseph, et Jeanne- Louise-Françoise, maiiée à 
Jacques Tardieu, graveur du roi. 

Charles -Norbert Roettiers, dans la lettre citée par 
Pinchart, dit en parlant de Benjamin du Vivier : « Le 
sieur du Vivier dont vous parlez est fils de l'habile 
du Vivier, mort il y a quelques années. Il a du talent mais 
il ne vaut pas son père et il ne me fait pas peur ». 

Ce sont là les noms les plus marquants parmi les 
graveurs belges venus en France, mais ils ne sont pas les 
seuls ; plus d'un artiste obscur a dû disparaître pour nous, 
bien que n'ayant pas toujours été sans mérite, et les 
nombreux dépouillements d'archives peuvent ramener au 
jour des noms qui ne méritaient pas l'oubli. Du reste, 
depuis trente ans, combien est grand le nombre de ceux 
auxquels on a enfin rendu justice. 11 en est dont ou ne 
connaît encore que le nom, témoin ces deux notes de 
Natalis Rondot : 

Nicolas Pitau (1690-1696), graveur, fils de Jean Pitau, 
était originaire de Flandre. 

Arondeaux (1678-1702). D'origine flamande, a gravé des 
médailles pour Louis XIV, dont une de 1687. Réfugié pour 
cause de religion dans les Provinces Unies. A travaillé 
pour le roi d'Angleterre et le roi de France. 

De l'étude que nous venons de faire, semble se dégager 
l'impression que la France a été de tout temps le pays par 
excellence de la gravure en médaille ; c'est là seulement 
qu'elle est arrivée à son apogée et que de tous pays les 
graveurs venaient chercher la consécration de leur talent. 



— 21» — 



Par contre, c'est en Belgique que s'est surtout rencontré 
le tempérament artistique du graveur en médailles et tous 




/ 



Médaille frappée pour le rétablissement du roi en 1687. Le coin du droit, gravé 
par Arondeauz a servi pour une contre médaille de la guérison du roi et pour 
celle du canal des deux mers. 



les grands artistes qui, au xviie et au xviii^ siècle, ont fait 
la gloire de la médaille française, en sont originaires. 



ANNEXES 



DOCUMEXT.S CONCERNANT JEAN WAKIN. 

Note de Rondot. 

Jean II Warin — ...1G27-167U — 

Jean II Warin, fils (rini père français qui était né à Reims, est né 
à Liège en 1604. Il s'établit en France eu 1627. 

Il épousa, le 11 février i63o. Jeanne Desjoiirs, veuve de René 
Olivier, de laquelle il eut au moins huit enfants. 

Il fut naturalisé par lettres du roi d'août i65o. 

Lettres de naturalisation. — « Comme nostre cher et bien amé Jean 
Warin nos a fait entendre et connoistre son affection à nostre ser- 
vice et la vollonté qu'il avoit d'employer pour nous tout ce qu'il a 
d'industrie dans la graveure, peinture et sculpture, nous luy aurions 
dès l'année 1629 fait expédier une commission pour nous servir au 
moulin de Paris sous René OUivier l'un de nos ouvriers gardes con- 
ducteurs et graveurs de nostre monnoye à cause de son bas âge et 
incapacité, de laquelle commission. il nous a fidellemeut et assi- 
duement servy comme il coutiniie encorres à présent. » 

Déclaration du roi de novembre 1660. — Le sieur Warrin nous a fait 
remontrer que dès l'année 1627 ayant été appelé des Pays-Bas lieu 
de son origine en France par le deffunt Roy nostre honuoré seigneur 
et père que Dieu absolve par la connoissance qu'il avait eue de 
l'excellence de ses ouvrages pour la graveure, sculpture et peinture, 
fut ensuitte pourveu à son établissement par une charge et divers 
employs dont il s'acquitta dignement et avec tant d'applaudissement 
du i)ublicq que nostre dit seigneur et père luy fit expédier ses 
lettres i)atentes j)our la conduitte de la monnoye au moulin pour y 
travailler suivant ses offres, même pour les pièces de i)laisirs du 
Cabinet en quoy ayant surpassé infiniment tous ceux qui y 
avoient auparavant, il s'acquit en peu de temps une très grande 



— 220 — 

réputation dans l'Europe et fut accueilly à la Cour et partout ail- 
leurs comme personne très recommandable en son art. Cei)endant, 
il ressentit bientôt des effets et de l'envie de ceux qui furent jaloux 
de ses employs et de son bonheur, ayant été traversé et fatigué par 
l'accusation que ses ennemis luy suscitèrent en l'année iG33 par 
devant les commissaires de la chambre de justice établie en nostre 
chasteau de l'arsenal à Paris, lesquels après avoir fait quelques 
procédures criminelles et instruit son i)rocez avec chaleur et i)reci- 
pation (s/c) rejidirent leur jupemenl le 4 niay audit an et qu'ayant 
obligé rexi)osant de se pourvoir à nous en nostre conseil i)our rai- 
son dudit procez après l'arrest diceliiy du 2S dudit mois nostre dit 
seigneur et père voulut luy subvenir ])ar ses lettres registrées en 
ladite chami)re et i)Our témoigner à tout le monde qu'il ne devoit 
rester dans les esprits aucunes impressions à son désavantage il 
luy donna et continua non seullement les mêmes employs, mais il le 
fit passer encorre à de plus importants et particulièrement en celuy 
de la conduitte de ce fameux ouvrage de la commutation des espèces 
d'or et d'argent en espèces de louis qu'a donné et donne l'admiration 
par tout, et dans l'exercice de ladite commutation que nous luy 
avons continué depuis nostre advènement à la couronne il nous a 
l'endu des services si utiles et si agréables que pour eu témoigner 
notre satisfaction et autre gratitude nous luy en avons fait res- 
sentir les effets dans touttes les occasions qui se sont présentées luy 
ayant fait exi)édier toujours avec de nouveaux éloges nos lettres de 
tous les offices des états qu'il exerce, ensemble de celuy de nos 
conseiller secrettaire maison et couronne de France, iceluy retenu 
en nos conseils pour nous servir comme de nos plus affectionnés 
serviteurs et sujets et de la suffisance et probité acquise et fait 
éclater en luy touttes les marques d'honneur dont nous avons 
accoustumé de reconnoistre et récomi)enser ceux qui ont dignement 
servy et beaucoup mérité de nous et du publicq, mais par une suitte 
de la même malice et mauvaise vollonté par laquelle ledit exposant 
avoit été engagé dans ladite accusation, ses ennemis et envieux se 
sont ingérez dei)uis jteu de luy rei)rocher laditte condamnation, 
publié ensemble ledit jugement et d'en donner des coi)ies sur une 
exi)édition tirée des registres de ladite chambre pour décrier sa 
conduitte et ternir sa réj)utation et de sa postérité. su])plément de 
ce qui est arrivé depuis qui fait voir (juc tels rei)r()ches ainsy que la 
l)ublication du jugement ne i)euvent i):isser que i)our une calomnie et 
diffamation contre buiuelie il nous a fait très humblement supj)lier 
vouloir luy pourvoir i)ar nos lettres sur ce nécessaix*es. A ces causes 
voulant favorablement traitter ledit exposant en conséquence de 



221 



ses services et rares qualités et faire conuoistre à la postérité par 
les effets de uostre justice eu sou endroit l'estime que nous faisons 
des hommes illustres... déclarons qu'au moyen dudit arrest de 
nostre Conseil du aS may i(k53... n'y a autre lieu d'imi)uter ny repro- 
cher audit sieur \\arin ny à su postérité la condamnation portée 
l)ar ledit arrest ..et nous plaist que le tout demeure éteint assoupy 
et comme non advenu... » 

Am'l du Conseil d'Etnt du lo inum i<i63. — ...«et comme le suppliant 
(.lean Wariui jmr une application continuelle à la graveure, à la 
peinture et à la sculpture sest acquis depuis trente-trois ans par 
l'excellance de ses ouvrages une réputation extraordinaire dans 
toute l'Europe, aussi a il esté choisy i)ar le deffunct Roy Louys le 
Juste de glorieuse mémoire et par Sa Maieste à présent régnant 
pour remplir les charges convenables à son industrie. » 



Esquisse généalogique de la famIlle Roettiers. 

I. — P/uli/jpe I. RoetUera, or/'èure à Aiiuers, é]). Elisabeth Thermes. 

De ce mariage naquirent : 
I . Jean, qui suit. 

'2. Joseph, qui suivra apies sou frère. 

3 Philii)i)e-Jacques-Joseph Roettiers, né à Anvers le i3 septembre 
1(540» naturalise français en iCr/^, épouse eu 1674 Jeanne-Marie de 
Mangeleer. Graveur général du roi d'Angleterre et du roi d'Es- 
l)agiie, meurt en 171S. 

De ce mariage naquirent : 

a] Philipi)e, qui succède à son père comme graveur général des 
Pays-Bas. meurt sans postérité en i;32. 

b] François, né à Londres en 1682, épouse le 12 juillet 1712 Jeanne 
llacquet. Il fut dessinateur du roi d'Angleterre, s'établit à Vienne 
en 171S et y mourut sans postérité eu 1742- 

r) et d\ Deux enfants dont on ignore le nom. 

Il — Jeun lioelliers, né à Anvers en Juillet id.ii, gi-nneur génériil 
(les monnaies d'Angleterre, épouse à Londres, en décembre i658, 
Catherine Prost. 



— 222 — 

De ce mariage naquirent : 

1. Jacques, né à Anvers en 1661. épouse Cornélie Prost. Ces deux 
conjoints moururent jeunes, laissant un fils. 

2. Norbert, qui suit. 

n) Jacques, né eu 1698, élevé à Paris par Norbert, mentionné 
ci-dessus à partir de 1718. Graveur général des monnaies des Pays- 
Bas. II meurt subitement à Bruxelles en juillet 1772. 

III. — Norbert Roettiers, né à Londres en 1666 ; graveur général du 
roi d'Angleterre {i6goi-o3), graveur général des monnaies de France 
{iyo/^-iy2^), épouse Elisabeth Isard, puis Winifride Clark. Mendwe 
de l'Académie, 3i janvier i~'2.-2, mort le 18 mai i~'2- . 

De ce second mariage naquirent : 
1. Jacques, qui suit. 
'1. Jean, né le 3 novembre i70<j. 

3. Elisabeth-Hélène, ba])tisée le i5 décembre i7ii>. 

4. Jacques-Hubert, né le 22 juillet 1717. 

IV. — Jacques Roettiers de la Tour, né le 120 août i-o- à Saint- 
Germain-en-Laye. graveur et orfèvre du roi, épouse, le 6 juin 
i~34, Anne-Marie Besnier (de Choisy). .Anobli en février i~yi. 
Académicien le 2 octobre i~~3. Meurt le i- mai l'Si}. 

De ce mariage naquirent : 

1. .Facques-Nicolas Roettiers de la Tour, chevalier. 

2. Alexandre-Lotiis Roettiers de Moutaleaii. chevalier, conseiller 
du roi, auditeur à la Chambre des Comi)tes. 

2ii'e BRANCHE. 

II. — Josejt/i l. Roettiers, ne à Anvers le i"' aoùl i63.'}, aj)j)elé à Paris 
}>ar Colbert en i6<)ij. jiour succéder a Warin Kjiouse : 1° Elisabeth 
Niles, (jui mourut le 16 octobre 16S0 ; :>" le lu juin liUjO, Hélène Stone 
House. 

Du premier mariage naciuirent : 

1. Philii)pe. 

2. Jaccuies-Joseph. marchand-drapier. 

3. Georges, (jui suit. 
4- Jean. 

5. Elisabeth. 



— 223 — 

Du second mariage naquirent : 
(i. Marie-Anne. 
-. Hélène-Noëlle. 

8. Louis, mort le 24 juillet 1690. 

9. Joseph-Charles Roettiers, né en 1692, épouse, le t8 juillet 1715, 
Catherine Hérault, fille du peintre, qui meurt le 2(5 avril 1753, et en 
secondes noces, le 6 novembre 1753, Jeanne Hermant. H fut graveur 
général, académicien leSi décembre 1717 et mourut le 14 mar.s 1779. 

Il eut de son premier mariage : 
a\ Hélène-Charlotte, née le (3 janvier 1717. 

b] Charles -Norbert, né en 1720, graveur des médailles de 

France, membre de l'Académie le 3i décembre 1764 ; meurt 
le 19 décembre 1772, âgé de 52 ans. 

c) Catherine-Françoise, née le 19 février 172G. 

10. Catherine-Marie ou Marie-Nicole, née leSdécembre iCn^'i, morte 
le 18 juin 1711. 

11. Rémond-Ferdiuaud, écuyer, ingénieur, héraut d'armes de 
l'Ordre de S'-Louis. 

III. — Georges Roelliers, graveur particulier de la Monnaie de Paris, 
éj)oiise Marie-Claude Hermant, fille d'un maître-apothicaire. 

De ce mariage naquirent : 

1. Hélène, née le 9 août 1712. 

2. André-Geoi'ges, né le 3i octobre 1718. 

3. Marie-Claude, née le 10 mars 1716. 

4. Marie-Catheriue, née le 3 août 1717. 

5. Joseph-Charles, né le 12 janvier 1722. 
6 Georges, né le 29 mars 1723. 



LE CONGRÈS ARCHÉOLOGIQUE 
ET HISTORIQUE DE LIÈGE 

(3\ juillet-o août 1909.) 



COMPTE-RENDU 



Le XXI^ Congrès de la Fédéi^atioii archéologique et his- 
torique de Belgique, qui a tenu ses assises à Liège, du 
3i juillet au 5 août 1909, a été organisé par l'Institut 
archéologique liégeois et la Société d'art et d'histoire du 
diocèse de Liège ; il a réuni 1202 adhérents, dont 1078 
belges et 179 étrangers. 

Ces chiffres sont inférieurs, il est vrai, à ceux du 
Congrès précédent, celui de Gand, qui avait compté 
i5i2 adhérents; mais ils dépassent considérablement ceux 
de tous les autres Congrès de la Fédération. A ce proposai! 
n'est pas sans intérêt de rappeler que le Congrès tenu à 
Liège en 1890, avait réuni seulement 412 souscripteurs ! 

En présence des heureux résultats de l'initiative prise 
par le Congrès de Gand de faire imprimer et distribuer, 
avant le Congrès, les mémoires et rapports, le Comité 
organisateur du Congrès de Liège a cru devoir adopter la 
même mesure, malgré les dépenses considérables que 
celle-ci devait entraîner. 

C'est ainsi que tous les souscripteurs ont reçu, avant le 
20 juillet, en tirage provisoire (4 fascicules), puis, le jour 
de l'ouverture du Congrès, en tirage définitif, les 60 mé- 
moires ou communications présentés à cette date. Ces 
travaux forment à eux seuls un ensemble de 798 pages 



— 226 — 

avec nombreuses vignettes ou clichés dans le texte et 
trente-quatre planches hors texte. 

Indépendamment de ce volume, les congressistes ont 
encore reçu le premier fascicule du présent tome, soit 
une livraison de 142 pages, abondamment illustrée et 
contenant les divers documents relatifs à l'organisation 
du Congrès. 

Le volume des mémoires a, de sou côté, été augmenté 
d'un second fascicule de 2i5 pages, avec nombreuses 
vignettes dans le texte et une planche hors texte. 

En tout, le tome II des Annales du Congrès de Liège 
forme un ensemble de 1022 pages d'impression, ce qui 
dépasse notablement tout ce qui a été fait jusqu'ici dans 
un Congrès de la Fédération. 

Cette abondance de matières prouve à elle seule le réel 
succès, au point de vue scientifique, du Congrès de Liège, 
qui a compté parmi ses adhérents nombre de savants émi- 
uents, tant du pays que de l'étranger. 

M. le Ministre des Sciences et des Art^s a bien voulu 
honorer de sa présence les festivités de la seconde journée 
du Congrès ; de leur côté, l'Académie royale de Belgique 
et la Commission royale d'histoire étaient spécialement 
représentées. 

Le Gouvernement français avait délégué officiellement 
à Liège M. A. de Saint-Léger, professeur à la Faculté des 
Lettres de l'Université de Lille ; M. le D'' G. Brom, direc- 
teur de l'Institut historique néerlandais de Kome, repré- 
sentait le Gouvernement de S. M. la Reine des Pays-Bas. 
Le Gouvernement allemand, de son côté, ne pouvant, vu 
les précédents, envoyer de délégation officielle, avait, par 
voie de circulaire ministérielle, recommandé le Congrès 
de Liège aux diverses sociétés historiques et archéolo- 
giques de l'Empire. 

Au total, :")(> sociétés étaient représentées au Congrès, 



— ■22'] — 

dont 32 sociétés belges, 14 sociétés françaises ('), i société 
allemande, i société néerlandaise, i société espagnole 
et I société luxembourgeoise. 

Le secrétariat général du Congrès, après avoir été 
établi jusqu'au 3o juillet, rue Fabry, 14, fut transféré 
dès le même jour, à midi, à l'Université de Liège (rez- 
de-chaussée, aile gauche), qui a servi de local au Congrès 
pendant toute sa durée. 

Les diverses sections se sont réunies dans les salles du 
rez-de-chaussée, toutes à proximité l'une de l'autre et du 
secrétariat général, ce dont les congressistes ont su 
apprécier les grands avantages. 

La salle académique de l'Université a servi de lieu de 
réunion pour les assemblées générales, ainsi que pour les 
conférences du soir des lundi et mardi. 

La grande salle du premier étage a été réservée à l'expo- 
sition de reproductions d'étoffes anciennes de M*^'' School- 
meesters. 

Diverses autres expositions ont été organisées pour le 
' Congrès, notamment : au Palais des Beaux- Arts, au parc 
de la Boverie, celle des oeuvres du sculpteur Jean Del 
Cour ; à la Maison Curtius (2'"^ étage), celle des antiquités 
préhistoriques ; à l'Université, à la salle Wittert, une 
exhibition des joyaux les plus précieux de la collection 
Wittei't et des plus beaux manuscrits du fonds de la 
Bibliothèque universitaire ; à la Maison d'Ansembourg, 
une exposition de verreries et faïences liégeoises (collec- 
tion Jean Charlier), etc. 

De son côté, M. Armand Baar-Magis a mis, pendant les 
cinq jours du Congrès, son hôtel de la rue Paul Devaux à 
la disposition des congressistes, pour leur rendre acces- 
sibles ses splendides collections de verreries anciennes. 

(') A la liste publiée au présent tome. pi). io<)-iio, il y a lieu 
d'ajouter la Société nationale d'Agriculture, Sciences et Arts de 
l'arrondissement de Valenciennes qui eut pour délégués MM. André 
Doulriaux, Edmond Membre et Maurice Bauchoud. 



228 



Dès le 3o juillet après-midi, les congressistes ont afflué 
au Secrétariat général pour retirer leurs cartes et leurs 
publications, souscrire aux excursions, etc. 

Au bureau ont siégé, en se relayant, les divers membres 
du Comité, heureusement secondés par MM. F. Vercheval, 
J. Dabin, F. Colleys et L. Bihot, qui tous quatre n'ont 
cessé de faire preuve d'un zèle inlassable. 

Grâce à ce concours de bonnes volontés, les divers ser- 
vices du Secrétariat général ont pu fonctionner régulière- 
ment et sans interruption, à la satisfaction de tous. 

D'autre part, M. N. Wiser avait bien voulu se charger 
de faire organiser, à l'Hôtel du Chemin de Fer, en face la 
sortie de la gare des Guillemins, un service de renseigne- 
ments pour les étrangers (logements, indications géné- 
rales, etc.). 

Samedi 3i .Iriu.icT. 

L'assemblée générale d'ouverture a eu lieu à i6 heures 
dans la Salle académique ; elle avait été précédée d'une 
réunion (à i5 heures) des délégués des sociétés fédérées, à 
la salle de MM. les professeurs de l'Université (i^'' étage). 
On trouvera plus loin les procès-verbaux de ces deux 
séances, en même temps que celui des réunions des 
diverses sections. 

A l'issue de l'assemblée générale, les congressistes se 
rendent à l'Hôtel de ville, où ils sont reçus officielle- 
ment, à 17 72 heures, par l'Administration communale 
de la Ville de Liège, dans la grande Salle des Mariages. 

L'autorité communale est représentée par M. G. Kleyer. 
entouré de MM. M. Falloise, L. Fraigneux, J. Seeliger et 
V. Hénault, échevins ; de la plupart des membres du 
conseil, et de M. J. Rigô, secrétaire communal. 

M. .T. F^raipont, président du Congrès, pi'ésente en ces 
termes les congressistes : 



- 229 — 

MoNSiKUU ÎA-: Bourgmestre, 
Messieurs les Echevins, 

Messieurs les Membres nu Conseil communal de la 
Ville de Liège, 

Nous avons l'honneur de vous présenter les membres du 
XXP Congrès de la Fédération archéologique et historique de 
Belgique. 

Les archéologues et les historiens liégeois ont invité la Fédéra- 
tion à tenir cette année ses assises dans votre ville, voulant faire 
coïncider cette réunion avec un événement qui leur tient au cœur : 
l'inauguration du nouveau Musée archéologique. 

Depuis dix-neuf ans, date de notre première réunion à Liège, 
vous vous êtes montrés, en toute circonstance, vis-à-vis de nous à la 
hauteur de votre mission de mandataires d'une grande ville, car 
chaque fois que nous avons fait appel à votre intervention, soit 
pour l'achat d'antiquités, soit pour la publication de documents 
historiques, vous nous avez écoutés. Hier encore, ne faisiez-vous 
pas l'acquisition de l'importante collection de verreries et de 
céramiques liégeoises de Jean Cliarlier? 

Depuis notre dernier Congrès de Liège, vous avez acquis et 
restauré ces deux beaux monuments de l'architecture civile du 
xviie et du xviiF siècle : la maison Curtius et la maison d'Ansem- 
bourg. Vous avez encore fait exécuter les fouilles mémorables de la 
place Saint-Lambert. 

A tous ces titres, la Ville de Liège a bien mérité des archéologues 
et des historiens ; nous nous })laisons à le proclamer ici à l'Hôtel 
de ville, en i)résence des membres de la Fédération que vous 
recevez (Applmidissements). 

M. G. Kleyer, bourgmestre, répond en ces termes : 

Monsieur le Président, 

Messieurs les Me.mbres nu Congrès. 

Nous ne pouvons vous dissimuler toute la joie que nous ressentons 
en vous recevant, en notre Hôtel de ville, au sortir de la séance 
d'installation de votre assemblée. 

Votre démarche nous touche profondément, et nous vous en 
remercions de tout cœur. 



— 23o — 

Notre pensée se reporte à dix-neuf ans en arrière, lorsque, pour 
la première fois, la Fédération archéologique et historique de Belgique 
tint ses assises à Liège : nous nous rappelons encore les paroles de 
regret et presque de confusion que prononçait alors, de la même 
tribune, l'un de nos prédécesseurs. 

Liège, à cette èi)oque. était bien pauvre en musées publics. 

Une Galerie de tableaux, plutôt restreinte, était logée, très mal, 
dans les vieux bâtiments de la Halle des Drapiers, en Féronstrée. 
Presque en face. l'Académie des Beaux-Arts et sa Galerie de 
sculpture occupaient les locaux vétustés et délabres de Tancien 
hôpital Saint-Abraliam. Enfin, les Collections de l'Institut archéo- 
gique restaient reléguées dans les greniers du Palais de Justice, 
en fait inaccessibles au public, et M. le bourgmestre d'Andrimont 
annonçait au Congrès, comme un événement pouvant se réaliser 
un jour, le placement de ces collections dans la Maison Curtius, 
qui était occupée alors par le Mont-de-Piété. Seuls, le Musée 
d'armes et le Conservatoire de musique venaient d'être installés 
dans les superbes édifices où ils se trouvent actuellement. Les 
choses ont changé depuis 1890. et nous pouvons nous enorgueillir 
du chemin parcouru 

Aujourd'hui, le Musée de peinture et de sculpture, ainsi que 
l'Académie des Beaux Arts, sont installés dans un bel et vaste 
monument, apijroju'ié à sa destination. 

Nous possédons aussi, dans le cadre riant du l'arc de la Boverie. 
au milieu des arbres et des fleurs, un Palais des Beaux-Arts, 
spécialement destine à des expositions artistiques. C'est là que, 
demain après-midi, s'ouvrira l'exjjosition Jean Del Cour, où vous 
verrez réunies les o'uvres du grand sculpteur liégeois. C'est là 
aussi que. le soir, vous vous absorberez dans les travaux reposants 
d'un joyeux banquet 

Eu iyo3, la Ville a acheté, rue Féronstrée. une riche demeure 
patricienne du xviii' siècle, la Maison d'Ansenihourg, qui contient 
de merveilleuses boiseries de la Renaissance liégeoise, et où noua 
placerons, en suite d'acquisitions et de donations de jour en jour 
plus noml)reuses, de ces vieux meubles si fins et si délicats des 
styles Louis XIV, Régence et Louis X\'. dans lescjnels excellaient 
nos artisans. 

Il y a quelques jours à peine, le Conseil communal décidait 
l'acquisition dune importante collection de verres liégeois et de 
faïences liégeoises — collection Jean Charlier — que vgus pourrez 
admirer. 



— 23l — 

Enfin, Messieurs, la Ville a acheté, des Hospices civils, la Maison 
Cnrtiiis. 

Demain, M. récheviu Falloise vous dira par quels soins et dans 
.quelles conditions s'est faite cette opération. 

Le Mont-de-Piété a été transporté Outre-Meuse, et une convention 
vient d'être signée, entre l'Administration communale et l'Institut 
archéologique, pour l'affectation de ces bâtiments à la création, en 
commun, d'un Musée public d'archéologie. Les locaux ont été 
aménagés en vue de cette destination nouvelle. La tour a du être 
reconstruite, les murs consolidés, les charpentes redressées autant 
que possible, les fenêtres, les planchers, les cheminées, les escaliers 
remis en état, le portail refait, la cour et les galeries qui l'entourent, 
restaurées entièrement. Mais l'architecte qui a dirigé cette restau- 
ration, M. Lousberg, a eu soin de respecter scrupuleusement l'œuvre 
primitive et de lui laisser, sans rien y toucher, tout ce qui forme 
la caractéristique du début du XVII« siècle. 

Dans ce cadre harmonieux et pittoresque, où tout est comme 
imprégné de l'air des choses d'autrefois, nos collections d'antiquités 
fout un effet vraiment impressionnant. 

L'inauguration du nouveau musée aura lieu demain matin ; nous 
avons tenu à réserver pour le Congrès cette inauguration, qui 
marquera, pensons-nous, dans les annales de notre Cité, une date 
favorable. 

Xous ne doutons ])oint. Messieurs, que les travaux que vous allez 
entreprendre soient des plus fructueux. Les soixante notices 
préparatoires qui ont été publiées nous en sont un sûr garant. 
Elles traitent des sujets les plus variés et les plus importants, et 
aussi les plus intéressants. 

.Te ne songe pas un seul instant à vous en entretenir, même en 
résumé. M. Julien Fraipont l'a fait tantôt d'une façon magistrale. 

Parmi les sujets traités, cependant, il en est un qui a passionné 
récemment tous les Liégeois : ce sont les découvertes étranges et 
vraiment inattendues qui furent faites, il y a deux ans. ici près, sur 
la place Saint-Lambert, au cœur même de la Cité. 

Jusqu'à présent, sur les origines de notre ville, nous ne possé- 
dions que des récits légendaires, qui nous montraient en l'évêque 
tongrois Monulphe, sinon le fondateur, du moins l'un des chefs i*eli- 
gieux ayant jîu présider à la naissance de i^Liége, en la seconde 
moitié du vi^ siècle. 

Tout au plus était-il permis de soupçonner qu'à cette éi)oque notre 
territoire abritait, dans quelques cabanes isolées, les bûcherons des 



232 



forêts euvirounantes ou «les pâtres qu'attiraient les eaux limpides 
de la Légia. 

Or, voici que, eu l'automne de 1907, on dut creuser profondément 
le sol de la place Saint-Lambert pour le placement d'une maitresse- 
conduite de la distribution du gaz, et, à la surprise générale, au 
milieu des fondements de l'ancienne cathédrale, démolie aux temps 
de la Révolution française, on découvrit successivement : d'abord, 
les assises de l'église primitive, bâtie par Notger et consacrée 
eu ioi5, et aussi un grand nombre de sarcophages et de caveaux : 
dans l'un de ceux-ci, un anneau épiscopal en or, une crosse 
funéraire, et une plaque en plomb portant une inscription où l'on 
peut lire le nom du prince-évèque Albert de Cuyck. mort en Tan 
1200 ; puis, en-dessous, à 3 mètres du sol, des substructions très 
étendues d'une grande villa romaine, avec son hypocauste admira- 
blement conservé ; plus bas encore, à 4 mètres, un fond de cabane 
néolithique ; et, enfin, une couche de tuffeau déposé évidemment 
par les eaux de la Légia, venant des terrains calcaires de la colline 
d'Ans. 

Des notes très étudiées ont été publiées à ce sujet par M. Max 
Lohest pour la partie géologique, par M. Marcel De Puydt pour le 
fond de cabane néolithique, et par M. Paul Lohest, notre collègue au 
Conseil communal, pour la villa belgo-romaine. 

C'était, du coup, toute une révélation sur les origines de Liège. 

Aussi, comprend-on l'émotion que ces fouilles causèrent dans tous 
les rangs de la population liégeoise. 

Le Conseil communal a cru qu'il serait intéressant de garder 
l)our les siècles futurs la trace de ces trouvailles sur])renantes, et, 
dans ce but, il a décidé de faire voûter la i)artie des fouilles où est 
l'hypocauste romain, avec le fond de cabane néolithique. On y a 
placé un escalier et des lamjjcs électriques, afin d'en faciliter 
la visite. 

Nous sommes jjersuadés que les membres du Congrès ne man- 
queront pas de s'y l'endre, et approuveront les mesures que nous 
avons décrétées pour la conservation de ces précieux vestiges. 

Dans un autre ordre d'idées, je tiens à signaler au Congrès que, 
lors de sa dei'nière séance, le Conseil communal a adopté un plan 
d'expropriation en vue de dégager les abords de l'église de Saint- 
(jrilles, une des plus anciennes de Liège, dont la tour romane 
domine, à l'Ouest, les hauteurs de la ville. 

Je mentionne ce fait, Messieurs, parce qu'il me donne l'occasion 
de renouveler devant vous le vœu. .souvent exprimé, mais non 



— 233 — 

encore réalisé, que l'Etat se décide également à dégager la seconde 
cour du Palais des Princes-Evéques, en enlevant les affreuses cloi- 
sons qui bouchent la colonnade située du côté de Pierreuse. 

On a i)lacé ces cloisons, provisoirement, il y a une centaine 
d'années, sous le régime français, pour y installer une maison de 
réclusion pour femmes. De nos jours, on y a mis, i)rovisoirement 
aussi, les bureaux du Timbre. 

Et les cloisons sont toujours là ! 

C'est un vrai vandalisme, indigne d'un pays comme le nôtre. 

Messieurs, permettez moi aussi de vous entretenir d'une question 
qui n'est point sans nous préoccuper beaucoup : je veux i)arler des 
remparts et des fossés de la Citadelle de Sainte-Walburge. 

Un arrêté royal du 8 juillet 1891 a décidé le déclassement de cette 
ancienne citadelle, qui avait remi)lacé la forteresse construite en 
i65o par le prince-évèque Maximilien-Henri de Bavière. C'est une 
citadelle du type des fortifications de Vauban. De là, on domine 
la ville d'une hauteur de 100 mètres, à la terrasse du drapeau, et 
le regard sétend sur la vallée de la Meuse et sur les plateaux 
du pays de Hervé. 

Une loi du 11 septembre 1896 autorisa le Gouvernement à céder à 
la Ville une partie des terrains devenus disponibles, et une conven- 
tion, en date du 21 décembre 1904, a réglé entre l'Etat et la Ville les 
conditions de cette cession. 

Eu exécution de la dite convention, la Ville a fait aménager les 
anciens glacis en une promenade publique, et créé un chemin de 
ronde qui entoure toute la citadelle. 

Le réduit central, qui est resté propriété de l'Etat et dans lequel 
ont été maintenues [des casei'nes d'infanterie, est intact, avec ses 
murs d'escarpe, les fossés et les ouvrages de contre-escarpe. 

Mais tous ces ouvrages sont depuis bientôt vingt ans à l'abandon; 
les murailles se lézardent et s'écroulent dans les fossés, ici parmoi'- 
ceaux, là par grands pans ; les gamins ont renversé les tablettes de 
couronnement, et démoli tout ce qu'ils pouvaient atteindre. 

Néanmoins, la majeure partie des murs est restée debout, non 
seulement du côté du réduit centi-al — que l'Etat doit cependant 
garder — mais -encore du côté des glacis, oii nous avions projeté de 
créer un parc. 

Ici se pose la question épineuse que nous avons à résoudre. 

Que faut-il faire de ces vieux bastions, de ces cavaliex's, de ces 
galeries, de ces tenailles, de ces casemates ? Faut-il entretenir tout 
cela comme à l'état d'usage militaire 'i Ce serait bien coûteux et 



— 284 — 

l)ieu peu pittoresque. Faut-il combler le tout pour eu faire une 
sorte de parc, avec des vallonnements, des arbres, des pelouses ? 
Ce serait sans doute très pratique, mais aussi très onéreux, et 
puis cela enlèverait à tous ces lieux l'allure, le caractère spécial 
que donnent toujours les vieilles fortifications 1 

Faut-il, au contraire, laisser s'accomplir l'œuvre du temps, de la 
pluie, de la gelée, du soleil ? laisser les murs crouler tous, les uns 
après les autres, et des herbes folles, des arl)ustes sauvages, du 
lierre, de grands arbres, envaliir ces ruines ? .le crois, après y avoir 
longuement pensé, que ceci est la vraie solution, .J'ai vu ce que 
l'on a fait, en pareil cas, en Belgique, notamment à Namur, à 
Diest ; en Hollande, à Ximègue : en France, à Carcassonne, à 
Aigues-Mortes : en Allemagne, à Cologne, à Francfort, à Nurem- 
berg, à Rottenbourg : en Italie, à Milan, à Lucques, à Sienne. 

De la comparaison entre tous les systèmes adoi)tés en ces diverses 
localités, il résulte pour moi (ju'à Sainte-Walburge, où l'enceinte 
mesure une longueur développée de plus de 2 kilomètres, les 
meilleures mesures à prendre seraient celles-ci : en ce qui concerne 
le réduit central, propriété de l'Etat, le Gouvernement devrait 
entretenir les murailles de façon à les conserver entièrement ; 
en ce qui concerne les fossés, qui sont partie à l'Etat et partie à 
la Ville, on y planterait des arbres et des arbustes, et on y tracei'ait 
des sentiers dans les hei'bes ; en ce qui concerne les murs de contre- 
escarpe et les ouvrages extérieurs, qui couvrent une superficie 
considérable, la Ville admettrait un régime combiné de conser- 
vation ou de ruine aménagée, suivant les circonstances, en visant 
à maintenir autant que possible l'aspect antérieur des fortifications, 
mais plutôt au point de vue pittoresque. 

Nous serions très lietireux si l'Institut archéologique, qui nous a 
souvent aidés de ses conseils, voulait bien se charger de l'étude de 
cette très importante question, dont les côtés difficiles seront mieux 
saisis i)ar les membres du Congrès lorsqu'ils entreprendront la 
jn'omenade qu'ils tiendront sans doute à faire sur les liauteurs de 
Pierreuse et de la Citadelle. 

Enfin, Messieurs, je voudrais vous dire un mot d'un sujet dont j'ai 
déjà eu l'occasion d'entretenir le Conseil communal. 

Par une rencontre de circonstances bien rares, notre Cité n'a i)as 
seulement joué un rôle remarquable dans l'histoire littéraire et 
scientifique, dans l'histoire de l'art, dans l'histoire économique, elle 
occui)e encore dans l'histoire des institutions ijoliticjues une place 
distincte et qui mérite l'attention. 



235 



L'activité nerveuse qui a caractérisé les Liégeois depuis toujours, 
au dire de leui's contemporains de tous les temps, s'est manifestée 
ici avec uueénergie, je dirais volontiers avec une fougue particulière. 

On chercherait vainement dans le Nord de l'Europe une constitu- 
tion aussi libérale, faisant au peuple une place aussi large dans le 
gouvernement, que celle dont la Paix deFexhe, du iSjuin i,3i(), nous 
fournit la charte fondamentale. 

Je dis a dessein : « la charte fondamentale, » car, jusquà la fin 
de l'ancien régime, ce vieux texte est resté le fondement des 
institutions nationales du pays, i^t cette fidélité remarquable à leur 
passé montre que les Liégeois ont su allier le traditionnalisme à 
l'amour du progrès, qu'ils ont été conservateurs, mais conservateurs 
de la liberté politique, si chèrement acquise par leurs aïeux. 

Nulle part, semble-t-il, la volonté nationale, comme nous disons 
aujourd'hui, le c Sens du Pa\ s » comme dit plus pittoresquement et 
peut-être, à tout prendre, plus exactement la Paix de Fexhe, n'a été 
aussi nettement affirmée en face du « droit du Prince », 

Nulle part, non ])lus, le dualisme fondamental de l'Etat du moyen 
âge, qui juxtapose sans les coordonner dans un même système 
d'institutions le seigneur et les sujets, n'apiiarait dune manière 
])lus frappante que dans notre petite principauté. 

Rien d'étonnant à cela, si l'on songe que, presque toujours étran- 
gers, nos princes-évêques n'ont pu, depuis le moment où s'est 
éveillée la conscience populaire, s'attacher vraiment les populations 
que des considérations politiques ou religieuses faisaient passer 
sous leur pouvoir. 

Aussi, est-ce j^ar une série presque ininterrompue de guerres et 
de conflits que la Constitution liégeoise a pu se fonder, se maintenir 
et se développer. Du xive au xviie siècle, les troubles civils .sont 
incessants dans la Cite. De Henri de Dinant à Lamelle et à Macors, 
combien de fois les bourgmestres n'ont-ils pas eu à lutter pour 
défendre les franchises populaires, parfois au péril de leur vie ''. 

Et vous comprendrez sans doute que celui qui porte aujourd'hui 
le titre qu'ils ont porté, ne puisse s'empêcher, devant une assemblée 
d'historiens, d'exprimer un vœu ipii est sans doute aussi celui du 
peuple liégeois : 

Aujourd'hui que la critique s'est affirmée, que les dépôts d'archives 
sont ouverts à tous, (jue tant de jeunes gens se consacrent à l'étude 
du passé, le moment ne serait-il pas venu d'aborder, d'une manière 
approfondie et documentée, l'histoire de la démocratie liégeoise 
et de ses institutions"^ 

Polain, Ilenaux l'ont essayé jadis, avec des ressources insuffi- 



— 2j6 — 

santés, eu des ouvrages vieillis, je l'admets, mais que caractérise 
cette sympathie indispensable à la compréhension des faits humains. 

Il est temps de reprendre l'œuvre ébauchée par eux, de nous 
retracer le tableau ([ui nous manque encore et qui, dans la galerie 
si riche de nos annales, sera, certes, non seulement l'un des plus 
instructifs, mais aussi lun des plus vivants et des plus actuels. 

L'intérêt scientifiiiue réi)ondra ici à l'attente du public. 

Et, s'il est vrai (^ue par un privilège unique, l'histoire soit la seule 
des sciences dont les progrès ne s'accomplissent que par sa concoi'- 
dance avec les idées du présent, ne serait-ce pas le plus sûr moyen, 
pour les érudits liégeois, de donner à leurs travaux une vigueur 
nouvelle que de les diriger vers un sujet que les préoccupations de 
notre époque mettent vraiment à l'ordre du jour ? 

Eu terminant ce trop long discours, je tiens à remercier, au nom 
du Conseil communal, l'Institut archéologique liégeois et la Société 
d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, d'avoir organisé ce XXI"" 
Congrès de la Fédération archéologique et liistorique de Belgique. 

Nous applaudissons d'avance au succès mérité par tant d efforts 
et de dévouement à la science 

Nous souhaitons la bienvenue en notre cité aux nombreux savants 
qui, de tous les pays d'Europe, se sont rendus à l'appel de leurs 
confrères liégeois. 

Nous adressons spécialement un salut amical aux délégués 
officiels envoj'és par les deux Etats voisins, la France et la Hollande, 
auxquels nous lient étroitement tant d'intérêts présents et plus 
encore tant de souvenirs du passé. 

Notre plus vif désir. Messieurs, celui de toute la population 
liégeoise, est que vous emportiez de votre séjour parmi nous, 
l'impression d'un accueil-affectueux et cordial (Applaudissements). 

Après (quelques mots de lemerciements de M. A. de Saint- 
Léger, délégué français, et de M. le D'" G. Brom, délégué 
néerlandais, le Champagne fait son apparition. On visite 
ensuite les diverses salles de l'Hôtel de ville. 

Le soir, dès 2(j 7- heures, les congressistes se retrouvent 
au Palais provincial, où, à 21 heures, au nombre de plus de 
5oo, ils sont reçus oiriciellement par M. le Gouverueur de 
la Province de Liège et Madame Delvaux de r'enffe. 



- 23: - 

Dans la grande salle des Gardas, M. J. Fraipont présente 
les congressistes en ces termes : 

Monsieur i,e Gouverneur, 
Madame, 

Nous avons l'honneur de vous présenter les membres du 
XXIe Congrès de la Fédération archéologique et historique de 
Belgique, qui tient ses assises cette année dans la ville de Liège. 

Le vieux palais des Princes-Evèques est sans conteste le plus beau 
monument que nous puissions montrer aux archéologues et kux 
historiens étrangers. Malgré un deuil cruel et récent, vous n'avez 
pas voulu. Monsieur le Gouverneur, nous priver de le voir, et vous 
portez la bienveillance jusqu'à nous en faire vous-même les hon- 
neurs. Nous vous en exprimons, au nom du Congrès, notre profonde 
gratitude 

M. le Gouverneur répond par le discours suivant : 

Mesdames, 
Messieurs, 

C'est une douce satisfaction pour le Gouverneur de cette province 
de se trouver en contact avec des hommes qui, voués a\i culte du 
passé, s'attachent à relever et à conserver les traces des âges 
écoulés, à renouer la chaîne des traditions, à perpétuer les gloires 
artistiques et scientifiques de nos ancêtres. 

Vous avez compris que développer et assainir les sciences histo- 
riques, favoriser l'étude des manifestations ai'tistiques ou sociales 
de l'humanité, c'est fortifier les sentiments patriotiques et féconder 
toxttes les nobles aspirations de l'esprit et du cœur. Il y a longtemps 
qu'on l'a fait observer : la curiosité qui remue, qui excite l'intelli- 
gence est une impulsion au progrès des sciences : elle ouvre le 
champ des découvertes. 

Tel est bien le double but des assises que vous tenez en ce moment 
dans la vieille cité de Liège. 

Vos visées sont particulièrement méritoires dans un siècle comme 
le nôtre où les faits et les choses se précipitent, et où chaque jour 
arrache à nos villes, môme à nos bourgs, des traits de leur physio- 
nomie d'autrefois. 

Le siège de votre congrès est heureusement choisi. Plus que 
beaucoup d'autres, le pays de Liège peut être fier de son passé, des 



— 238 - 

hommes de génie clans les étndes artistiques, industrielles ou histo- 
riques auxquels il a donné le jour. Vous le reconnaîtrez : il se dégage 
de notre histoire une originalité puissante qui s'est maintenue dans 
la succession des siècles. 

Aussi, l'amour des souvenirs des âges écoulés y est-il resté très 
vivace. Le chef-lieu de notre province n'a plus seul le privilège de 
])osséder de sérieuses associations historiques, arcliéologiques, 
artistiques ou philologiques, véritables foyers de lumières scienti- 
fiques. Huy et Verviers ont les leurs depuis quelque temps déjà, 
qui fournissent des travaux de sérieuse valeur. Voici que des com- 
munes de moindre importance, comme Jupille, veulent suivre ce 
salutaire exemple. 

Cette émulation généreuse a surtout sa source dans le commerce 
fréquent des «euvres caractéristiques qu'étalent nos musées ou qui 
ornent nos principaux monuments, ce Palais notamment. 

Le Palais a été le témoin muet des vicissitudes de la nation 
liégeoise. Construit pour la l'i'emière fois à cet emplacement par le 
fondateur de la princii)auté, le remarquable Notger. à la fin du 
x<^ siècle, il i)erpétue i)lus que tout autre édifice civil, les souvenirs 
historiques et les œuvres artistiques de nos aïeux. C'est ici, dans la 
résidence du chef de l'Etat, que, dès le moyen âge, le peuple se 
réunissait officiellement en des circonstances graves, lorsqu'il 
fallait prendre quelque résolution d'ordre capital, lorsqu'il fallait 
défendre les libertés menacées, lorsqu'il fallait décider de la ])aix 
ou de la guerre 

(yes réunions i>opulaires n'avaient rien de commun avec les jour- 
nées dKtîit, (pli se tenaient également au Palais, mais elles consti- 
tuaient l'un des caractères distinctifs de l'organisation politique et 
sociale de l'Etat liégeois, considéré à toutes les é])oques et par tous 
comme le jjIus libre de l'Europe. 

C'est en cette demeure princière aussi (jue la justice souveraine 
rendait ses arrêts ; c'est ici encore cjue fut conclue, en i335, la paix 
qui devait mettre fin aux luttes longues et sanglantes entre les 
Awans et les M'aroux. 

Mais le Palais — centre de ralliement delà ])opulation ou de ses 
représentants les plus autorisés ei les i)lus élevés — a servi à de 
plus augustes assemblées. 

Plusieurs monaniues d'Allemagne y tinrent <Ies cours plénières, 
l'em])ereur Henri IV, notamment, l'an 1071. .Vu Palais de même, 
l'an 1 i')i, se réunira un concile mémorable où se rencontreront le 
pape Innocent II et renii)ereur Lothaire II, concile qu'électrisera 
le docte saint iîernard du feu de sa parole vibrante. 



- 239 - 

Le même siècle y verra se réunir, l'an ii8;, un congrès de princes 
BOUS la présidence de Henri, roi des Romains, fils de l'empereur 
Frédéric. Des mobiles moins nobles y amèneront, cinq ans plus 
tard, l'empereur Henri YI, résolu à faire courber sous sou joug 
autoritaire le duc de Brabant, Henri de Louvain. 

Celui-ci devait à son tour y pénétrer, l'an 1212, en cruel vainqueur 
d'une cité surprise sans défense et sans défenseurs, qui allait 
bientôt d'ailleurs avoir sa revanche. 

Souverain non moins farouche, Charles le Téméraire prendi-a, de 
la même façon, possession du Palais, l'an 1467, après avoir, lui 
aussi, conquis la cité par la violence. L'année suivante, après s'être 
entendu au Palais même avec le roi de France Louis XI, il lancera 
de là l'ordre de détruire la ville entière i)ar le feu. 

Le monument princier échappa à cette conflagration, comme il 
avait été épargné partiellement dans celle de ii85, mais il n'en 
l)éritpas moins sous l'action des flammes en l'année i5o5. 

Peu après montait sur le trône l'un des pins grands princes lié- 
geois, Erard de la Marck, qui devait relever le Palais plus magni- 
fique qu'où ne lavait vu. 

Si Notger, par la protection et les encouragements qu'il lui {)i'o- 
digua, a pu être, à bon droit, considéré comme le père de l'histoire 
liégeoise, Erard de la Marck doit être regardé comme le Mécène du 
pays de Liège. 

Le Palais qu'il bâtit était destiné par lui à devenir le berceau du 
premier musée artistique et archéologique à la fois de notre région. 
La mort seule a em})èché l'exécution des ordres donnés à cette fin, 
comme nous l'apprend formellement une lettre du chevalier de 
Heus.v, notre ministre résidant à Paris en 1771. 

Tel qu'Erard lavait construit et décoré, ce Palais, avec ses ten- 
tures, ses tableaux, ses tapisseries de haute lisse et son luxueux 
mobilier, n'en était pas moins i)roclamé, peu api'ès, par les plus 
augustes visiteur.s, le ])lus beau de la chrétienté. 

Il ne m'est point donné malheureusement de vous faire admirer 
ces œuvres artistiques de l'aurore de la Renaissance. Elles ont été 
victimes, elles aussi, de flammes destructrices en 1784, de la chute 
d'une des quatre tourelles eu i7^)(j, et de l'effervescence ])opulaire à 
la fin du xviiie siècle. 

Mais si les œuvres d'art amassées par Erard de la Marck et ses 
successeurs immédiats ont disparu, d'autres, heureusement, les ont 
remplacées à des époques variées et maintes d'entre elles ont sur- 
vécu. 



— 24o — 

Le Palais, tel que lont orné les derniers siècles, mérite d'attirer 
quelque temps votre attention. 

Veuillez y être, Messieurs et Mesdames, les bienvenus. La Gou- 
vernante et moi vous prions d'eu imprimer le souvenir dans votre 
mémoire, ainsi que dans la notre demeurera vivace et reconnaissant 
le souvenir de la visite que vous avez bien voulu lui faire aujourd'hui. 

Après ce discours, M. le Gouverneur invite les congres- 
sistes à visiter les diverses salles de l'ancien Palais des 
Princes-Evêques, notamment la salle dite des Gobelins, la 
salle de réunion du Conseil provincial, le salon Louis XV, 
la chambre impériale, le salon royal, les appartements de 
la Reine, etc. 

Dans la grande « salle à manger » est dressé un vaste 
buffet abondamment fourni, autour duquel s'empressent 
les invités. 

La fête se prolonge avec le plus vif entrain jusque vers 
22 7-2 lieures, et les congressistes se retirent ravis de cette 
récei)tion brillante et de l'accueil charmant dont ils ont été 
l'objet de la part de M. et ^1"^*= Delvaux de Fenffe. 

Dimanche i^r Août. 

Le temps qui s'était montré peu clément tous les jours 
précédents et s'était amélioré dès le samedi matin, s'est 
complètement rassénéré pendant la nuit: le soleil préside 
aux fêtes du jour et une soirée délicieuse sera réservée aux 
congressistes. 

Dès 10 heures du matin, on se retrouve au quai de Maes- 
tricht devant la Maison Curtius, dont on commence à 
envahir la grande cour ; bientôt plus de 6oo personnes 
assistent à l'arrivée des autorités qui sont successivement 
introduites dans le-vestibule d'entrée du Musée. 

A 10 h. 20, une automobile s'arrête devant^ la grande 
porte d'entrée, amenant M. le baron Descamps-David, 
Ministre des Sciences et des Arts, sou fils et >L Verlant, 
Directeur général des Beaux-Arts; ces Messieurs sont 



— 24l — 

accompagnés de MM. G. Kleyer, bourgmestre de la Ville 
de Liège, et J. Fraipont, vice-président de l'Institut 
archéologique liégeois et président du Congrès, qui étaient 
allés les attendre à la Gare des Guillemins. 

Ces Messieurs sont reçus à leur arrivée par MM. 
J, Brassinne et L. Renard-Grenson, secrétaires généraux 
du Congrès et respectivement secrétaires de la Société 
d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège et de l'Institut 
archéologique liégeois. 

Après quelques présentations, M. le Ministre et sa suite, 
sous la conduite de M. J. Lousberg, architecte de la Ville, 
font le tour de la cour et de la galerie, s'arrêtant pour 
admirer la masse imposante du monument et se rendre 
compte des multiples et parfois très difficiles restaurations 
qu'il a dû subir. 

Dans l'entretemps, la foule n'a cessé de croître dans la 
cour; lorsque M. le Ministre pénètre dans le grand vesti- 
bule, il y trouve réunis les autorités et les invités. Parmi 
la nombreuse assistance, on remarque M. E. Dupont, 
ministre d'Etat, vice-président du Sénat; M-'" School- 
meesters, doyen du chapitre; MM. M. Falloise, échevin des 
Beaux- Arts; L. Fraigneux, échevin des travaux publics; 
les échevins V. Hénault et J. Seeliger; A. de Saint-Léger, 
délégué français, et G. Brom, délégué néei'landais; M. De 
Puydt, ancien président de l'Institut archéologique lié- 
geois ; S. Bormans, administrateur-inspecteur honoraire 
de l'Université ; G. Kurth, directeur de l'Institut histo- 
rique belge de Rome et président du Congrès; Ed. Brahy- 
Prost, ancien président de l'Institut archéologique lié- 
geois; F. Thiry, recteur de l'Université; X. Goblet, 
P. Lohest, V. Thimister, J. Delaite, conseillers commu- 
naux ; FI. Pholien, trésorier de l'Institut archéologique 
liégeois ; J. Servais, conservateur adjoint du Musée ; 
J. Haraal-Nandrin, président de l'Exposition des antiquités 
préhistoriques, de Buggenoms, président du Comité des 
fêtes et excursions du Congrès, etc., etc. 



- ■2\'2 




Musée archéologique liégeois. 
Grande salle du second étage (section pré- et protohistorique). 



Après une série de présentations, M. le Bourgmestre 
prie Monsieur le Ministre de jeter un rapide coup d'œil 
dans les diverses salles du Musée. La visite commence 
au rez-de-cliaussée par les sections belgo-romaine et 
franque ; M. L. Renard-Grenson signale à M. le baron 
Descamps les objets les plus intéressants de ces sections ; 
à l'étage, M. E. Brah^'-Prost, assisté de M. J. Servais, 
guide M. le Ministre à travers les salles affectées aux 
époques romane, gothique, de la Renaissance, Louis XIV, 
Louis XV et Louis XVI. ]\L le Ministre, avec son entou- 
rage, visite ensuite, au second étage, la salle réservée aux 
antiquités \)vè- et i)rotoliistoriques, dont les honneurs lui 
sont faits par MM. M. De Puj^dt et J. Hamal-Nandrin. 

On redescend alors dans la vaste salle de réception du 
i^"" étage ; ici, encore, ^L le Ministre manifeste toute sa 
satisfaction à la vue des nombreuses collections qui s'y 
trouvent réunies. 

Le moment des discours officiels est arrivé; le Comité 
organisateur encadrant M. le baron Descamps, M. le 
Ministre d'Etat Dupont, M. G. Kleyer et M. l'échevin 



o4i - 




Muses archéologique liégeois. — Salle de réception (1er étage). 

M. Falloise, va prendre place aux aboi-ds de l'une des 
grandes cliemiuées qui ornent la salle. 

M. M. Falloise, échevin, prend le premier la pai-ole et 
prononce le discours suivant : 

MoNsnau i.e Ministre, 
Mesdames et Messieurs, 

A une epo(]iie comme la nôtre, ou sévit partout un utilitarisme 
à outrance, il faut se féliciter de voir des savants, des artistes, des 
hommes d'étude, concentrer leurs efforts jiour faire revivre le 
passé. 

C'est, il est vrai, chose utile, je dirai même nécessaire, pour 
l'humanité que de conserver les belles choses du passé, en même 
temps que de se livrer à la poursuite des progrès scientifiques. Le 
beau n'est pas d'une éi)oque;il se manifeste différemment à travers 
les siècles; c'est ce culte du beau qui a toujours inspiré ces recherches 
minutieuses et ces études approfondies dont nous voyons aujourd'hui 
quelques-uns des meilleurs résultats. 

Noble entre tous est. sous ce rapport, le but que poursuit depuis 
près de soixante ans l'Institut archéologique liégeois, en recherchant 
et en coordonnant les manifestations de l'art au pays de Liège. 



- ^44 - 

Et. cependant, tant d'efforts n'ont pas été récompensés tout de 
suite ; loin de moi l'idée de vous relater les pérégrinations multiples 
que les superbes collections que vous voyez réunies ici, ont dû 
effectuer avant d'arriver en ce local ; une voix plus aucorisée que 
la mienne, celle de M. J. Fraipont. vous les racontera tantôt. Je me 
bornerai à vous dire que si notre Palais de Justice est un des plus 
beaux monuments de l'architecture civile de Liège, les collections 
de l'Institut s'y trouvèrent jusqu'en ces derniers temps, dans des 
salles peu accessil)Ies au public et non appro|)riées à leur desti- 
nation. 

C'est à la Ville de Liège que revient l'honneur de leur avoir 
donné le cadre qui leur convenait, la maison Curtius. 

Ce nom de Curtius, demeuré populaire à Liège jusqu'à nos jours, 
évoque le souvenir de ce grand industriel du xvii' siècle, Jean 
de Corte, qui, en l'an i58o, bâtit « en assiette des plus délicieuses de 
la ville de Liège », l'édifice dans lequel nous nous trouvons 
réunis. 

Son palais était aussi luxueux que spacieux ; ce qui en reste, le 
local que nous inaugurons aujourd'hui, n en représente que la 
moitié environ et fox'mait les annexes, on dit même les magasins, 
du corps de bâtiment princii)al. Comme tous les monuments impor- 
tants, le « Palais » de Curtius connut maintes vicissitudes. Au début 
du siècle dernier, l'Empire français y installa ses bureaux de la 
préfecture ; en 1812, les Hosi)ices, qui étaient créanciers de l'ancien 
Mont-de-Pièté. en devinrent propriétaires et l'utilisèrent jusqu'à la 
fin de xix' siècle. 

C'est le 25 novembre 1901 que le Conseil communal en décida 
l'acquisition, et un arrêté royal du 22 mars 1902 api)rouv<a cette 
décision. 

Dei)uis lors, et jusqu'en ces derniers jours, le bâtiment à été livré 
à de multiples travaux de réfection et de restauration ; l'immeuble 
a été payé laô.ooo francs à la Commission des Ilosjjices ; la restau- 
ration a coûté 160.000 francs. La j^art d'intervention du Gouverne- 
ment a été de 25.000 francs et celle de la Province de t 6.-000 francs. 

Ces dépenses considérables, la Ville de Liège n'a ])as craint 
de les assumer, en i)rèsence des richesses ([ue le local devait être 
appelé à abriter. 

Enfin, il y a quelques jours, dans sa séance du 12 juillet, le 
Conseil communal :i approuvé une convention passée entre la Ville 
et le Bureau de l'Institut archéologique, en vertu de laquelle la 
direction et le soin de la conservation des magnifiques collections 



renfermées jusiiu'ici dans notre Palais de Justiee, sont confiés 
à rinstilut archéologique liégeois. 

Et je me plais ici à rendre hommage à m(ni honorable prédé- 
cesseur à l'échevinat des Beaux- Arts, M. Alfred Micha ; c'est lui, 
en effet, qui fut l'un des promoteurs de la transformation de 
l'ancien Mont-de-Piété : i)endant dix-huit ans, il a poursuivi sans 
défaillance la réalisation d'une idée qu'il voit aujourd'hui large- 
ment réalisée. 

Nos remerciements et nos éloges iront aussi aux membres tle la 
Commission chargée de surveiller la restauration de l'immeuble : 
MM. Edouard Brahy-Prost, Maurice Chizelle, Paul Demanx , Marcel 
De Puydt, Adrien de Witte, Edmond Jamar, Alfred Micha, Paul 
Van Zuyleu, Joseph Lousberg et le Président de l'Institut archéo- 
logique. 

C'est encore un devoir pour moi de remercier tout spécialement 
deux membres de cette Commission, dont le concours nous fut 
particulièrement précieux : M. Marcel De Pu\dt, qui a rempli avec 
un zèle inlassable les lourdes fonctions de secrétaire de cette 
Commission et qui a, en outre, enrichi de collections remarquables 
la section préhistorique du Musée, et M. l'architecte .1. Lousberg, 
qui dirigea avec autant de compétence que d'ardeur, les travaux de 
restauration de l'immeuble. 

A vous aussi toute notre gratitude, Messieurs les membres 
du Bureau de l'Institut archéologique; à vous en i)articulier, 
M.Fraipont;à vous, M. Jean Servais, d'avoir consacré à l'instal- 
lation et à la coordination des collections toute votre activité la 
plus clairvoyante et la i)lus intelligente 

Grâce à vous tous, Messieurs, notre Musée archéologique, établi 
à l'aise dans ce magnifique immeuble, est i)rèt à recevoir les 
donations et les déi)ots des amis éclairés de notre passé Je pourrais 
déjà citer une longue liste de donateurs ; je me bornerai à vous 
signaler MM. Ulysse Capitaine, le baron d'Otreppe de Bouvelte, le 
docteur Henrion, Félix Dumont, le docteur Alexandre, les familles 
de Bronckart-Grandjean, de Pimodan-de Mercy-.\rgeuteau, de 
Tornaco, les Hosjjices civils et le Bureau de bienfaisance. 

Nous sommes certains que ce Musée, désormais scientifiquement 
organisé, recueillera bientôt de nouvelles richesses ; elles y seront 
étalées dans un cadre digne de la générosité des donateurs 

Avec la Maison Curtius, l'Hôtel d'Ansembourg et le Musée 
d'Armes, Liège possède aujourd'hui, au cœur même de la cité 
mosane, un groupement de musées remarquable. 

Le Musée d'Armes rappelle le passé glorieux des luttes jiour 



- 246 - 

la conquête des franchises et iruue indéiiendance i)i'esque uniques 
dans l'Europe féodale. 

L'Hôtel d'Ansembourg témoigne du génie industriel et coniniei'cial 
des anciens maîtres liégeois dans le domaine des arts décoratifs, de 
la sculpture et de la gravure. 

La Maison (îurtius enfin, plus vaste et ])lus imposante, redira 
riiistoire du pays mosan, depuis les temps les jdus reculés. 

La Ville de Liège est heureuse d'inaugurer ce nouveau musée et 
de remettre à l'Institut archéologique liégeois, la direction et la 
garde des collections qu'il renferme. 

De longs bi-avos accueillent ce discour.s qui a été atten- 
tivement écouté par les centaines de spectateurs qui se 
pressent dans l'immense salle. 

M. .T. Fraipont, vice-président de l'Institut archéolo- 
gique liégeois, remplaçant le président, M C. le Paige, 
empêché d'assister à la cérémonie, prend ensuite la ])arole 
et s'exprime en ces termes : 

Monsieur le Ministre, 
Monsieur le Bourgmestre, 
Messieurs i-es Présidents d'honneur. 
Messieurs les Kchevins, 
Mesdajies et Messieurs. 

Monsieur l'Lchevin des Beaux-Arls vient de vous faire l'histoire 
de la Maison Curtius et de vous relater les circonstances qui ont 
amené la Ville de Liège à nous confier ce magnifique monument de 
l'architecture civile de la fin du xvie siècle, i)our y établir un musée 
public d'archéologie. 

Permettez-moi, à mon tour, de vous retracer brièvement l'iiistoire 
de notre Société. 

L'Institut archéologiciue liégeois fut fondé, le 4 avril iS^o, pour 
« rechercher, rassembler et conserver les œuvres d'art et les monu- 
ments archéologiques» (pie renferme la Province. 

Notre Société se composait alors de seize membi'es effectifs domi- 
ciliés à Liège, de (juarante-cinq membres honoraires et d'un nombre 
illimite de membres correspondants. Laissez-moi redire devant vous 
les noms de nos fondateurs ; pres(iue tous ont laissé à Liège de 
vivaces souvenirs: Adoli)he liorgnet, recteur de ITiiiversité ; Jean- 



— ->/i" — 

— +y 

Henri Eonaans, professeur à l'iniversilé ; Ulysse Cai)itaiiie ; Léon 
(le Closset, professeur agrégé à. l'Université, jn-écepteur des Princes; 
Charles Davreux ; A.-.I. Delahaye, ingénieur en chef des ponts et 
chaussées ; Charles Delsaux, architecte provincial ; Cii. du Vivier, 
curé de Saint-Jean ; L. Fabry-Rossius, agrège à l'Université; Joseph 
Grandgagnage, président à la Cour d'appel ; Fernand Henaux ; 
Albert d'Otreppe de Bouvette ; Mathieu-Iiainbert Poiain, archiviste 
<le l'Etat; le baron Edmond de Sélys-Longchamps. 

A ces pionniers de la première heure, nous devrions joindre une 
longue liste de noms d'érudits et de savants liégeois, tous disparus, 
avec nos seize fondateurs. II nous reste cependant trois vétérans 
<lont le rôle a été prépondérant dans l'histoire scientifique de notre 
Société. J(î veux parler de M, Stanislas Bormans, du docteur 
Alexandre et du baron de Chestret. M. Stanislas Bormans s'est long- 
temps consacre à l'Institut et il fut l'un de ses secrétaires les plus 
Actifs et les plus dévoués. Nous éprouvons une grande tristesse en 
ne voyant pas ici notre vénéré conservateur en chef, le docteur 
Alexandre, qui a consacre toute son activité et son érudition à 
notre œuvre, pendant i)lus de quarante ans. Nous regrettons aussi 
bien vivement l'absence cruelle de notre cher confrère, le baron 
<le Chestret, qui a pris une si grande part à la vie de l'Institut 
depuis 1862. Nous leur a<lressons à tous trois un salut cordial. 

Dès iS5o, notre Société publia un Bulletin. En 1867, elle étendit sa 
sphère d'action aux anciennes dépendances du pays de Liège, et 
c'est là encore notre champ d'investigation actuel. 

Les premières antiquités et œuvres d'art recueillies par nos fon- 
<lateurs furent abritées au Palais des Princes-Evèques. L'Institut 
ilisposait alors d'une salle du rez-de-chaussée affectée aujourd'hui 
aux Archives de l'Etat. Mais ce local était si peu commode qu'on dut 
l'abandonner. 

Nos collections naissantes furent transportées dans une des salles 
<le la Bibliothèque de l'Université. Devant l'invasion des livres, 
elles durent bientôt émigrer à la Société d'Emulation. Elles furent 
de nouveau expulsées de ce local lors de la réfection de la grande 
salle des fêtes et recueillies alors par un de nos membres, Gustave 
Hagemans, qui les conserva pendant plusieurs années. En i854, les 
voilà de nouveau réintégrant le i)remier étage du Palais provincial, 
sous le titre de Musée provincial. Ce musée fut inauguré le 10 mai 
1857, sous la présidence du baron de Macar, gouverneur de la pro- 
vince. 

Neuf ans plus tard, un arrêté ministériel affectait définitivement 



— 248 — 

ce local au siège de notre Société et à notre Musée qui devint acces- 
sible au public certains jours. 

Quelques années se passent ; la restauration et l'agraudissement 
du Palais entraînent à nouveau le déplacement de nos collections 
qui comprenaient déjà l'important fonds d'Otreppe de Bouvette. La 
Ville de Liège nous offrit à ce moment l'anticliambre du Musée de 
peinture en Féroustrée. Nous dûmes décliner cette proposition et 

nos collections furent reléguées sous les combles du Palais, dans 

> 
une mansarde, où elles étaient si mal protégées que nous lisons 

<lans le rapport annuel de 1SG9, que « M. le Conservateur, pour éviter 

de plus grands dégâts, a été obligé d'employer toutes nos urnes 

romaines de grandes dimensions pour recueillir leau découlant des 

toits. » 

Cette situation précaire perdura jusqu'en 187.3. A cette date, le 
Gouvernement appropria les salles que nous venons de quitter et les 
mit à notre disposition. L'emménagement se fit en 1S74 « à l'aide des 
artilleurs que le colonel Daubresse voulut bien mettre à la disposi- 
tion du bureau», disent nos registres. Le musée fut inauguré eu 
1875, en même temps ([ue nous fêtions le vingt-cinquième anniver- 
saire de notre fondation. 

Depuis cette époque, c'est-à-dire depuis trente-cinq ans, nous 
n'avons cessé d'accumuler dans ce musée les œuvres d'art et les 
objets ayant un intérêt lustoric^ue, provenant de nos fouilles, de nos 
acquisitions, de dons, de dépôts faits par la Ville, par le Gouverne- 
ment ou par des particuliers. Il représente donc le fruit de soixante 
années de recherches et il contient des richesses archéologiques 
qu'il ne serait plus possible aujourd'luii de se procurer, à (quelque 
])rix que ce soit. 

Ce qui augmente encore la valeur de ces collections, c'est que 
I)res(iue toutes les pièces (jui y figurent ont fait l'objet d'études et de 
descriptions consignées dans les 38 volumes de nos Bulletins. C'est là 
un patrimoine scientifique que nous sommes fiers de vous apporter. 

Bien qu'un article de nos statuts stipulât: « les objets réunis par 
la Société forment un musée qui est la propriété de la Province ». 
tous les efforts tentés, dès 1857, pour mettre notre musée sous le 
patronage de la Province avaient échoué. .Mais voici qu'il y a ])eu de 
temps, la Ville de Liège nous a offert de reunir nos collections aux 
siennes dans ce cadre merveilleux qu'est la maison Curtius et d'en 
faire un musée public, prenant i»our elles toutes les charges maté- 
rielles et nous confiant la direction et l'ordonnance du musée. 
Nous avons accepté ces offres généreuses. Nous avons révisé nos 
statuts et nous avons fait avec la Ville de Liège une convention 



— ^49 — 

qui la dote d'un musée tout en nous laissant notre autonomie 
entière. Celte convention lie l'Insiilut et la Ville en un mariage sans 
éventualité de divorce qui ne pourra être rompu que par la mort de 
l'un des deux conjoints. C'est, d'ailleurs, un mariage d'inclination, 
j'allais dire de raison : nous nous connaissons dei)uis soixante ans ! 
C'est la consécration de cette convention que nous fêtons aujour- 
d'hui en inaugurant avec vous le nouveau Musée archéologique 
liégeois. Laissez-moi à cette occasion vous rappeler un souvenir 
auquel a fait hier allusion M. le Bouroniestre. 11 y a dix-neuf ans, à 
pareille date, la Ville de Liège recevait le VJ*" Congrès de la Fédé- 
ration des Sociétés d'archéologie et d'histoire. M. Kleyer était 
échevin des beaux-arts. Le bourgmestre Julien d'Andrimont disait 
avec une certaine confusion aux congressistes réunis à l'Hôtel-de- 
ville : « Nous avons à Liège un musée archéologique, mais il est 
» logé dans un grenier au Palais. L'Administration communale a 
» l'intention de lui donner un local i)lus convenable, la maison 
» Curtius, occupée par le Mont-de-Piété. Ce sera un jour le musée 
» Plantin de la Vaille de Liège ! » Cette prophétie est réalisée. 
Aujourd'hui, les autorités commutiales n ont plus à partager avec 
nous la confusion de jadis. Aujourd'hui, grâce à la générosité de la 
Ville de Liège, la maison Curtius est devenue i)ro])riété communale. 
Aujourd'hui, grâce à la science de M. l'architecte de la Ville Lous- 
berg, secondé i)ar la Commission des musées, le vieil hôtel du 
xviie siècle dont la réfection est brillamment terminée, offre à nos 
collections un cadre digne d'elles. 

1! convient que je fasse avec vous un inventaire rapide des 
richesses archeologi(|ues que nous y apportons pour constituer le 
fon<ls du nouveau Musée archéologique liégeois. 

Cet inventaire vous ex|>liquerait, si besoin en était, les lourds 
sacrifices que s'est imposés la Ville de Liège ; il vous prouverait 
aussi que ses édiles peuvent avoir confiance en nous et qu'ils 
ont bien mérité de la science et des arts en nous j)renant comme 
collaborateurs. Noti-e passé répond de l'avenir. 

L'arrangement actuel du Musée, encore provisoire, est dû à notre 
dévoue et infatigable conservateur-adjoint J. Servais. La riche 
collection des monuments lapidaires qui remplissent la deuxième 
cour du Palais ])rovincial viendra s'abriter sous la belle galerie 
ouverte qui entoure la cour de la maison Curtius Nous n'avons 
pu y transi)orter pour aujourd'hui que quelques-uns d'entre eux 
choisis parmi les plus remarquables. 

Dans le corridor en contre-bas, vers la rue du Mont-de-Piété, se 



2D0 



trouvent les sarcophages exhumés en i^o; du sol de la place 
Saint-Lambert. 

Dans le bâtiment même, les collections se rangent naturellement 
en quatre sections : 

1* Les antiquités préhistoriques et protohisloriques ; 

'2° les antiquités belgo-romaines et franques ; 

3» les antiquités du moyen âge au xviiie siècle ; 

4° nos souvenirs historiques. 

Les antiquités préhistoriques et protohistoriques qui occupent le 
deuxième étage ont été classées par MM. Marcel De Puvdt et 
Jean Servais. 

On y voit une série d'éolithes de Boncelles, ces pierres dites 
utilisées par un précurseur tertiaire de l'homme ; d'autres éolithes 
que M. Rutot attribue aux Néolithiques ; d'autres encore des 
Tasmaniens. C'est un dépôt du Musée royal d'Histoire Naturelle 
qui nous servira, pendant le Congrès, à chercher à élucider le 
problème délicat de l'homme tertiaire. 

Vous voyez dans cette section toutes les industries de l'Homme 
fossile quaternaire, recueillies dans notre province ou à ses confins, 
soit à ciel ouvert, soit dans des grottes, depuis les coups de i)oing 
chelléens et les pointes en amande acheuléennes jusqu'aux déli- 
cates pointes de flèches et aux superbes haches ])olies des 
Néolitlii<iues. 

Ici la magnifique série de silex de la gi-otte de Spy (dépôt de 
M. M. De Puydt); là les fameux poignards de pierre des environs de 
Binche (dépôt de M. M. De Puydt). Plus loin, les produits des fouilles 
pratiquées i)ar MM. .1. Hamal-Nandrin et .1. Servais dans la Cani- 
pine limbourgeoise, i)rovenant d'habitations de la fin dos temps 
<iuaternaires ou de l'aurore des temps néolithiciucs ((lei)ôt <le 
M. .1. Hamal-Nandrin). 

Les industries néolithiques sont elles aussi riclicment repré- 
sentées au Musée. Ce sont les produits lithiques des ateliers de 
taille de Sainte-Gertrude, dans le Limbourg Hollandais, et de 
Rullen fdons de M. M. De Puydti. Ce sont les matériaux recueillis 
dans les fonds de cabanes de on/e villages de la Hesbaye, ])rès du 
I^imbourg, i)ar MM. Davin-lligot et M. De Puydt. Vous a<linire7, i)ar 
<lessus tout les merveilleuses poteries ornées de <Iessins (don de 
M. M. De Puydt). Une vitrine spéciale contient les objets du fond de 
cabane découvert en i<)07, place Saint-Lambert. Puis viennent des 
séries de haches polies et d'autres instruments de chasse en silex, 
en roches dures ou rares (dépôts de MM. M. De I*uydt et .1. Hamal- 
Nandrin |. 



— 25l — 

Le Musée, par contre, est ])aiivre en antiquités protohistoriques. 
Vous y voyez cependant une série de haches, de pointes de lances 
et de torques de l'âge du bronze, et des poteries de l'âge du fer. 

Une excellente petite plaquette due à M. M. De Fuydt. dont le nom 
est revenu ici â chaque ligne, servira de guide utile au visiteur de 
cette section. 

Nous abordons la jiériode historique de notre pays avec les 
antiquités belgo-romaiues. Elles se i)artagent le rez-de-chaussée avec 
les locaux affectés aux services de l'Institut archéologi([«e. Cette 
section est de loin la plus riche et la i)lus considérable du Musée. 
Elle représente le fruit de soixante années de recherches, de 
travaux et de fouilles faites dans le sol de notre province. Ce sont 
sui'tout les restes de mobiliers de villas et de tombes belgo- 
romaines. 

Voici la tombe dite d'Avenues, avec ses belles verreries et ses 
poteries à ornements en i-elief : puis la tombe dite de flodeige. 
avec ses intéressantes i)oteries : la tombe de Blehen, avec ses 
flacons, et sa buire en bronze. Je passe les mobiliers des 
tombes de Ligney. de Héron, de l'Empereur (Moxhe), de Burdinne. 
et ceu.x des cimetières de Noville et de Visé. Arrêtons-nous à la 
sépulture à inhumation de Celles ("Waremme), datant du ive siècle: 
remarquons sa grande cruche en terre, ses verreries, son oenochoé 
et son chaudron en bronze, ses ustensiles en fer (dépôt de M. l'abbé 
Victor Demarteau). 

Une vitrine renferme nos j)rincipaux bronzes. Je cite hors pair: 
le fragment de diplôme de congé militaire délivré par l'empereur 
Trajan et découvert à Flémalle ; un Mercure de Herstal, un 
cheval de Jupille et un Priape de Tongres, une buire d'Omal, un 
umbo de bouclier de Polleur ; le moulage du vase hédonique de 
Herstal. Voici encore les bronzes provenant de la trouvaille 
d'Angleur, la i)lus importante cachette de bi'onzes romains connue 
en Belgique. 

Une autre vitrine contient nos plus belles verreries de diverses 
provenances: un flacon en foi'me de gourde (Tongres), un grand 
flacon au long col, un vase à dépressions, deux fioles à parfum dont 
l'un i>orte l'inscription Evbodia (Visé), des ampoules, une grande 
bouteille carrée et d'autres jietites en verre vert, un verre à boire 
gravé (Juslenville). 

Voici une collection d'ustensiles en fer, notamment une chaise 
pliante de Fouron-le-Comte, une hache en fer du type du dernier 
âge du bronze (villa de Survillers), etc. 

Vous admirez encore une superbe vitrine contenant les spécimens 



les plus rares et les plus caractéristiques de la céramique belgo- 
roinaiue eu terre grise, eu terre noire, eu terre rouge dite 
sainienne, voisinant avec une collection de figurines en torre cuite, 
représentant des déesses-mères, Vénus, Mercure. Et au milieu de 
tout cela, le célèbre vase à reliefs rei)résentant les dieux de la 
semaine, découvert à Jupille, et que nous a récemment ex])liqué 
M. J.E. Demarteau. 

Une grande bijoutière contient les bijoux et autres menus objets 
de toillette et autres de nos Romains et surtout de nos Romaines. 
Voici une série de grandes fibules en bronze à plaques estampées, 
une intaille en onyx, des colliers de perles des fouilles de Theux- 
Juslenville. Puis des séries de fibules ciselées, des épingles h 
cheveux, des si)atules, des bracelets, des bagues, des clefs, des 
pinces épilatoires, des sondes et d'autres instruments de chirurgie 
provenant de Tongres (collection Huygen-Devis acquise par un 
groupe de membres de l'Institut qui en font don au Musée). 

Vous entrez ensuite dans la salle dite des tombes. Elle contient le 
mobilier de trois riclies sépultures fouillées à Vervoz et à Bois- 
Borsu par notre confrère F. Ilénaux, avec une sagacité à laquelle 
nous rendons un public hommage, et qui n'a d'égal que sou désin- 
téressement. Les objets qui le comi)osent, — je vous l'ai dit hier — 
étaient disposés dans un ordre rituel déierminé qui est rétabli au 
Musée. Vous y voyez des urnes cinéraires en i)lomb, des bronzes 
superbes, des patères, des bassins, des oenochés, des buires, des 
trépieds articulés, un candélabre, une lampe, un pen<lantif en or, 
des verreries d'une délicatesse merveilleuse, des séries de vases, 
d'urnes et de patères en terre grise et rouge, enfin des objets en fer. 
Beaucoup de ces |>ièces sont de véritables œuvres d'art par 
l'élégance de leur forme et la beauté des sculptures et des gravures 
qu'elles portent. C'est là un ensemble qui ne se rencontre dans 
aucun musée de Belgique. 

Dans la même salle se trouvent encore les fragments architectu- 
raux provenant de l'édicule funéraire de Vervoz et un fût de colonne 
portant eu relief un superbe Attis, don de Madame la baronne de 
Tornaco et de M. le baron François de Tornaco, son fils, à la Ville 
de Liège en mémoire de feu le baron Auguste de Tornaco. 

Voici l'autel romain de Vinxtbach avec sa dédicace à Jupiter et à 
Juuon, que nous devons à notre regretté confrère G. llagemans ; 
puis des inscriptions lapidaires de Juslenville : voici encore une fort 
belle pièce : un bas-relief des bords du Rhin, représentant un 
cavalier romain ; puis des fragments de mosaïques d'une villa de 



— 253 — 

Jupille ; la reconstitution d'une toiture en. tuiles, éfralement de 
Jupille. 

Dans la salle V se trouvent réunies d'importantes séries de 
céramiques provenant de Juslenville, de Theux, de Fallais, de Bas- 
seiige, de Fouron-le-Comte. Une vitrine spéciale contient un choix 
de marques de potiers sur poteries en terre rouge lustrée. 

Une autre vitrine attire jjIus particulièrement l'attention des 
Liégeois; elle renferme les objets romains recueillis dans la villa 
de la place Saint-Lambert. 

. Au milieu de cette salle, nous avons placé des spécimens du 
médaillier. Ce sont des monnaies gauloises en or et en argent, des 
monnaies romaines, i)our la plupart dues à la générosité de notre 
conservateur eu chef, le docteur Alexandre. 

Les antiquités franques et mérovingiennes sont réunies dans la 
salle III. 

Vous voyez une série de verreries remarquables, des coupes, des 
ampoules, des verres à boire, des bols provenant de Fallais, de 
Lincent. de Wandre, de Seraing et de Tongres. Là, une collection 
de bronzes : boucles de ceintui"ons, fermoirs, bracelets, bagues, 
épingles à cheveux, colliers en perles de couleur, provenant de la 
collection Iluygen-Devis de Hoesselt. Voici une longue bijoutière 
renfermant les pièces de parure et d'orfèvrerie les plus intéres- 
santes de la section, notamment de précieuses fibules à rayons, en 
or, de diverses localités de la province, surtout de Fallais. Des 
armoires contiennent d'autre part de nombreuses poteries, des 
haches, des armes en fer. Enfin, deux vitrines renferment les magni- 
fiques poteries et verreries du cimetière franc de Herstal. 

Notre secrétaire, M. L. Renard-Grenson, a bien voulu publier un 
catalogue illustré de cette section. 

La section des antiquités du moyen âge au xviii° siècle occupe le 
premier étage où vous vous trouvez. 

Le Musée possè<le quelques pièces importantes du haut moyen 
âge: une sculpture de la place Saint-Lambert, l'inscription du cer- 
cueil d'Albert de Cuyck, sa crosse épiscopale et sa bague. 

La Vierge dite de dom Rupert reste notre joyau de la sculi)ture 
romane. 

Vous admirez encore quelques beaux meubles gothiques et de 
la Renaissance, dépôt de nos Hospices civils, ainsi que le bahut dit 
de Saint-Trond, du XVP siècle. 

Vous voyez aussi dans cette section de vieilles argenteries, des 
étains, des poteries, des tableaux anciens, des statues en bois, 
gothiques et autres, des ivoires, des grès, des dinanderies, dont un 



— 254 — 

berceau Louis XIV aux armes de la famille de Rougrave, des 
faïences, une collection de sceaux et de matrices, de belles boiseries, 
des objets mobiliers du moyen âge, des époques romane, gotliique, 
Louis XIII, Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, provenant des dona- 
tions de la famille de Bronckart-Grandjean, de MM. le comte de 
Pimodau, et Félix Dumout, faites à la Ville de Liège, ou provenant 
du Palais provincial, de IHôtel de ville, de l'église Saint-André et 
d'une série d'immeubles privés de notre ville. 

Xous possédons également un médaillier composé de pièces 
gauloises, romaines, mérovingiennes, et une suite de monnaies 
liégeoises parmi lesquelles des exemplaires uniques. 

Le Musée était pauvre en verreries et faïences liégeoises du 
xvilie siècle, mais la Ville vient de combler largement cette lacune 
eu acquérant l'importante collection de notre regretté confrère 
Jean Charlier. 

Enfin, parmi nos souvenirs historiques, je cite une série de por- 
traits, de bustes de personnages liégeois ayant joué un rôle lors des 
événements de la fin du xvnie siècle. 

Telles sont brièvement énumérées les ricliesses archéologiques- 
qu'abritent dès aujourd'hui les vieux murs de la maison Curtius et 
dont se compose le Musée archéologique liégeois. 

Monsieur le Bourgmestre, Messieurs les Eclievins, Messieurs les 
membres du Conseil communal de la ville de Liège, vous uous 
confiez la direction du nouveau Musée. Cette direction, nous la 
prenons avec confiance et avec fierté. Nous sommes une collectivité 
d'hommes profondément épris des choses du passé et ayant, comme 
vous, l'amour de notre ville. Xous mettons au service de ce Musée 
notre activité, notre érudition et notre science. Avec votre concours, 
nous en ferons un joyau digne de la ville de Liège. 

De chaleiifeiix et longs ;i[)plaadissements accueillent 
cette belle péroraison, tandis que la foule, qui ne cesse 
d'envahir la vaste salle, devient de plus en plus nom- 
breuse. 

Le silence rétabli, M le baron Descamps-David, Ministre 
des Arts et des Sciences, prend la parole. 

Après avoir remercié l'édilité liégeoise et l'Institut 
archéologique liégeois d'avoir associé le Gouvernement 
à cette grandiose manifestation, et les avoir félicités joyeu- 




Musée archéologique liégeois. — Grande salle du rez-de-chaussée. 
(Section belgo-romaine). 

sèment d'jivoir contracté entre eux un mariage indisso- 
luble, M le Ministre prononce le discours suivant : 

Messieurs, 



.lamais, assurément, la Ville de Liège ue s'est désintéressée des 
témoignages historiques attestant l'importance de la capitale des 
pays mosans dans l'évolution de l'art à toutes les époques. L'archéo- 
logie particulièrement a, depuis longtemps, éié tenue en honneur 
par les Liégeois. Maintes collections, patiemment formées, maints 
travaux d'érudition élaborés ici, prouvent à quel {)oint ils ont porté 
leur effort sur la connaissance du passé de leur ville, si oi*iginal et 
si cui'ieux. 

Cepen<lant, il faut le reconnaître, plusieurs générations se sont 
écoulées avant la génération actuelle, sans que les pouvoirs publics 
prissent soin de rassembler méthodiquement et de ])résenter dans 
de bonnes conditions les trésors conservés et les vestiges recueillis. 
Il n'y a pas si longtemps, les œuvres d'art et les objets intéressant 
l'archéologie locale, étaient exposés au public dans des locaux 
insuffisants. De grands efforts ont été tentés. Nous avons vu s'élever 
un Musée des Beaux-.\rts de bel a.spect et de belle ordonnance. Les 



— -^30 

expositions d'art modei'iie ont pu, grâce à l'Exi)osition unis-erselle 
de 1905, s'assurer la jouissance d'un palais agréablement situé dans 
des jardins magnifiques. En même temps, 1 hôtel d'Ansembourg, 
rétabli dans son lustre et son élégance de jadis, se meublait de 
collections précieuses, sacrifiées autrefois. Et voici i^ue renait à 
son tour la Maison Curtius, dont la simple et fière silhouette, coiffée 
de son grand toit débordant, s'imposait à l'attention de tous les 
voyageurs qui la découvraient du haut du j)ont des Arches, mais 
<lont les murailles de brique et de pierre aux liarmoiiieuses combi- 
naisons ne cachaient que des locaux délabrés, voués à de modestes 
services administratifs. 

Grâce <à l'action de l'opinion publique et aux sacrifices que la Ville, 
la Province et le Gouvernement se sont imposés, ce remarquable 
édifice, bâti au commencement du xviie siècle, par un riche bourgeois 
de la cité de Liège, a été conservé, restauré avec tact et avec goût. 
On ne pouvait mieux faire que d"v loger les collections de l'Institut 
archéologique liégeois, vraiment trop sacrifiées dans un local du 
vieux Palais des Princes-Evèques. Elle ne manqueront i)as d'éveiller 
ici un intérêt nouveau et grandissant. Elles s'y développeront à 
l'aise et attireront les accroissements. Ainsi Liège continue à 
s'embellir et à se rénover. J'ai la confiance que votre cité si active 
et si prospère, ne s'arrètei*a pas dans cette voie. L'important 
Congrès de la Fédération historique et archéologique de Belgique, 
<lont la réunion coïncide avec l'inauguration du Musée archéolo- 
gique, si heureusement transféré et transformé, ne peut manquer 
<le joindre ses félicitations aux nôtres, et les participants étrangers, 
que je salue tout particulièrement au nom du Gouvernement belge, 
l)Ourront, j'en ai le ferme espoir, rendre à la cité liégeoise, si 
cordialement hospitalière à tous, un hommage mérité. 

Nul n'est plus heureux d'applaudir à cet hommage (pie le Ministre 
des Sciences et des Arts de Belgique. 

De nouveaux et longs applaudissements accueillent ces 
])aroles si aimables de M. le Ministre des Sciences et des 
Arts. 

Ainsi se termine la cérémonie officielle d'inauguration 
et, tandis que le Ministre, avec sa suite, quitte le Musée 
pour se rendre à la Maison d'Anscmboui'g, ttne foule, 
toujours plus pressée, envahit les immeuses salles, dont 
les collections ne cessent d'exciter son admiration. 



237 

Quelques minutes après, M. le Ministre et son entou- 
rage, accompagnés des membres du Comité organisateur 
du Congrès, arrivent à la Maison d'Ausembourg. M. le 
baron Descamps parcourt avec le plus vif intérêt les 
salles, manifestant à plusieurs reprises toute sa satisfaction 
de voir une maison patricienne liégeoise du xvm® siècle 
aussi délicieusement reconstituée dans ses divers détails. 
A l'étage, il examine quelques-unes des plus belles pro- 
ductions des anciens graveurs liégeois et visite en même 
temps la belle collection de faïences et de verreries 
liégeoises provenant de feu M. Jean Cliarlier et dont la 
Ville de Liège a tout récemment fait l'acquisition. 
M. F. Pholien lui présente cette collection. 

Après cette visite, M. le Ministre et sa suite montent 
«n automobile et arrivent, en quelques instants, place 
Saint-Lambert, où l'on inaugure l'iiypocauste, découvert 
dans le courant de l'été 1907 et que la Ville de Liège a fait 
conserver, dans son état primitif, en construisant au- 
dessus des substructions un vaste plafond en béton armé. 

M. Paul Loliest, ingénieur civil et conseiller communal, 
à qui est dû. le beau résultat des fouilles organisées place 
Saint-Lambert, reçoit ces messieurs à l'entrée du souter- 
rain et leur fait voir les vestiges les plus intéressants 
conservés en place avec l'iij^pocauste. 

De là, M. le Ministre pénètre dans le Palais de Justice, 
où l'on va lui faire jeter un rapide coup d'oeil sur la seconde 
cour intérieure qui sert de musée lapidaire à l'Institut 
archéologique et dont il reste toujoui'S à dégager l'une 
des galei'ies. M. le baron Descamps constate l'absolue 
nécessité de cette restauration et veut bien promettre à 
M. le Bourgmestre qu'il fera hâter autant que possible 
l'exécution de ce travail, que l'esthétique de cette magni- 
fique cour réclame en vain depuis quarante ans. 

Mais le temps presse.; il est i3 heures et l'on se rend à 
pied à l'Hôtel de ville, où M. G. Kleyer offre un déjeuner 



— 258 — 

de 21 couverts à l'occasion de la visite de M. le Ministre. 
Dans l'entretemps, les congressistes se sont attardés au 
Musée Curtius et à la Maison d'Ansembourg ou répandus 
dans les autres musées voisins(Musée d'Armes et Musée du 
Vieux- Liégej ; un comité spécial, composé de MM. de 
Buggenoms, président; J. Closon, secrétaire; E. Polain, 
le major Loiselet, G. Rulil et le baron W. de Crassier, 
membres, s'est chargé de guider, par groupes, les congres- 
sistes dans ces diverses visites. 



Inauguration de l'Exposition Del Cour. 



Dès avant 14 heures, le magnifique parc de la Koverie 
est envahi par des centaines de congressistes et de nom- 
breuses autorités qui se 
rendent au Palais des 
Beaux- Arts, où doit avoir 
lieu l'inauguration de 
l'Exposition des œuvi-es 
du sculpteur Jean Del 
Cour. 

Vers 14 '/2 heures, M. le 
Ministre, escorté des per- 
sonnes qui ont assisté au 
déjeûner de l'Hôtel de 
ville, arrive au Palais des 
Beaux-Arts, après avoir 
traversé à pied les vastes 
jardins de la Société 
royale d'Acclimatation. Il 
est reçu à son arrivée par 
les membres du Comité 
Del Cour, dont l'inlas- 
sable secrétaire est M. l'abbé J, Moret. 

Après une série de présentations, M. G. Francotte, 




E3CPOSITICN 

Di. SON o^uvRf: 1, '< . 

avPaj^iSoesBjavxAkts ""«J . i a 

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CONGRES r^ 
ARCHEqLoGÎQN 




- 209 — 

président du Comité Del Cour, prend la parole en ces 
ternies : 

Monsieur le Ministre, 
Monsieur i,e Bourgmestre, 
Mksdames. Messieurs, 

Au nom du Comité spécial, chargé par le Congrès d histoire et 
d'archéologie de recueillir les oeuvres du sculpteur Jean Del Cour, 
j'ai riioniieur de vous souhaiter la bienvenue. 

Mon dessein n'est point de vous apprendre ce que fut Jean 
Del Cour, l'abbé Moret l'a dit excellemment dans la notice rédigée en 
vue de cette exposition ; il le dira avec plus de détail, dans le livre 
qu'il préi)are. 

Je ne pense pas davantage à présenter l'analyse ni à faire l'éloge 
de l'ciuivre ici réunie : Jean Del Cour est de taille à se défendre 
lui-même; il saura bien montrer tout ce que son art contient de 
force et de grandeur, de grâce et d'élégance: 

Mais la présence d'un nombreux auditoire, outre (pi'elle est à nos 
yeux une précieuse faveur, nous est aussi l'occasion de remercier 
tous ceux qui ont contribué à assurer le succès. 

Votre bon vouloir. Monsieur le Ministre, s'est affirmé de ijrime 
abord : dès notre première entrevue, j'avais cause gagnée : mais 
combien de fois, depuis lors, ne m'ave/vous pas interrogé avec une 
curiosité sympathique sur nos difficultés, sur nos progrès, sur les 
résultats qui, petit à petit, se groupaient. Voici l'œuvre menée à 
bonne fin ; personne ne s'en est réjoui ])lus sincèrement que vous, 
et maintenant, répondant à notre désir, vous êtes au milieu de nous 
pour saluer et consacrer le succès. 

La cause (jue j'ai plaidée devant vous n'était pas, convenez-en, 
dénuée d'arguments. J'évoquais l'intérêt qu'éveillent en nous tous 
les efforts tendant à ressusciter et à glorifier notre passé : l'inspi- 
rateur de l'exposition Albert et Isabelle ne pouvait demeurer 
insensible à la renommée de Jean Del Cour. Vous m'avez écouté 
sans impatience, quand je vous ai rappelé combien la Ville de Liège 
déplore de ne pas être à sou rang dans les manifestations artis- 
tiques (jui se renouvellent chaque année ; en attendant mieux, il ne 
vous a pas déplu de lui accorder une satisfaction. 

La Ville de Liège, en cette occurrence, se prévaut justement dune 
gloire injustement oubliée, de l'intérêt jjatriotique que sa réhabili- 
tation a suscité, de rexemi)le enfin qu'elle fut la première à donner. 
Le Conseil communal peut prétendre aux félicitations et à la 



— 26o — 

l'ec'ontiaissauoe de tous ses citoyens ; cest d'une voix unanime qu'il 
a applaudi à notre dessein ; grâce à lui. rien n'a manqué de ce qu'il 
fallait pour assurera l'exposition tout son éclat; grâce à lui encore, 
rien ne manquera non plus pour faire sortir du travail tout l'effet 
attendu ; on se réjouira d'apprendre qu'après l'exposition les 
moulages rassemblés au Musée communal y formeront, dans une 
salle spéciale, le Musée Jean Del Cour. 

Le Conseil provincial n'a pas voulu demeurer en reste de généro- 
sité : le concours qu'il ne nous a pas marchandé nous a permis de 
faire large mesui'e à Jean Del Cour. 

Les Ijiégeois sauront gré aux pouvoirs publics de ce qu'ils ont fait 
en faveur d'un compatriote de tous temps poj)ulaire ; ils l'aiment 
d'instinct, par la force d'une tradition séculaire ; ils seront heureux 
d'apprendre à le mieux connaître et de vérifier ainsi l'affection 
qu'ils lui ont vouée. 

La presse a largement contribué à faciliter notre tâche : nous lui 
exprimons notre gratitude, comme nous adressons nos remer- 
ciements aux administrations et aux particuliers c^ui, de bonne 
grâce, se sont prêtés â nos desseins. Les Conseils de fal>rique. les 
Commissions d'hospices nous ont permis d'exécuter des reproduc- 
tions qui. grâce au talent de nos mouleurs, sont par elles-mèînes 
des œuvres d'art ; les trésors des églises, les collections liégeoises 
se sont ouvertes libéralement pour nous, si bien que nous n'avons 
pas connu de refus. 

Mesdames et Messieurs, je me félicite d'avoir pu vous remercier ; 
soyex tous à l'honneur de cette journée ou, pour mieux dire, 
partagez la joie profonde qui remplit nos cœurs. Nous sommes tous 
unis dans la satisfaction d'une œuvre patriotit|ue. nous sommes 
tous unis dans l'amour de notre vieux pays. 

M. Falloise, échevin des Beaux-Arts, succède à M. G. 
Francotte et retrace, après quelques vues d'entrée en 
matière, le rôle du Gouveinement, de la Province de Liège 
et de l'Administi-ation communale de la Ville de Liège 
dans cette esthétique entreprise. 

Tl établit ensuite la place qui revient à Jean Del Cour 
parmi les sculpteurs de la fin du xvii*^ siècle 11 fait notam- 
ment observer que les artistes d'alors n'eurent pas le génie 
de leurs prédécesseurs, de la Renaissance proprement 
dite ; ce qu'en art on peidit en élévation, on le regagna en 
étendue. 



— 26l — 

A ce point de vue, observe l'orateur, notre pays a rivalisé 
avec l'Italie et la France ; en peinture, il a donné Rubens ; 
pour la sculpture, il peut revendiquer l'œuvre de Del Cour. 
Si la réputation de ce deruier ne se généralisa pas, 
Louis XIV cependant songea à lui pour lui commander sa 
statue équestre. 

Si, d'autre part, le maître liégeois se ressent à toute 
évidence de son séjour en Italie et de son apprentissage 
dans l'atelier du Bernin, son talent est marqué des ten- 
dances de la vie wallonne et on ne peut s'empêcher d'ad- 
mirer la grâce que créait son ciseau. 

La gloire de Del Cour, conclut M. Falloise, n'a guère 
pénétré dans les masses ; il convenait de l'exalter. 

Et il termine en faisant un parallèle entre le puissant et 
le tragique Constantin Meunier et l'humble et doux Jean 
Del Cour, pour remercier enfin de leurs bons soins les 
membres du Comité organisateui* (^). 

M. le ministre Descamps, après avoir confirmé ce 
qu'a dit M. l'éclievin Falloise relativement à la part 
prise par le Gouvernement à la préparation de l'Exposi- 
tion, rappelle qu'il y a quelques mois il est venu inau- 
gurer, en ce même Palais des Beaux-Arts, une exposition 
d'art moderne ; puis il s'exprime comme suit : 

Messieurs, 

Après les progrès du présent, voici la gloire du passé ; ces deux 
manifestations témoignent de l'avenir artistique de la cité de Liège, 

Jean Del ("our n'est pas un inconnu pour votre ville. Deux de ses 
œuvres maîtresses sont ici, familières à tous. Il n'est pas de bon 
Liégeois que le soin de ses affaires ou le plaisir des flânei-ies 
n'amène, quotidiennement ou peu s'en faut, dans la rue Vinâve-d'Ile 
ou sur la vieille i)lace municipale et marchande où s'élève l'Hôtel 



(1) Le teste du discours de M. Falloise a été malheureusement 
détruit à l'insu de l'orateur et du Comité organisateur. 



262 



de ville, face au i)eri'oii Ainsi, sans même entrer dans quelque 
édifice, les yeux du passant se portent, à son insu ou volontairement, 
en tout cas volontiers, sur cette jolie vierge de bronze dont le geste 
l)résente son enfant dans un élan si affectueux du haut de la pieuse 
fontaine voisine de la cathédrale, et sur ces trois Grâces de marbre, 
cariatides harmonieuses, dont les pas mesurés semblent idéaliser 
la fantaisie pojjulaire de vos joyeux cramignons. 

Le peviple aime le vieux perron et regarde avec plaisir les 
gracieuses figures dont Jean Del Cour le surmonta. 

Ainsi le nom du sculpteur que nous célébrons aujourd'hui est 
mêlé à toute la vie de la cité. Et cependant votre comité n'a pas cru 
que Liège avait fait assez pour sa gloire. Le curieux d'art éprouve 
quelque i)eine à se rendre comi)te de l'importance et des caractères 
distinctifs de l'œuvre de Jean Del Cour. Visitant le Musée com- 
munal, s'il demande à voir des œuvres de cet artiste liégeois 
fameux, il n'en trouve aucune; à Bruxelles pareillement, le Musée 
de l'Etat n'en a pas recueilli ; les moulages mêmes sont rares. 

L'hommage habituel que l'on rend à un éminent citoyen c'est la 
statue dressée sur une j)lace ])ublique. Mais le meilleur monument 
que l'on jjuisse élever à un homme vaut-il celui qu'il s'est élevé lui- 
même, si sa vie a été vraiment supérieure dans quelque ordre 
d'activité humaine? Si c'est un artiste, l'œuvre d'art qui ])arlera le 
mieux ])our lui, c'est la sienn»*. Faites-la connaître. Si elle est 
dispersée, rassemblez-la dans la limite du possible. Que dans sa 
ville natale, ou dans celle qui a été le théâtre de ses efforts, on 
j)uisse eu trouver tout au moins 1 image, et la compreudî-e mieux 
par le sentiment du lien, (juelquelois api)arent, i)arfois subtil et 
difficile à saisir, iini rattache larlisie a ses ancêtres, à ses contem- 
porains, à son milieu 

Telle a été l'insjjiration du comité. 

Eu même temps les travaux critiques surgiront; ils surgissent 
déjà. Ceux (pii ])arleront de Del Cour à 1 avenir demeureront, 
certes, redevables à leurs devanciers, mais ayant toute facilité pour 
interroger les o-uvres mêmes, pour les confronter et les comi)arer, 
nul doute qu'aux renseignements biographiques et aux jugements 
sommaires, ils ajouteront des observations nouvelles, et feront 
mieux comprendre la part d'originalité i)ersonnelle ou locale qui se 
manifeste dans Td-uvrc do Del Cour, malgré son éducation étrangère 
sous la direction du uuiitre le plus impérieusement absorbant 
le liernin. 

Del Cour et Hernin: vis-à-vis du Napolitain favori des papes, 
«lominateur incontesté de toute la sculpture italienne au \vn^ siècle, 



— 263 — 

et qui a exercé à sou époque dans toute l'Europe une véritable 
hégémonie, que sera le petit Liégeois, né à Hamoir, apprenti à 
Liège d'artistes directement ou indirectement sous la dépendance 
de l'Ecole italienne, et qui dès l'âge de vingt ans sans doute et 
jusqu'à trente, ira travailler au-delà dos Alpes sous l'influence et 
dans l'atelier même du « maitre illuslrissime »? Va-t-il, emporté jiar 
ce courant qui subordonnait tout en Europe au prestige romain, 
pouvoir défendre quelque chose de l'âme de ses aïeux, les vieux 
imagiers mosans, les tombiers, les huchiers, les sculi)teurs de 
châsses, de rétables, de fonts baptismaux, dont ce i)ays a gardé, 
malgré tant de convulsions et de ravages, des chefs d 'œuvre à la 
renommée grandissante? 

Avant la Renaissance, il y eut dans cette contrée un art autochtone, 
d'une saveur spéciale, où le goût d'un terroir i)articulier se retrouve. 
Après la Renaissance, qu'en est-il advenu? 

La critique est portée à simplifier, à résumer des i)hénomènes 
complexes en des formules générales et, par exemple, quand l'auteur 
du Cicérone, le savant Burckliardt, en vient à parler de l'influence 
du Bernin, il va jusqu'à dire: «Bernin dépasse tellement tous les 
artistes qui l'ont suivi, qu'il est superflu d'insister sur les nuances 
par lesquelles ces derniers se distinguent de lui : ils n'empruntent 
leur importance qu'à l'imitation même d'un tel modèle. » 

Cela n'est-il pas excessif? Il ne servirait à rien d'opposer à ces 
oi)inions courantes qui aboutissent à supprimer sans phrases des 
artistes tels que François Duquesnoy, Pierre Puget ou Jean 
Del Cour, la protestation sentimentale du patriotisme blessé; il 
faut que l'œuvre aujourd'hui rassemblée soit étudiée sans parti-pris 
et que l'on arrive à faire, avec précision, la part équitable do ce 
qu'il y a ici de traditionnel, de local, de personnel aussi, de ce qu'il 
peut y avoir d'emprunté dans les poses parfois affectées, dans la 
recherche de l'expression passionnée, dans l'envol turbulent de 
draperies où la virtuosité fait oublier le naturel et la logique. 

Quel est la part des qualités et des défauts? Et dans les meilleurs 
côtés comme dans les plus faibles de cet art, quelle est la part des 
modèles étrangers? Nous aurons enfin, grâce à cette exposition et 
à son prolongement dans nos musées, des éléments d'appréciation 
sérieuse. On peut ci'oire, sans témérité, qu'ils ajouteront à la gloire 
de Jean Del Cour et du paysjde Liège, qui fut son berceau. 

Et la gloire de la patrie belge s'en accroîtra. Plus nous montrerons 
son originalité propre en dépit des combinaisons politiques qui l'ont 
parfois obscurcie ou maintenue dans l'ombre, plus nous ferons 



- 264 — 

comprendre au inonde, qu'il y a ici une personnalité ethnique 
irréductible, forte et consciente de soi. 

Mais il me tarde de remercier les hommes éclairés et dévoués qui, 
sous la présidence de M. G. Francotte, ont conçu et réalisé cette 
entreprise. 

Je forme des vœux pour que le public s'associe i)leinement à 
cette œuvre et montre, une fois encore, qu'à Liège le souci des 
grands intérêts économiques s'accorde avec le sens des choses de 
l'art et le culte délicat des gloires du passé. 

La série des discour.s étant close, MM. l'abbé Moret et 
J. Rnlot guident M. le Ministre à travers les diverses 
salles, qui regorgent de monde, au point que la circulation 
y devient eu maints endroits presque impossible. 

L'Exposition a, en effet, impressionné tous les visiteurs, 
voire même les Liégeois, qui jusqu'ici n'avaient jamais eu 
l'occasion de se rendre compte de l'œuvre considérable de 
leur concito^'en. 

A i6 heures, enfin, émerveillé de ce qu'il a vu, M. le 
Ministre quitte l'Exposition; il se rend, accompagné de son 
fils, de M. Verlant, deMM. G. Kleyer, M.Falloise, J. Frai- 
pont, G. Kurtli, A. de Saint-Léger, J. Brassinne et 
L. Renard-Grenson, chez M. A. Baar-Magis, qui lui lait 
les honneurs de sou hôtel de la rue Paul Devaux et de 
sa magnifique collection de verreries anciennes. 

Une heure après, M. le Ministre regagne, en automobile, 
la gare des Guillemins, où il reprend, à 17 h. 7 l'express 
pour Bruxelles. 

Il tient, avant de se séparer des personnes qui l'accom- 
pagnent, à les remercier chaleureusement de l'excellente 
journée qu'il a passée à Liège et du bienveillant accueil 
qui lui a été réservé partout. 

Dans l'intervalle, à 16 h. So, de nombreux congressistes 
se sont donné rendez-vous, dans la salle des pas-perdus 
de l'Université, pour visiter en groupe un certain nombre 
de monuments et de musées de la ville : le Palais de 
Justice, l'Hôtel de Ville, l'hypocauste de la place Saint- 
Lambert, la salle Wittert (Université), les collections 



- 265 — 

paléontologiques et préhistoriques de l'Université, le 
Musée des Beaux-Arts, etc. 

M. J. Brassinne s'était, dès i6 1/4 h., séparé de ses 
collègues du Comité, pour organiser la visite de la salle 
Wittert, dont il a présenté les pièces les plus remar- 
quables à plus de deux cents congressistes. 

Pendant toute l'après-midi, au reste, une animation 
extraordinaire a régné dans tout le eenti'e de la ville. 

Dès 18 heures, les jardins de la Société d'Acclimatation 
sont envahis par de nombreux congressistes qui ont tenu 
à profiter de la faculté qui leur a été accordée, par le 
Conseil d'administration de la Société et son obligeant 
dii-ecteur M. Henrard, d'avoir gratuitement accès dans 
les jardins pour se rendre au Parc de la Boverie. 

C'est là en- effet qu'a lieu,' ài8 1/2 h., dans la grande 
salle du centre du Palais des Beaux-Arts, brillamment 
éclairée et ornée d'une magnifique décoration florale, le 
banquet traditionnel de la Fédération. Près de i5o 
convives prennent place aux vastes tables disposées en 
fer à cheval . 

A la table d'honneur, on i-emarque les deux présidents 
du Congrès, MM. J. Fraipont et G. Kurth, encadrant 
M. G. Kleyer, bourgmestre de Liège. 

A leur gauche sont assis : MM. A. de Saint-Léger, délégué 
du Gouvernement français ; J. Brassinne, secrétaire 
général; L. Fraigneux, échevin des travaux publics; 
F. Pholien, trésorier du Congrès ; le chanoine van den 
Gheyn, président du Congrès de Gand ; S. Bormans, 
délégué de l'Académie royale de Belgique ; P. Bergmans, 
secrétaire général du Congrès de Gand; A. Micha, 
ancien échevin de l'Instruction publique et des Beaux-Arts 
de la Ville de Liège ; J. Mignon, commissaire de police en 
chef; L. Jacques, directeur des fêtes ; les représentants 
de la presse. 

A leur droite, ont pris place : M. Verlant, directeur des 
Beaux-Arts au ministère des Sciences et des Arts ; 



— 266 — 

M^"" Schoolmeesters, vice-président du Congrès ; MM. G. 
Brom, délégué du Gouvernement hollandais : L. Reuard- 
Grenson, secrétaire général ; M. Falloise, éclieviu des 
Beaux-Arts ; E. Cartailhac, conservateur au Musée d'his- 
toire naturelle de Toulouse; E. Polain, secrétaire du 
Congrès; J. Lousberg, architecte communal ; E. Lefèvre- 
Pontalis, président de la Société française d'archéologie ; 
de Buggenoras, président du Comité des fêtes; J. Rigô, 
secrétaire communal. 

Le banquet bien ordonné par M. Sauvage, n'a pas cessé 
d'être des plus animés ; uu excellent orchestre de sym- 
phonie, dirigé par M. Alexandre, a exécuté des morceaux 
de choix dont voici le programme : 

1. Marche des Archéologues PARADIS. 

2. Fantaisie sur Carmen Bizet. 

3. Dans les cloîtres, valse leute ....... Marchetti. 

4 Adoration Fn.iPPUCCl. 

Solistes : MM. Forgeur et Duchesue. 

5. Fantaisie sur Les Saltimbanques L. Gaxxe. 

6. Les Crâmignons Liégeois DD. Meuron. 

7. Bonheur d'autrefois, gavotte Bastin. 

8. La Bouss-Bouss Mée BOREI. Clerc. 

Voici d'autre part le menu du banquet : 

Ox-tail Soup 

Turbot sauce Vincent 

Filet <ie bœuf Duchesse 

Petits pois à la Française 

Turban de riz de veau Pomjjadour 

l^oulet de Bru.xelles rôti 

Abricots au Kirsch 

.lumbon d'York glacé à l'Alsacienne 

Savarin au.x Ananas 

Fruits — Desserts. 

A l'heure des toasts, M. G. Kurth se lève le premier 
pour boire au Roi : 

« Nous archéologues, dit-il, nous legardons volontiers 
)) vers le passé; notre Souverain a surtout les yeux portés 



— 267 — 

» sur l'avenir. Grâce à lui, le jour viendra où nous aurons, 
» dans nos réunions, à faire place aux savants noirs. 

» Au Roi qui nous a appris a tout oser, au Roi et aussi 
» au prince Albert, ce généreux héritier du trône qui 
» nous a donné le rare exemple de vouloir connaître par 
» lui-même le pays sur lequel il devra régner. A lagra- 
» cieuse princesse Elisabeth et à ses enfants ; à toutes ces 
M têtes sacrées sur lesquelles repose l'espoir de la 
» Patrie » (') (Acclamations ; « Brabançonne »j. 

M. J. Fraii:)ont preud à son tour la parole et boit à 
M. le Président de la République française et à S. M. la 
Reine des Pays-Bas, les chefs des deux pays qui ont 
envoyé des délégués officiels au Congrès. Il porte ensuite 
la santé de ceux-ci, MM. A. de Saint-Léger et G. Brom, 
puis celle de M. G. Kleyer, bourgmestre de la Ville de 
Liège, des échevins MM. M. Falloise et L. Fraigneux, 
enfin de M. Verlant, directeur-général des Beaux-Arts 
(Applaudissements , a Valeureux Liégeois n). 

M. G Kleyer, au nom de la ville ardente, où de tous 
temps les luttes d'opinions ont été des plus vives, est 
heureux, Chiroux et Grignoux cordialement unis dans le 
culte du passé, déboire à la prospéi-ité toujoui'S croissante 



(1) En suite de ce toast, le télégramme suivant a été envoyé à 
S. M. le Roi : 

Les membres du XXI" Congrès de lu Fédération archéologique et 
historique de Belgique réunis à Liège acchunent le toast porté à 
Sa Majesté et à la Famille royale par le président G. Kurth. 

Les Présidents, 
.T. FuAn^oNT. G. Kurth. 

Les signataires ont reçu la réi)oiise suivante : 

Le Roi est très sensible au toast qui lui a été porté par les membres 

du A'A'/« Congrès de la Fédération archéologique et historique de 

Belgique réunis à Liège. Sa Majesté me charge de vous prier d'être 

auprès de ces Messieurs, l'interprète de Ses remercîments les plus 

sincères. 

Comte John d"Ol i.tue.mont ». 



268 



de la Fédération des Sociétés arcliéologiqucH et liisto- 
riques de Be\g'\qne (Bravos et a Où peut-on être mieux »). 

La parole est ensuite donnée à M. L. Renard-Grensou, 
secrétaire-général, qui salue, au nom du Comité organi- 
sateur, les nombreux savants étrangers qui ont bien voulu 
répondre à son appel et venir participer aux travaux du 
Congrès ; il boit d'abord aux délégués étrangers, MM. A. de 
Saint-Léger et G. Brom, puis à M. le comte de Hautecloque, 
à M. E. Cartailhac et à M. Lefèvre-Pontalis (Applaudis- 
sements, a Marseillaise » et hymne hollandais). 

M. A. de Saint-Léger remercie, au nom des congressistes 
français qui se retrouvent toujours avec plaisir sur le sol 
belge et qui, à Liège cette fois, se sont rencontrés plus 
nombreux que jamais ; il évoque ensuite les événements 
politiques qui depuis longtemps ont fait sympatliiser 
Liégeois et Français. Il lève enfin son verre à la prospé- 
rité de la capitale de la Wallonie et à la science qui unit 
les peuples (Applaudissements). 

M. G. Brom se dit très touché des attentions dont il 
est l'objet dej^uis son arrivée à Liège et heureux d'avoir 
accepté la délégation de son Gouvernement ; il met en 
relief toute l'importance du Congrès de Liège dont les 
travaux lui semblent devoir être particulièrement féconds; 
il termine en insistant sur l'excellent souvenir qu'il 
conservera de sou séjour à ïjiège ( Applaudissements) . 

M. J. Brassinne, secrétaire général, invite les convives 
à vider leurs verres en l'honneur de la Presse, et particu- 
lièrement de la presse liégeoise qui tout entière a sans 
cesse prêté son concours le plus empressé à l'œuvre des 
archéologues et des historiens (Bravos). 

M. J. Demartean, doyen des journalistes liégeois, 
remercie vivement M. Brassinne des compliments qu'il a 
adressés à la Presse. Il définit le rôle parfois difficile, 
souvent trop décrié du journaliste ; il constate que cette 
fois la presse ne connaît plus la nuance politique, tout 
comme à ce banquet, ajoute-t-il, il voit réunis dans une 



— 269 - 

ruème coiuiuiiuauté d'idées, Chiroux et Grignoux (Applau- 
dissements). 

M. le chanoine Van den Glieyn, président du Congrès 
de Gand, se lève à son tour pour féliciter les organisateurs 
du Congrès de Liège de l'immense succès qui est assuré 
à leur entreprise. Il rend tour à tour hommage au zèle 
des deux présidents, notamment de M. Fraipont, et 
au labeur non moins considérable des deux secrétaires 
généraux, au dévouement desquels est due la parfaite 
réussite du Congrès (Applaudissements). 

M. V. Tourneur clôt la série des toasts en proposant la 
santé des dames (Acclamations). 

Tandis que l'orchestre entame les joyeux crâmignons 
liégeois, le banquet se poursuit au milieu de la plus belle 
animation jusque vers 21 heures. Les convives se lèvent 
enfin pour se rendre dans le parc de la Boverie et de là 
dans les jardins de la Société d'Acclimatation. A leur 
sortie du Palais des Beaux-Ai-ts, ils sont ravis i^ar l'aspect 
réellement féerique que présentent les jardins. Un ciel 
étoile préside à une splendide l'ête de nuit et à l'embrase- 
ment des parterres et des pelouses. 

M. Ricard, l'artificier bruxellois bien connu, a illuminé 
tous les jardins avec un goût exquis et ces milliers de 
lumières, jointes aux inscriptions etaux chronogrammes qui 
scintillent dans les pelouses, produisent un effet giandiose 
qui i-appelle aux Liégeois les inoubliables illuminations 
de l'Exposition universelle de igoS. M. L. Jacques, le 
tout dévoué directeur des fêles, a parfaitement compris 
sa tâche et c'est à lui que revient l'honneur de la soirée. 

Dans la galerie du jardin d'Acclimatation, où le café est 
servi aux congressistes, un superbe concert est donné en 
leur honneur par une excellente symphonie, sous la direc- 
tion de M. Alexandre. Voici le programme de ce concert : 



— 270 — 
|re partie. 

1. Marche lorraine L. Gaxne. 

i>. Ouoerliire de Concert . . . P . Lacoxxe. 

3. Mazurka wallonne . J. Meurice. 

4. Le Trompette de Sikkingen . . . Victor E. NESsr,ER. 

2° partie. 

5. Fantaisie sur Faust . ... GOLXOI). 

6. Loin dn Bal GiEI.ET. 

7 a) La Cinquantaine, air dans le stvle 

Gabkiei.-M.mue. 
bj Sérénade badine [ancien. 

8. T'7e rf\(4/7/s/e, suite (le valsf s .1 Stuais.s. 

Ce n'est que très tard, vers 23 1/2 h., qu'on se décide à 
quitter ces jardins si pittoresques avec leurs étangs 
sinueux dans l'onde calme desquels les illuminations et les 
lueurs des feux de Bengale projettent comme de longues 
traînées de feu. 

Des milliers de Liégeois avaient envahi les jardins, 
désireux tout à la fois d'assister à la splendide fête de nuit 
qui a clôturé la seconde journée du Congrès, et de respirer, 
entre l'Ourthe et la Meuse, l'air vivifiant d'une belle soirée 
estivale. 

Lundi 2 Août. 

Les diverses sections ont terminé à 11 h. leurs travaux 
commencés dès 8 1/2 li. ; dans la plupart des sections, 
l'assistiince a été très nombreuse. 

Les congressistes se réunissent, au nombre de 200 
environ, dans la salle des pas perdus de l'Université et se 
rendent à la Cathédrale Saint -Paul, sous la direction 
de MM. de Bnggenoms, le major Loiselet et M. Cloes Ils 
y sont reçus par Ms'' Schoolmeesters, doyen du chapitre et 
vice-président du Congi-ès, qui leur fait successivement les 
honneurs de l'église, de son magnifique trésor et enfin 
des intéressantes collections du Musée diocésain. 

L'après-midi est consacré à trois excursions. Un impor- 



tant contingent de congressistes prend à la station de 
Liège- Guillemins le train de 14 li. 5i pour se rendre à 
Momalle et de là aux fonds de cabanes de Jeneffe. 

Descendus du train à i5 h. 3i, les excursionnistes, au 
nombre de i25 environ, arrivent sur le champ des fouilles 
après une courte promenade. Là, autour des fosses d'où 
les chercheurs ramènent au jour des tessons de poteries 
et des instruments en silex, des groupes se forment pour 
écouter les explications que donnent MM. M. De Puj-dt, 
J. Hamai-Nandrin et J. Servais. Les opinions s'échangent, 
les questions et les réponses s'entrecroisent et la plus 
cordiale animation ne cesse de régner jusqu'au moment 
où sonne l'heure du retour. Une cachette découverte fort 
à propos par M .1. Hamal-Nandrin permet d'offrir aux 
dames quelques fleurs en souvenir des fonds de cabanes. 

Un autre contingent, non moins nombreux, d'excursion- 
nistes a pris le chemin de Theux. Une partie des congres- 
sistes s'embarque à i3 h. 57 à Liége-Guillemins, tandis 
qu'une quarantaine de leurs compagnons quittent, vers 
14 heures, en automobile, la cour du Palais. La réunion se 
fait sur la place du Perron, à Theux, où tous, aimablement 
accueillis par MM. L. Naveau et chevalier Philippe de 
Limbourg, visitent d'abord la jolie habitation dans laquelle 
notre regretté confrère, Jean Charlier, avait rassemblé 
ses collections bien connues. Après avoir admiré l'aspect 
pittoresque de la place du Perron, ils se rendent, sous la* 
direction de leurs guides, à l'église d'une structure si 
curieuse, en parcouiant longuement l'intérieur et les 
abords : puis, donnant, en passant, un regard à la « Beu- 
verie », spécimen de l'architecture du xvii*" siècle, ils 
gagnent ensuite les importantes ruines de l'antique châ- 
teau de Frauchimont qui sur le roc dominent encore 
fièrement les jolies vallées de la Hoëgne et du Wahay. 
Ici, M. Fernand Lohest, le savant architecte à qui 
furent confiés, il y a quelques années, ])ar le Gouver- 
nement, les travaux de dégagement et de conservation des 



— 272 — 

ruines du château, guide les excursionnistes et leur 
fournit toutes les explications voulues. 

Enfin, un troisième groupe, d'une soixantaine de per- 
sonnes, dirigé par MM. le major Loiseletet F. Magnette, 
s'est donné rendez-vous, malgré une forte pluie d'orage, à 
la gare de Liége-Longdoz, d'où l'on part à i3 h. 53 pour Huy. 

Sûrement guidés par M. René Dubois, qu'assistent très 
obligeamment le président et plusieurs membres des 
« Amis du vieux Huy », les excursionnistes visitent suc- 
cessivement les principaux monuments de la ville, notam- 
ment l'église Notre-Dame avec son antique et belle crj'pte 
(xi® siècle), sa fameuse rose (rondia) et son riche trésor 
(châsses de saints Mengold et Domitien, etc. ) , le portail dit de 
Bethléem, l'antique fontaine (bassinia) de la G-rand'Place, 
la pittoresque petite église Saint-Maur, l'ancien hôtel de 
la Couronne, la cour du ci-devant couvent des Frères 
mineurs, la tour d'Oultremont, etc. 

Les congressistes rentrent à 19 h. i>o à Liège, enchantés 
de leur intéressante excursion. 

Le soir, à 21 heures, ils entendent, dans la salle acadé- 
mique de l'Université, une conférence (^) avec projections, 
donnée par M. E. Lefèvre-Pontalis sur : 

Les maisons de pierre et de bois en France 
du XW au xvr siècle. 

La salle a reçu des flots de congressistes recouvrant les 
parterres et l'amphithéâtre. Jl est visible que ce public 
choisi s'est fait fête d'entendre l'éminent conférencier, 
président de la Société française d'archéologie, professeur 
à l'Ecole des Chartes, directeur du Bulletin monumental, 
si connu par ses savantes publications et dont le nom fait 
universellement autorité dans le domaine de la science 
archéologique. 



(^) Nous eu donnons le résumé (i'après les notes de M. l'abbé 
Schvrgens. 



— 273 — 

M. Fraipont salue sou apparition à la tribune par 
quelques gracieuses paroles que ratifie chaleureusement 
l'auditoire. 

Presque aussitôt, dans l'obscurité dense de la salle 
transformée eu chambre noire apparaît, seule surface 
lumineuse, le vaste écran des projections, sur lequel, durant 
plus d'une heure, se succéderont des types innombrables 
de maisons françaises en pierre et en bois du xii'' siècle 
au XVI®, évoqués avec une érudition prestigieuse et une 
rapidité presque déconcertante pour les profanes, par le 
commentaire technique d'un maître profondément familia- 
risé avec les détails les plus ardus de son sujet. 

Le conférencier fait tout d'abord remarquer qu'il ne 
reste plus guère de témoins de Thabitation française 
antérieure au xiii*^ siècle. Les rares vestiges qu'on pos- 
sède permettent cej)endant d'affirmer que les architectes 
romans avaient apporté le même esprit de raison, la même 
subordination aux nécessités de la vie sociale et aux 
exigences du climat que dans les constructions religieuses. 

Du xii'= siècle, on a conservé quelques spécimens à 
Cluny, à l'ombre de la célèbre abbaye, à Saint-Gilles, à 
la manécanterie de Lyon, à Saint-An tonin, à Vendôme. 

Dès lors, le dessin de la maison urbaine a été formulé 
avec un rare bon sens. Au rez-de-chaussée, une large 
arcade en tiers-point pour la salle basse ou la boutique, 
dont les marchandises sont disposées sur des bahuts ; à 
chacun des deux étages supérieurs — rarement trois — 
une grande salle éclairée par des baies géminées ; au- 
dess-us, un toit saillant pour abriter du soleil et de la pluie. 

Au XIII® siècle, la partie inférieure s'ouvre souvent par 
trois baies surbaissées ; les deux étages sont dominés par 
un grand pignon ; les tympans sont décorés avec des arcs 
simulés encadrant des feuillages, comme on l'observe 
dans les tj^pes conservés à Chartres, à Gaillac, à Amiens. 
A Figeac (Lot), les tympans sont ajourés par des quatre- 
feuilles sous l'arc de décharge destiné à empêcher la 



- ^:4 - 

rupture des claveaux. A Cordes, même disposition, ainsi 
qu'à Caudebec, en Normandie. 

Parfois l'escalier faisait saillie à l'extérieur et reliait 
directement le sol de la rue au premier étage. 

C'est sur cette distribution de grande simplicité, mais 
déjà d'une liarmonieuse élégance, que s'est développée 
l'arcliitecture domestique de la période gothique. 

Le fait qui frappe à la première vue des intéressants 
clichés que le conférencier fait projeter, c'est la rupture 
complète de ce style nouveau, avec la tradition gallo- 
romaine venue d'Orient. Dans la maison antique, les vues 
sont i3rises sur les coui's intérieures : c'est la vie close et 
cachée. Désormais, les demeures prennent jour sur la voie 
publique: c'est la vie ouverte et familière. A l'art rigide et 
étroit va succéder un art libre et flexible. 

Avec le xiv^ siècle apx^araissent dans l'habitation des élé- 
ments caractéristiques, d'origine sans doute i)lus ancienne, 
mais qui obtiennent alors seulement une large diffusion : 
c'est le meneau cruciforme d'abord très simple et qui ira se 
compliquant par la suite; c'est aussi le pignon en escalier, 
d'abord avec gradins assez hauts mais qui se rapproche- 
ront davantage, mode qui a pris naissance dans la région 
rhénane et dans le Tournaisis. Au reste, les fenêtres sont 
de plus en plus ajourées ; les chaxntcaux s'ornent d'un 
feuillage opukMit, les r(Mnplages sont ti'èflés ; la moului-ation 
est très soignée. 

Trêves, Figeac, Cordes (maison du Grand Veneur), Laon, 
Sarlat, et les maisons dites du style catalan fournissent 
des exemples topiques au conférencier. 

Les xv*' et xvi*^ siècles montrent l'art civil franrais dans 
tout son épanouissement. Ce qu'il faut admirer par dessus 
tout dans la merveilleuse galerie que M. Lefèvre-Pontalis 
fait défiler sous les yeux des auditeurs, c'est la liberté du 
plan, l'imprévu des dispositions, ces c()ui)ures pittores(|ues 
d'une asymétrie piquante, qui prêtent tant de vie, de grâce 
et do sou])lesse aux formes architecturales. 



On remarquera notamment de jolis meneaux harmo- 
nieusement subdivisés ; de ravissantes tourelles d'escalier 
polygonales, des tourelles eu encorbellement faisant saillie 
sur un cal de lampe ; parfois, des rectangles de pierre 
alternant avec les rectangles de brique ; parfois aussi, une 
crête élégante surmontant les pignons ; des bagues agré- 
mentant les colonnes ; enfin, la floraison des figui-ines, la 
splendeur même des cariatides. 

Le conférencier fait successivement apparaître sur 
l'écran une multitude de créations vraiment originales 
parmi lesquelles, la maison du Sagittaire à Amiens, celle 
du Grabatoire au Mans, diverses habitations de Château- 
dun, de Troyes, de Verneuil, de Sarlat, la maison de 
Henri IV à Nérac, celle dite des Ti-ois-Nourrices à Nar- 
.bonne, celle des Médecins à Chartres, l'hôtel du Vieux 
Raisin à Toulouse, la magnifique demeure de Riom, ornée 
de la représentation allégorique des quatre vertus cardi- 
nales, pour finir avec un hôtel de Fréjus, décoré par 
Puget. 

M. Lefèvre-Pontalis consacre la seconde partie de sa 
conférence aux maisons de bois. 

Viollet-le-Duc a eu la bonne fortune d'en découvrir à 
Dreux remontant au xii'' siècle. C'est lui qui les a, pour 
ainsi dire, décortiquées et en a fait connaître la structure 
intime. Elles relèvent de deux sj'stèmes : les unes entière- 
ment construites en bois, leurs poteaux reposant sur des 
dés de pierre ; les autres faisant reposer les étages supé- 
rieurs de bois sur le rez-de-chaussée eu pierre. 

Des spécimens curieux de ces bâtisses de pans de bois, 
simplement hourdés, disposés en forme de croix de Saint- 
André, à encorbellements successifs, sont mis sous les 
yeux des auditeurs, et tour à tour Le Tréport, Dol, Bayeux, 
Morlaix, Lisieux, Caen, Siiint-Lô, Saint-Brieuc, Launion, 
la célèbre maison de la Reine Bérangère au Mans, celle 
du Saumon à Chartres, celle d'Adam à Angers, de 
François 1^'' à Abbeville, et beaucoup d'autres encore de 



— 276 — 

Reims, de Bar-siir-Seine, d'Annoiiay, montrent ce genre 
de construction qui fut employé partout en France, mais 
qui reste le triomphe de l'architecture normande. 

En guise de conclusion, M. Lefèvre-Pontalis flétrit la 
lourdeur et la banalité de tant de demeures modernes, ponr 
exalter le retour aux modèles du passé et aux inspirations 
locales. 

Mardi 3 Aour. 

Les sections ont travaillé régulièrement depuis 8 h. ^/j 
jusqu'à II heures ; celle de préhistoire n'a cessé ses tra- 
vaux que vers 11 '/s heures. 

A II h. i5, un fort groupe de congressistes, conduit par 
MM. G. Ruhl, F. Lohest et M. Cloes, quitte l'Université 
pour aller visiter un certain nombre de monuments de la 
ville. 

Au programme de l'après-midi figurent trois excursions. 

La première, ayant pour objet la visite de Maesti-icht, 
réunit près d'une centaine de participants ; on quitte la 
gare de Liége-Lôngdoz [)our arriver à 12 h. 27 dans la 
capitale du Limboui'g hollandais. 

Après un déjeuner servi au Grand Hôtel de l'Empereur, 
on commence la visite de la ville, sous la direction de 
MM. Loomans et Flament, archiviste de l'Etat dans le 
Limbourg. L'église Saint-Servais et l'église Notre-Dame 
retiennent longuement l'attention des congressistes, qui 
écoutent avec le plus vif intérêt les explications que leur 
fournissent d'infatigables cicérones, connaissant à mer- 
veille les monuments dont ils font les honneurs. Ensuite, 
c'est aux Archives de l'Etat, si bien installées dans l'an- 
cienne église des Dominicains, que se rendent les excur- 
sionnistes. Ils y admirent d'intéressantes séries de docu- 
ments, spécialement exposés à leur intention par le 
conservateur et ses adjoints. Mais l'heure passe, et 
l'Administration communale attend les congressistes ù 
l'Hôtel de ville, (^uand ils s'y trouvent réunis et qu'ils 



ont été introduits dans la salle où les accueillent le bourg- 
mestie et les éclievins, M. de Buggenoras les présente et 
rappelle en excellents termes les liens qui rattachent 
Maestriclit à l'ancien pays de Liège. M. Bauduin, bourg- 
mestre, souhaite la bienvenue aux membres du Congrès 
et a des mots flatteurs pour les Belges et surtout pour les 
Liégeois. La visite de l'Hôtel de ville commence ensuite. 

A 19 h. 16, les Congressistes rentraient à Liège, enchan- 
tés de l'accueil que leur avait i-éservé la vieille cité 
mosane ('). 

La seconde excursion inscrite au programme a pour 
objet la visite du château de M. le comte d'Oultremont, à 
Warfusée. 

Tandis qu'une quinzaine d'excursionnistes, guidés par 
M. G. Francotte, quittent à i3 h. 5o Liége-Longdoz pour 
Engis, d'où une promenade de ^o minutes environ les 
conduit au château, un second groupe de congressistes 
part en automobile de la cour du Palais, sous la direction 
de M. l'architecte E. Jamar. 

A i5 heures, les deux groupes se trouvent au château, 
dont les honneurs leur sont faits avec la plus parfaite 
bonne grâce par M. le comte d'Oultremont. Celui-ci a tenu 
à les recevoir en personne et leur offre très aimablement 



(1) Au cours de cette visite, le télégramme suivaut a été adressé à 
Sa Majesté la Reine Wilhelmiiie des Pays-Bas : 

Les membres du XXl« Congrès belge d'histoire et d'archéologie, 

réunis à l'Hôtel de ville de Maestricht. acclament Sa Majesté et 

forment les vœux les plus ardents pour la Reine, sa dynastie et les 

Pays-Bas. 

Les Présidents, 

Fraipont et KURTH. 
Ceux-ci ont reçu, le lendemain, la l'éponse suivante : 
Sa Majesté la Reine me charge de vous remercier sincèrement de 
vos vœux et de vos gracieux hommages . 

L'aide de camp, 

DU MONCKAU. 



- 278 - 

le thé, après leur avoir fait voir les antiquités les plus 
remarquables (peintures, sculptui-es, faïences, etc.) que 
renferme le château de AVarfusée. 

Les automobilistes se lendent de là chez M. H. Dufays, 
à Saint-Georges-sur-Meuse, où les attend une cordiale 
réception, et où ils peuvent admirer une très intéressante 
collection archéologique ; M. Dufays pousse l'amabilité 
jusqu'à les conduire au château de Jehay, dont ils visitent 
le paro, puis à la curieuse chapelle de Flône ; enfin, au 
château de M. le baron de Potesta, à Hermalle, dont ils 
ne peuvent, vu l'heure tardive, voir que le parc. 

Une demi-heure après, les excursionnistes sont rentrés 
en ville, charmés de leur excursion et ravis de l'heureuse 
initiative qu'a prise M. de Buggenoms, le dévoué directeur 
des excursions, d'avoir recours à des automobiles pour 
agrémenter et abréger cette course assez lointaine. 

La troisième excursion, enfin, a été organisée au fameux 
gisement des éolithes préaquitaniens de Boncelles. 

Un grou})e de congressistes prenait place, à i3 heures, 
dans des breacks qui les attendent dans la cour du Palais. 
11 traverse la ville et se dirige vers Boncelles par Kinkeni- 
pois et la vallée de la Meuse. 

Arrivé à Boncelles, il est lejoint par un second groupe 
d'excursionnistes venus en chemin de fer par Tilff. 
Malgré l'inclémence du temps, tous se réunissent au 
nombre d'une gros^^e centaine autour de M. A. Rutot, 
directeur de l'excursion, qui, en présence du gisement 
célèbre, se multiplie et donne infatigablement tous les 
renseignements qui lui sont demandés II fait notamment 
voir aux congressistes que le gisement n'est pas remanié. 
Il reprend ensuite les différents arguments qu'il a déve- 
loppés en section (voir compte-rendu des sections;. Il 
montre enfin comment, selon lui, lètre intelligent oligo- 
cène a utilisé ces silex. 

M. .1, Fraipont, tout en maintenant les réserves qu'il a 
exprimées en section, remercie M. Rutot au nom des 
assistants. 



— 279 — 

Puis, vers 17 heures, tandis que les uns regagneut Tilff 
pour y reprendre le train, les autres remontent dans les 
breacks qui les ramènent à Liège par la vallée de l'Ourthe 
dont, malheureusement, la pluie euipèche d'admirer tout 
le charme pittoresque. 

Cette journée, si bien remplie, mais que le beau temps, 
malheureusement ue favorise guère, se termine par une 
brillante conférence donnée à 21 heures, à la Salle acadé- 
mique, par M. Emile Cartailhac, l'érudit conservateur au 
Musée d'histoire naturelle de Toulouse et le doyen des 
préhistoriens français sur : 

La peinture murale des grottes préhistoriques. 

M. Cartailhac, après un mot personnel de remercie- 
ment et d'amitié au président, exprime sa gratitude de 
l'accueil qui est fait en Belgique à ses confrères et à lui. 

On a, dit-il, d'autres raisons d'affectionner les savants 
belges et de leur être reconnaissant. De 1820 à i83o, l'au- 
rore de l'archéologie préhistorique illuminait l'Europe 
occidentale : en Angleterre, on découvrait la richesse 
paléontologique des cavernes ; au sud de la France, 
Tournai explorait la grotte de Bize, où se révélait le 
Renne, et, le premier, prononçait le nom d'époque préhis- 
torique; c'est à ce moment qu'en Belgique, un naturaliste 
habile et bien inspiré, P. C. Schmerling, commença ses 
fouilles restées classiques et, le premier, appela l'attention 
sur les silex taillés; sa description des ossements fossiles, 
avec un beau luxe d'illustration, inaugura les publications 
nécessaires. Il avait semé sur une terre féconde où l'on 
devait moissonner trente et quarante ans après. Eu 1867, 
Edouard Dupont apporte au Congrès de Paris la 
mâchoire de la Naulette, qui complète si heureusement 
le déjà célèbre crâne de Xeanderthal et, bientôt après, 
une suite de recherches bien conduites met hors de pair 
le Musée de Bruxelles. Comme on a bien continué ! 



— 28o — 

M. De Paydt, M. Lohest, J, Fraipont, ont la bonne fortune 
de découvi-ir et de publier Spy. Leurs sages conclusions 
devançaient de vingt ans la science contemporaine ; 
depuis lors, que d'émulés se sont consacrés avec succès 
à la préhistoire de la province et voici qu'un splendide 
musée spécial vient d'être inauguré ! Partout, d'ailleurs, la 
paléontologie humaine est en faveur ; la lumière est pro- 
jetée sur les plus lointains horizons et des progrès uou- 
A^eaux se réalisent de jour en jour. 

Parmi les découvertes principales, il faut citer les pein- 
tures murales ou rupestres paléolithiques. 

En 1880, un Espagnol distingué de Santander, M. de 
Sautuola, fouillait la caverne d'Altamira Sa petite fille 
aperçut sur le plafond une image et, à son appel, chacun 
la vit et on en trouva d'autres, plus de vingt : des bœufs, 
un cheval, une biche, peintures polychromes donnant, 
avec certaines bizarceries, la silhouette des animaux. 
M. de Sautuola publia sa découverte et attribua les dessins 
aux hommes qui avaient, à l'ancien âge de la pierre, 
habité la grotte et laissé sur le sol une couche épaisse de 
cendres, d'objets travaillés et de débris de cuisine. Il 
trouva les préhistoriens fort sceptiques. Personne, en 
France, ne voulut croire que des sauvages eussent fait des 
figures si remarquables. Avaient-ils seulement la lumière 
artificielle nécessaire? Et pourquoi ces peintures seraient- 
elles demeurées des siècles si fraîches, intactes? Le silence 
se fit jusqu'en 1895. Cette année-là, Emile Rivière fouille 
la grotte de La Mouthe, aux Eyzies(Dordognej, et, un jour, 
des figures gravées se découvrent loin de l'entrée, sur le 
plafond et les parois. On accourt, on étudie, on constate 
que ces dessins sont du même style que ceux qui orne- 
mentent une foule d'os travaillés de l'âge du Renne; d'ail- 
leurs le renne et même le mammouth sont représentés. Et 
les conditions d'authenticité et d'ancienneté sont abso- 
lument indiscutables. 

Instruit par ce fait nouveau, M. F. Daleau découvre à 



— 28l 

son tour des figures pareilles sur les parois de la grotte de 
Pair-nou-Pair, qu'il fouille eu Gironde ; or, ces dessins 
plougeaient dans un remblai archéologique postérieur à 
eux, et paléolithique. 

A La Mouthe, comme à Altamira, la lumière du jour ne 
peut pas être apeieue de la galerie ornementée ; on est à 
plus de cent mèti-es du jour. Comment s'éclairaient les 
primitifs? M. Rivière trouve une lampe, rudimentaire 
sans doute, mais semblable à celle des Esquimaux ; une 
question grave est ainsi tranchée. 

Alors on commença à penser qu'on avait été trop vite 
pour juger les faits d'Altamira. On le comprit encore 
mieux lorsqu'en 1902 se produisirent deux découvertes 
d'une grande importance : Peyrony, Capitan et Breuil 
publient, à huit jours d'intervalle, les grottes des Comba- 
i-elles et de Font-de-Gaume, dans la Dordogne, toujours 
auprès des Eyzies, cette capitale des troglodj'tes. 

Aux Combarelles, long couloir étioit dont les murs ont 
des milliers de gravures avec traces éparses de peintures 
effacées, toute la faune quaternaire est représentée par les 
mammouths et les rennes, les bisons et les chevaux, les 
cerfs, les bouquetins et quelques carnassiers. 

Font-de-Gaume a ses galeries plus amples, très pro- 
fondes, aussi avec des peintures polychromes identiques 
à celles que M. de Sautuola avait signalées à Altamira. 

M. Cartailhac décrit, compare tous ces vestiges ; il pro- 
jette quantité de photographies qui mettent ses auditeurs 
au courant de nombreux détails importants ou curieux. 

C'est avec un burin de silex qu'on esquissait l'image, 
qu'on plaçait les parties essentielles; puis, avec un pinceau, 
on passait la couleur probablement délayée à la graisse ou 
dans quelque suc végétal, comme font de nos jours cer- 
tains sauvages (Boschimans, par exemple*. Les oxydes du 
fer, ocre, limonite, sanguine fournissaient le rouge, le 
jaune, le brun. L'oxyde de manganèse donnait le noir. Ces 
substances abondent dans le pays et elles ont été reti-ou- 
vées dans les couches des stations. 



282 



Aucun tableau, aucune scène, mais des animaux qui 
s'accumuleut là où il y a de la place, dans tous les seus. 
Les accideuts de la roche sont souvent utilisés de la 
manière la plus ingénieuse, si bien que c'est à se demander 
si ce n'est pas dans ces jeux de la nature qu'il convient de 
chercher l'origine de l'inspiration, le début de l'art paléo- 
lithique. 

Les dessins au trait sont le plus souvent enchevêtrés ; 
on les a supeiposés et croisés comme on fait quelquefois 
sur un album où manque la place nette. Les peintures, 
elles aussi, ont été refaites, remplacées par de nouvelles. 
Il reste ordinairement des traces très visibles de ces 
diverses œuvres successives et l'un des savants qui s'est 
consacré avec un talent exceptionnel à ces études, 
M. l'abbé Breuil, ayant vu toutes les cavernes ornées, 
ayant copié au cours de plusieurs années tous les dessins, 
a pu démêler l'évolution de cet art. Les peintures mono- 
chromes, rouges et noires, ont été d'abord pratiquées ; 
sur elles, plus ou moins longtemps après, on a tracé les 
polychromes. Pour la gravure, M. Breuil arrive à des 
conclusions correspondantes, fort curieuses, indiquées 
déjà par l'un des plus illustres préhistoriens de l'Einope, 
M. Edouard Piette, d'après son admirable collection 
donnée par lui à l'Etat fiançais. 

I<\)nt-de-Gaume est une caverne placée dans une contrée 
sui)erbe. Elle était fréquentée par les touristes qui eurent, 
là comme partout, la manie d'y graver leurs noms. Les 
peintures plus sombres que le rocher ont été spécialement 
trop souvent choisies pour ces signatures désastreuses, 
mais elles sont néanmoins très visibles et la [)hotographiG 
les reproduit à merveille. Ija plupart sont très fragiles ; 
on pourrait les effacer aisément eu quelques minutes. 
Elles donnent l'impiession qu'on avait éprouvée d'abord 
à Altamira. Ou les dirait d'hier ! Mais mêlées à ces pages 
effaçables, d'autres sont soudées à la roche par un voile 
de stalagmite. On observe quelquefois une bête dont une 



— 283 — 

pai'tie est très fraîche et Vautre partie est traversée par 
une stalagmite éi^aisse. Les stalagmites ne se forment 
plus dans la grotte ; celles que nous y voyous sur les 
œuvres d'art ne donnent j^as l'ombre d'une évaluation 
chronologique précise, ne fixent pas une date, mais elles 
permettent d'affiiMner ([ne le dessin irapi)artient pas aux 
temps modernes et personne au monde, avant les temps 
modernes, n'aurait pu tracer l'image des animaux quater- 
naires, notamment Velephas primigeniiis, du mammouth 
aux défenses superbement recourbées. 

M. Cartailhac a montré la photographie d'une série de 
bisons à la file sur lesquels on avait établi une autre bande 
et, cette fois, de mammouths. 

De temps eu temps apparaissent des figures d'un autre 
genre, des signes étranges plus ou moins géométriques, 
lignés et pointillés. Les découvertes faites dans d'autres 
grottes ont montré l'importance exceptionnelle de ces 
signes, de ces pages d'inscriptions fréquemment en rapport 
avec les images d'animaux. 

M Cartailhac en donne aussitôt des exemples pris dans 
nne caverne des Pyrénées, à Marsoulas (Haute Garonne), 
peinte comme Font-de-Gaume et qu'il a étudiée avec l'abbé 
Breuil. Les deux préhistoriens eurent là la conviction 
qu'ils étaient dans l'antre de quelque sorciei" et, dans la 
suite, toutes les comparaisons ethnographiques confir- 
mèrent cette impression première et mirent pour eux en 
évidence le rôle magique des peintures en question. 

Ils ont, après Marsoulas, entrepris l'exploration de la 
caverne lointaine d'Altamira, bien au delà de Bilbao et 
plus loin que Santander. Ils ont pu rendi-e pleine justice à 
M. de Sautubla qui avait eu, sur tous les points, parfaite- 
ment raison. Mais à la lumière des faits nouveaux, plus 
expérimentés, MM. Breuil et Cartailhac découvrirent 
dans cett(3 admirable caverne une prodigieuse quantité de 
vestiges nouveaux, inédits à tous égards. Durant plus 
d'un mois de travail énergique de l'aube à la nuit, la 



2?54 

moisson fat magnifique et les projections pliolograpliiqnes 
exposent les principaux dessins dont parle le conférencier. 

Altamira confirme à merveille les conclusions données 
par les observations de M. Rivière à La Moutlie. de 
M. Daleau à Pair-non-Pair. La station humaine fouillée 
par M. de Sauiuola et qui est loin d'être épuisée est 
également paléolithique et d'un niveau assez ancien. 
Ainsi peu à peu les renseignements forment un bloc et ils 
entraînent dès ce moment l'assentiment général. 

MM. Cartailhac et Breuil eurent la bonne fortune de 
laisser dans le paj^s un jeune observateur, M. Alcade del 
Rio, qui se passionna pour ces recherches et fit à son tour 
la découverte d'une série de cavernes ornées d'une foule de 
dessins étonnants. Il y a d'autres chercheurs; ou rivalise, 
en Espagne, pour le progrès des études ; chaque année, 
Breuil se rend auprès de ses amis et chaque fois des pages 
s'ajoutent au livre de la préhistoire. 

En Espagne, une dizaine de cavernes, et davantage en 
France, sont maintenant connues. Séduit par le grand 
intérêt de ces recherches, un prince enthousiaste de la 
science, le prince de Monaco, dont la grande œuvre 
océanographique est célèbre, a pris sous son patronage la 
publication de cette nouvelle histoire de l'art. Grâce à lui, 
une splendide édition commence. Le premier volume 
consacré à Altamira a paru; dix autres suivront et la 
bibliothèque de l'Université de Liège en recevra le don. 

Toutes les cavernes ont des traits communs ; toutes ont 
leurs particularités. M. Cartailhac cite celle de Xiaux, 
dans les Pyrénées ariégeoises. Elle a 1400 mètres de lon- 
gueur. A 800 mètres du jour, une salle immense est ornée 
d'une large bande d'animaux dessinés au trait et en noir. 
Là, un fait nouveau et très suggestif se présente. La moitié 
des bêtes portent sur le flanc l'image en noir ou en rouge 
d'une flèche. On ne peut douter qu'il y ait là une pratique 
d'envoûtement. D'ailleurs l'Australie fournit de précieuses 
explications. Les primitifs de ce continent ont gardé la 



— 2.S'5 — 

mentalité des plus lointains ancêtres. Ils font des dessins 
comparables à ceux de nos cavernes pour agir par la magie 
sur la chasse des jours suivants, pour assurer la capture 
du gibier, pour multiplier la nourriture nécessaire à des 
malheureux qui n'ont pas les ressources de l'agriculture, 
des animaux domestiques. Les Australiens font ces céré- 
monies entre initiés: les femmes, les enfants, les étrangers 
sont exclus sous peine de mort. Xous comprenons ])onrquoi 
plusieurs de nos grandes cavernes ornées sont d'un accès 
difficile, pourquoi c'est dans le mystère de leurs profon- 
deurs que l'on trouve les dessins. 

Il est probable qu'une race qui savait si bien utiliser les 
couleurs minérales avait ses tatouages et ses vêtements 
coloriés. Elle devait aussi à la manière des Boscliiraans 
orner àl'extérieur des cavernes les lieux qu'elle fréquentait. 
En Espagne, dans des régions où le climat est essentielle- 
ment favorable, les rochers des falaises ont conservé des 
gravures et des peintures qui chez nous ont totalement 
disparu, mais qu'on retrouve encore au Nord de l'Afrique. 

M. Cartailhac termine ses projections en présentant une 
des plus curieuses pages qu'on puisse imaginer. C'est, sur 
un rocher de la Catalogne, à Cogul, parmi des cerfs et des 
boeufs en rouge ou en noir, exécutés comme ceux des 
cavernes, avec le même st^ie, évidemment contemporains, 
une ronde de femmes en jupon autour d'un homme nu. Un 
touriste espagnol avait signalé cette scène. M. Breuil l'a 
mieux comprise et vient de la publier dans la revue 
U Anthropologie, où s'accumulent depuis six ans tous ces 
documents, et déjà les discussions s'engagent sur sa signi- 
fication exacte. 

Aux dernières nouvelles, M. Breuil annonçait à M. Car- 
tailhac la découverte de milliers de gravures sur les 
rochers du Nord-Ouest de l'Espagne. 

Enfin l'éminent conférencier termine en invitant les 
Belges et tous les amis de la préhistoire à descendre en 
Dordogne ou dans les Pyrénées. Il espère les voir arriver 



— 286 - 

noiubreiix l'an piocliain à Toulouse où se tiendra un 
grand congcès scientifique. Une excursion finale en moins 
d'une semaine permettra de visiter ces extraordinaires 
monuments. 

Merckedi 4 AOLT. 

Les diveises sections se sont mises ardemment à l'œuvre 
dès 8 1/2 11. ; une sous-section spéciale, celle de la musique, 
tient séance dans une salle c^iii lui a été spécialement 
réservée. 

A II h., plus de 25o congressistes se réunissent dans 
la salle des pas perdus pour visiter eu groupe les églises 
Saint-Jacques, Saint-Denis, Saint-Jean et Saint-Chris- 
tophe, où ont lieu entre ii et i3 heures des auditions 
d'orgues (voir le programme de ces auditions avec notices 
biographiques au tome 1, pp. gg-ioSi. 

Les congressistes prennent le plus vif intérêt à ces 
auditions, dues au talent de MM. Louis Lavoj^e, Lucien 
Mawet et Feruaud Mawet et en emportent le meilleur 
souvenir. 

A i4 h. 3o un groupe de congressistes se réunit au 
terminus du tramway de Cointe, au coin de la rue Sainte- 
Véronique, en vue d'une promenade circulaire par les nou- 
veaux boulevards. MM. G. lluhl, F. Loiselet et M. Cloes se 
chargent de les guider et leur font visiter successivement 
l'antique église Saint-Gilles, la caserne Saint-Lauieut. les 
églises Saint-Martin, Sainte-Croix et Saint-Servais. 

A 17 h. 3() a lieu, à la Salle académique de l'Université, 
une assemblée plénière, réservée à la discussion de ques- 
tions présentant un intérêt général et à une communication 
de M. G. Kurth, président du Congrès, sur le programme 
qui doit être celui des Sociétés d'histoire et d'archéologie 
ainsi que des Congrès de la Fédération. 

On trouvera plus loin le compte-rendu de cette réunion. 

La soirée enfin se passe dans la grande salle mauresque 
du Café Continental, où M. le D'" Dwelshauvers a bien 



voulu se charger d'organiser, à 21 heures, un charmant 
concert de musique ancienne, consacré exclusivement à 
l'audition d'œuvres liégeoises (voir programme au tome I, 
p. 106). 

La salle est archicomble et l'assistance applaudit 
successivement les divers artistes qui se produisent : 
]yj[ine phiiippens- Jollet interprète impeccablement l'air : 
Qiiid est tibi de l'oratorio In exitn Israël, de Hamal, et 
fait mieux apprécier encore sa jolie voix et son grand 
talent dans V Ariette de Panurge, de Grétry, et la romance 
Le Jaloux, de Hamal. M. Franck rend très heureusement 
l'air A facie Domine, de l'oratorio In exitn Israël, de 
Hamal, tandis que MÎM. Jaspar, Maris, Bauwens, Foidart, 
Vrancken, Leva et Lambert exécutent avec maestria les 
moi'ceaux n i (Onoertnre) et n° 2 (Symphonie concertante) 
du programme. 

Une mention hors pair est due aussi à l'excellent Chaenr 
a capella, dirigé magistralement par M. liucien Mawet et 
qui interprète deux chœurs: Cantica sacra et Madrigal, 
de Henry du Mont. 

L'assistance se retire à 22 12 heures, ravie du délicieux 
concert cpi'elle vient d'eutendi-e, et dont elle loue à la fois 
l'heureuse composition et la parfaite exécution. 

Jeudi 5 Août 

Après les réunions des sections, dont deux n'ont pas 
craint de travailler, l'une jusque vers 11 1/2 heures, l'autre 
jusque passé midi, une centaine de congressistes se 
réunissent dans la salle des pas perdus de l'Université, 
d'où l'on se rend place Saint-Lambert, pour prendre le 
trannvaj' vers Sainte-Walburge ; le programme prévoit, 
en effet, une promenade à la citadelle, puis, après la 
descente par la montagne de Bueren, la visite de l'église 
Saint-Barthélémy, avec ses célèbres fonts baptismaux. 
De là, on se rend à l'église des Rédemptoristes, puis à celle 



— 288 — 

de Saint-Antoine, pour terminer par la cour des Mineurs 
et la Commanderie de Saint- André. 

Enfin, à i5 heures, se tient, à la salle académique de 
l'Université, la séance de clôture du Congrès, dont on 
trouvera le compte-rendu plus loin. 

A 17 1/2 heures, la séance est levée et les congressistes 
se séparent, non sans avoir exprimé toute leur satisfaction 
d'être venus à Liège. Tous se réjouissent des bonnes 
journées que leur a values le Congrès de Liège et pro- 
mettent de se retrouver dans deux ans au prochain 
Congrès de la Fédération, dont le siège n'a malheureu- 
sement pas pu être fixé encore. 



PUBLICATIONS OFFERTES AU CONGRES 



Arendt (Ch.). — L'Age (l'or du Grand-Duché de Luxembourg sous le 
régime autrichien. (Extrait de la Revue luxembourgeoise, 
t. IV, année 1909). — Luxembourg, imprimerie M. Huss, 
1909, in-8", 8 pp. et 6 planches hors texte. 

— Allgemeines iiber Bnrgenkunde mit Bezugnahme auf inliin- 

dische Burgen und Schlôsser (Extrait de la revue Ons 
Hémecht). — Luxembourg, imprimerie Fr. Bourg-Bourger, 
1909, in-80, 8 pp. 

■CfMONT (G). — utilisation du phtnnite cambrien des environs d'Otti- 
gnies et du grès tertiaire bruxellien par l'homme préhisto- 
rique {Extrait du Bulletin de la Société d'Anthropologie de 
Bruxelles, tome XXIII). — Bruxelles, Hayez, 1904, in-8". 
Il pp. 

— Observations sur la communication de M. A . Rutot. Notions 

préliminaires sur le Néolithique (Extrait du Bulletin de la 
Société d' Anthropologie de Bruxelles, t. XXIV, i9o5). — 
Bruxelles, Hayez. 1906, in-8», 11 pp. 

— Quelques mots au sujet du Tardenoisien et de la transition du 
Paléolithique au Néolithique (Extrait du Bulletin de la Société 
d'Anthropologie de Bruxelles, t. XXVI). — Bruxelles, Hayez, 
1907, in 8», 4 pp. 

UK Baye (baron). — Les fibules de l'époque barbare spéciales à 
l' Ukraine et leurs prototypes (Extrait du Bulletin monumen- 
tal, année 1908). — Caen, Henri Delesques, imprimeur- 
éditeur, 1908, in-80, i3 pp.^ 4 planches hors texte. 

DE BoRCHGRAVE (barou). — Sur l'origine du nom de Liège. Les Leukes. 
Bruxelles, 1909, in-S», 10 pp. 



— 290 - 

DE Gheli.iXCK-Vaerxewijck (vicomte). — Un livre de raison anver- 
snis dn XVie siècle. Les Van Halmale lExtrait des Annales de 
l'Académie royale d'Archéologie de Belgique^ Anvers, anuée 
iyo4). — Anvers, veuve de Backer, 1904, iu-8°, 102 ])]). avec 
vignettes. 

— Les fonilles de Calmant (Extrait des Annales dn Cercle archéo- 

logique et historique d'Andenaerde, t. I, 1908). — Audenaerde, 
lîevernaege frères, 1908, lu 8°, 82 pp , 11 p\. hors texte. 

— L'Ordre de la Toison d'Or et l'Exposition de Bruges Kxtrait 

t\n Bulletin de l'Académie royale d'archéologie de Belgique, 
Anvers, année 1908) — Anvers, .T. Van Hille-l)e Eacker, 
1908, in-80, 9(j pp. 

— Rapport sur le Congrès archéologique de Caen, LXXVe ses- 

sion. 28 juin-i'^'' juillet 1908 (Extrait des Annales de l Acadé- 
mie royale d'archéologie de Belgique, Anvers année 1909). — 
Anvers, J.Yan Hille-De Backer, 1909. in-80, iiG i)p. avec nom- 
breux clichés dans le texte. 
DE MUXCK (Em.). — Découverte d'un gisement de silex éoUthiques 
dans les Hautes-Fagnes de Belgique et d' Allemagne (Extrait 
du Bulletin de la Société d'Anthropologie de Bruxefles, 
t. XXIV, i9o5). — Bruxelles, Hayez. 190G, in-80, 10 pp. 

— L^es éolithes des Hautes-Fagnes de Belgique et d'Allemagne 

(Exlraitdu Bulletin de la Société d'Anthropologie de Bruxelles, 
t. XXV, 1906). — Bruxelles, Hayez, 1907, in-8°. 7 i)p. 

— Les éolithes des Hautes-Fagnes, dn haut jdateau de Henri- 

Chapelle et des environs de (^haud/'ontaine (Extrait du 
Bulletin de la Société d'Anthropologie de Bruxelles, t. XXV, 
190G). — Bruxelles, Ilayez, 1908. in -80, 10 pp. 

— Les alluvions à éolithes de la terrasse supérieure de la vallée 

de la Meuse ^Extrait du Bulletin de la Société belge de géolo- 
gie, de paléontologie et d' hydrologie, Bru.xelles. t. XXI, 
1907). — Bruxelles, Hayez, 1907, in-8", G i)p. 

— //P.ç alluvions à éolithes de la terrasse supérieure de la vallée de 

r Ourthc (Kxiviùl dn Bulletin de la Société belge de géologie, 
de paléontologie et d'hydrologie, Bru.xelles, t. XXI, 19071. — 
Bruxelles, Mayez, 1907, in-8', 8 i>p. 

— I^vs silex crétacés de la Haute-Ardenne belge et les sihw cré- 

tacés et les éolithes du Hohc-Venn jjrussien (Extrait du Bul- 
letin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d'hy- 
drologie, Bru.xelles, t. XXII, 1908). — Bruxelles, Ilayez, 1908, 
in-80, 3 ])p. 



— 291 — 

DE MUNCK (Em.)- — Les éoUthes de Beaufays et de Boncelles (Extrait 
du Bulletin de la Société d' Anthropologie de Bruxelles, 
t. XXVI, 1908). — Bruxelles, Hayez, 1908, in-S», 4 pp. 

— Découverte d'éolitlws sous le sa/>Zt> tertiaire (Om) de Rocour 

lez-Liége (Extrait du Bulletin de la Société belge de géologie, 
de paléontologie et d'hydrologie, Bruxelles, t. XXII, 1908). 
— Bruxelles, Hayez, 1908, in-S», ii pj). 

— Proposition à la Société belge de géologie, de paléontologie et 

d'hydrologie en vue de l'institution d'une Commission chargée 
d'examiner les meilleures mesures à prendre pour la sauve- 
garde des sites et des objets offrant un intérêt scientifique 
(Extrait du Bulletin de la Société belge de géologie, de paléon- 
tologie et d'hydrologie, Bruxelles, t. XXIII, 1909). — 
Bruxelles, Hayez, 1909, in-80, 6 pp. 

DepoIN' (J.). — Eludes sur le Luxembourg à l'épo(iue carolingienne. 
I. Le domaine de Mersch et ses possesseurs. — Luxembourg, 
Librairie d^ la Cour, J. Ileiutzé, 1908, in-8<», 98 i)p. 

FORDIIAM (H. .1.1. — The Cartography of the Provinces of France, 
1570-1707 (Publicatiou de \a Cambridge Aniiquarian Society, 
vol. XIII). — Cambridge, 1909. in-4°, 119 PP-, avec planches. 

Peuteman (.1). — Notice sur la chapelle de Halloux (près LinUiourg) 
et les anciens pèlerinages de Sainte-Anne et de Saint-Eloi. — 
Verviers, imp. Lacroix et fils, 1908, in-8^ 3i jip. 

— Promenade à Soiron. — Notices historiques sur les anciens Ban, 

Seigneurie et Village du dit lieu. — Verviers, imp. Lacroix 
et fils, 1902, in-80, 199 pp. (avec illustrations). 
Peyroxy (I).). — Station préhistorique du Ruth, près Le Moustiers 
(Dordogne), aurignacien, solutréen et magdalénien (Extrait 
de la Revue de l'Ecole d'Anthropologie de Paris, 19* année, 
1909). — Paris, Félix Alcan, éditeur, 1909, in-80, 21 pp., avec 
vignettes dans le texte. 



PROCÈS VERBAUX DES SÉANCES 



SÉANCE DES DÉLÉGUÉS DU 31 JUILLET. 

La séance est ouverte à i5 heures sous la présidence de 
M. le chanoine Van den Gheyn, président du Congrès de 
Gand. 

MM. J, Brassinne et L. Renard-Grenson remplissent 
les fonctions de secrétaires. 

Ont signé la liste de présence : MM. Arthur Blomme et 
F. DoNNET, délégués de l'Académie royale d'archéologie 
de Belgique (Anvers) ; Léon de Foere, délégué de la 
Société pour l'étude de l'histoire et des antiquités de la 
Flandre, de Bruges; S. Balau, délégué de la [Commission 
ro^^ale d'histoire (Bruxelles) ; D'" Victor Jacques, délégué 
de la Société d'anthropologie de Bruxelles ; C. Buls, 
délégué de la Société belge de géographie de Bruxelles ; 
F. Al VIN, délégué de la Société royale de numismatique de 
Belgique; G. Claeys, délégué du Cercle historique et 
archéologique de Courtrai; E. Matthieu, délégué du Cercle 
archéologique d'Enghien; Chanoine G. Van den Gheyn et 
Paul Bergmans, délégués de la Société d'histoire et d'ar- 
chéologie de Gand ; J. Fraipont et L. Renard-Grenson, 
délégués de l'Institut archéologique liégeois; J. Brassinne, 
délégué de la Société d'art et d'histoire du diocèse de 
Liège ; P. Fourmarier, délégué de la Société géologique 
de Belgique ; H. Préheruu, délégué du Cercle archéo- 
logique, littéraire et artistique de Malines ; Abel Le 
Tellier et E. Poncelet, délégués du Cercle archéologique 
de Mons ; A. Wins, délégué de la Société des Bibliophiles 
belges (Mons)^, G. Willemsen, délégué du Cercle archéo- 
logique de l'arrondissement de Nivelles ; E. Blomme, 
délégué du Cercle archéologique de la ville et de l'ancien 
pays de Termonde ; F. Huybrigts, délégué de la Société 



— '-^9^ — 

scientifiqueet littéraire du Limbourg(TongTes); E.-J. Soik 
DE MoRiAMÉ, délégué de la Société historique et archéo- 
logique de Tournai ; D"" J. Lejaer, délégué de la 
Société verviétoise d'archéologie et d'histoire (Verviers); 
M. Bauchoud et A. Doutrtaux, délégués de la Société 
nationale d'agriculture, sciences et arts de l'arrondisse- 
ment de Valenciennes. 

M. le chanoine Van den Gheyn développe la proposition, 
qu'il a faite au Congrès de Gaud de reviser l'article 3 des 
statuts de la Fédération, en vue de tenir les congrès tous 
les deux ans ; il fait valoir les raisons majeures qui 
militent, d'après lui, en faveur de l'adoption de cette 
proposition ; ce sont notamment : i° l'impossibilité maté- 
rielle de préparer convenablement un congrès dans l'espace 
de cinq à six mois, ce qui s'est toujours présenté jusqu'au 
congrès de Gand ; 2° l'impossibilité de réunir, dans le 
même temps, les matériaux scientifiques du congrès pour 
assurer des discussions sérieuses et fécondes ; 3° la diffi- 
culté d'obtenir chaque année les ressources nécessaires 
pour couvrir les frais d'organisation d'un congrès. 

M. Fraipont appuie la proposition de M. le chanoine 
Van den Gheyn et invite l'assemblée à émettre un vote 
affirmatif sur cette importante question. 

M. A. Wius, en se déclarant partisan de la biennalité des 
congrès, insiste cependant pour que faculté soit laissée 
a la Fédération d'organiser éventuellement, dans l'inter- 
valle des congrès, une journée archéologique, soit à 
l'occasion d'une exposition, d'un jubilé de société ou de 
tout autre événement pouvant intéresser l'archéologie ou 
l'histoire. Il est bien entendu que, dans ce cas, il ne sera 
publié ni mémoire, ni compte rendu de cette journée 
archéologique. 

M. F. Huybrigts insiste sur le même point et attire 
notamment l'attention de l'assemblée sur le II" Congrès 



— 297 - 

iiiternatiouiil de la Route, qui se tiendra à Bruxelles l'an 
prochain, à l'occasion de l'Exposition internationale et 
universelle de Bruxelles en 1910. 

Après quelques échanges de vues sur cette question, 
M. le Président propose de procéder au vote sur la motion 
de M. le chanoine Van den Ghej'n. Le principe de la 
biennalité des congrès de la Fédération est admis au vote 
nominal par i5 voix contre i vote négatif et 3 abt»tentions. 

En suite du vote qui vient d'être émis, M. le chanoine 
Van den Gheyn développe sa proposition du Congrès de 
Gand, tendant à reviser l'article 4 des statuts de la 
Fédération, en vue de porter à 10 francs la cotisation des 
membi'es des sociétés fédérées. Cette proposition soulève 
quelques observations de la part de plusieurs membres, 
notamment de MM. Balau, Soil et Préherbu. A la suite de 
ces observations, le nouvel article 4 serait libellé comme 
suit : 

c( La cotisation pour les membres de toutes les sociétés 
adhérentes qui souscrivent par l'intermédiaire du bureau 
de leur société est fixée à 10 francs. 

Le taux de cette cotisation est ramené à 5 francs pour 
les membres des familles des souscripteurs ci-dessus qui 
ne désirent pas recevoir les publications. 

Latitude est laissée au bureau de chaque congrès de 
fixer le taux de la cotisation des personnes qui ne se 
trouvent pas dans une des catégories ci-dessus désignées.» 
L'assemblée consultée vote le texte de l'article ainsi 
révisé, à l'unanimité moins 2 voix. 

M. G. Kurtli fait valoir une série d'arguments en faveur 
de l'adoption d'un format uniforme pour toutes les publi- 
cations des congrès de la Fédération ; il fait observer qu'il 
ne s'agit pas d'une innovation, mais qu'il suffirait d'appli- 
quer l'article 6 des statuts de la Fédération. 



- 298 - 

M. E.-J. Soil de Moriamé fait observer que les comptes 
rendus des congrès trouvent ordinairement place dans les 
publications de la société organisatrice et qu'on impo- 
serait des dépenses considérables à cette société en la 
forçant à supporter les frais de publications spéciales. ■ 

M. H. Préherbu appuie la manière de voir de M. Soil. 

M. Gr. Kurtli défend sa proposition et fait remarquer 
qu'en vertu de l'article 6 des statuts, les tirés à part, tout 
au moins des Annales du congrès , doivent avoir un format 
uniforme. 

M. A.Wins déclare que l'on pourrait fixer uniquement le 
format du volume sans édicter de règle en ce qui concerne 
la justification, de telle sorte que la société organisatrice 
pourrait publier à l'usage de ses membres les documents 
du congrès dans ses Annales ou dans son Bulletin, mais 
serait mise dans l'obligation d'éditer à l'usage des adhé- 
rents au congrès ces mêmes documents en tirés à part qui 
présenteraient un format uniforme pour tous les congrès. 

La proposition de M. Kurth, amendée par M. Wins, est 
adoptée à l'unanimité ; l'assemblée décide de choisir le 
format des Annales du Congrès de Liège. 

M. P. Bergmans, secrétaire général du Congrès de Gand, 
annonce que le bureau de ce congrès, en vertu des pouvoirs 
qui lui appartiennent, a prononcé l'affiliation provisoire 
du Cercle historique et archéologique d'Audenaerde et de 
la Société liégeoise de Littérature wallonne. Ces admissions 
sont ratifiées par l'assemblée des délégués. 

M. P. Bergmans donne lecture d'une demande d'affiliation 
qui vient de lui parvenir de la part de la Société du 
Vieux-Liège; cette demande est renvoyée au bureau du 
Congrès de Liège. 

M. P. Bergmans donne lecture dune lettre de la Société 
française d'archéologie qui, ayant son siège à Caen, tient 



— 299 — 

des congrès auxquels prennent part des archéologues de 
toute la France et, par conséquent, des archéologues 
domiciliés sur le territoire qui appartenait jadis aux 
XVII provinces des Pays-Bas et au Pays de Liège. La 
société demande donc à pouvoir être reçue dans la 
Fédération comme associée. 

M. le chanoine Van den Gheyn fait remaïquer que, 
malgré tout le plaisir que nous avons à voir nos voisins 
de France participer à nos congrès, il n'est pas possible 
de faire entrer la Société d'archéologie dans la liste des 
sociétés associées. 

M. Kurth dit qu'en tout cas, il serait hautenient dési- 
rable de pouvoir accueillir au sein de la Fédération une 
société aussi importante que la Société française d'archéo- 
logie et qu'il y aurait lieu de rechercher les moyens 
de recevoir sa demande, fût-ce même en revisant les 
statuts. 

M. P. Bergraans propose de créer une catégorie nouvelle 
de sociétés adhérentes. 

MM. le vicomte de Ghellinck-Vaeruewijck, F. Huybrigta 
et G. Willemsen appuient les propositions de M. Kurth et 
Bergman s. 

La question est renvoyée pour examen au bureau du 
Congrès de Liège, qui sera chargé de rédiger une propo- 
sition à soumettre au prochain congrès. 

MM. J. Brassinneet L. Renard-Grenson donnent lecture 
des propositions du Comité organisateur du Congrès de 
Liège en vue de la formation des bureaux définitifs des 
sections du dit congrès ; ces propositions sont admises 
sans observations, et la séance est levée à i6 heures. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE D'OUVERTURE 

DU SAMEDI 31 JUILLET, A 16 HEURES DE RELEVÉE 

DANS LA 

SALLE ACADÉMIQUE DE L'UNIVERSITÉ 



La séance est présidée d'abord par M. le chanoine 
Van den Glieyu, président du Congrès de Gand, assisté 
de M. Pau! Bergmans, secrétaire généraL 

Parmi la nombreuse assistance, on remarque au premier 
rang M^"" Rntten, évêque de Liège, président d'honneur du 
Congrès; M.G.Kleyer, bourgmestre, président d'honneur; 
MM. M. Falloise, échevin des Beaux- Arts ; Fraigneux, 
échevin des travaux publics; A. de Saint- Léger, délégué du 
Gouvernement français ; G. Brom, délégué du Gouverne- 
ment néerlandais ; de Buggenoms, président du Comité 
des fêtes et excursions ; E. Brahy-Prost, C. Buis, 
Houzeau de Lehaie, S. Bormans, le chanoine Cauchie, Soil 
de Moiiamé, E. Cartailhac, M. De Puj'dt, l'abbé Balau, etc. 

M. le chanoine Van den Gheyn. en ouvi-ant la séance, 
évoque en quelques mots le rôle et les brillants résultats 
du Congrès de Gand ; puis il rappelle dans quelles 
conditions la ville de Liège fut appelée à devenir le siège 
du Congrès de 1909 II se déclare heureux de pouvoir 
constater les excellents auspices sous lesquels s'annoncent 
les assises de Liège, et transmet les pouvoirs de la Fédé- 
ration à l'Institut archéologique liégeois et à la Société 
d'art et d'histoire du diocèse de Liège (Applaudissements). 

^F^le chanoine Van den Gheyn et P. Bergmans quittent 



— 6()l — 

le bureau et sont remplacés par MM. .T. Fraipont et 
G. Kurth, présidents; M. Lohest et M^"" Schoolmeenters, 
vice-présidents ; J. Brassinne et L. Renard-Grenson, 
secrétaires généraux; F. Pholien, trésorier et E. Polain, 
secrétaire. 

M. J, Fraipont prononce le discours suivant : 

Monseigneur. 

Monsieur le Bourgmestre, 

Messieurs, 

Au nom du Comité organisateur de la présente session, je suis 
heureux de souhaiter la bienvenue la plus cordiale aux membres 
du Congrès de Liège. 

Mais, au moment où pour la vingt et unième fois, se manifeste 
l'activité de la Fédération archéologique et historique de Belgique, 
notre pensée se reporte en arrière et c'est non sans un très vif 
plaisir que je me permets de vous pi'oposer des remercîments au 
Comité d'organisation et de rédaction du ti*ès brillant Congrès de 
Gand. Ces remercimeuts, nous devons les adi'esser surtout aux 
présidents, MM. H. Pirenne et le chanoine Van den Glieyn, 
au secrétaire général, M. P. Bergmans. au président des fêtes, 
M. M. de Smet de Xaeyer. 

Reprendre la succession du Congrès de Gand était une tache bien 
lourde et bien périlleuse, mais nous l'avons acceptée, fermement 
résolus à la mener à bien, laissant aux événements le soin de dire 
si nous avons réussi. 

Le Comité de Gand avait imprimé et distribué avant le Congrès 
la jîlupart des rap^îorts et mémoires, de façon à permettre la pré- 
paration des discussions, de façon à rendre plus fructueux aussi 
les travaux des sections. Cette utile, mais très onéreuse innovation, 
nous l'avons de nouveau réalisée : vous avez reçu Go mémoires 
représentant 800 pages d'impression, et vous avez pu déjà constater, 
en voyant la multiplicité, la variété et limportance des communi- 
cations préliminaires, que notre Congrès saunonee comme devant 
être lîarticulièrement fécond. 

D'un autre côté, nous avons eu aussi la grande satisfaction de 
voir le culte des choses du passé et le goût des études historiques 
se développer de plus en plus dans notre patrie. Il y a dix-neuf ans, 
vous aviez choisi Liège pour y tenir le YP Congrès de la Fédération, 



— 0()2 

Nous avions alors réuni 4^5 adhérents, et nous eu étions très fiers : 
aujourd'hui leur nombre est de plus de douze cent cinquante, chiffre 
qui n'a été dépassé qu'à Gand, en njo-. 

Dès lors nous ijouvous dire que le succès scientifii^ue de notre 
Congrès est. dès aujourd'hui, assuré. Xous eu remercions nos colla- 
borateurs, nos bureaux provisoires de sections et nos infatigables 
secrétaires généraux. 



Si vous le voulez bien, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur 
les principaux sujets que vous aurez à traiter dans les différentes 
sections, et sur les principaux faits concernant l'archéologie et 
l'histoire du pays de Liège depuis le Congrès de i8()(). 

Je relève tout d'abord daus la section préhistorique, un sujet 
troublant et très controversé chez nous : celui de l'existence de 
silex dits utilisés, les éolithes, dont l'antiquité, d'après M. Rutot, 
remonterait jusqu'aux temps oligocènes La découverte du gisement 
de Boncelles, presqu'aux portes de Liège, nous imposait le devoir 
de mettre cet objet à notre ordre du jour, dans l'espoir que, soumis 
à votre discussion, ce problème captivant en ressorte débarrassé 
des ténèbres qui l'entourent encore aujourd'hui . 

Vous aurez la primeur de découvertes in-éliistoriques faites en 
ces derniers temps dans la Campine liml)ourgeoise, ]>ar nos confrères 
J. Ilamal-Xandrin et .1. Servais, et consistant en dos emplacements 
d'habitations avec industries à faciès paléolithique. Les préhis- 
toriens liégeois seront heureux de connaître roi>iiii()n de leurs 
confrères étrangers sur cette imlustrie si spéciale. 

Les classifications ou plutôt les essais de classification du Xéoli- 
thi<iue sont si vagues ou si différentes d'un pays à l'autre en Kui'ope, 
qu'une entente entre préhistoriens est deveuvie nécessaire ; c'est 
ce que nous propose le professeur M. Hoernes, de Vienne. Depuis 
1890, les découvertes des « fon<ls de cabanes » néolithiques avec leurs 
intéressantes i)oteries, se sont multipliées dans noti'e province, 
grâce au labeur incessant de M. Davin-Rigot, et l'heure était venue 
de faire un travail denseiablc : il vous sera présenté par M. Marcel 
De Puydt. 

D'autres sujets importants seront traités dans la section préhis- 
toric^ue. Tels, l'existence de la i)hase aurignacienne en Europe, par 
le doyen des préhistoriens français, M. E. Cartailhac ; les nouvelles 
fouilles dans la caverne de Fond-de-Forêt et le Fléuusien eu 
IleslKiye. par .\I. llutol; l'industrie tardenoisienne par M. Raey- 
.maekers : l'aire de dispersion des matièi'es premières ilcs iiistru- 



— 3o3 — 

meuts néolitliiques par le professeur X. Staiuier ; le premier âge du 
fer en Belgique, par M. .1. Déchelette ; les objets d'or pré-romains 
de la Belgique, par M. le comte O. Costa de Beauregard, etc. 

Nous devons aussi vous signaler un certain nombre de découvertes 
préhistoricpies faites dans le i)ays de Liège dei)uis dix-neuf ans. Je 
citerai d"ai»ord une série d'iustrumeuts acheuléens rencontrés en 
différents [)oints de la vallée de la Meuse ou de ses affluents, à la 
base du limon hesbayen ; puis, quchpies rares trouvailles i)ale()li- 
thiques à ciel ouvert, dont la plus riche parait être le gisement de 
Gros-Bois, sur la Méhaigne. 

De iS;)0 à iSqG, le D^ Tihon et moi, nous avons i)oursuivi nos 
explorations dans les cavernes de la Méhaigne. L'une de ces grottes 
nous a fourni une industrie acheuléenne, la plus ancienne connue 
dans les habitations troglodytiques ; une autre nous a donné une 
industrie acheuléo-moustérienne . 

En 1890, le D' Tihon a fouillé la grotte de Robay et le trou du 
Chena à Moha; en iSt)o et iSyi, Pierre Destinez et moi nous explo- 
rions un repaire d'ours à Engihoul, et nous en exhumions les restes 
de plus de soixante individus; en 1897, j'ai fait l'inventaire de la 
grotte du Mont Falhize, i)rès de Huy ; enfin, j'ai achevé eu 1901 
l'exploration de la caverne de Verlaine à industrie éburnéenne, 
précédemment foudlée par MM. Destinez et Moreels. 

MM. Régnier et De Pauw ont également pratiqué des recherches 
fructueuses dans le trou des Xutons, non loin de Dolhain. 

Dans la vallée de la Vesdre ou sur les rives du ruisseau de Sou- 
magne, M. le D"" Tihon d'abord, puis M. J. Hamal-Xandrin, puis 
M. A. Rutot ont exploré i)lusieurs cavernes, et notamment celle de 
Fond-de-Foi*êt, qui évoque le souvenir de Schmerling. M. Rutot 
nous fera une communication sur les découvertes faites dans cette 
caverne, où selon lui l'homme éolithique aurait continué à vivre à 
l'époqvie paléolithique. 

La grotte de Remouchanips, rendue célèbre jadis par 1 intérêt 
qu'elle présente au point de vue spéléologique, et par les explora- 
tions de Martel, a acquis, aujourd'liui, une notoriété archéologique 
grâce aux recherches qu'y ont pratiquées de 1898 a 1909 M^I. Rahir, 
Van <\en Broeck et le baron de Loé, et qui démontrent l'existence â 
l'entrée de cette grotte, de foyers de l'âge du Renne, avec industrie 
lithique caractérisée par un objet de parure dune e.Ktréme rareté, 
formé de coquilles fossiles d'origine étrangère à la Belgique, et (pii 
pourraient i>rovenir du bassin éocène de Paris ou de la Champagne. 

En 1903, MM. de Loé et Rahir, rendant compte de l'exploration du 
plateau de l'Amblève, renseignaient autour d'Aywaille une centaine 



— 3o4 — 

(le points où des silex taillés rappelaient encore le Tai-denoisieu, et 
taisaient, comme à Remouchamps, penser à une période intermé- 
diaire entre le «Tarandien » et le « Robenhausieu ». 

En 1907, M. Rahir fit connaître le résultat de ses recherches 
préhistoriques sur les bords de l'Ourlhe. Il renseignait plus de 
80 stations dans la province de Liège, }' compris celles qu'avaient 
déjà signalées MM. Marcel De Puydt et Max Lohest. 

Enfin, dans les vallées de la Meuse et de ses affluents, nous 
devons encore, avant d'étudier les stations robenhausiennes ou 
spienniennes (Rutot, mentionner des découvertes paléontologiques 
et archéologiques dans plusieurs grottes et abris sous roche. 

Nous n'avons pas de raison de croire qu'en nos régions les indus- 
tries ne se soient pas succédé sans interruption depuis les temps 
quatei'uaires jusqu'à la fin de l'âge de la pierre, mais parmi les 
découvertes néolithiques faites depuis le dernier Congrès, il n'eu 
existe pas qui doivent nécessairement se placer dans telle ou telle 
période de l'âge de la ])ierre polie. Il n'y a d'exception que 
pour le peuple des « fonds de cabanes» de la Hesbaye. Sous cette 
réserve, le plus riche gisement est incontestablement l'atelier de 
Rullen, commune de Fouron-Saiut-Pierre, découvert i)ar M. Marcel 
De Puydt. Puis viennent les stations du Condroz, notamment celles 
explorées autour de Yiners-le-Tem])le et d'Ombi*et-Rausa. La station 
de la Rochette, découverte par M. Jean Servais, présente également 
de l'intérêt par ses mélanges d'industrie lithique. Ajoutons aussi 
que i)lusieurs stations déjà signalées en 1890, ont été l'objet d'utiles 
et patientes recherches : tels sont les gisements de Sart Tilman, 
de Tilff, des environs de Sjjrimont, de Solières (Ben-Ahin), etc. 
Moi-même, en 1900, j'ai fait au point de vue anthropologique un 
travail d'ensemble sur les Néolithiques de la Meuse. 

De 1S90 à 1908, les découvertes de « fonds de cabanes » se 
sont multipliées en Hesbaye, et nous en connaissons aujourd'hui 
Il villages, grâce aux recherches de MM. Davin-Rigot et Marcel 
De Puydt. Vous verrez demain au Musée le mobilier de ces cabanes 
et vous admirerez surtout leurs superbes poteries. En 1907, on 
découvrait un de ces fonds de cabane en iileine ville de Liège, 
place Saint-Lambert. 

Nous n'avons à dessein fait part d'aucune découverte de pièces 
isolées, car pour le Néolithique, il serait, dans la i)rovince de Liège, 
impossible d'en faire même la simple nomenclature sans dépasser 
les limites que je dois m'imposer. 

Eu ce qui concerne l'âge du bronze, l'agglomération de Lens- 
Saint-Servais avec ses pièces caractéristiques rappelant celles des 



— 3o5 — 

palafittes du Bourget, est la découverte la plus notable à signaler. 
Pour l'âge <lu fer, les emplacements habités du c Vicinal » (cona- 
jnuue d'Onial), méritent une mention spéciale Nous avons la 
conviction qu'à l'avenir on découvrira en Ilesbaye et tlans notre 
province des agglomérations d'habitations in-otohistori(]ues de plus 
en plus importantes. L'attention des archéologues ne s'était jjortée 
jusqu'ici ([ue sur les nécropoles de cette épocjue. 



J'aborde une section, celle d'histoire, ou je me trouve fort mal à 
l'aise, vu mou incompétence, pour vous faire apprécier l'importauce 
des 3- notes et mémoires que vous avez à examiner. Je suis plus 
mal placé encore pour relever devant vous vingt années de travaux 
historiques sur le pays de Liège. Mon collègue Godefroid Kurth, 
s'il n'avait pas été retenu longtemps loin du pajs d'abord, absorbé 
ensuite joar son Histoire de la Commune de Liège, vous aurait parlé 
des uns et des auti'es comme il sait le faire. 

Vous trouverez à l'ordre du jour de cette section toute une série 
de rapports importants, parmi lesquels je me permets de relever : 
celui de la Commission centrale des petites archives, sur ses tra- 
vaux de 1907 à igoy (M. E. Dony) ; celui sur la vie intellectuelle au 
pays de Liège pendant le moyen âge (l'abbé S. Balau) ; un autre sur 
les archives des familles nobles de l'étranger (,1e chanoine Cauchiei ; 
un autre sur les études relatives à la géograi)hie historique eu 
Belgique (M. II. Van der Liudeu) ; un autre sur l'œuvre du diction- 
naire wallon (M. J. Feller) ; un autre encore sur les études de 
toponymie wallonne (le même) ; un autre sur l'utilité qu'il y aurait 
à publier le texte des délibérations des ti'ois États liégeois, au 
point de vue de l'historiographie (M. J. Closon), etc. 

Vous aurez à répondre à quelques questions intéressant les études 
historiques, telles que : Que doit-on faire des fiches qui ont servi à 
la confection des travaux historiques (M. Faix'on)"? Sans être histo- 
rien, il me parait que des fiches ayant servi à l'élaboration d'études 
faites i)ar un Kurth ou un Pirenne, un Bormans ou un Balau, consti- 
tueraient des documents lîrécieux et épargneraient une somme de 
travail considérable à ceux qui voudraient dans l'avenir aborder 
ces mêmes questions. Quels sont les travaux, les monographies 
locales et en général les recherches qu'il faut entreprendre avant de 
se livrer à une étude sur l'histoire des houillèi'es au pays de Liège 
(M. E. Fairon) ? N'y aurait-il pas utilité à posséder un réi^ertoire 
bibliographique des articles et travaux relatifs à l'histoire et à l'ar- 



— 3(i6 — 

chéologie publiés daus les i)ériotliques belges (M. M. Iluismau)? 
Je pense que vous serez d'accord sur la réj)onse. 

Vous aurez aussi à apprécier et à discuter une série d'études et de 
mémoires, parmi lesquels je ne citerai c^ue l'esquisse d'un pro- 
gramme d'études sur l'histoire économique du pays de Liège, de 
M. H. Pireuue. 

Les études historiques ont pris, dans ces \ ingt dernières années, 
au pays de Liège, un merveilleux essor, grâce au dévelo])i)ement 
donué aux cours i)rati<iues d'histoire dans notre l'niversité. grâce à 
la création de ces cours spéciaux de paleogi-aphie et de dii)loma- 
tique, qui ont formé toute une i)léiade <le jeunes historiens. Sous 
cette imi)ulsion venue des maîtres de l'École de Liège, la valeur 
scientifiiiue des thèses et mémoires universitaires et des publica- 
tions de nos sociétés liégeoises historitiues et archéologiques a 
augmenté considérablement. Ces travaux historiques sont situés, 
dans le champ de votre activité. Vous les trouverez consignés dans 
les Bulletins et les Mémoires de l'Académie royale de Belgique, de 
la Commission royale d'histoire, du Séminaire historique de l'Uni- 
versité de Louvain, dans les Bulletins de l'Institut archéologique 
liégeois, de la Société d'art et d'histoire du diocèse de Liège, des 
Bibliophiles liégeois et de la Société liégeoise de Littérature wal- 
lonne, dans les Archives liégeoises, devenues depuis i3<jç} les 
Archives belges, où tout ce qui se produit dans le domaine historique 
est signalé et analysé ; enfin, dans la revue Wallonia. 

Je ne pourrais, sans sortir des limites de ce discours, faire la liste 
complète des travaux historiques concernant le pays de Liège dus à 
l'érudition de nos confrères. .Te dois me borner à signaler les i)riii- 
cipaux, en vous priant de m'excuser si j'en oublie 

Parmi les publications de soui'ces, on doit citer d'abord le Cartu- 
lairc de Saint-Lambert, publié en 4 volumes in-4° (iBg'l-iQOO) par 
^I. S. Bormans et M-' Schoolmeesters. C'est un répertoire considé- 
rable nous documentant non seulement sur l'histoire du chajjitre 
eathédral. mais encore sur les faits les plus importants de la vie 
entière du diocèse et de la principauté. 

Deux de nos i)rincipaux établissements monasticjues. Saint- 
Hubert et Stavelot-Malmedy, ont eu i)areilloment leur histoire illus- 
trée par la publication de leur cartulaire. (îodefroid Kurth a fait 
paraître le premier volume des chartes de Saint-IIul>ert. i)ul)lièes 
suivant toutes les exigences de la science historiiiue moderne (190'!;. 
On peut considérer comme un heureux comi)lèment de ce beau tra- 
vail l'édition criti(iue de la chronique de Saint-Ilul>erl. dite Canta- 
torium. due au travail de .M. Karl Ilaïuiuel ntyMii. 



(pliant aux chartes <le Stavelot-Malmedy. elles aciiiiiorent une 
iniporiance .s|)tH'iale <le fe fait que le monastère fut jus(iu"au wiii' 
siècle le centre duue i)iincii)autè indépendante. Le premier volume 
publié par MM. .1. Halkin et le chanoine Roland fiî)o<)) sera bientôt 
suivi d'un second. C'est un modèle du genre, qui témoigne d'une 
très vaste érudition et d'un grand labeur. 

Il faut ajouter encore le cartulaire du Val-Benoît, publié par 
M. .1. Cuvelier (looG. (|ui nous a fait connaître et nous a permis 
d'identifier un grand nombre de personnages liégeois. Puis le 
polyi)ti(iue de l'abbaye de Saiut-Trond, publié par M. M. Pirenneen 
iH(j(), document important d'histoire économi(|ue. Citons encore 
l'inventaire analytique des chartes de la collégiale Saint-Pierre par 
M. E Poucelet (190G) et les documents sur la princii)auté de Liège. 
l)rincipa]emenl au début du xvr' siècle, par M. le clianoine (.'auchie. 

Parmi les textes narratifs, citons : la Chronique liégeoise de 14012, 
de M Hacha, où nous trouvons la partie la plus notable du texte 
l)erdu de Jean de Warnant : le livi'e des fiefs de l'Eglise de Liège sous 
Adoli>lie de la Marck, i)ar M. E. Poncelet : une reédition de la 
chroni(iue d'Adrien d'Oudenbosch, par M. C. de Horman (iqoiij; 
les mémt)ires de Jean de Haynin (2 \<)\., lijo'i-n^oOi, édités par 
M. D. Brouwers, qui nous fournissent de nouveaux détails sur une 
période de notre histoire déjà connue antérieurement i)ar une 
abondante documentation. 

Trois publications de textes imi)ortants sont en voie d'achèvement; 
le Miroir des nobles de Hesbaye, confié à la compétence spéciale 
de M. C. de Borman, et dont une édition critique ouvrira sur le xive 
siècle, à nos historiens, une mine féconde de renseignements : la 
chroni(iue de Jean de Ilocsem, que nous ne connaissons que i)ar le 
texte imparfait de Chapeauville, et dont M. G. Kurth nous fournira 
bientôt une édition à la hauteur de toutes les exigences de la 
critique moderne: enfin une publication de textes inédits entreprise 
par l'abbé Balau. qui l'évèlera l'existence de plusieurs historiens 
liégeois inconnus jusqu'ici, et qui fera pénétrer dans l'immense 
fatras des chroniques dites vulgaires pour y recueillir ce (pi'elles 
peuvent çà et là offrir d'intéressant. 

Au point de vue de la critique des sources, nous devons citer une 
œuvre considérable, sorte de Wattenbach liégeois plus développé et 
qui révèle à nos yeux la grande richesse de l'historiographie lié- 
geoise : je veux parler des Sources de l'histoire de Liège au moyen 
âge (1903), i)ar l'abbé Balau. C'est là un monument d'érudition et de 
criti(iue historique de tout premier ordre, «[u'a d'ailleurs couronné 
l'Académie royale de Belgi([ue. 



— 3<)8 — 

Nous n'eu finirious pas s'il uous fallait dresser la liste des travaux 
historiques parus dans nos revues liégeoises ou en volumes 
spéciaux. Arrêtons-nous à quelques-uns. 

Le baron de Chestret nous a donné, en 1890, une œuvre restée 
classique sur la Numismatique de la principauté de Liège. Outre 
plusieurs monographies composées avec le souci d'exactitude qui le 
distingue, sou Histoire de la Maison de la Marck (1898), est indis- 
pensable à ceux qui soceupeut d'histoire liégeoise. C'est un travail 
généalogique d'une impeccable érudition. 

Les deux volumes sur les Echevins de la souveraine justice de 
Liège, par C. de Borman, font connaître le célèbre tribunal vers 
lequel avaient convergé toutes les affaires de la principauté depuis 
le milieu duxiii" siècle ( 1892-1899). 

L'Ardenne belgo-romaine de M. J.-E. Demarteau est un ouvrage 
de grande érudition, où les monuments et les textes se complètent, 
l'auteur étant à la fois latiniste, historien et archéologue. 

Godefroid Kurth, dans son Notger de Liège, a fait revivi-e devant 
nous une des plus grandes figures de notre éi)iscopat, en la 
débarrassant des oripeaux dont l'avaient attifée les légendes, et 
pénétrant au cœur de son sujet, il nous a retracé une des périodes 
les plus glorieuses de notre histoire, en même temps qu'il nous 
découvrait les origines de la ])rincipauté. Il nous donnera bientôt 
une histoire de la commune de Liège. 

M. T. (lobert, à propos des Rues de Liège, a condensé dans 
quatre volumes iu-4°, une multitude {de renseignements, de détails 
précieux sur les institutions d'autrefois. 

M. Jules Helbig sétait fait l'historiographe attitré des arts mosans. 
Après la Peinture au pays de Liège, il nous avait donné la Sculpture 
et les arts plastiques. Son ouvrage posthume sur l'Art mosan 
paraitra bientôt, édité par les soins pieux de M. Brassinne. Celui-ci 
a aussi ouvert une voie nouvelle en imprimant à ses reclierches 
sur les Origines des paroisses, un caractère vraiment scientifique. 

Je dois encore citer la grande œuvre de la publication du Diction- 
naire wallon, confiée à MM. Doutrepont, Feller et Ilaust, œuvre 
d'érudition linguistique et de patientes recherches, complétée par 
leurs études sur la toj)onymie. 

Nos revues locales, surtout le Bulletin de l'Institut archéologique 
et celui de la Société d'Art et d'Histoire, contiennent encore dans 
leurs nombreux volumes de muliii)les travaux liistoriques que 
j'aurais dû citer à cause de leur intérêt et de leur importance 
lot-ale. Mais je dois marrêter — pour rentrer dans un domaine qui 
m'est plus familier : l'archéologie. 



— 3o9 — 

Quoique incomplet qu'ait été ra{)er<;u que je viens de donner, et 
malgré la conscience que j'ai de mon insuffisance, l'admirable essor 
des sciences historiques au pays de Liège dans ces vingt dernières 
années, exigeait que je leur fisse i)lace dans rexi)Osé (jne j'ai l'hon- 
neur (le VOUS présenter. 



Les études d'archéologie ont pris chez nous un tel développement 
que nous avons dû scinder la 3« section. Presque tons les sujets 
inscrits à la sous-section belgo-romaine et franque nous intéressent 
directement, nous Liégeois, parce qu'ils ont déjà été touchés par 
plusieurs de nos confrères. Je cite : Les habitants de l'Ardenne à 
l'époque romaine, par M. le D"" F. Cramer; Un rite funéraire dans 
les sépultures belgo-romaines, par M. F. Hénaux ; Quelques carac- 
tères propres à la religion delà Belgique romaine, par M. C. Jullian; 
Le vase planétaire dit de Bavay, par M. le D' Kriiger; Les pierres 
à quatre dieux 'découvertes en Belgique, par M. F, Cumont; Les 
éléments d'une même villa à l'époque romaine et aux i»remiers 
temps du moyen âge, par M. J.-E. Demarteau ; la Statistique des 
antiquités franques de Tongres et des environs, par M. Huybrigts. 
Enfin quelques communications dues à MM. A. Blanchet, .7. de 
Saint-Venant. J.-P. Waltzing et V. Tourjieur. 

Dej)uis vingt ans des trouvailles danli<juités belgo-roniaincs et 
franques de toute première importance se sont succédé sur notre 
territoire. Elles ont tantôt été le résultat fortuit de travaux publics 
ou privés ; tantôt le fruit de ])atientes recherches de la part de nos 
fouilleurs. Les unes et les autres ont eu les honneurs de la 
publication par nos érudits et nos savants. 

En 1890, les travaux de construction du fort de Hollogne aux- 
Pierres ont mis à jour de nombreux objets belgo-romaius, notam- 
ment des soucoupes en terre rouge, des plateaux en terre cuite, un 
seau en bronze et deux petites soucotipes en pâte de verre millefioi'i. 
Cette trouvaille fait partie aujourd'hui des collections des Musées 
royaux des arts décoratifs et industriels de Bruxelles. 

En 1890, on découvrait à Herstal une borne en calcaire i)oitaut 
une tête humaine sculptée, que nous a fait connaître M. L. Renard- 
Grenson. En 1891, on trouvait aux environs de Theux, un cimetière 
qui a fourni de nombreuses poteries. La même année, le comte 
Georges de Looz-Corswarem fouillait, pour l'Institut archéologique 
liégeois, la tombe de Hodeige et retirait du caveau des poteries 
diverses ainsi que des objets en bronze et en fer. En i8tj5, nous 
entrions en i)Ossession du produit des fouilles pratiquées par M. le 



3io 



Di'Tihou, à Biirdinne. Eu iS<j5.M. Flénaux explorait les substructious 
d'une villa au lieu dit Thier-Laureut, commune de Bois-Borsu, et eu 
retirait des poteries, des débris de verres, des objets en bronze et 
eu fer. La même année, les travaux de construction de la route de 
Moiualle à .leneffe faisaient découvrir à Xoville, un cimetière belgo- 
romain.Les ouvriers détruisirent une centaine de i)oteries.MM. Huy- 
brijîts et H. Leclercq recueillirent cependant plusieurs objets en 
bronze, des flacons de verre et des poteries. L'Institut archéologique 
liégeois a repris ces fouilles eu iSdq et plusieurs pièces intéressantes 
sont venties enrichir ses collections. 

En 1897, l'Institut archéologiqtie liégeois a pratiqué des fouilles 
dans le Coudroz, à Maffe et dans les substructions d'une villa aux 
Avins. Ces fouilles ont enrichi nos collections d'une série d'anti- 
quités, parmi lesquelles je cite des oruemeuts de harnais et les 
plaques d'un coffret, en bronze. 

En 1898, on a découvert àVisé, dans une séi)ulture, des poteries et 
une belle fiole à parfum portant la marque Evhodia. Eu 1899, on 
a fouillé à Gives trois tumuli dont les caveaux intérieurs étaient 
protégés par des cercles de pierres brutes. On avait autérieuremeut 
découvert, dans laj même localité, un trésor de monnaies romaines, 
inventorié en 1902, par M. L. Reuard-Grenson. 

La douairière baronne de Tornaco et son fils, le baron François, 
ont fait don à la Ville de Liège, en mémoire du baron Auguste de 
Tornaco. des antiquités romaines provenant d'un monument funé- 
raire découvert par celui-ci à Vervoz eu ]86(). Parmi ces pièces, il 
s'en trouveune très importante, consistant en un tambour de colonne 
en calcaire portant la sculpture en relief d'un Attis funéraire. 
MM. II. Schuernians et F. Cumout ont donné des notices sur cette 
pièce capitale. 

D'autre part, en 1891. le Gouvernement a déposé dans le musée de 
l'Institut archéologique liégeois 32(i fragments de co même monu- 
ment, j)rovenant des fouilles faites par M. Comhaire. Cette société 
a obtenu daus la suite l'autorisation de poursuivre des recherches 
dans la propriété de .Madame la baronne de Tornaco. Elles ont été 
entreprises en 1904 et 1900, sous la direction d'un fouilleur dévoué 
et sagace, M. F. Ilénaux. Celui-ci ne tarda i)as à retrouver les subs- 
tructious d'un édicule funéraire entouré de séi)ultures,dont deux très 
riches. Ces fouilles furent exécutées avec un tel soin que M. Ilenaux 
\n\i relever la position de j)oteries,des verreries, des urnes de j)lonib, 
et des magnifiques bronzes qu'elles renfermaient. En 1903, il a 
recueilli, à Vervoz, au milieu de substructions romaines, des maté- 
riaux de constructions, des poteries, du verre, de nombreuses billes 



— 3ii - 

-en terre cuite marquées de chiffres romains, une monnaie en bronze, 
<les ossements d'animaux. Kn 1904, il a encore exploré à Vervoz les 
substructions d'un établissement agricole, dépendance dune villa 
et en a retiré de nombreux débris de poteries, de verreries, une 
nouvelle bille eu terre cuite et «luelques objets aratoii'es en fer. 
Il nous a fait connaître en 190G, d'autres substructions de la même 
localité. 

En 1901, on découvrait à Ilerstal une riche sépulture contenant 
notamment des poteries en terre rouge avec marques, une amphore 
en terre jaune, une jarre, des patères, quatre ampoules en verre 
verdàtre, une coujjette eu verre, des pastilles eu pâte de verre, une 
cenochoé eu bronze, deux strigiles, des fragments d'un petit trépied, 
les débris d'une lanterne : le tout en bronze ; des objets en fer, et le 
fameux vase hédonique que nous ont expliqué MM. J.-E. Demarteau 
et F. Cumont. M. L. llenard-Grenson a décrit cette trouvaille, qui 
n'est malheureusement pas restée à Liège : le vase hédonique 
fait aujoui'd'hui partie des collections de M. R. Warocqué, à Marie- 
mont. 

En 1903, on a trouvé à Tilff, au lieu dit Cortil, uu trésor de plus 
de 3oo pièces de monnaie, dont la plus récente est de Postume. 

En 189G, on exhumait à Jupille un trésor de monnaies romaines 
en argent, composé de plus de 3.5oo pièces admirablement frappées, 
dont la plus ancienne est de Néron et la plus récente de Philippe l''^. 
Citons encore les trouvailles des dépôts monétaires de Petit-Rechain 
et de Vervoz. 

En 1903, l'Institut archéologique liégeois a exploré une villa à 
Latinue et une autre à Ocquier. En 190G, il a fait des fouilles dans le 
cimetière belgo-romain de Limont et de Biliaiu. En 1907, M. Hénaux 
exhumait, à Bois-Borsu, le mobilier dune tombe riclie, dont les 
pièces étaient disposées dans le même ordre que celui des tombes de 
Vervoz. Cette sépulture avait été recoupée eu 1902 par des travaux 
de construction et nous eu possédions déjà uu candélabre, un tré- 
pied en bronze et une lampe en fer. Vous verrez demain, au Musée 
archéologique, à la maison Curtius, les deux tombes de Vervoz et 
celle de Bois-Borsu, reconstituées, avec tout leur mobilier,dans leur 
disposition primitive. Ce sont là des documents d'une haute valeur 
scientifique et uniques pour la Belgique. 

Ces découvertes démontrent que, daus les premiers siècles de 

notre ère, il y avait déjà, dans le Condroz, de grands domaines dont 

les riches pi'oxjriétaires aimaient à s'entourer d'œuvres dart, qui les 

suivaient jusque dans la tombe. 

L'année 1907 a été mar(iuée encore par la découverte, place Saint- 



— 3l2 — 

Lambert, an centre même de notre ville, sous les fondations de 
la primitive église de Xotger, des restes d'une villa romaine. 
MM.P.Loliest et E.Polain dirigeaient et surveillaient les recherches. 
M. Paul Lohest vous fera la description de la villa et des objets qui 
en furent exhumés, et il vous parlera des restes des deux anciens 
temples et du tombeau du prince-évêque Albert de Cuyck, qui 
furent également retrouvés. Grâce au concours de la Ville de Liège, 
une petite partie de la villa, avec son hypocauste, est conservée 
sous la place Saint-Lambert. Vous pourrez la visiter pendant votre 
séjour à Liège. 

Les trouvailles dautiquités franques ont été moins importantes 
pendant ces vingt dernières années. 

En 1899, M. I. Braconnier a recueilli, à Modave, le mobilier de 
plusieurs sépultures consistant en une série de poteries et d'armes 
en fer ; des fibules en or furent découvertes en même temps. 
Eu 1901, l'Institut archéologique liégeois a fouillé un cimetière à 
Latinne ; un autre cimetière a été exploré à Laer à la même époque, 
et a donné une verrerie franque fort remarquable. Des séi)ulture8 
découvertes à Hollogne-aux-Pierres en 1904 ont fourni une coupe 
en terre rouge, diverses poteries, des grains de collier, des armefr 
en fer, une boucle de ceinturon en bronze, et une ])ince à 
épiler en bi'onze. La trouvaille la plus importante est celle d'un 
cimetière, faite la même année pendant les travaux d'agrandis- 
sement de la gare de Herstal. Nous y avons recueilli d'imi)ortantes 
séries de vases en terre rouge et en terre noire, des ami)oules, des 
couj)es et des gobelets en verre, des plaques en bronze, un i)eigue 
en os, des monnaies. 

Eu 1905, le comte Cari Van der Straeten-Ponlhoz a fouillé à 
Ponthoz. un cimetière dont une tombe figui'a à rp]xj)osition de 1905. 
I.,a même année, on découvrait, à Grivegnée, une sépulture à 
inhumation très particulière du IV* ou du vc siècle, que nous ont 
fait connaître MM. L. Reuard-Grenson et Ch.-.T. Comhaire. Enfin, 
en 190'). on a mis au jour des cimetières à Bois-Borsu et à Clavier. 
Celui de Java (lez-Huy) a donné quehiues verreries et des armes 
en fer. 

Dans la sous-section du moyen âge et des temps modernes, nous 
relevons toute une série de questions bien intéressantes i)our les 
archéologues, les artistes et les collectionneurs. Telles sont : Les 
caractères des arts plastiques mosans aux époques carolingienne, 
romane et gothique, question qui sera traitée ])ar M. M. Laurent; 
L'influence de la Renaissance sur le mobilier liégeois au xvie siècle, 
par M. E. Bx'ahy ; La faïence d'Andenne à la fin du xviiie siècle, par 



— 3i3 — 

M. E.-J. Dardenue ; La céramique à Liège avaut le xix^ siècle et 
comment on la reconnaît, par M. F. Pholien; Des mesures à prendre 
pour la conservation des fresques anciennes, par M. le chanoine Van 
den Gheyn. Vous aurez aussi à ai)précier et à discuter des travaux 
d'érudition tels que : La provenance des fonts baptismaux de Saint- 
Barthélémy et la provenance du retable de Saint-Denis, par M. J. 
Destrée ; La peinture mosane, i)ar M. le D"" G. Jorissenne. 

Vous aurez encore à discuter et à décider la terminologie archéo- 
logique à appliquer dans les raionographies des sociétés archéolo- 
giques en vue de la confection des inventaires des monuments et 
œuvres d'art ancien, ainsi que l'organisation et le développement 
à donner au système de fiches archéologiques, questions proposées 
par M. L. Cloquet ; puis une série de travaux de MM. F. Alvin, 
baron L. de Crassier, J. Demarteau, J. Destrée, F. de Villenoisy, le 
chanoine Duclos, Paul Loliest, E. Polain et H. Rousseau. 

Depuis vingt ans, le Musée archéologique ne s'est guère enrichi 
chez nous de pièces mobilières et autres du moyen âge et des temps 
modernes. Il faut bien le dire: des particuliers, amateurs et érudits, 
qui sont légion, font en cette matière une concurrence désastreuse 
aux institutions publiques. Citons cependant la très importante 
donation de Bronckart-Grandjean à la Ville de Liège, en 1894, con- 
sistant en pièces d'argenterie liégeoise, pièces de mol)ilier, tableaux 
et objets divers ; celle du comte et de la comtesse de Pimodan, en 
i8<)5, comprenant des meubles, des portraits et des souvenirs. 

Le Musée s'est enrichi, en 1894, du superbe buste de Liverloo i)ar 
Jean Del Cour ; en i8<)5, d'un beau meuble du xvi» siècle provenant 
de la vente Hicguet ; en 1897, d'un berceau Louis XIV en dinan- 
derie ; en 1898, de magnifiques portes Louis XV, de style Régence, 
surmontées de peintures de Henri Deprez, et des lambris. 

La Ville de Liège ne s'est pas contentée d'acquérir et de réfec- 
tionner la maison Curtius. Elle a encore acquis et restauré la 
maison d'Ansembourg, belle demeure patricienne du xvnie siècle, 
où vous admirerez de merveilleuses boiseries qui font honneur à 
nos maîtres ébénistes liégeois. Vous y verrez des tableaux, des 
tapisseries, une riche collection de gravures anciennes ; enfin, 
les faïences et les verres liégeois de l'importante collection Jean 
Charlier, dernière acquisition de la Ville de Liège. Vous en avez la 
primeur. Cette collection aidera nos spécialistes à trancher la ques- 
tion de la céramique liégeoise, mise à l'ordre du jour du Congrès. 

Depuis notre réunion de 1890, l'Université a aussi reçu une dona- 
tion de grande valeur : la collection Wittert, comprenant des incu- 
nables et des manuscrits précieux, des gravures et des tableaux de 



— 3i4 ~ 

prix. M. J. Brassiune vous eu fera les liouueurs. Vous admirerez 
aussi à rUuivex'sité, pendant le Congrès, une collection d'aquarelles 
reproduisant des étoffes anciennes, réunie par le regretté Jules 
Helbig, et que veut bien nous confier Mï'' Schoolmeesters. 

Je puis vous annoncer également que M. Armand Baar vous 
ouvre les portes de sou hôtel pendant les jours du Congrès. Vous y 
verrez la collection de verres liégeois la plus considérable qui 
existe. La fragilité et la grande valeur de beaucoup de pièces nous 
ont interdit de les exposer ici. 

Lors de l'Exposition de Liège en igoo, M. Gustave Francotte, alors 
ministre du travail, déplorait devant quelques-uns d'entre nous 
que l'on n'eût pas pensé à faire, pour notre sculpteur Del Cour, ce 
qu'on avait réalisé pour notre sculpteur Mignon. A l'occasion du 
Congrès de Liège, nous nous sommes rappelé les paroles de 
M. Francotte, et nous lui avons demandé de nous aider à réaliser 
une exposition de l'œuvre de Jean Del Cour. Il a accei)té de grand 
cœur. 11 a réuni autour de lui un groupe d'artistes etd'érudits et, 
avec le généreux concours de la Ville de Liège, du Gouvernement 
et de la Province, ainsi que des autorités religieuses, il s'est mis à 
la tâche. Ce Comité a fait merveille. L'Exposition que Ion inaugure 
demain en votre honneur sera une véritable révélation, non seu- 
lement pour les étrangei's, mais aussi pour les Liégeois. 

En ce qui concerne les excursions, nous avons cherché à ce que 
vous ])uissiez trouver tous, d'après votre spécialité, à satisfaire 
votre curiosité. Si le soleil est des nôtres, nous esi)érons que vous 
en retirerez plaisir et profit. 

Tel est, à grands traits, le iirogramme de vos travaux. Tel est 
aussi le bilan succinct de découvertes faites depuis dix-neuf ans, 
et intéressant la préhistoire, l'archéologie et les recherches histo- 
riques au i)a.vs de Liège. Mais tout ceci appartient déjà au passé. 
Aujourd'hui, d'autres recherches vont s'offrir à votre activité, sus- 
citer votre attention, et des échanges d'opinions auxquels vous 
allez vous livrer, va sans doute jaillir une lumière nouvelle qui 
éclairera, je l'espère, bien des points encore obscurs ; aussi j'ai hâte 
de déclarer ouvert le XXI* Congrès de la Fédération archéologique 
et historique de Belgiciue fApjilniidisscineuls jtroloiigésj. 

M. L. Renard-Greuson, secrétaire général, commu- 
nique diverses lettres d'excuse, notamment de M. Delvaux 
de Fenffe, gouverneur de la province, empêché par des 
circonstances majeures d'assister aux diverses séances et 



Ol3 

festivités du Congrès, de MM. Cb. Aiendt, D"" Krûger, 
H. Geirnaert, Lebacq, E. Ilublard, cbevalier J. Joubert, 
M. Bertbiei", baron de Jaiublinne de Meux, G. Spée, 
M. Huisman, J.-H. Noens, V. Gilson, J. Vanneras, L. 
Loret, etc. 

Il soumet ensuite, avec M. J. Brassinne, les propositions 
du Comité pour la composition des bureaux des sections. 
Ces propositions sont ratifiées et les divers bureaux sont 
constitués comme suit : 

Section Préhistorique. 

Présidents : 
MM. A. MoNTGOMERiE Bell, profcsseur à Oxford. 

E. Cartailhac, correspondant de l'Institut de 
France, conservateur au Musée d'histoire natu- 
relle de Toulouse, à Toulouse. 
E. CuYER, président de la Société d'anthropologie 

de Paris, à Paris. 
DE Fayolle (marquis), président de la Société his- 
torique et archéologique du Périgord à Périgueux. 

E. DE PiERPONï, président de la Société archéolo- 
gique de Namur, à Eivière. 

M. De Puydï, ancien président de l'Institut archéo- 
gique liégeois, à Liège. 

F. DE ViLLENOisY, bibliothécaire à la Bibliothèque 
nationale, à Paris. 

V. Jacques, secrétaire général de la Société 
d'anthropologie de Bruxelles, à Bruxelles. 

C. Malaise, membre de l'Académie royale de Bel- 
gique, à Gembloux. 

O. MoNTELius, antiquaire du royaume de Suède, à 
Stockholm. 

A. RuTOT, conservateur au Musée roj^al d'histoire 
naturelle, à Bruxelles. 



— 3i6 — 

MM. X. Stainier, professeur à l'Université de Gand, à 
Gand. 
G. -A. WiLKE, Generaloberartz, à Cheiunitz. 

Vice-présidents : 

MM. E. DE MuNCK, collaborateur scientifique au Musée 
royal d'histoire naturelle, à Saventlieni. 
D"" Kaeymaekers, médecin militaire, à Arlon. 

Secrétaire-rapporteur : 

M. F. Vekchevai. , secrétaire- adjoint de l'Institut 
archéologique liégeois. 

Secrétaire-adjoint : 
M. G. Ghilaix, archéologue, à Liège. 

Histoire. 

Présidents : 

MM, G. Brom, directeur de l'Institut historique néerlan- 
dais de Rome. 

A. DE Saint-Léger, professeur à la Faculté des 
lettres de l'Université de Lille, 

S, Balau, membre de la Commission royale d'his- 
toire, à Pepinster. 

Dom Ursmer Berlière, membre de la Commission 
royale d'histoire, à Maredsous. 

V, Brants, professeur à l'Université de Louvain. 

Chanoine Cauchie, professeur à l'L^niversité de 
Louvain. 

Chevalier C, de Borman, président du Conseil pro- 
vincial du Limbourg, à Schalkhoven. 

A. Gaillard, archiviste général du royaume, à 
Bruxelles. 

H. PiRENNK, professeur à l'Université de Gand. 



- 3i7 - 

Vice-présidents : 
MM. F. Arnheim, docteur en philosophie, à Berlin. 

J. CuvELiER, chef de section aux Archives géné- 
rales du royaume, à Bruxelles. 
J. Feller, professeur à l'Athénée royal de Verviers. 
E. PoNCELET, conservateur des Archives de l'Etat, 

à Mons. 
H. Van der Lindex. professeur à l'Université de 
Liège. 

Secrétaire-rapporteur : 

M. F. Magnette, professeur à l'Athénée royal de 
Liège. 

Secrétaires : 

MM. D. Brouwers, conservateur des Archives de l'Etat, 
à Namur. 
J. Closon, chargé de cours à l'Université de Liège. 
E. DoNY, professeur à l'Athénée royal de Mons. 

E. Fairox, conservateur-adjoint des Archives de 
l'Etat, à Liège. 

L. VAX DER Essex, assistaut à l'Université de 
Louvain. 

Archéologie. 

A. — Archéologie belgo-romaine 

Présidents : 
MM. A. Blaxchet, membre du Comité des travaux his- 
toriques au Ministère de l'Instruction publique, 
à Paris. 

F. Cramer, directeur du Gymnase impérial de Diis- 
seldorf. 

F. CuMONT, professeur à l'Université de Gand. 



— 3i8 - 

MM. J.-E. Uemarteau, professeur éiuérite ii l'Université 

de Liège. 
J. DE Saixt-Venant, coriespoiidaiit du Comité des 

travaux historiques, à Xevers. 
E. KRiïGEK, directeur du Musée provincial de Trêves. 
J.-P. Waltzixg, professeur à l'Université de Liège. 

Vice-Présidents : 
MM. L. Halktn. professeur à l'Université de Liège. 

G. WiLLEisiSEN. président du Cercle archéologique 
du Piiy^ de Waes, à Saint-Nicolas. 

Secrétaire- rapporteur : 
"SI. P. Faideu, docteur en philosophie et lettres, à Liège. 

Secrétaire : 

M. V. Tourneur, attaché au Cabinet des médailles, à 
Bruxelles. 

lî, — Archéologie du moyen âge. 

Présidents : 

MM. G. Baldwin Brown, professeur à l'Université 
d'Edimbourg. 

A. BLO.M>rE, président de l'Académie royale d'ar- 
chéologie de Belgique, à Termonde. 

J. Demarteau, vice-président delà Socièiè d'art et 
d'histoire du diocèse de Liège. 

J. Destrée, conservateur aux Musées royaux des 
arts décoratifs et industriels, à Bruxelles. 

n. HvMAXS, conservateui' en chef lie la Bibliothèque 
royale, à Bruxelles. 

E. Lefèvre-Pontalis, président de la Société fran- 
çaise d'aichèologie, à Paris. 

P. Saintenov, ancien i)résident de l'Académie royale 
d'archéologie de Belgique (Anvers), à Biuxelles. 



— 3i9 — 

MM. J. SiMONis, ancien président de l'Institut aroliéo- 
logique liégeois, à Jenieppe-sur-Meuse. 
E.-J. SoiL DE MoRiAMÉ, aicliéologue, à Tournai. 
Le chanoine G. Van dex Gheyn, président de la 
Société d'histoire et d'archéologie de Gand. 

Vice-Présidents : 

MM. F. Alvix, conservateur du cabiuet des Médailles, à 

Bruxelles. 
E. Brahy-Prost, ancieu président de l'Institut 

archéologique liégeois. 
G. JoRissENNE, archéologue, à Liège. 
M. Laurent, chargé de cours à l'Université de 

Liège, à Bruxelles. 
H. Rousseau, conservateur aux Musées royaux des 

arts décoratifs et industriels, à Bruxelles. 
G. E-UHL, membre correspondant de la Commission 

royale des monuments, à Liège. 
E,. Vax Bastelaer, conservateur du cabinet des 

Estampes à la Bibliothèque royale de Belgique, 

à Bruxelles. 

Secrétaire-rapporteur : 
M. l'abbé J. Coenen, archéologue, à Liège. 

Secrétaires : 
MM. P. Comblex, architecte, à Liège. 

J. MoRET, secrétaire du Comité de l'Exposition 

Jean Del Cour, curé à Velroux. 
G. Rasquix, archéologue, Liège. 

C. — Musique. 
Président : 
M. P. Bergmaxs, sous-bibliothécaire de l'Université de 
Gand. 



— 32() — 

Vice-Président : 
M. G. JoRissENXE, aicliéologue à Liège. 
Secrétaire rapporteur : 

M. V. DwELSHAUVERS, piofesseur d'histoire de la mu- 
sique et d'esthétique à l'Ecole libre de Musique 
de Liège, critique d'art, à Liège. 

M. J. Brassiune notifie à l'assemblée l'admission dans 
la Fédération du Cercle archéologique d'Audenaerde et de 
la Société liégeoise de littérature wallonne. 

Après quelques recommandations d'ordre pratique, la 
.^éance est levée à 17 heures. 



— 02I — 



PREMIERE SECTION 



Préhistoire et Protohistoire. 

Secrétaire-rapporteur: M. Félix Verchevai,. 



SÉANCE DU Lundi 2 Août 

La séance s'ouvre à 9 h. 3o, sons la présidence de 
M. Edouard de Pierpont, président de la Société archéo- 
logique de Namur. 

Ont signé la liste de présence : 

MM. E. Braclit, E. Burdel, E. Cartailhac, Ch. Dangi- 
beaud. P. de Goy, J. de Saint- Venant, F. de Villenoisy, le 
D'^ Haake, A. Montgomerie Bell, Jhr W.-A. van Beelaerts 
van Blokland, L. Wuhrer, M'"« AVulirer, M'"^ M.-L. 
Wuhrer. 

M"® Bernimolin. MM. Cli.-J. Comliaire, E. de Munck, 
E. de Pierpont, M. De Puydt, le baron Ivan de Radzitzky 
d'Ostrowick, P. Destinez, .1. Diercxsens, L. Doraansky, 
Cb. Fraipont, J. Fraipont, G. Gbilain, E. Gillet, M"« 
C. Grégoire, MM. J. Hamal-Nandrin, L. Helbig, Jos. 
Jacquemin, le D'' V. Jacques, .T.-E. Jansen, C. Jorion, 
M^'e P.Kiigel, M"'*' Lambermont-Simonis, M"«E. Lecointe, 
MM. L. Leenaers, C. Malaise, M^^^M. Malevez, C. Plessy, 
MM. C. Rousseau de Schoënowsky, M^e S. Seghers, 
MM. J. Servais, J. Servais fils, X. Stainier, L. Stroobant, 
Y. Tabon, le D'' F. Tibon, F. Verebeval, le D'" B. Wibin. 



M. LE Président se dit beureux de saluer les savants 
étrangers qui ont bien voulu l'aire aux Liégeois Tbonneur 
d'assister au Congrès, et rappelle, en quelques mots, les 
liens nombreux d'amitié qui rattachent l'Institut archéo- 
logique liégeois à la Société archéologique de Namur. 



— 322 — 

Il souhaite que les travaux de la section de Préhistoire 
et Protohistoire soient féconds et termine en priant 
MM. Cartailhac, Montgomerie Bell et Malaise de prendre 
place au bureau. 

La parole est donnée à M. Cartailhac pour sa com- 
munication intitulée : Importance et extension en Europe 
de la phase présolntréenne dite aiirignacienne. 

M. E. Cartailhac fait l'historique des premières décou- 
vertes de l'industrie aurignacienne et des vicissitudes 
qu'elle eut à subir avant de prendre place définitivement 
dans les classifications entre le Moustérien et le Solutréen. 
Son importance, et surtout sa véritable situation strati- 
graphique, entrevues dès l'origine, n'<nit en effet été déter- 
minées que par des observations récentes. 

En 1860, Lartet recueillait autour des foyers de la grotte 
d'Aurignac, des débris d'une faune quaternaire ancienne 
et des vestiges industriels comprenant une pointe en os à 
large base fendue, de forme typique. En 1867, Gabriel de 
Mortillet, se basant sur cette découverte et sur d'autres 
plus récentes, reconnaissait dans la pointe en os d'Auri- 
gnac, le type industriel le plus caractéristique de ce qu'on 
appelait alors la première époque des cavernes. Vers ce 
moment, Lartet et Christy notaient dans les Reliquiae 
Aquitanicae la présence, avec la pointe en os typique, 
d'une faune comprenant un plus grand nombre d'animaux 
éteints que celle de toutes les stations de l'époque du 
Renne, montrant, comme la grotte de la Madeleine, une 
industi'ie plus avancée. 

Mais à ce moment, l'attention se portait sur les fodilles de 
Solutréqui révélaient une industrie différente à la fois de 
celle d'Aurignac et de celle de la Madeleine, mais semblable 
a celle deLaugeric-IIaute, déjà définie par Kdouai-d Lartet. 
(Quelle relation chronologique poiivait-on établir entre le 
gioui)e d'Aurignac, d'une part, et ceux de Laugcrie-Haiite 
et de Soliiti-é; d'autre part ? l^e problème était difficile. 



— Ô23 — 

faute d'observations précises. En s'appuyant sur des 
données théoriques, Gabriel de Mortillet, modifiant ses 
premières conjectures, crut pouvoir intercaler l'Auri- 
gnacien entre le Solutréen et le Magdalénien. 

Cet ordre ne tut pas adopté par le I)'" Hamy qui, en 
1870, dans son Précis de paléontologie humaine, plaça, 
avec plus de clairvoj-ance, le niveau d'Aurignac entre 
celui du Moustier, d'une part, et ceux de Solutré et de La 
Madeleine, considérés comme sjnn'hroniques, d'autre part. 

A partir de cette époque, l'Aurignacien tomba dans 
l'oubli. Quand on rencontrait cette industrie, elle était 
ordinairement confondue avec l'une de ses voisines. 

Mais la luniière devait enfin re})araîti"e : en igo5, au 
Congrès international de Monaco, l'abbé Breuil, dans une 
communication désormais historique, souleva le boisseau 
qui la tenait cachée, et, faisant part de recherches et 
d'observations absolument décisives sur la position stra- 
tig-raphique et les caractères de cette phase ancienne de 
l'époque du Renne, assigna définitivement à l'Aurignacien 
sa place exacte enti-e les niveaux moustérien et solutréen. 
Ainsi se trouvent confirmées en majeure partie les vues 
exprimées depuis longtemps par Edouard Dupont, sur les 
diverses phases de l'époque du Renne en Belgique. Depuis 
le Congrès de ^lonaco, on a reconnu que lenombre des 
gisements aurignaciens est beaucoup plus considérable 
qu'on ne le pensait. 

M. Cartailhac a bien voulu apporter à Liège et exposer 
de magnifi(|ues séries aurignaciennes provenant de la 
grotte de Laussel, commune de Marquay (Dordogne), 
fouillée depuis igoopar le D' Lalanne, de Boideaux. La 
générosité tiès opportune de ce bienfaiteui' de la science 
a pu heureusement conserver à sa patrie les documents 
archéologiques de cette caverne, disputés à coups de billets 
de mille francs, à une entreprise étrangère. Ici encore, 
l'Aurignacien est bien en place entre le Moustérien et le 
Solutréen, avec tous ses instruments caractéristiques. 



- 324 — 

M. le D"" V. Jacques fait ressortir toute l'iraportauce 
des conclusions de M. Cartailhac et rend hommage à son 
activité ainsi qu'à celle de son infatigable collaborateur, 
l'abbé Breuil. Il souhaite qu'un jour prochain, quelque 
travailleur assidu jette sur le Néolithique la même clarté 
qu'a jetée l'abbé Breuil sur une phase autrefois si obscure 
du Paléolithique. A titre d'exemple, il signale la question 
des silex tardenoisiens et regrette qu'on ne soit pas encore 
parvenu à la régler d'une manière satisfaisante. 

M. E. Cartailhac est persuadé que, sous le nom de 
silex pygmées ou silex tardenoisiens, on a souvent groupé 
des pièces d'époques très différentes. Il y en a un lot bien 
typique dans l'Auriguacien supérieur de plusieurs grottes 
de Grimaldi à Menton ; là on se trouve bien loin du Néoli- 
thique. Tout le Solutréeu, tout le Magdalénien passera 
avant que ne reparaissent des foi-mes analogues dans les 
fonds de cabanes de l'Italie. A toutes les époques, le but 
restant le même, les objets fabriqués avec les mêmes 
matériaux ont revêtu les mêmes formes. Il y a des 
i-essemblances qui ne sont pas des parentés : l'ethno- 
graphie en donne souvent la preuve. 

M. M. De Puydt résume son mémoire intitulé : Consi- 
dérations générales sur les fonds de cabanes néolithiques 
de la Ilesbaye et obseroaiions sur les dernières découvertes 
de poteries au village préhistorique de Jeneff'e (^) et commu- 
nique un travail de M. A. Gravis, professeur de botanique 
à l'Université de Liège : Les habitants des cabanes néoli- 
thiques de la Hesbaye étaient-ils agriculteurs '1 



f) Au sujet de ce mémoire, M. Cvprieii (Jalaiid. iiistiliiteur a 
I>atiiiiie, a lait remarciiier au Congrès (|u'il était avec M. Daviii- 
Kifjjot. l'inventeur des premiers fonds de cabanes décrits par M 
M. De Puydt. Il a déjà été rendu liommage au zèle de M. C. (ïaland 
dont le nom a été donné à l'une des af^f^lomérations préliisloriiiues 
de la Hesbave. 



— 325 — 

(Voyez Annales du Congrès de Liège : pour le travail de 
M. De Puydt, t. II, pp. 287-836; pour le travail de 
M. Gravis, ibid., pp. 871-878.) 

M. A. MoNTGOMERiK Bell fait rcssortir rim])ortaiice capi- 
tale des recherches botaniques au point de vue des études 
piéhistoriques. Il rend hommage à l'activité de MM. De 
Puydt, Hamal, Servais et Gravis, et déclare que depuis 
25 ans qu'il étudie la botanique préhistorique, il n'a jamais 
rencontré des documents aussi importants. 

M. LE Président signale que M. Sarauw, de Copen- 
hague, a remarqué, sur des tessons de poterie provenant 
de la grotte de Han, des empreintes de graines. Or, à 
proximité de la grotte se trouve une plaine fertile où des 
céréales comparables à celles de la Hesbaye, ont dii croître 
en abondance à l'époque néolithique. 

M. F. DE ViLLEN0iSY,à propos des découvertes faites dans 
les fonds de cabanes, signale que le chêne et le noisetier 
sont généralement recherchés pour leurs fruits par les 
populations peu fortunées. Dès lors ne peut on pas se 
demander si les bouquets de ces essences qui existent 
encore aujourd'hui en Hesbaye ne représenteraient pas 
les restes des vergers néolithiques ? 

M. LE Président donne la })arole à M. Déchelette 
pour entendre la lecture de son travail sur Le premier âge 
du fer en Belgique. 

M.E. CARTAiLHAcannonce qu'il a été prié par M. Déche- 
lette de l'excuser de ne pas être venu à Liège, son état de 
santé exigeant qu'il fasse une cuie dans le midi de la 
France. 

M. M. De Puydt, au sujet de la question mise au pro- 
gramme du Congrès : Les poteries préhistoriques décou- 
vertes dans la province de Liège, attire l'attention sur les 



— 326 — 

faits nouveaux, survenus depuis le dernier Congrès tenu 
à Liège eu 1890. A cette éi^oque, trois trouvailles seusa- 
tiounelles de poteries quaternaires occupaient le monde 
archéologique : 

la découverte de Petit-Modave sur le Hoyoux, affluent 
de la Meuse ; 

celle d'Engis, dans la vallée des Awirs, à 17 kil. eu 
amont de Liège ; 

la découverte de Spy, sur l'Orneau : 

la tasse de la caverne de Petit-Modave, continue M. De 
Puydt, a été attiibuée à l'époque du Mammouth par Julien 
Fraipont, Max Lohest et Ivan Braconier. 

La découverte d'une poterie à côté d'une dent de Mam- 
mouth, faite à Engis, par le professeur Julien Fraipont 
lui-même, n'a pas été infirmée par l'auteur. D'autre part, 
plusieui-s tessons enchâssés dans des fragments de brèche 
provenant du même gisement, ont été recueillis par 
Julien Fraipont d'abord et, en ces dernières années, par 
M. Doudou. Malgré leur âge incertain, les conglomérats 
ou brèches donnent l'impression de la coutemporanéïté 
des tessons et des silex mais sans en fournir la preuve. 

Quant aux fragments de poterie de Spy, exposés en ce 
moment à la maison Curtius, je déclare, en ce qui me con- 
cerne, avoir la certitude qu'ils n'appartiennent pas au 
Paléolithique. Ma couvii'tion s'est formée peu à peu et tout 
natui'ellement par l'étude de la céramique néolithique des 
fonds de cabanes comn)encée deux ans après nos fouilles 
de Spy avec Max Lohest. Je n'oserais pas même affirmer 
que la poterie de S[)y soit plutôt néolithique que proto- 
historique. 

Contre mon affirmation, on ne peut, à mon avis, invo- 
quer les conclusions récentes du savant conservateur du 
Musée d'iiistoiie naturelle de Bruxelles. Il y a lieu, en 
effet, de formuler hien des léserves sur les considérations 
émises par M. Rutot, dans son mémoire La poterie pen- 
dant l'époque tro^lodytique. 



- 32- - 

Quant à la poterie dos grottes de la Méliaigiie, signalée 
par M. le D'" Tilion et exposée à la Maison Curtius, son 
âge est également contesté. 

En ce qui concerne la fin du Quaternaire ou l'aurore du 
Néolithique, rappelons que les fouilles pratiquées dans la 
Campine limbourgeoise par MM, J. Hamal-Nandrin et 
Servais n'ont révélé aucune trace de poterie. C'est un 
renseignement négatif, mais il est bon de le donner 
puisque, dans la même région, des gisements purement 
néolithiques (Robenhausien avec haches polies en silex) 
ont donné, notamment à Eysden (Limbourg belge), de 
nombreux tessons en pâte grossière. 

Il faut le reconnaître, le pays de Liège est encore 
excessivement pauvre en poteries néolithiques n'appar- 
tenant pas aux fonds de cabanes, à l'Omalien, de Rutot. 
Heureusement, grâce aux fouilles de Hesbaye, les docu- 
ments mis au joui-, postérieurement au Congrès de 1890, 
sont considérables et dépassent même ce que l'on aurait 
pu espérer. 

M. J. DE Saixt-Venaxt. — Je m'incline devant les affir- 
mations de savants belges de grande valeur, quand ils 
affirment l'existence de la poterie à l'époque quaternaire. 
Mais on sait que depuis si longtemps que nous cherchons 
en Fiance la présence de i-estes céramiques dans nos 
importants milieux paléolithiques, nous n'avons pas réussi 
à trouver encore un seul exemple qui ait résisté à l'examen. 
Je crois intéressant de signaler au Congrès qu'il a été 
trouvé dans des grottes préhistoriques du département du 
Gard, des vases globulaires rappelant beaucoup par leur 
forme, comme par leurs accessoires, le fameux vase de 
M. Dupont, recueilli au Trou du Frontal et qui figure au 
Musée de Bruxelles : ils sont inédits et même inconnus. 
L'un d'eux, que j'ai étudié au Musée diocésain de Nîmes, a 
o'"25de hauteur et sa panse subsphérique est garnie de deux 
verticilles superposés de petites anses perforées en forme 



328 



de courts canaux comme dans l'exemplaire belge; seule- 
ment, dans le rang supérieur, les tubes sont horizontaux. 
Cette pièce a été recueillie dans la grotte des Issards 
(Gard), au sud d'Avignon, contre le Rhône. Les milieux 
de toutes les grottes de cette région datent tout à fait de 
la fin du Xéolithique et on les regarde même comme 
appartenant à l'époque aenéolithique ou au premier âge 
du bronze, On rencontre dans ces grottes, en effet, dissé- 
minés au milieu d'un riche mobilier néolithique avancé, 
de rares et très petits objets métalliques, menus poignards 
plats et perles, très généralement en cuivre pur. Je ne me 
permets pas de tirer de ce rapprochement la moindre 
conclusion pour la Belgique, mais il m'a paru utile de 
verser ce renseignement nouveau dans le dossier de l'en- 
quête sur l'ancienneté de la céramique. 

M. J. Fraipont considère les poteries de Spy comme 
néolithiques. Il fait remarquer que la plupart des grottes 
à gisement quaternaiie ont été utilisées à une époque 
plus rapprochée de la nôtre comme ossuaire par les Néo- 
lithiques, et ont donné aux fouillcurs des industries mélan- 
gées. Toutefois, la poterie de Modave ayant été trouvée à 
6 mètres de profondeui-, dans un niveau paléolithique 
paraissant non remanié, doit, selon lui, être considéré 
comme paléolithique ; quant à celle d'Engis, elle sei-ait 
aussi paléolithique, mais ici la question est plus délicate, 
les couches étant moins épaisses. 

M. LE Président signale qu'à Han, des instruments de 
l'âge du fer étaient descendus le long des parois de la 
grotte jusqu'à une profondeur de 2 mètres dans le niveau 
néolithique. 

La séance est levée à 11 h. 



— 329 - 
SÉANCE DU Mardi 3 Août 

La séance s'ouvre à 9 heures i5 sous la présidence de 
M. le Dr Jacques, assisté de MM. A. Montgomerie Bell, 
E. Cartailhac et A. Rutot. 

Ont signé la feuille de présence : 

MM. E. Braclit, E. Burdel, E. Cartailhac, le maïquis de 
Faj'olle, P.deGoy,lecomtedeHautecloque,E. Delignières, 
J. de Saint-Venant, le D*" Haake, A. Montgomerie Bell. 
Jlir W.-A. van Beelaerts van Blokland, L. Wuhrer, 
]yjme Wuhrer, M"« M.-L. Wuhrer. 

M. H. Arnold, M^-^^ Bernimolin, L. Bouvier, MM. F. 
Bovy, Ch.-J. Comhaire, E. Davin-Rigot, H. Davin. 
le baron de Borchgrave, E. de Munck, N. de Pauw, 
M. De Puydt, le baron Ivan de Radzitzky d'Ostrowick, 
P. Destinez, J. Diercxsens, P. Dieudouné, Ch. Fraipont, 
J. Fraipont, G. Ghilain, D. Gillet, G. Grafé, M"^ L. 
Grégoire, MM. J. Hamal-Nandrin, L. Helbig, J. Jacquemin, 
le Dr V. Jacques, C. Janssens, M""® Lambermont-Siiuonis, 
M"® E. Lecointe, M. L. Leenaers, M'"^ M. Leenaers, 
M. M. Legrand, M'^^^ M. Malevez, E. Maréchal, MM. J. 
Plomdeur, J. Poils, M"^ P. Ranschyn, MM. C. Rousseau 
de Schoënowsky, A. Rutot, M. Schweisthal, F. Seghers, 
M"« S. Seghers, MM. E. Serdobbel, J. Servais fils, 
M'"'^ J. Servais, MM. X. Stainier, L. Stroobant, le D^ 
Thisquen, C. Thouet, le D"" F. Tihon, H. Vassal, F. Ver- 
cheval, le D"^ B. Wibin, J. Woot de Trixhe. 

M. J. Servais résume le travail publié par lui en colla- 
boration avec M. Hamal-Xandriii et intitulé : Contribution 
à l'étude du préhistorique dans la Campine limbourgeoisc. 
(Voyez Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 202-225.) 
Selon les auteurs, l'industrie découverte sous la surface 
du sol représente une forme de transition entre le Paléoli- 
thique et le Néolithique. 

j\r. A. Rutot se déclare d'accord avec les auteurs sur les 



— 33o — 

conclusious principales. L'industrie microlitliique, déjà 
rencontrée il y a quarante ans, notamment à Moutaigle, 
avec la faune du Renne, a été retrouvée il n'3' a pas long- 
temps, dans la grotte de Remouehamps par MM.de Loë et 
Van den Broeck à un niveau archéologique contenant 
également la faune du Renne. Pour M. A. Rutot, cette 
industrie serait pré-tardenoisienne et daterait de la fin du 
Quaternaire. 

M. E. Cartailhac. — Je ne peux pas croire que la très 
curieuse industrie révélée en Belgique par MM. Hamal et 
Servais soit aussi tardive que l'indique notre savant 
confrère M. Rutot. En Belgique, comme en France, 
rA.urignacieii eut certainement une série de phases ; ainsi 
on voit que la caverne d'Engis a fourni le niveau de la 
Gravette qui est un des faciès de l'Auriguacien supérieur ; 
M. Dujiont, il 3' a quarante ans, a présenté quelques 
subdivisions xdIus anciennes à Montaigle et ailleurs. Les 
découvertes de ce genre continuent. La nouvelle station 
peut fort bien correspondre à l'une des sections de la 
période aurignacienne puisqu'il y a une très grande 
analogie entre ses silex et ceux des couches supérieures 
de la grotte des Eufauts, à Grimaldi i)rès Menton. Il ne 
faut pas abuser du terme fallacieux de Tardenoisien. Il 
conviendrait de comparer encore la station de MM. Hamal 
et Servais à celle, de Noailles en Corrèze. 

M. A. Rutot fait observer que le niveau supérieur de la 
grotte de Châleux, appartenant au Magdalénien moyen, 
i-enferme une industrie analogue à celle de Zonhoven, 
mais sensiblement plus ancienne. Tout en admettant que 
des pièces tardenoisiennes aient été découvertes dans le 
midi de la France, à des niveaux plus anciens que ceux 
dans lesquels on les découvre en Belgique, il ne croit pas 
devoir revenir sur son opinion et faire remonter l'industrie 
de Zonhoven à l'Auriguacien supérieur. Comme, en effet, 
on n'a jamais trouvé avec les instruments microlithiques 



— 33i — 

que la faune du Renne, il croit pouvoir ceitifier qu'ils ne 
datent que de la fin du Quaternaire. 

M. J. Hamal-Nandrin. — Connaît-on en Belgique d'autres 
stations à ciel ouvert où cette industrie a été découverte ? 

M. A. RuTOT. — M. Stroobant en a découvert un 
emplacement à Weelde (Merxplas). 

M. J. Servais. — Cette station a-t-elle donné une 
industrie pure et le gisement n'avait-il pas été remanié ? 

M. A. RuTOT. — Il y avait eu un léger remaniement 
comme cela arrive d'oidinaire en terrain sablonneux. 

M. J. Servais. — C'est donc bien à Zonhoven que cette 
industrie a été découverte pour la première fois abso- 
lument pure et dans un gisement non remanié. 

M. A. RuTOT. — Absolument. Nous sommes parfai- 
tement d'accord. 

M. A. RuTOT donne connaissance de son travail sur Les 
éolithes pré-aqiiitaniens de Boncelles. 

La sal)lière du lieu dit : « Les Gonhir )>, à Boncelles, 
est située à la côte de 265 mètres, sur le haut-plateau 
dominant la terrasse supéi'ieure. 

Klle comprend de haut en bas : 

1° de la terre végétale caillouteuse : 

2° de l'argile qui, d'après moi, représente l'aigile de 
la Campine et de Tegelen (avec faune de Cervidés) du 
Pliocène moyen (Poedei'lienj; 

3" un ('ailloutiscomi)osé de deux éléments: du quartz 
blanc roulé, de provenance étrangère, et de cailloux plus 
gros, de quartzite ou de grès (Kiesel-oolite), qui constitue 
un dépôt d'eau douce, donc un cailloutis fluvial apporté 
pendant la période du Poederlien ; 

4"^ enfin, une masse sableuse, dont la partie supérieure 
est du sable fin avec de petites linéoles d'argile, et la 



332 



partie inférieure du sable sans argile avec la faune marine 
uquitanienne en place. J'y ai compté i5 espèces différentes 
de fossiles, souvent bivalves ; l'eau n'a pas pu les détruire, 
à cause de Fimperméabilité de l'argile supérieure. Les 
sables sont plus fossilifères vers le haut et moins vers le 
bas, sur une hauteur de 2 mètres. 

Le cailloutis à éolithes vient immédiatement sous le 
sable à environ i5 mètres de la surface du sol, et il repose 
sur le terrain primaire. Ce cailloutis est composé princi- 
palement de silex crétacés ; ce n'est pas un simple dépôt 
d'altération sur place de la craie à silex, mais un rema- 
niement des blocs de silex avec des silex roulés. Les 
cours d'eaux sauvages ont raviné l'argile d'altération qui 
empâtait d'abord les silex : i)uis le sable argileux a été 
apporté par la mer aquitanienne. Les éolithes se trouvent 
souvent rassemblés par niveaux plus ou moins réguliers 
dans la masse du cailloutis. Les cailloux roulés apportés 
dans la masse sont généralement longs et très minces, 
toujours bien intacts, ce qui prouve évidemment que le 
ravinement n'a pas été violent. 11 n'y a donc pas eu de 
mouvements brusques ni violents dans la formation du 
cailloutis, comme l'a également démontré l'étude des 
ballastières des environs de Paris, où des coquilles 
fragiles sont demeurées intactes. Aucun ossement n'a 
encore été découvert dans les niveaux à éolithes, mais il 
se pourrait très bien que l'imperméabilité de Targile ait 
permis qu'il s'en consei-ve et j'espère bien en découvrir. 

Quant aux éolithes eux-mêmes, beaucoup d'instruments 
— un tiers environ — présentent le bulbe de percussion ; 
je suis convaincu que les Tasmaniens. (pii vivaient 
encore il y a 60 ans, et les Fagniens de Boncelles ont 
produit leurs éclats de la même manière, c'est-à dire 
en jetant des fragments de matière première sur de gros 
blocs. A Boncelles, on trouve, en effet, des blocs de silex 
qui portent des marques de percussion violente. On a 
obtenu ainsi des éclats avec bulbe de percussion destinés 
à être utilisés. 



— 333 — 

L'outillage découvert jusqu'ici est complet ; il compreud 
une vingtaitie de types d'iustruments que je puis classer 
en deux séries : une, de cinq catégories, dont l'utilisation 
se devine, et servant à couper, à frapper, à racler, à 
gratter et à percer, et l'autre, de deux catégories, dont il 
est malaisé de deviner l'usage. 

Les instruments de la i)remière série admettent des 
variantes, qui sont : 

1° Les percuteurs : percniteurs simples, percuteurs tran- 
chants ou haches , percuteurs tranchets , percuteurs 
pointus. 

2' Les couteaux : couteaux avec simples marques d'uti- 
lisation et couteaux utilisés avec retouches d'accommo- 
dation. 

3° Les racloifs : racloirs droits et racloirs à encoches. 

4° Les outils dits grattoirs, mais qui sont en réalité des 
ciseaux, avec retouches d'accommodation et qui ont sou- 
vent deux encoches pour la préhension. 

5' Les poinçons, dont la pointe a été obtenue au moyen 
de deux encoches. 

Les instruments de la deuxième série sont : 

1° Les petites pierres de grandeur uniforme et arron- 
dies, avec traces d'éclats enlevés intentionnellement. Des 
pierres semblables se reti'ouvent en Tasmanie et égale- 
ment dans les industries paléolithiques ; ce sont des pierres 
de jet. Les Australiens s'en servent encore aujourd'hui 
avec une grande habileté. 

2" Les i)ierres i)lates très esquillées sur une ou plusieurs 
faces, simulant des grattoirs ou des racloirs, mais dont les 
bords semblent avoir reçu de nombreux coups. On les 
retrouve partout. Les pierres à briquet modernes sont 
exactement semblables. J'en conclus que ces pierres plates 
ont servi à produire le feu. Les Fagniens de Boncelles le 
connaissaient donc. Cette conclusion, qui peut paraître 



— 334 — 

invraisemblable à première vue, semble pourtant bien 
exacte et prouvée i)ar l'examen de ces pierres. 

M. A. MoNTGOMERiE Bell. — Depuis 22 ans j'étudie les 
éolithes et j'en possède une nombreuse collection formée 
aux environs d'Oxford et dans la vallée de la Tamise. Mou 
opinion bien arrêtée est que l'homme tertiaire a existé et 
elle n'a fait {[ue se rafferuiir quand j'ai vu, à Bruxelles, les 
magnifiques séries de M. Ru tôt. 

M. J. Fraipoxt. — Mes collègues et moi-même, nous 
admirons M. Rutot comme géologue et nous avons le plus 
profond respect pour la probité scientifique de l'archéo- 
logue. Commelui, nous cherchons lavérité et l'accepterons 
quelle qu'elle soit. Je tiens à déclarer, avec M. Max 
Lohest, que le gisement de Boncelles nous semble parfai- 
tement non-remanié et d'âge oligocène. Toutefois, nous 
nous permettons de faire à M. Rutot trois objections. 

1° Les différentes retouches existant sur une même 
pièce ue sont pas toutes du même âge ; les unes sont 
patinées fortement, d'autres le sont moins, d'autres, enfin, 
ne le sont pas du tout. Les « retouches » les plus récentes 
ont dû se produire depuis le dépôt des couches susjacentes 
et par consé(iuent sans intervention de l'homme ou d'un 
précurseur. D'ailleurs il est constant que le silex de 
Boncelles se fissure et s'esquille avec la plus grande 
facilité. 

20 Mon collègue Max Lohest et moi, nous avons recueilli 
dans les alluvions de la Meuse et de ses affluents des 
quantités très considérables de petits fragments de silex 
portant des apparences de retouche tellement caractéris- 
tiques, qu'ils auraient dû être considérés comme des 
instruments utilisés si leui-s dimensions exiguës (quelques 
inilliuiètres) n'avait fait écarter a priori cette manière de 
voir. Si donc on constate sur ces pièces microscopiipies 
l'existence des « retouches», éléments critéri()logi([ues 



— 335 — 

considérés jusqu'à présent comme caractérisant le travail 
humain, il est démontré par là que ce critérium est sans 
valeur, puisqu'il se retrouve sur des apparences d'instru- 
ments qui n'ont jamais pu être utilisés. Par conséquent 
les (( retouches » existant sur les silex de Honcelles ne 
prouvent nullement qu'ils aient été utilisés par l'homme 
ou son précurseur. 

3" On n'a découvert à Boncelles aucun ossement de l'être 
(jui aurait utilisé les silex. Ce n'est là sans doute qu'un 
îiroument négatif ; mais il y a })lus : à l'époque des éolithes 
de Boncelles, la paléontologie nous apprend qu'il n'exis- 
tait aucun être capable d'utiliser ces silex. En effet, les 
singes les plus anciens ne remontent pas plus haut que 
le Miocène intérieur. M. Rutot nous dit : L'ancêtre de 
l'homme est un léniurien perfectionné. 

Comme paléontologue, je déclare ne pouvoir admettre 
cette opinion. Les lémuriens sont, certes, as.'-ez abondants 
à TEocène; mais ils sont tous (sauf une; seule espèce très 
contestée, i)rétendviment découverte i);ir Ameghino), de 
très petite taille. Le degré de dévelopi)ement des différents 
types mammifères, notamment des léniurs aux épocjues 
éocène et oligocène, n'autorise pas à croire que l'un d'eux 
aurait pu utiliser ou retoucher intentionnellement les silex. 

M. A. Rutot. — Comme mes honorables contradicteurs, 
je ne cherche, moi non plus, que la vérité et je l'accepterai 
quelle qu'elle soit. Je pense ce[)endant qu'il ne me sera 
pas difficile de réfuter les objections qui viennent de m'être 
présentées. Et avant tout, je tiens à faire observer que 
jamais des déductions tirées d'un fait isolé n'ont suffi à 
donner la solution d'un problème aussi important que celui 
qui nous occupe ; de même, je ferai remarquer que toutes 
les pierres qui passent pour des éolithes n'en sont i)as en 
réalité. Ceci dit, examinons chacune des objecticms en 
particulier. 

Il existe, dit-on, sur les éolithes de Boncelles, des ti-aces 



— 336 — 

d'utilisation couvertes de patines d'âges différents. Je le 
recounais. Mais tous ceux qui ont étudié la préhistoire, 
savent que ce phénomène ne se manifeste pas exclusi- 
vement sur les éolitlies et qu'on l'observe aussi bien sur 
les silex paléolithiques et néolithiques. A-t-ou pour cela 
mis en doute ces derniers? D'ailleurs j'ai pu constater 
moi-même, que certaines apparences de retouches mo- 
dernes avaient été produites par la pioche de mon fouilleur. 

Quant aux silex microscopiques, il faut s'en défier. Ils se 
rencontrent très fréquemment et à toutes les époques. 
Depuis longtemps on les connaît ; ils ont été signalés 
notamment à l'île de Rugen où ils se forment en s'entre- 
choquaut sous l'action des vagues ; mais ils sont éphémèi'es 
et finissent par s'anéautir complètement. Ils ne pi'ouvent 
donc rien. 

Enfin reste l'argument paléontologique. Tons les géo- 
logues savent qu'on ne rencontre presque jamais d'osse- 
ments dans les couches où se ti-ouvent les éolitlies, et il est 
déjà extraordinaire d'avoir retrouvé à Boncelles la faune 
marine aquitanienne. La découverte d'une mâchoire 
humaine avec l'industrie mafflienne, faite par M. Schoe- 
tensack à Mauer, est absolument exceptionnelle. On ne 
peut donc pas conclure de l'absence des ossements fossiles 
à l'inexistence de l'être qui utilisait les silex. Mais, a-t-on 
dit, on ne connaît à cette époque aucun être, singe ou 
lémui", arrivé à un point de développement tel qu'on puisse 
lui attribuer l'utilisation des silex. A cela, je répondrai 
quil me semble que beaucoup de paléontologues sont 
d'avis que la souche homme a pu se détacher des 
lémuriens avant les singes. Ainsi nous aurions eu à 
Boncelles, à l'Oligocène moyen, une longue généiation de 
lémuriens pendant une période qui peut être évaluée à un 
million d'années. 

M. J. 1<'kaii'()nt. — .J'admets, comme l'a dit M. Rutot, 
(^ue les silex à plusieuis patines se retrouvent à toutes les 



— 337 — 

époques. Mais il n'a nullement répondu à ma question qui 
est celle-ci : on trouve à Boncelles des silex admirable- 
ment patines ; qui a fait les « retouches » postérieures moins 
patinées on dépourvues de patine ? J'admets également 
que des instruments en silex de dimensions exiguës se 
retrouvent souvent, notamment à l'époque campignyienne, 
mais dans ce cas on a d'autres motifs d'attribuer leur 
origine à un travail liumaiu. Enfin, quant à la faune, Je 
prétends que, dans l'état actuel de nos connaissances, 
aucun lémurien de l'Oligocène n'a pu utiliser les silex. 

M. A. RuTOT. — Je suis contraint de faire des réserves 
sur ce point. Il n'est pas impossible que le squelette de 
lémur que vous réclamez ait été retrouvé déjà. En effet, 
on a extrait des pbosphorites du Quercy des ossements 
fossiles très abondants appartenant à des lémurs ; malheu- 
reusement, ces documents, parmi lesquels se trouve 
peut-être le lémur que nous cherchons, n'ont pas été 
étudiés suffisamment. 

M. E. Cartailhac. — M. Rutot Test, je pense, mal 
informé ; les fossiles des pliospliorites du Quercy ont été 
très minutieusement étudiés, notamment par Filhol et 
Gaudry, et je puis affirmer que le lémur eu question ne 
s'y trouve pas. 

M. M. De Puydt. — La question des éolithes est com- 
plexe ; elle est en effet à la fois paléontologique et archéo- 
logique. Au point de vue archéologique, nous admettons, 
depuis longtemps, qu'il a existé une industrie antérieure 
au Clielléen ; Gabriel de Mortillet l'avait appelée : éoli- 
thique ; cette dénomination était heureuse et se main- 
tiendra. Quant à la théorie éolithique, dont M. Rutot sait 
faire la démonstration avec une clarté et une maîtrise 
indiscutées, nous estimons qu'elle est logique et vrai- 
semblable. Mais il y a loin de là à croire aux éolithes 



— 338 — 

des Fagnes ou de Boneelles et à leur utilisation par un 
précurseur de l'iiomnie d'âge oligocène moyen. 

En ce qui concerne les découvertes de MM. de Munck 
et autres dans les Fagnes, aux environs de Jalhay, j'ai 
reconnu, lors d'une excursion dirigée par M. de Munck, 
que l'un des silex présentés comme tertiaires était indis- 
cutablement taillé ; partant, ne répondait plus à la 

théorie éolithique. Cette pièce, recueillie à la surface du 
sol, doit avoir été retirée de la catégorie des éolithes par 
notre collègue et ami à qui je déclarai — comme je le fais 
aujourd'hui — que le plus puissant argument contre les 
éolithes des Fagnes est une visite à leur gisement 

En ce qui concerne Boneelles, les choses sont diffé- 
rentes puisqu'il s'agit d'un gisement en place stratigra- 
phique, classé et daté par la géologie et la paléontologie. 
Au milieu des masses de silex recueillis par MM. Rutot et 
de Munck, ainsi que par le Musée d'histoire naturelle de 
Bruxelles, nous reconnaissons qu'il existe quelques pièces, 
relativement très rares, qui seraient indisevitablement 
rangées parmi les silex taillés, si elles avaient été ren- 
contrées dans un milieu paléolithique. Cette déclaration, 
nous avons tenu à la faire ici parce que, parmi les archéo- 
logues, on a souvent dénié aux éolithes même l'apparence 
d'un travail intentionnel ou d'une utilisation voulue. 

C'ela dit, nous affirmons (jue nous n'avons jamais eu 
aucun parti pris dans la question, mais que, pour de mul- 
tiples raisons, nous ne croyons pas encore atix éolithes 
des Fagnes ou de Boneelles. Enfin nous conclnerons, en 
archéologue, que les pressions et les chocs provenant de 
causes naturelles peuvent produite les mêmes effets 
que les pressions et les chocs intentionnels, et ce, dans 
une mesure ])lus large qu'on ne le pensait généralement 
aujourd'hui. 

M. M. Lonp:sT demande si les agents naturels ne peuvent 
suffisamment expliquer les esquillements des silex. On 



_. 



- 33y - 

trouve parfois des silex déposés verticalement daiiK les 
couches : cela iudique évidemment un mouvement ; les 
esquillements n'ont-ils pas pu se produire au cours de ce 
mouvement ? 

M. A. RuTOT déclare, ayant étudié l'action des agents 
naturels, (pie ceux-ci sont incapables de pi-oduire les 
retouches qu'on voit sur les éolithes. 

M. X. îStainier. — M. Ruiot déclare que les éolithes se 
trouvent dans le conglomérat de silex ; comment explique- 
t-il alors qu'où puisse rencontrer des éolithes dans uu 
dépôt chimique en voie de formation ? Et d'ailleurs, ce 
conglomérat est d'âge indéterminé, mais plus ancien que 
l'Oligocène supérieur. Or, plus on recule l'âge des éolithes, 
et plus la difficulté de les expliquer augmente; en effet, 
M. Rutot piétend que la mentalité éolithique est restée la 
même depuis les origines de l'humanité jusqu'au Flénu- 
sien ; comment [)ourvait-on admettre cette stagnation en 
présence des progiès concomittants de tous les autres 
êtres ? 

M. A. Rutot. — Le conglomérat n'est pas absolument 
homogène ; à l'Oligocène, des courants d'eau douce ont 
circulé à sa surface produisant des ravinements ; en 
cei'tains points, des parties de la masse ont i)n glisser sur 
d'autres. Bref, il doit y avoir eu des i-emaniements. des 
apports par les eaux douces et sans doute plusieurs sols 
successifs sur lesquels les précurseurs ont pu circuler. 
Quant à la détermination de l'âge exact des couches du 
conglomérat, étant donné qu'il a fallu tout l'Eocène pour 
dissoudie la craie, j'estime qu'elles ne doivent pas être 
plus anciennes que l'Oligocène inférieur. 

M. X. Stainier. — Je connais pourtant des conglo- 
mérats de dissolution à la base du Landenien. 

M. A. Rutot. — .Je n'en connais pas en Belgique. 



— 34c) — 

M. LE Président clôture provisoirement la discussion 
et remercie tous ceux qui y ont pris part. 

M. LE Secrétaire-rapporteur, au nom de M. le docteur 
Haake, directeur du Musée préhistorique de la Ville de 
Bruuswick, fait connaître le résultat des recherches entre- 
prises par celui-ci aux environs de cette ville. Il rapproche 
les découvertes de fonds de cabanes du Brunswick de celles 
de la Hesbaye et conclut que les deux populations doivent 
appartenir à un même groupe ethnique. 

M. M. De Puydt présente des moulages des poteries 
trouvées par M. le D"" Haake et fait constater l'analogie 
qu'elles possèdent avec celles de la Hesbaye. Il présente 
également des fac-similé d'instruments en silex, reproduits 
par M. le D"" Baake à l'aide d'un procédé qui a dû être 
utilisé par les Préhistoriques. 

La séance est levée à ii h. 3o. 

SÉANCE DU Mercredi 4 Août. 

La séance est ouverte à 9 h. i5, sous la présidence de 
M. X. Stainier, assisté de MM. E. Cartailhac, A. Mont- 
gomerie Bell et P. de Goy. 

Ont signé la liste de présence : MM. E. Bracht, E. Bur- 
del, E. Cartailhac, le marquis de Fayolle, P. de Goy, J. de 
Saint- Venant, le D"" Haake, le comte de Hantecloque, 
A. Montgomerie Bell, Jhr van Beelaerts van Blokland, 
L. Wuhrer, M'"^ Wuhrer, M''^ M. L. Wuhrer. 

^iies Bernimolin, L. Bouvier, MM. D. Brouwers, l'abbé 
Ooenegracht, l'abbé Coenen, Ch.-J. Comhaire, A. de Béliault 
de Dornon, L. de Foere, le vicomte de Ghellinck, E. de 
Munck, M. De Puydt, le baron Ivan de Radzitzky d'Os- 
trow'ick, le baron Edm. de Sélys-Longchamps, P. Desti- 
nez, P. Dieudonné, F. Dumont, J. Duniont, M""' J. Dumont, 
MM. Ch. Fraipontj.J. Fraipont, G. Ghilain, l'abbé Gilis- 



- 34i - 

sen, M"® L. Grégoire, MM. J. Hamal-Naudrin, L. Helbig, 
le D'" A. Jacques, l'abbé A. Kairis, M'"'' Lambermont-Sirao- 
lîis, M. C. Leclèie, M"^ E. Lecoiute, MM. L. Leenaers, 
M. Lohest, J. Maertens, M'"' M. Malevez, MM. A. Mévis, 
A, Oger, F. Pliolien, M"^ C. Plessy, MM. le D"" Raymoud, 
A. Renier, L. Roland, C Rousseau de SchoënoAvsky, 
A. Rutot, P. Scharff, F. Segliers, M"«^ S. Seghers, 
MM. J. Servais, J. Servais fils, M^ej. Servais, MM. X. Stai- 
nier, le T>^ Tliisquen, le D^^ Tihon, le D"' Wibin. 

M. M. De Puydt lit le résumé du travail de M. Hoerues, 
qui s'est excusé de ne pouvoir assister au Congiès. Ce 
travail a pour titre: La question néolithique (Yo'w Annales 
du Congrès de Liège, t. II, pp. 56i-563). 

M. A. RuTOT estime que M. Hoerues a poussé trop au 
noir le tableau du marasme dans lequel se trouveraient 
les études néolithiques. Il est toutefois bien certain que 
la question de la classification néolithique e^t très compli- 
quée, d'autant plus qu'aux difficultés scientifiques propre- 
ment dites s'ajoute une question de langue. En effet, 
beaucoup d'ouvrages traitant de cette matière sont écrits 
en des langues slaves qui sont loin d'être familières à la 
plupart des savants de l'Europe occidentale. C'est surtout 
du côté de ces pays aux langues peu connues que se 
trouvent les difficultés : pour les autres pays d'Europe, la 
question est déjà éclaireie. 

M. E. Cartailhac est aussi d'avis que M. Hoernes a 
poussé son tableau trop au noir et il rend hommage aux 
savants de langue française qui, comme M. Déchelette, ont 
traduit plusieurs ouvrages importants écrits en langues 
slaves et ont ainsi apporté aux préhistoriens du Nord et 
de l'Ouest de précieux matériaux pour leurs études sur le 
Néolithique de l'Europe orientale. Quoi qu'il en soit, il est 
certain que, dans cette partie de la préhistoire, il reste 
encore beaucoup à apprendre ; plus ou l'étudié et plus le 



- 34u - 

Néolithique semble se restreindre, l'.Enéolithique s'élargir, 
et plus aussi s'affirme la couvictiou que le métal est 
apparu plus tôt qu'on ne l'estime généralement. Ainsi les 
belles haches en pierre à bords évasés, qu'on retrouve en 
France dans les grands dolmens, paraissent indiquer que 
la hache en métal était déjà connue. Dans le midi, on a 
retrouvé des traces de métal sur des dents provenant 
également des dolmens. Enfin, il est établi que le Néoli- 
thique i)ur est presque inti-ouvable dans la région médi- 
terranéenne. 

M. A. RuTOT estime que la meilleure méthode d'étude 
est la visite des collections étrangères, les publications ne 
devant servir que d'aide-mémoire. Cependant il ne serait 
pas mauvais que les préhistoiiens s'entendissent entre eux 
pour comparer les résultats acquis et vérifier les conclu- 
sions des ti'avaux individuels et. dans ce but, il croit qu'il 
serait utile de provoquer la réunion d'un Congrès inter- 
national du Néolithique. 

M. DE MuNCK cite, à titre d'exemple d'étude qui devrait 
être entreprise en commun par les préhistoriens de tous 
les pays d'Europe, celle des matières premières. 

MM. E. Cartailhac et X. Stainier approuvent cette 
idée. 

M. M. De Puvdt fait remarquer <iue la plupart des 
l)ublications Scandinaves sont accompagnées d'un résumé 
en français et souhaite que les travaux écrits en langues 
slaves, soient aussi i-ésumés en français ou en allemand, 

M. A. RuTOT résume son mémoire intitulé : Le Flémi- 
sien aux enuirons de Liège et en Hesbaye. (Voir Annales 
du (Jongrrs de Liège, t. IT, pp. 5-i4)- 

M. LE I)'' Jacques. — M. Liutot dit que le tapis des silex 
d'où les Flénuï>iens ont tiré leur matière première, était 



— 343 - 

déjà à la disposition des Fagniens à l'époque oligocène, 
mais n'a pas été mis à contribution par ces derniers. 
Comment M. Rutot sait-il que les silex des Fagnes et les 
prétendus flénusieus n'ont pas été utilisés ])ar un seul et 
même peuple au même moment puisque, étant éolithique, 
l'industiie est absolument la même aux deux endroits ? 

M. A. RuTOT. — J'ai donné les raisons dans mon travail; 

la principale est que si on examine les silex de Grâce- 
Berleur, on constate qu'ils sont plus intacts et que leurs 
retouches doivent ètie relativement plus récentes. 

M. LE D'' jACtiUES. — Nombreux sont ceux qui n'ad- 
mettent qu'avec difficulté cette sorte de roman scientifique 
à la façon de Jules Verne, que son auteur présente avec 
une apparence de vérité irréfragable : des peuplades 
répandues sur d'immenses territoires, ayant été chassées 
par les Paléolithiques se seraient retirées dans des pays 
lointains, puis, seraient revenues à l'époque néolithique 
avec la même mentalité et le même outillage rudimen- 
taires. Pour moi, tout cela c'est de la fantaisie, car s'il 
était vrai que ces êtres fussent demeurés pendant autant 
de millénaires sans faire aucun progrès, il y aurait là une 
contradiction flagrante avec tout ce que l'on connaît de 
l'évolution biologique. Bien plus, il y aurait dans le fait 
de la stagnation de la mentalité une contradiction d'autant 
plus évidente que c'est surtout par des perfectionnements 
du système nerveux et des centres cérébraux que s'est 
manifestée l'évolution du précurseur de l'homme. Je ne 
puis donc aucunement admettre la théorie de M. Rutot. 

M. A, RuTOT. — L'esprit humain est incompressible, je 
le sais bien, aussi je ne cherche pas à faire accepter de 
force mes idées. Elles choquent, certes, au premier abord 
les opinions courantes, mais je suis certain qu'avec le 
temps elles finiront par s'infiltrer, lentement, mais sûre- 
ment. J'estime que, pour le moment, il serait superflu 



- 344 - 

d'entrer dans de plus longues explications, et je vous 
donne rendez-vous dans quinze ans en vous renvoyant en 
attendant au travail que j'ai publié à la Société de 
Géologie. 

M. LE I)r Jacques. — J'ai lu le travail et il ne m'a pas 
satisfait. 

M. A. RuTOT. — Cela viendra. Laissons faire le temps. 
Ce qui est certain, c'est que je m'appuie sur des faits 
précis et scientifiques : tout ce qui a trait à la paléonto- 
logie a^té soigneusement étudié pour moi par des spécia- 
listes. Prenons donc patience, laissons les idées s'infiltrer, 
et, dans quelques années, nous en reparlerons. 

M. LE Président rouvre le débat sur la question des 
éolithes. 

M. E. Cartailhac. — Dei)uis deux ou trois jours, vous 
vous étonnez sans doute que je n'aie pas encore pris part 
au débat sur la question des éolithes. Aussi, comme je ne 
voudrais pas que mon silence fût mal interprété, je me 
suis décidé à donner mon avis ; le voici : 

En 1872, à Bruxelles, au Congrès international d'anthro- 
pologie et d'archéologie préhistorique, l'abbé Boui'geois 
nous arriva de Thenay avec des silex provenant d'un gise- 
ment d'âge incontestablement miocène. Plus heureux 
qu'au Congrès de Paris, en 1867, où il n'avait réussi à con- 
vaincre personne, il obtint cette fois qu'une commission fût 
nommée et chargée d'examiner les silex de Thenay. Cette 
commission était présidée par votre éminent compatriote, 
d'Omalius d'Halloy, et elle me fit l'honneur de m'ap- 
peler dans son sein. On ne put pas s'entendre et, comme 
malgré l'avis de Virchow la question avait été mise aux 
voix, les silex de Thenay furent admis par les uns et 
rejetés par les autres. Moi, j'avais voté pour. 

En 1878, lors de l'Exposition de Paris, je vis arriver 



— 345 - 

Ribeiro avec une cargaison de silex (ju'il avait appoités 
d'Otta et qu'il voulait exposer dans la galerie des sciences 
anthropologiques. Comme ils étaient trop nombreux, je 
pi-iai l'iuventeur d'en choisir une série, a Faites le choix 
vous-même, » me répondit-il. J'en pris quatre-vingt-quinze 
et, parmi eux, Gabriel de Mortillet et moi nous considé- 
rions qu'il y en avait au moins vingt-deux qui portaient 
des traces indubitables de travail. A cette époque, le 
bulbe de percussion suffisait et il y était. 

En 1881, à l'occasion du Congrès de Lisbonne, nous 
allons à Otta. Il faisait une chaleur accablante ; malgré 
cela, nous étions quelques-uns à chercher des pièces inté- 
ressantes. Pour G. de Mortillet, la question n'était pas 
douteuse ; Capellini, Bellucci et moi, nous étions pres- 
qu'aussi affirmatifs. Par contre, Vilanova et Cazalis de 
Fondouce restaient sceptiques; Virchow était ii-réducdble 
dans son opposition ; quant à John Evans, avec qui 
j'étais, il désarçonnait, par sa froide et spirituelle logique, 
le malheureux Ribeiro et commençait à jeter dans mon 
âme les germes d'un doute qui, plus tard, devait se trans- 
former en incrédulité absolue. 

En 1884, je visitai Puy-Courny, en compagnie de 
MM. Boule et Rames. Je n'y éprouvai aucun enthou- 
siasme. Mais ce qui décida de mon attitude définitive dans 
la controveise, ce fut une exploration dans la grande 
tranchée de Thenay, en 1886. Après avoir tiavaillé moi- 
même et cherché en vain une pièce convaincante, j'en 
revins avec l'impression absolument nette que la question 
de l'homme tertiaire était encore loin de recevoir une 
solution affirmative. Dès ce moment, je fis machine- 
arrière et j'empêchai l'erreur de se répandre plus long- 
temps dans les Matériaux, malgré le mécontentement 
de mon excellent ami Gabriel de Mortillet, C'était, en 
effet, une erreur et M. Rutot, aujourd'hui, est le premier 
à jeter les silex de Thenay ])ar dessus bord. 

Vous voyez, Messieurs, comment petit à petit j'en suis 



- 34G — 

venu, et d'autres avec moi, à changer complètement d'avis. 
Si je n'interviens pas dans votre discussion, c'est d'abord 
par déférence pour des savants laborieux comme M. Rutot 
et surtout parce que je ne me sens pas la force d'intervenir, 
ayant l'expérience du passé, ayant été le défenseur de 
gisements qui ne comptent plus. Laissez-uioi donc ne 
prendre part à vos débats qu'en les écoutant en vieil 
étudiant. 

M. A. RuTOT. — Que M. Cartailliac ait été dégoûté par 
les silex de Thenay, je le comprends, car ce gisement est 
tout à fait douteux. J'ai pu voii- à Paris les silex présentés 
à l'examen de la Commission nommée par le Congrès de 
Bruxelles ; j'admets ces silex comme utilisés par l'homme. 
Mais depuis 1872, l'aspect de la question a changé. Lors 
des récentes fouilles entrej)i-ises à Thenay j)ar MM. 
Capitan et Verworn, on n'a plus retrouvé une seule pièce 
comparable à celles qui avaient été présentées par l'abbé 
Bourgeois à la Commission, pour la raison que celles-là 
provenaient de couches quaternaires. Je n'attache donc 
phis aucune imi)ortance aux silex de l'abbé Bourgeois. 

En ce qui concerne le gisement d'Otta. il est établi 
aujourd'hui que les silex qui en proviennent ne sont pas 
tertiaiies et (sauf peut-être la pièce trouvée en place par 
Belhicci)se trouvaient dans un dépôt meuble de la surface. 
M. Max Verworn supprime également Otta de la liste des 
gisements tertiaires. 

Mais à Boncelles, je trouve des choses tout à fait 
sérieuses et qui ne me dégoûtent pas du tout. 

M. E. Cautailhac. — Quoi que dise M. Rutot, mon 
sentiment reste de la méfiance. Il vient lui-même de 
déclarer que les gisements de Thenay et d'Otta ont perdu 
toute valeur scientifique et cependant ce sont ces mêmes 
gisements (jui autrefois avaient suffi à emballer G. de 
Mortillet et bien d'autres qne lui. Je dis donc : soyons 
prudents, et, comme M. Rutot : laissons faire le temps. 



- 347 - 

M. A. RuTOT. — M. Ciutailhac pourrait, je pense, faire 
utile visite à mes séries à Bruxelles. Peut-être alors chan- 
gerait-il d'avis. 

M. E. Caktailhac. — Mais je suis allé à Bruxelles : 
j'ai fait le voyage exprès pour causer avec vous. Pendant 
un jour et demi, vous m'avez donné, avec la i)lus grande 
amabilité, je le reconnais, des explications que j'ai 
essayé de comprendre. J'étais, en retournant chez moi, 
fort peu convaincu, mais quand je me suis retrouvé à 
Puy-Couiny ! Oh ! alors j'ai déclaré : Non, je ne marche 
pas. 

M. X. Stainier résume son mémoire intitulé : L'aire 
de dispersion des matières premières des instruments 
néolithiques (Voir Annales du Congrès de Liège, t. II, 
pp. 234-247). 

M. LE D'' Jacques, fort de l'avis d'un professeur de 
pétrographie de l'Univerité de Gand, M. Renard, estime 
qu'on ne peut pas reconnaître la i)rovenance des silex. 
D'ailleurs, la plupart des stations néolithiques belges con- 
tiennent mélangés des silex de provenances très diverses. 

M. le D'' Jacques estime également que. loin de vivre 
sous un régime de protection, les })euplades néolithiques 
étaient libre-échangistes, et qu'il ne faut tirer de la pro 
venance des silex que des conclusions très prudentes. 

M. X. Stainier déclare que, pour un géologue, se pré- 
tendre incapable de reconnaître les différents silex, c'est 
s'avouer ignorant et supprimer la géologie. 

M. Renard était, certes, un pétrographe de grand talent, 
mais il était compétent beaucouj) plus en matière de roches 
éruptives qu'en matière de roches sédimentaires ; s'il s'est 
déclaré impuissant à distinguer lui même les différents 
silex, il aurait dû ajouter que d'autres ne l'étaient pas. On 
peut parfaitement reconnaîtie les silex, notamment ceux 



— 348 — 

de Wanziii, d'Obonrg-, de Sainte-Gertrude, de Spieiiiies, 
sans parler des phtaiiites de Mousty et des qnartzites de 
AA'ommersoin. 

Si l'on croit trouver mélangés dans niie même station 
des silex de provenances multiples, cela tient parfois à ce 
que les collections sont mal classées. 

Enfin, au point de vue des conclusions ethnographiques 
à tirer des observations et des découveites, M. X. Stainier 
fait remarquer qu'il n'a rien affirmé. Si l'on n'arrive 
qn'à des conclusions négatives, on aura du moins déjà 
obtenu un résultat scientifique. 

M. A. RuTOT. — Mon opinion doit prendre place entre 
celle de M. X. Stainier et celle de M. le D^ Jacques. 
Quant à la détermination des silex, il est certain que les 
géologues savent en découvrir la provenance ; mais, s'il 
est facile de faire cette étude sur des silex frais, cela 
devient, à la vérité, très difficile quand le silex est 
façonné en instruments le plus souvent patines En ce qui 
concerne les conclusions ethnographiques, il n'est pas 
douteux que, dans ceitaines stations, le triage des diffé- 
rentes espèces de silex coïncide avec le triage des 
industries. 

Pour moi, la dispersion des silex ne serait pas la consé- 
quence de transactions commerciales, mais aurait plutôt 
eu pour cause le ravitaillement de postes fortifiés établis 
autour d'une l'égion industrielle non défendue : il en 
aurait été ainsi à Spiennes, par exemple. 

M. K. Cartailhac. — Chez les sauvages modernes, il 
existe, il est vrai, des routes de ravitaillement vers les 
puits à silex. Mais on constate que les silex du Grand- 
Pressigny ont été transportés en Suisse, en Belgique, en 
Angleteire ; dans ce cas, direz-vous encore qu'il s'agit d'un 
ravitaillement, ou bien n'admettrez-vous pas plutôt des 
transactions commerciales ? 



-349 - 

M. A. RuTOT, — Mon opinion est purement locale. 
Quant aux silex du Grand-Pressigny, on n'en trouve en 
Belgique que de très rares spécimens et l'on a constaté 
que ce sont presque toujours des armes ; ne sont-ce 
peut-être pas des trophées de victoires remportées sur les 
ennemis du Midi ? 

Je tiens à ajouter, à propos de la question de prove- 
nance, que, dans nos cavernes belges, à Spy comme 
ailleurs, les silex de l'Aurignacien et du Magdalénien 
sont en très grande majorité de provenance belge, 
malgré l'opinion contraire de M. Dupont : ce sont des 
éolithes maffliens retaillés. Mais, depuis le niveau de 
Châleux, on se trouve en présence d'un mélange : les 
importations sont évidentes et on trouve même des silex 
venant de la Vezère. 

MM. J. FuAiPONT et M. Lohest déclarent avoir toujours 
défendu l'opinion de l'origine locale des silex paléoli- 
thiques découverts en Belgique, à l'exception, toutefois, 
d'une espèce de jaspe provenant des bords du Rhin, ainsi 
que d'un phtanite, également étranger, trouvés tous deux 
à Spy. 

M. J. Maertens estime que si M. Kutot a raison en ce 
qui concerne le Hainaut, il n'en est pas de même dans les 
Flandres, dépourvues de gisements et où les silex doivent 
être parvenus par le moyen de transactions t-ommerciales. 
Ce qui tendrait à confirmer cette o[)inion est le fuit que 
la matière première devait être ti-ansportée par la voie 
fluviale ; or, en Flandre, toutes les stations sont situées 
au bord des cours d'eau. 

M. A. RuTOT pense que M. Maertens a été trop radical : 
les Flandres ne sont pas dépourvues de silex ; il en existe 
de vastes tapis reutéliens depuis Ypres et Passchendaelc 
jusqu'aux environs de Dixmude. 



— 35<) — 

M. J. Maertens déclare que son observation s'applique 
surtout aux environs de Gand et au pays de Waes. 

La séance est levée à 12 heures. 



SÉANCE or Jeudi 5 Août. 

La séance s'ouvre à 9 li. 3o, sous la présidence de 
]\r. M. De Puydt, assisté de MM. E. Cartailliac, le niarqiiis 
de Fayolle, F. de Mllenoisy et A. Montgonierie Bell. 

Ont signé la feuille de présence : 

MM. E. Bracht, E. Cartailliac, le marquis de Fayolle, 
J.de Saint- Venant, F. de Villenoisy, le D'^Haake, A.jMont- 
gomerie Bell, Jhr W.-A. van Beelaerts van Blokland. 
M"« M.-L. Wulirer. 

M. P. Bergnians, M'"'*' G. Beruiniolin, L. Bouvier, 
MM. l'abbé Coenegraclit. Ch.-J. Comhaire, L. de Beys, 
le vicomte de Gliellinck, E. de Munck, M'"*^ de Pauw, 
M"« de Pauw, MM. M. De Puydt, le bai-on Ivan de Rad- 
zitzky d'Ostrowick, h. de Rasquin, J. Donceel, F. Don- 
net, M. Duyck. 1. Etienne, J. Foidart, Cli. Fraipont, 
J. Fraipont. G. Ghilam, E. Gillet, M"' L. Grégoire, 
MM. J. Hamal-Nandrin , L. Helbig. J. .Jacquemin, 
L. Jeunehomme, l'abbé A. Kairis, M''^ E. Lecointe, M. L. 
Leenaers, M. M. Lohest, M"*' M. Malevez, M. D. Marcotty, 
M"" A. Maréchal, E. Maréchal, M. Op den Berg, 
C. Plessy, MM. G. Rasquin, L. Renard-Gi'enson, (\ Rous- 
seau de Schoënowsky, A. Rutot, P. Schartf, J. Servais^ 
.1. Servais fils, M™« Servais-Hendericks, MM. le D*" 
Thisqueii, le D' Tilion, A. Vandebosch, 1*'. Vercheval. 

M. K. i)K Munck donne lecture d'une déclaration éma- 
nant des membres présents à Liège des bureaux des deux 
("oinmissions suivantes : d'une part, la Commission insti- 
tiu'c par la Fédération archéologique et histori(juc de 
Jiclgi(iue pour élaborer un avant-projet de loi relatif à la 



— 35i - 

conservation des monuments et des objets offrant un 
intérêt historique, artistique ou archéologique, et, d'autre 
part : la Commission des délégués des Sociétés scienti- 
li(|ues de Belgique. 

Voici le texte de cette déclaration : 

« La Commission qui a été constituée, conformément 
aux résolutions du ('ongrès de 1904, exi)ose au Congrès 
de Liège que, le 10 février 1909, elle a estimé devoir 
remettre aux délégués des Sociétés scientifiques de Bel- 
gique le soin d'arrètei' les dispositions nécessaires pour 
garantir la conservation des objets, etc., offrant un intérêt 
scientiiï([uc. 

Des i)renuci'es délibérations de la Commission instituée 
en vertu de; ce vote, il résulter (juc le projet de loi préparc 
n'est nullement définitif et devra être remanié dans son 
chapitre III. relatif aux fouilles. 

Les deux Commissions se réuniront pour arrêter un 
projet commun. Ellles insistent auprès des savants qui 
s'intéressent à ces questions pour qu'ils leur adressent, au 
plus tôt, les observations que le texte provisoire a pu leur 
suggérer. 

La Commission convoquera, après le Congrès, une 
réunion des délégués de toutes les sociétés fédérées pour 
fixer le texte définitif qui sera adressé ])ar voie de péti- 
tion aux Chambres législatives. )) 

M. LE Président demande quelques explications. 11 
voudrait également savoir si l'on demande au Congrès son 
avis sur cette question. 

M. E. DE MuNCK. — Nous demandons de pouvoir pré- 
senter un avant-projet complet avant qu'on en discute les 
dispositions. M. de Béhault n'a fait en somme que l'histo- 
rique du projet et non le projet lui-même. On peut d'ailleurs 
d'autant moins discuter que les sociétés savantes n'ont pas 
encore été consultées. 



— 352 — 

M. LE Président. — Eu fait, il ne peut être question de 
discuter ce projet en assemblée générale : on n'en finirait 
pas. Je constate qu'il y a accord parfait sur ce point. 

M. A. Vandebosch donne lecture de son mémoire inti- 
tulé : Fouilles et découvertes préhistoriques dans une 
grotte à Raniioul ('). 

Selon l'auteur, la grotte dite « triangulaire » de Ramioul 
contenait un ossuaire néolithique ; ces conclusions sont 
basées sur l'âge des instruments en silex, la nature des 
poteries et l'absence de la faune quaternaire. 

M. M. De Puydt estime qu'il ne faut porter sur la grotte 
de Ramioul qu'un jugement très prudent. Selon lui, il ne 
s'agit là nullement d'un ossuaire néolithique ; en effet, 
certains silex paraissent quaternaires tandis que la poterie 
appartiendrait plutôt à l'âge du bronze ou même à celui 
du fer. 

M. DE Rasquin estime que la poterie est identique à 
celle de Jeneffe. 

(Des spécimens de poterie provenant de la grotte de 
Ramioul sont soumis à l'assemblée.) 

M. J. Servais. — Je m'associe pleinement aux réserves 
formulées par M. De Puydt. En ce qui concerne la poterie, 
spécialement, notre jugement se base sur l'exameu des 
fragments qui ont été déposés avant le Congrès au Musée 
archéologique, et qui ont fait l'objet d'une étude de notre 
part. Je regrette que les tessons présentés aujourd'hui ne 
soient pas ceux que nous avons vus au Musée, mais, je le 



(1) Ce mémoire ayaut déjà paru dans une publication étrangère au 
Congrès, nous nous bornerons à en citer les conclusions (Voyez le 
Bulletin de la Société les Chercheurs de la Wallonie, S'' année, 
Serai ng, iijog). 



— 353 - 

reconnais, les spécimens que j'ai pour le moment sous les 
yeux se rapprochent assez bien de ceux qui ont été décou- 
verts à Jeneffe sans que, toutefois, la ressemblance soit 
complète. 

M. A. \"andebosch. — J'affirme que les tessons que nous 
présentons aujourd'hui proviennent du même gisement, 
et probablement des mêmes vases, que ceux que nous 
avons envoyés au Musée archéologique aux fins d'examen. 

La parole est successivement donnée aux auteurs des 
travaux suivants : 

Anciennes mines d'or au pied des Hautes-Fagnes, par 
M. l'abbé J. Bastin. L'auteur s'est excusé de ne pouvoir 
ni assister au Congrès, ni communiquer le mémoire 
annoncé. 

Les objets d'or pré-romains de la Belgique, par le comte 
O. Costa de Beauregard. L'auteur s'est excusé de ne i)0u- 
voir ni assister au Congrès, ni communiquer le mémoire 
annoncé. 

Études des instruments caractéristiques de la période 
tardenoisienne, tels qu'ils se présentent dans les stations à 
ciel ouvert ou dans les g-rottes belges, par M. le D"" Raey- 
maekers. L'auteur ne répond pas à l'appel de son nom et 
n'a pas envoyé le mémoire annoncé. 

Matériaux pour la connaissance de l'âge de la pierre 
dans le Sahara algérien, par M. X. Stainier. L'auteur 
s'est excusé de ne pouvoir ni assister à la séance ni com- 
muniquer le mémoire annoncé. 

Les nécropoles à incinération de la Campine ; le frêne 
Yg-drasill et l'origine des Rolands, Beffrois et Perrons, 
par M. L. Stroobaut. L'auteur s'est excusé de ne pouvoir 
assister à la séance et n'a pas envoyé le mémoire 
annoncé. 

Nouvelles trouvailles dans le lac Bologoïé, par le prince 
P. A. Poutiatine. L'autenr a fait parvenir au bureau de la 



— 354 — 

section un mémoire très intéressant relatif à des décou- 
vertes de débris ostéologiques retrouvés au coui-s de dra- 
gages récents effectués dans le lac Bologoïé. M. le 
président résume ce travail et fait ressortir l'intérêt qu'il 
offre comme contribution aux études préhistoriques en 
Russie. 

Gravures sur rochers (cupules, fuseaux et pieds) décou- 
vertes à Vile d'Yeu (Vendée), par M. le D'" M. Baudouin. 
L'auteur ne répond pas à l'appel de son nom ; son nuMuoire 
a été publié (Voir Annales du Congrès de Lié^e, t. II, 
pp. 480-48,3 ). 

M. M. De PuYOT déclare n'avoir jamais rem-ontré de 
cupules qui lui aient paru le résultat d'un travail humain, 
sauf peut-être celles qui furent signalées par M Schuer- 
mans, pi'ès de Bollendorf, dans le Grand-Duché de 
Luxembourg. 

M. A. RuTOT a suivi, en France, l'évolution de cette 
question. Très sceptique, comme géologue, jusqu'au Con- 
grès de Chambéry, il a change d'avis depuis. A cette réu- 
nion, des faits intéressants ont été signalés, et si toutes 
les cupules présentées comme résultant d'un travail 
humain ne doivent pas lui être attribuées, il n'en est pas 
moins vrai ([u'un grand nombre d'entre elles doivent 
<'ertainem(;nt l'être 

L'avant-j)r()jet de loi sui" la conservation des monunients 
et des objets offrant un intérêt historique, artistique ou 
archéologi(iuc ayant été renvoyé aux sections, M. le pré- 
sident ouvre à nouveau le débat sui- cette ((uestion, à la 
demande de M. .). b'rai])ont. 

M. .) . FuAiPONT, pi'ésident du Congrès. — .Je crois 
nécessaire d'attirer l'attention de la section sur les articles 
19 et 20 de l'avant-projet publié aux Annales du Congrès 



— 355 - 

})ar M. (le Béhault de Doriion. Si ces articles passaient en 
loi, ce serait la fin des sociétés de province et l'accapare- 
ment au profit des musées de la capitale. De toutes i)arts 
nous parviennent des protestations, parmi lesquelles je 
citerai celles de MM. F. Cumont, E. de Picipont et le 
D"" V. Jacques, et je propose à la section de [)réhistoire de 
se rendre nombreuse à l'assemblée générale pour appuyei* 
ma demande de rejet pur et simple du projet. 

M. E. Cartailhac déclare être membre de la commission 
française chargée de la rédaction d'un projet du même 
genre ; il y représente, lui aussi, la province. Son premier 
soin a été de réclamer la décentralisation. Une loi défen- 
dant les richesses archéologiques contre l'indifférence ou 
les convoitises commerciales eut de la plus grande utilité ; 
mais il faut que les sociétés locales ne voient pas réduit à 
néant le cliani]) de leur activité par l'effet d'une centralisa- 
tion outi'ancicre. 

M. J. Fraipont estime qu'il faut avant tout empêcher 
le texte néfaste de l 'avant-projet d'acquérir force de loi. 
Il propose en conséquence à la section de se prononcer 
sur un texte ainsi conçu : « La section de préhistoire et 
protohistoire proteste unanimement contre le texte des 
art. Kj et 20 de l'auant-projet et donne mandat an burean 
du Congrès de rechercher un texte qui, tout en sauve- 
gardant les intérêts supérieurs de la science, laisse aux 
sociétés provinciales la liberté d'action qui leur est néces- 
saire et que ne manquerait pas de leur enlever la centra- 
lisation proposée. » 

Ce texte est approuvé par des aj)plaudissements 
unanimes, 

M. Max Lohkst prend la présidence <le la séance. 

M. M. De Puvdt donne connaissance d'une note rédigée 
à propos de la (piestion ainsi conçue : Depuis le dernier 



— 356 - 

(Congrès a-t-on signalé des décoiiuertes de poignards 
quaternaires analogues à ceux qui furent ti-ouoés en 
Belgique aux environs de Binche '.' 

J'estime que cette question a été i)08ée par le comité 
organisateur spécialement dans le but de provoquer un 
échange de vues auquel pourront utilement prendre pai't 
les préhistoriens étrangers à la Belgique qui nous ont fait 
l'honneur de venir à Liège. Peuvent-ils nous dire si l'on a 
découvert dans leur pays des instruments en silex ana- 
logues à ceux qui furent trouvés aux environs de Binche ? 

Les archéologues belges, on le sait, sont loin d'être 
d'accord. Les uns, de l'école de M. Rutot, adoptent 
entièrement les idées du maître ; par contre, d'autres 
restent aussi sceptiques que le D"' Hugo Obermaier, Adrien 
de Mortillet ou encore que l'éminent conservateur du 
musée de Roanne, Déchelette, que nous avions espéré 
compter parmi nous. 

Personnellement, ne m'étant plus occupé depuis dix ans 
de recherches préhistoriques aux environs de Binche, je 
n'ai pu ([ue suivre de loin les découvertes récentes et les 
polémiques qu'elles provoquèrent, sans avoir la bonne 
foi-tune de mettre au jour un seul poignard quaternaire au 
pays de Liège. D'autres ont été plus favorisés, car, au 
Musée royal d'histoire naturelle à Bruxelles, j'ai vu et 
revu de nombreuses pièces du type « poignard » provenant 
soit des environs immédiats de Binche déjà explorés par 
moi en 1898, soit d'autres gisements du Hainaut explorés 
sous la direction de M. Rutot, aussi bien après qu'avant le 
dé(;ès de M. Dethise, le premier inventeur des poignards 
en silex. 

A l'imtendre, M. Rutot est absolument convaincu 
qu'il ne s'est glissé aucune pièce fausse parmi celles qui 
figurent dans son musée. Pour des motifs nombreux, je 
regrette de ne pouvoir partager cette conviction, aussi je 
tiens à déclarer qu'il est possible, même vraisemblable 
(pi'à un moment donné des i)oignards ou d'autres pièces 



35- 



particulirrcincnf recherchées, aient été fabriqués et pré- 
sentés coinnio authentiques. Toutel'ois il n'en est pas 
moins certain que ces pièces fausses, fabriquées à l'imi- 
tation de pièces vraies, n'enlèvent rien à la valeur 
scientificpic de l'enseniblc des découvei-tes paléolithiques 
faites aux environs de Binchc par M. Rutot et par moi- 
même avec le concours du géologue Henri Forir. J'ai la 
conviction — conviction partagée d'ailleurs par mes col- 
lègues. Hamal et Servais — ayant vu un grand nombre de 
pièces du type « poignard », patinées ou couvertes de deu- 
drites ou trouvés in situ, que, s'il y a eu des truquages, 
il existe assez de pièces authentiques pour servir de 
base à notre opinion. 

M. A. RuTOT. — Pour ce qui me concerne, il n'existe 
pas de « question » relative à la présence de poignards 
paléolithiques dans les dépôts quaternaires de la vallée de 
la Haine. Cette « question » est entièrement artificielle et 
elle ne se pose que si l'on enlève certaines pièces à leur 
milieu naturel pour les examiner à part, isolément. Des 
pièces semblables étant peu connues jusqu'ici à l'étranger, 
on a profité de cette absence de point de comparaison 
pour mettre en doute l'authenticité des spécimens rencon- 
trés en Belgique. 

Or, pour résoudre la question, si question il y a, il suffit 
de laisser les pièces dans leur milieu, c'est-à-dire de les 
conserver dans leur entourage normal de matière pre- 
mière non utilisée ou débitée, de couteaux, de racloirs, 
de grattoirs, de perçoirs, de pierres de jet, d'instruments 
amygdaloïdes de formes variées, etc. [)Oui- voir apparaître 
à l'évidence la preuve que les pièces dénommées « poi- 
gnards », à juste titre sont confectionnées du. même silex 
et qu'elles possèdent la même patine et les mêmes carac- 
tères d'authenticité que tout l'ensemble des instruments 
recueillis dans le même gisement. 

D'autre part, on remarque qu'il existe, entre les instru- 



— 358 — 

ments auiygdaloïdes el les poignards, dont le procédé de 
taille est le même, des transitious insensibles, an point 
qu'il y a nombre de pièces que l'on liésite à qualifier 
d'instruments amygdaloïdes très allongés on de poi- 
gnards. 

Hâtons-nous d'ajouter que. dans plusieurs gisements, 
il s'adjoint aux poignards des casse-tête, des pointes de 
lance, de javelot et de flèclie de même substance et de 
même patine que toutes les autres pièces, ces dernières se 
trouvant au nombre de plusieurs centaines par gisement 
exploré. 

Mais ce n'est pas tout. Grâce aux distinctions de 
niveaux que nous avons pu introduiie dans le Paléoli- 
thique inférieur, à la multiplicité des gisements et des 
instruments recueillis, nous assistons véritablement à la 
naissance et au développement des armes dans la vallée 
de la Haine et de son principal affluent, la Trouille, ce (jui 
donne à nos gisements une grande originalité. 

Depuis ces dernières années, j'ai lemarqué qu'en subdi- 
visant le cailloutis mesvinien de la célèbre exploitation 
Hélin à Spieuues, piès de Mons, en deux niveaux, on met 
en relief une évolution très intéressante. x\lors que, vei-s 
le bas. on ne lecueille guère qu'une industrie éolitliique 
à base de dél)itage intentionnel, vers le haut, en plus de 
l'outillage éolitliique proprement dit. on voit nettement 
apparaître, i>our la première fois, deux armes offensives : 
la première est une véritable amplification, à 3 ou 4 dia- 
mètres, du perçoii- outil utilisé i):ir les Eolithiques, nette- 
ment retouché au talon pour la i)réhension, de telle 
manière que, ce talon étant i)lacé dans le creux de la 
jiiain, la pointe de l'instrument lessorte de façon redou- 
table. C'est là le véritable précurseur du coup-de-poing et 
du poignard. 

En même temps, apparaissent de gros fragments de 
rognons munis d'une poignée accommodée, terminés à 
l'autie extrémité par une partie recoui-bée à angle droit, 



— 359 — 

portant des esqnillements d'utilisalioii et qui ne peuvent 
s'interpréter que comme casse-tête. 

(/'est donc à l'exploitation Hélin, on position stratigra- 
phique exacte, au sommet du Quaternaire inférieur, que 
nous voyons apparaître, pour la première fois, les armes 
offensives en pierre, ('ette position sti-atigraphique est la 
partie supérieure du cailloutis constituant l'extrême som- 
met du Quaternaire inférieur, sur lequel reposent les 
dépôts sableux de la partie inférieure du Quaternaire 
moyen, ou Campinieu. 

Au dessus de la couche de sable de crue constituant la 
base du Campinien, ou assise inférieure du Quaternaire 
moyen, se montre, à l'exploitation Hélin, le premier 
niveau paléolithique que j'ai appelé Strépyien. C'est dans 
ce niveau que l'on constate, pour la première fois, l'appli- 
cation encore rudimentaire, de la (c taille intentionnelle » 
des instruments, destinée à réaliser, par une sorte 
de sculpture, des instruments de forme et d'usage pré- 
conçus. 

A l'exploitation Hélin, nous avons rencontré, dans le 
niveau strépyien, le prototype de la « hache en amande » 
à c( taille intentionnelle » rudim^entaire, à talon largement 
réservé dans la croûte du silex, et aussi des sortes de 
percuteurs à manche recourbé du genre casse-tête ; mais 
dans certains gisements de la vallée de la Haine, notam- 
ment à Strépy, aux Estinnes, à Trivières, à Saint-Vaast, 
à Ressaix, aux environs de Binche (Tivoli et bois d'Epinois) 
et aux environs de Leval-Trahegnies (gare, sablière de 
La Courte, etc.), notre personnel de chercheurs a recueilli, 
sous notre direction, au milieu de nombreuses pièces 
identiques à celles du niveau strépyien de l'exploitation 
Hélin, tantôt des séries de rognons très allongés à une 
extrémité desquels une pointe plus ou moins bien réussie 
avait été taillée pour les transformer soit en perçoirs, 
soit en poignards rudimentaires, tantôt des séries de longs 
prismes naturels de clivage de silex, dont une extrémité 



— 36o — 

avait eu ses arêtes abattues et martelées pour la pré- 
hension, tandis qu'à l'autre extrémité, les mêmes arêtes 
avaient été esquillées latéralement, de manière à y produire 
une pointe plus ou moins aiguë formant poignard. Toutes 
ces intéressantes pièces, parfois abondantes, comme aux 
environs de la gare de Levai et du bois Huberbu, près 
Strépy, présentent les caractères de nature de silex, de 
patines, d'enduits, de grains de glauconie altérée adhérents, 
que l'on remarque sur les centaines d'autres pièces paléo- 
lithiques recueillies aux mêmes endroits. 

Avec les poignards rudimentaires, se rencontrent de 
très curieux casse-tête déjà mieux façonnés que ceux du 
sommet du Mesvinien, le plus souvent constitués par un 
rognon globuleux portant un prolongement généralement 
bien accommodé à la main et formant manche. Dans 
beaucoup de ces instruments, la «taille intentionnelle» 
apparaît à peine et se réduit souvent à quelques esquil- 
lements bien disposés servant à rendre l'arme i^lus 
redoutable. 

Au Strépyien succède le Chelléen, plus perfectionné, et 
c'est dans ce niveau que se rencontrent les u beaux 
poignards », ceux sur lesquels certains préhistoriens 
étrangers cherchent à jeter le doute ou le discrédit. Mais 
il suffit encore de laisser ces poignards — ici accompagnés 
de casse-tête, de pointes de lance, de javelot et de flèche 
— nettement «taillés », avec les pièces nombreuses qui les 
accompagnent, pour reconnaître immédiatement que ces 
armes ne présentent aucun caractère autre que leur forme 
spéciale, qui les distingue des centaines de pièces de 
formes diverses auxquels ils sont mélangés dans chacun 
des gisements explorés. Comme nature de silex, patine, 
enduits, points ou concrétions ferrugineuses, ces armes 
ne diffèrent en rien des autres instruments, outils, éclats 
et fragments de matière première. 

Plus de quinze gisements de la vallée de la Haine ont 



— 3(h — 

fourni des poignards de type chelléeu, mais quelques-uns 
étaient spécialement riches. 

Le plus riche a été rencontré lors des grands terrasse- 
ments nécessités pour rétablissement de la gare de 
Ressaix. Là, parfois, sous une épaisseur de 7 à lo mètres 
de limon etd'ergeron, se montrent deux cailloutis séparés 
par un lit de sable argileux appartenant au Quaternaire 
inférieur (Moséen), Le cailloutis inférieur renferme des 
éoli thés ; le supérieur concorde avec le lieu d'habitation 
d'une tribu clielléenne, qui a abandonné à la surface du 
Moséen des centaines d'instruments variés, notamment de 
nombreux coup-de-poing caractéristiques et une cinquan- 
taine de poignards. Deux de ces armes ont été rencontrées 
dans le cailloutis atteint lors du creusement du puits 
domestique de la gare. Tous ces instruments, recueillis 
en place, présentent les caractères propres au gisement, 
c'est à dire patine épaisse et souvent double patine, l'une 
jattne clair en dessous, l'autre brun foncé au dessus, avec 
enduits ferrugineux tenaces, etc. 

Un autre beau gisement est situé à proximité, entre 
Ressuix et Binche, le long de lagrand'route d'Anderlues ; 
divers terrassements effectués, dont l'un près d'un établis- 
sement dit Tivoli, ont traversé dans le limon, un lit 
caillouteux très riche en instruments chelléeus, y compris 
des poignards. 

Le troisième gisement riche couvre une partie du terri- 
toire situé au Sud de Strépy, bordant la Haine. Là, par 
suite de l'orientation Sud-Ouest du versant, les limons 
quaternaires ont été délavés et la glaise campinienne, 
épaisse de 3o à 5o centimètres, affleure au sol. Lors de 
l'exécution des labourages annuels, des instruments stré- 
pyiens, chelléens et aiissi acheuléens sont retirés par la 
charrue et amenés à la surface du sol. Nous y avons 
récolté une trentaine de poignards. 

Les autres gisements, au nombre d'une quinzaine, ont 
fourni chacun de deux à dix poignards. 



— 362 — 

Quant aux casse-tête et aux point os do lance, de javelot 
et de flèche, ils sont beaucoup plus rares qno los poignards; 
les casse-tête ne se trouvent ouère que par iinitô, sauf aux 
environs de Ressaix ; nous n'avons recueilli que trois 
pointes de lance, une dizaine de pointes de sagaies et une 
ving-taine de pointes de llèches, à peu près toutes de 
formes différentes et assez rudimentaires ; elles répondent 
simplement à l'idée d'une pointe pouvant être emman- 
chée au bout d'un bâton. Ce qui est intéressant, c'est 
qu'on trouve des pièces de transition qui montrent par- 
faitement que la poiute de lance dérive de l'emmauche- 
ment d'un poignard de dimensions réduites au bout d'un 
bâton. 

Quant aux Aclieuléens, bien qu'ils aient occupé les 
bords de la Haine et qu'ils y aient abandonné un assez 
riche outillage caractérisé par un bon nombre de haches 
en amande généralement peu volumineuses et bien taillées, 
ils ne nous ont guère laissé de poignards ni de pointes de 
flèche; d'autre pai-t, aucun casse-tête ne leur est attri- 
buable. Cela peut d'aboi'd j^araître singulier, mais j'ai 
déjà, à plusieurs reprises, eu l'occasion de faire remarquer 
(|ue le perfectionnement technique acheuléen est apparu 
au moment où la ])rogression des glaces du Rissien allait 
atteindre son maximum, d'où circonstances climatériques 
très défavorables jiour nos contrées , avec émigration 
de la faune, dépérissement de la flore, amenant pour 
conséquence le départ assez précipité et la dispersion des 
familles acheuléennos, avec inutilité pour elles, d'un 
armement ])uissant et offensif, dans un moment aussi 
critique. 

Ainsi (ju'on le voit, le mouvement esquissé contre les 
si intéressantes découvertes que j'ai signalées dans mon 
mémoire Le Préhistorique dans r Europe centrale, paru 
dans le compte-rendu du Congrès de Dinant (1908), est 
absolument injustifié et, en ce qui me concerne, je le 
dédaigne. Pour ceux (jui voudront se faire une conviction 



— 363 — 

relativement à l'existence des poignards, glaives (i), casse- 
tête, pointes de lance, de javelot et de flèche dans le Qna- 
ternaii-e moyen de la vallée de la Haine, il leui- suffira 
d'une visite an Musée i-oyal d'histoire naturelle de 
Bruxelles. Là, ils verront, dans leur milieu naturel, les 
pièces soumises ù la critique ; ils coristateront la présence 
de tons les caractères d'authenticité désirables et ils 
jugeront de oisu 

Mais, nu* dit-on parfois, comment se fait-il (|u'il n'existe 
pas de poignards dans les gisenuMits français et étrangers? 

Cette question renferme une affirmation inexacte : des 
poignards semblables à ceux de la vallée de la Haine 
existent à l'étranger, mais ils paraissent simplement plus 
rares. C'est ainsi que, pour ce qui concerne la France, on 
peut voir, au Musée de Saint-Germain, dans la partie 
exposée de la collection d'Acy, deux magnifiques j^oignards 
de tyi)e strépyien, identiques aux nôtres, taillés dans des 
rognons cylindriques de silex et provenant des cailloutis 
paléolithiqnes à instruments amygdaloïdes de Thennes, 
près d'Amiens. .Te croyais (ju'ils constituaient les deux 
seuls spécimens de ce genre, mais M. Hubert, attaché au 
Mu.sée de Saint-Germain, m'a dit qu'il existait un bon 
nombre d'autres instruments semblables parmi les maté- 
riaux, non exposés, provenant de M. d'Acy. 

Le Musée royal d'histoiie naturelle de Bruxelles, [)OS- 
sède un poignard du type strépyien de Chelles et un autre 
de type chelléen provenant d'une ballastière des environs 
de Charenton. Toutefois, dans la Somme, les poignards 
du type de la Haine sont remi)lacés par des sortes de 
coup-de-poing très allongés et pointus, avec un talon 
arrondi, que les ouvriers d'Amiens appellent « fierons ». 
C'est la une simi)le variante du poignard i-). 



') .T'appelle jjlaives des pièces semblables aux poignards, mais 
dépassant 3o centimètres de longueur. 
|2) Dans les graviers quaternaires de la vallée de la Tamise et 



— 364 — 

Dans le Sud de la France, les alluvions anciennes de la 
Dordogae et de ses affluents renferment de longues pièces 
prismatiques pointues qui sont des poignards rndimen- 
taires et M. M. Deydier, de Cucuron ' Vaucluse) , en a 
recueilli un très bel exemplaire dans un gisement paléo- 
lithique à peu près superficiel, constitué par un mélange 
de Strépyien et de Chelléen. 

Rappelons encore les splendides dagues de l'Aclieuléen II , 
rencontrées par M. Dubus dans les limons couvrant les 
sommets des falaises du Havre. 

Il n'est pas douteux que de nouvelles recherches, entre- 
prises en France, ne fassent encore découvrir des armes 
en silex semblables ou analogues à celles de la vallée de 
la Haine. 

Si nous observons ce qui se passe hors de France, nous 
voyons des poignards très bien caractérisés parmi le 
splendide matériel strép^'ien, chelléen et acheuléen 
répandu largement à la surface des collines bordant la 
vallée du Nil aux environs de Thèbes et dont M. le D*" 
Gr. Schweinfurt a fait don si généreusement au Musée 
de Bruxelles. 

Enfin, j'ai pu voir chez M. le D'' Capitan, des poignards 
de pur tj'pe strépyien, provenant des environs d'Hakodaté 
(Japon) ; le Musée de Bruxelles a, de plus, acquis récem- 
ment une pièce de faciès chelléen se rapportant absolu- 
ment à certains poignards à pointe courte et élargie de la 
vallée de la Haine, et provenant également du Japon. 

Ajoutons, pour terminer, que le poignard de silex prend 
fin avec l'Achculéen ; il disparait pendant le Moustérien 
et pendant l'Aurignacien inférieur et moyen, puis vers 
l'Anrignacien supérieur, l'arme réapparaît comme une 
longue pointe d'os ou de bois de lenne. Avec le Solutréen, 



des autres cours deiiu <lu Sud-Est de l'Augleterr»». le i)<)ijïnard est 
également renij)lacé par le type « ficron ». 



365 



le glaive, le poignard, les pointes de lance, de javelot et 
de flèche, en silex, réapparaissent brusquement et avec 
grand développement sous la forme de pointes en feuilles 
de laurier solutréennes, puis, pendant le Magdalénien, 
c'est le poignard en bois de renne avec manche sculpté 
qui est seul utilisé. Vers la fin du Magdalénien et pendant 
les premiers temps du Néolithique, le poignard disparaît 
de nouveau, mais au commencement de l'épocjuc de la 
Pierre polie (Spiennien), ou le voit reprendre peu à peu, 
mais sous des formes assez frustes et peu redoutables 
(Spiennes et Saint-Symphorien, près de Mons) ; cependant 
le perfectionnement de la technique de la taille qui accom- 
pagne le commencement de l'époque des Mégalithes (Scan- 
dinavien) influe rapidement sur la confection des poignards 
de silex, au moins en Scandinavie et en quelques points 
de la France (Grand -Pressigny, par exemple), et c'est 
alors que nous voyous se produire cette magnifique flo- 
raison des armes Scandinaves, apogée de l'art de travailler 
la })ieri-e; l'usage de la i)ierre va se trouver bientôt rem- 
placé [)ar celui du métal. 

M. E.Cartailhac. — La série bien connue des poignards 
est certainement l'une des plus embarrassantes questions 
parmi celles qui font actuellement l'objet des études pré- 
historiques. Quand on les examine, on découvre au 
premier coup d'œil un mélange troublant de caractères 
favorables et de caractères défavorables à leur authenti- 
cité. S'il y a eu un faussaire, il était très habile et cette 
circonstance ne fait qu'aggraver la difficulté de retrouver 
dans l'ensemble les pièces vraies. 

M. M. De Puydt. — Je continue en tous cas à soutenir 
jusqu'à preuve contraire, l'authenticité des pièces que j'ai 
publiées, tout en affirmant l'existence d'autres pièces 
fausses ou douteuses. 

M. E. Cartailhac. — Quant ù moi, j'hésite à croire que 



— 366 — 

toutes soient fausses. Si quelques-unes sont vraies, et le 
contraire me semble impossible, il faut admettre les 
poignards. Je suis très embarrassé. 

M. A. RuTOT. — Je crois que ce n'est qu'au Musée de 
Bruxelles qu'on peut s'éclairer comi^lètement. Là, toutes 
les pièces sont conservées, chaque gisement à part ; 
certaines d'eutre elles portent six ou sept caractères 
différents d'autheuticité. Plus de vingt-quatre stations ont 
fourni j'.isqu'à présent des poignards; beaucoup ont été 
découverts depuis la mort de celui qu'on accusait de les 
fabriquer. Dès lors, je considère que je possède un 
ensemble de documents suffisants pour justifier entiè- 
rement ma manière de voir. 

M A. RuTOT résume son mémoire intitulé : Résultat 
de nouvelles fouilles dans la caverne de Fond-de-Forêt. 
(Voir Annales du Cong-rès de Liège, t. ]T, pp. 9.37-946). 

M. F. Vkrcheval, au nom de M. Hamal-Nandrin qui 
a dû quitter la séance pour accompagner M. le D"" Haake 
à la station néolithique de Sainte-Gertrude, et en son nom 
personnel, déclare qu'ayant étudié et fouillé la caverne de 
Foud-de l^'orèt, ils estiment qu'on ne pouvait pas y recon- 
naître les niveaux éolithiques que M. Rutot y a vus. 
Les éolithes rencontrés mélangés avec l'industrie paléo- 
lithique, sont tout simplement les instruments paléoli- 
thiques non-typiques qui, à côté des instruments typiques, 
constituaient en grande majorité l'outillage usuel appelle 
ordinairement, sans doute à tort, matériaux de i-ebut. 

M. A. RuTor. — Ce ne sojit [)as des matériaux de rebut. 

M. F. Vkkchkval. — Nous souuues parfaitement d'ac- 
cord. 

M. A. Ri TOT. — Ce sont des instruments absolument 
é()litlii(iues. 



— 367 — 

M. J. Servais. — J'ai également l'ouillé, avec mon con- 
frère Hamal, dans la caverne de Fond-de-Forct, et je n'ai 
jamais remarqué aucune apparence d'un niveau éolithiciue. 
Au contraire, j'ai trouvé plusieurs fort belles pointes 
moustériennes tout à côté d'instruments que M. Rutot con- 
sidère comme éolithiques. 

M. E. ('artailhac. — Il est certain que quand on fouille 
beaucoup de cavernes, on voit parfois des bandes mousté- 
riennes où l'outillage est tout-à-fait typique et liomogène. 
Mais, hors de ces cas exceptionnels, les outils sont de 
types innombrables et le faciès considéré par M. Rutot 
comme éolitlii(|ue se rencontre dans les deux tiers des 
niveaux fouillés. 

M. j.E 1-)' TiHON. — Je partage entièrement l'opinion 
émise par M. V'ercheval relativement à l'industrie paléo- 
litliicpie atypique, et j'estime que les beaux instruments 
considérés comme typiques sont exceptionnels et ne 
devaient pas être d'usage courant. 

M. A. Rutot. — Aussi bien que qui que ce soit, je sais 
distinguer de l'industrie courante les éclats de débitage, 
les malfaçons, les déchets et les l'ebuts, et ma connaissance 
spéciale des industries éolithiques me permet de distin- 
guer les éolithes des déchets et des rebuts des industries 
paléolithiques. Au Moustier, à la Quina, à Hastière, à 
Spy, les éclats et les déchets ne manquent pas et cepen- 
dant je ne les ai jamais confondus avec une industiie 
éolithique complète et typique. Si je suis d'un avis diffé- 
rent en ce qui concerne la caverne de Fond-de-Forèt, c'est 
parce que j'ai en ma possession tous les matériaux néces- 
saires poui" baser mes conclusions et que j'ai reconnu là, 
après étude, l'existence d'un fait (]ui ne se reproduit pas 
ailleurs. 

L'ordre du jour étant épuisé, M. le président remercie 



— 368 — 

les auteurs des communications ainsi que les auditeurs 
qui ont bien voulu suivre les séances de la section; il 
remercie plus spécialement les savants étrangers, et lève 
la séance à 12 h. 3o. 



- 369 - 

DEUXIÈME SECTION 
Histoire. 

Secrétaire-rapporteur : M. F. Magnette. 

SÉANCE DU Lundi 2 Août. 

La séance est ouverte à 8 h. 3o. 

Prennent place au bui-eau : MM. S. Balau, A, Gauchie, 
F. Magnette, secrétaire-rapporteur ; J. Closou et L. Van 
der Essen, secrétaires. 

Ont signé la feuille de présence : MM. F. Arnheim, 
M. Bauchoud, P. Bergmans, Dom U. Berlière, E. Ber- 
nard, O. Billet, H. Boeymans-Pontus, M"*^ L. Bouvier, 
MM. V. Brants, G. Brom, Th. Brossel, D. Brouwers, 
J. Ceyssens, G. Cohen, J. Cuvelier, J. Dabin, G. de Bavaj% 
A. de Canuart d'Hamale, Ch. Defrecheux, J. Defroidmont, 
vicomte de Ghellinck-Vaernewyck, N. de Pauw, A. de 
Saint-Léger, A. Doutrepont, A. Doutriaux, P. Dubois, 
E. Fairon, A. Fayen, J. Feller, J. Foidart, J. Fraipont, 
J. Fréson, A. Froidmont, A. Gaillard, J. Goetshouwers, 
A. Goffart, E. Grandgaignage , L. Hames, A. Hansaj^ 
C. Hennen, F. Hubert, chanoine E. Janssen, L. Jeune- 
homme, C Jorion, abbé J. Kerkhof, G. Kurth, C. Leclère, 
M. Legrand, F. Lohest, H. Lonchay, E. Mahaim, E. Mem- 
bre, F. Mercenier, H. Meuris, C. Moeller, M. Nijs, 
H. Obreen, abbé J. Paquay, E. Poncelet, H, Préherbu, 
jVpie Préherbu, M"«P. Ranschyn, MM. P. Scharff, J. Schyr- 
gens, G. Sens, Th. Smeets, E. Sucques, F. Sacques, 
Dr F. Tihon, V. Tourneur, R. Ulens, R. Van Waefel- 
ghem, L. Verriest, J.-P. Waltzing, L. Willaert, G. Wil- 
lemsen, etc. 

M. l'abbé S. Balau, président du bureau provisoire de la 



— 370 — 

seconde section, ouvre la séance en souhaitant la bien- 
venue aux membres du Congrès, qui sont venus nombreux 
pour assister aux travaux de la section. 

M. F. Magnette, secrétaire-rapporteur, donne ensuite 
lecture des articles 7 à 16 du règlement spécial du Congrès 
de Liège relatifs à l'ordre des travaux des sections. 

Il fait connaître le titre de quelques ouvrages offerts en 
hommage à la section par leurs auteurs : MM. C. Arendt 
(Luxembourg;, J. Depoin (Paris), J. Peuteraan (Verviers), 
sir H. G. Fordham (Canibiidge). 

Il excuse l'absence de MM. E. Dony et M. Huisman. 

M. Balau cède la présidence à M, le chanoine Gauchie. 

L'ordre du jour est abordé et la parole est donnée à 
M. Doutrepont, auteur de la note sur Viitilité de créer un 
musée de la vie wallonne (Voir Annales du Congrès de 
Liège, tome II, pages 55i à 555]. 

L'auteur de la note étant absent, M. Eugène Polain 
se lève potu- donner lecture des observations que lui a 
suggérées le projet conçu par M. Doutrepont. 

« Celui-ci, dit-il, fait valoir les raisons qui, d'après lui, 
justifieraient la création d'un tel musée et donne comme 
exemple le iMiiseon Arlaten, commencé en 1896 par 
Mistral. 

Tous les ai-guments du savant professeur de philologie 
nous semblent d'autant meilleurs que depuis longtemps 
nous les avons, à Liège, fait passer du domaine des desi- 
derata dans celui de la réalité. 

Si notre littératuic de terroir, dans sa magnifique el'flo- 
raison, n'a rien à envier aux félibres du Midi, si nos 
cigales wallonnes chantent aussi bien que celles des bords 
du Rhône, nous n'avons pas plus à nous mettre à la 
remor([ue des autres en ce qui concerne un musée de la 
vie wallonne, cai- si, depuis 1896, Arles a son musée pi'o- 
vençal, nous avons le nôtre depuis 1894- 

Comme folkloriste, M. Doutrepont doit se souvenir que 



- 371 - 

l'idée d'un musée de folklore fut lancée, dès 1890, par 
M. p]ugèneMonseur, professeur à l'Université de Bruxelles. 
M. Charles Coniliaire la reprit quelque temps après. Elle 
entra dans la voie de la réalisation lors de la création, eu 
1894, de la Société Les Amis du Vieiix-Lié^e, dont un des 
premiers soins fut précisément de créer un musée de la vie 
wallonne, le Musée du Vieux- Liège, existant donc depuis 
quinze ans et logé, assez à l'étroit, dans les anciens bâti- 
ments de l'Académie des Beaux-Arts, rue Féronstrée, 
local qui lui a été accordé par la Ville de Liège, à qui, la 
Société venant à se dissoudre, le musée appartiendra. 

Le Musée du Vieux-Liège porte les titres d'archéolo- 
gique, historique et ethnographique ; mais cela ne donne, 
pas plus que son titre, l'idée exacte de ce qu'il est 
réellement. Son titre d'archéologique n'en fait néanmoins 
un rival ni du Musée archéologique liégeois, ni du Musée 
diocésain. Ceux-ci s'attachent surtout aux œuvres d'art, 
aux pièces histoi-iques, soit dans le domaine civil, soit 
dans le domaine religieux, tandis que le Musée du Vieux- 
Liège ne collectionne autant que possible que les produits 
de l'art et de l'esthétique populaires. C'est ainsi, i3ar 
exemple, que tandis que les deux autres musées recueille- 
ront des statues de saints et de saintes de belles formes 
ou de grands artistes, le Musée du Vieux- Liège recher- 
chera les statuettes de piété, les christs de djivà, les 
vierges de cire, les statuettes des potalles, en un mot 
l'objet populaire. Dans tout le domaine archéologique, ce 
musée suit, en ce qui concerne ses recherches, une marche 
parallèle à celle des autres sociétés, mais en se tenant 
toujours sur le terrain populaire. C'est d'ailleurs ce qui 
justifie son titre d'ethnographique et sous ce terme il faut 
également comprendre les points de vue anthropologique 
et folklorique. L'ethnographie et le folklore, en effet, ne 
peuvent guère trouver matière à conclusions sérieuses eu 
s'en tenant aux seuls objets d'art, produits d'une élite et 
partant exceptionnels et personnels. Il leur faut des faits 



— 372 — 

généraux, observés sur la majeure partie d'une population 
et formant ainsi les éléments d'une coutume observée par 
tous ou du moins par le grand nombre. Quant à l'anthro- 
pologie, jointe au folklore et à l'ethnographie, elle déter- 
minera les caractères de la race, dont l'histoire, à son 
tour, fera connaître le développement dans le temps et 
dans l'espace. 

Le nom de Vieux-Liège, que porte le Musée en question, 
est, en somme, mal choisi, car il semble se rapporter à la 
ville de Liège seule, tandis que, toujours, il a été entendu 
que l'action de la Société des Amis du Vieux-Liège s'éten- 
dait non seulement à l'ancienne Cité et au Pays dont elle 
était la ville-souveraine, mais encore à toute la région 
habitée par la race à laquelle appartient Liège et à 
tout le pays auquel on applique les termes mosan et 
wallon. 

Il va sans dire que l'action du Musée, s'étendant dans 
l'espace, aussi loin que porte la race wallonne-mosane, a 
la même étendue dans le temps, c'est-à-dire qu'il prendra 
cette race à son origine, aux temps préhistoriques, pour 
la suivre jusqu'aux jours présents. M. Doutrepont signale 
encore l'importance qu'il y aurait à rapprocher les objets 
des mots qui les désignent dans la langue wallonne. C'est 
une considération dont le Musée du Vieux-Liège a tenu 
compte, car il comprend l'étude de la linguistique à côté 
de celle des autres manifestations de la vie du peuple ; la 
langue est, en effet, l'expression des idées, de la manière 
de penser; elle résulte donc de la vie morale et matérielle 
d'un peuple. Au Musée du Vieux-Liège, chaque objet 
porte sur l'étiquette son nom en wallon avec la ti-aduction 
française, lorsque cela est nécessaire, l'indication de 
l'usage de l'objet et celle de l'endroit d'où il provient. 
C'est le système scientifique mis en vigueur pour les notes 
ethnogi-aphiques et folkloriques. C'est donc un véritable 
recueil de documents que le Musée du Vieux-Liège, docu- 
ments parfois de peu d'aspect, ne payant pas de mine, 



- 373 - 

mais ayant une grande importance an point de vue de 
l'histoire. 

M. Doutrepont demande : (^ui d'entre nous a pu voir 
encore un briquet et son attirail, un pesé, un crasset, un 
crama ou une cramiette, un brocali, des brocales, un djivâ 
avec ses accessoires ou des andis ? Nous répondrons : 
tous ceux qui ont été au Musée du Vieux-Liège. La 
reconstitution de la cheminée ancienne y existe, avec son 
large manteau orné d'une ^ordenne en toile à carreaux 
rouges et blancs, son Bon Diii et ses chandlés, son crafset, 
ses moulins à café; à l'intérieur, le crama avec le coque- 
mar ; dans le fond, les rustais à sacisses et les grilles et, 
devant, les rôtissoires en fer-blanc. Les grawiettes, les 
raufes, les ekneyes, le soufflet sont là aussi. A côté on 
verra le sani en bois de Nassogne, toute la batterie de 
ménage, vieilles assiettes, vieilles faïences, copeties, pote- 
ries de ménage et de ferme, moiissis à beurre, toute la 
verrerie, non pas celle dont s'enorgueillissent les collec- 
tionneurs, mais celle de nos cabarets wallons, avec leurs 
sopines, leurs plats cous, leurs petites et grandes gouttes 
et jusqu'aux cœurs et aux ronds de cuivre que l'on place 
à la fenêtre des cabarets. Et les pots, les cruchons, les 
bouteilles à vin du pays ! 

Voici tout le matériel d'un fabricant de tabac ; voilà 
celui d'un pâtissier de jadis : les formes à couques y sont, 
et les couques aussi, et les pâtisseries populaires et les 
sucrades, les ronds souks dans leurs boîtes en bois déco- 
rées de peintures d'animaux. Plus loin, c'est le costume, 
les chapeaux d'Ardeuuaises, leurs fichus et norets, l'habit 
de cérémonie de nos bourgeois de jadis, les lunettes et la 
tabatière du grand-père, le beau bonnet de dentelle de la 
grand'mère, la pipe de terre de l'ouvrier, les humbles 
jouets de l'enfant, babioles dont l'intérêt ethnographique 
et folklorique est si considérable. 

Le folklore est aiissi largement représenté par l'ima- 
gerie populaire, les amulettes, les objets de culte et de 



- 374 - 

supei\stition populaire : miles, trèfles à quatre feuilles, 
censés di baptême, sucette, collier préservatif, silex percés, 
statuettes, objets de pèlerinage, etc. 

Près des outils de métier, on voit des fragments de 
meubles, dos débris de décoration de poteries, de verreries, 
valant surtout comme pièces de comparaison, car le Musée 
du Vieux-Liège, parmi ses attributions, a également 
celles de conserver, autant que possible, les souvenirs des 
anciens métiers liégeois et de rassembler les matériaux de 
leur histoire, encore inconnue. 

Mais il faudrait un volume pour tout décrire, car le 
Musée du Vieux-Liège, qui veut savoir comment vivaient, 
se logeaient, voyageaient, s'habillaient, se nourrissaient, 
de quoi devisaient, à quoi pensaient les gens de jadis, 
comme le dit M. Doutrepont, a réuni sur ces points des 
quantités de documents. 

Conservatrice de la vie wallonne, la Société les Amis du 
Vieux-Liège ne se contente pas de donnei-, dans ses 
vitrines, l'hospitalité et leurs invalides aux reliques des 
temps passés ; elle veille à empêcher la destruction des 
sites caractéristiques, des monuments curieux, en pro- 
voque la restauration et le maintien, et si, malgré tout, 
l'utilitarisme les détruit, de bonnes photographies, des 
dessins, des relevés et même, le cas échéant, l'achat des 
plus curieux fragments, permettent d'en conserver un 
souvenir tangible. 

L'œuvre de la Société n'a pas toujours été facile Le 
Musée du Vieux- Liège n'a pas eu, comme le Miiseon 
Arlaten, un Jules Claretie pour lui tresser des couionnes 
et les wallonisants ne se sont pas groupés comme les 
félibres pour le défondre. Outre le travail qu'ils se sont 
imposé pour créer leur musée, combattre pour leurs idées, 
les membres du Vieux-Liège ont eu à lutter contre ce que 
M. Doutrepont appelle justement le manque d'enthou- 
siasme et la gouaillerie des Wallons. 

Oui, on a gouaille, on a goguenarde, on a appelé le 



— 375 — 

Musée du Vieux- Liège, et nous en tirons gloire, le Musée 
des vix-rahisses, mais aujourd'hui nous pouvons mon- 
trer qu'à l'aide de ces rahisses, de ces riens sans valeur 
qui constituent la vie de chaque jour du peuple, la science, 
qui, elle, ne gouaille pas, peut écrire une histoire plus 
intime, plus vraie, plus vivante, que celle qui ne se base 
que sur des documents parfois menteurs, souvent inexacts 
et plus fréquemment encore mal compris. Ceux qui savent 
la valeur réelle pour l'histoire des recherches anthropolo- 
giques, ethnographiques, folkloriques nous sauront gré 
d'avoir sauvé de la destruction et de l'oubli ces reliques 
du passé qui, de la poussière des greniers où elles dor- 
maient, ont pris place dans nos vitrines, au lieu d'aller 
chez le chiffonnier, d'être brûlées ou détruites. 

Et c'est pourquoi, en remerciant M. Doutrepont d'avoir 
défendu au Congrès archéologique l'idée que nous suivons 
depuis quinze ans, nous espérons que, cette fois, les 
hommes de science et de bonne volonté nous donneront 
leur appui et que nous pourrons également compter sur 
les pouvoirs publics. )> 

M. DE Saint-Léger remplace^M. le chanoine Cauchie à 
la présidence. 

M. P. Dubois, en sa qualité de Français, se permet 
d'apprendre qu'il existe déjà, dans son paj'S, plusieurs 
musées d'ethnographie populaire, tout à fait semblables à 
celui que MM. Doutrepont et Polain voudraient voir 
s'ériger à Liège. Le D"" Guilliot, de Reims, a créé le 
Musée champenois et, coïncidence curieuse, aujourd'hui 
même, dit l'orateur, il doit présenter une note sur ses 
fondations et les plans employés au Congrès de l'Asso- 
ciation française pour l'avancement des Sciences, sié- 
geant à Lille. Les plus complets de ces musées sont en 
Provence : celui d'Arles, le célèbre Museon Arlaten de 
Mistral, et en Normandie celui de Honfleur, où le Musée 
du Vieux-Honfleur fut créé il y a dix ans et est l'œuvre 



— 376 — 

surtout de M. Léon Le Clercq. Il faut citer en outre ceux 
de Qaimper, de Tulle, de Grenoble. En terre autrefois 
française, le Musée alsacien, à Strasbourg, est non seule- 
ment une admirable collection d'objets de la vie usuelle 
alsacienne, mais encore un véritable centre de haute 
activité régionale. 

Dans le Nord de la France, dans des provinces contiguës 
à la Belgique, des projets sont en cours de réalisation à 
Dnnkerque, à Amiens. 

M. A. DE Saint-Léger remercie l'orateur de ses pré- 
cieux renseignements. 

M.V. Brants fait observer, à propos de l'inauguration du 
Musée archéologique liégeois à la Maison Curtius, que, dans 
l'ordre d'idées exposées par MM. Doutrepont et Polain, 
on pourrait utiliser les musées généraux, les musées ordi- 
naires, pour montrer en quelque sorte la vie ancienne. 
A cet effet, ils devraient être disposés de façon à recon- 
stituer les habitations, les chambres où l'on vivait. C'est 
le système si bien mis en œuvre au Musée national de 
Zurich, imité à Baie, etc. En Belgique, le Musée Plantin, 
d'Anvers, répond à cette pensée. C'est le moj'^en de mieux 
utiliser les musées pour l'instruction historique de la 
masse. 

La discussion étant close sur cette matière, on donne 
la parole à M. E. Fairon, qui revient sommairement sur 
les principaux points développés par lui, dans sa note : 
Que doit-on faire des fiches qui ont servi à composer un 
travail ? (voir Annales du Congrès de Liège, t. Il, pp. 771 à 
774). L'auteur termine son exposé en répétant qu'il ne se 
dissimule nullement les grosses difficultés qu'il faudrait 
surmonter pour mettre en pratique l'idée soumise par lui 
aux délibérations de'ses confrères. 

M. G. KuRTH recommande l'extrême intérêt du sujet 
que vient de traiter pour la [première fois en public 
M. Fairon, mais il y voit, comme ce dernier lui-même, des 



- 377 - 

diflicultés peut-être iusurnioiitables. La première gît eu 
ce que les fiches d'uu érudit out souvent un format 
différent et sont d'une écriture spéciale, parfois malaisée 
à lire par d'autres. Il faudrait donc i)réconiser un format 
de fiches identique : ce serait là un premier point à 
recommander à tous les travailleurs. Mais arriverait-on à 
un résultat? Peut-être faudrait-il recommander aussi 
l'emploi de la machine à écrire? Il y aurait, certes, un 
idéal à atteindre, mais que de difficultés ! 

En matière de conclusion, qu'on s'accorde au préalable 
sur la nécessité de s'entendre entre érudits quant à 
l'adoption d'un plan uniforme de fiches. 

MM. Brom et le D"" Arnheim prennent place au bureau. 

M. Magnette se demande si, en présence de la nouveauté 
du sujet et de l'hésitation visible que mettent les per- 
sonnes compétentes à se prononcer ou à soumettre des 
moyens de réaliser l'idée de M. Fairon, il n'y aurait yjas 
lieu de reporter cette si intéressante question à l'ordre du 
jour du prochain Congrès. 

M. DE Saint-Léger abonde dans le sens des obser- 
vations présentées par M. Kurth et estime lui aussi, qu'il 
serait bien difficile souvent de se servir des fiches d'un 
autre II faut encore compter avec les résolutions que 
prennent souvent les érudits de leur vivant, relative- 
ment aux papiers qu'ils viendraient à laisser après leur 
mort. Il cite le cas de l'historien J. Flammermont qui, 
dans son testament, voulut que tous ses papiers fussent 
détruits : on dut se priver ainsi d'uue foule de documents 
transcrits par lui dans les principaux dépôts d'archives 
d'Europe ! 

M. E. Fairon fait observer, pour répondre à l'objection 
que les fiches prises par un travailleur ne peuvent servir 
qu'à lui-même, que Dom U. Berlière a su réaliser un 



— H-jS — 

système excellent : c'est de recueillir sur des fiches des 
notes sur les personnages ecclésiastiques du xiv® siècle. 
Ces fiches deviennent de véritables répertoires systéma- 
tiques de documents. Or, ce que Dom Berlière a fait, 
d'autres érudits peuvent aussi l'avoir réalisé, mais d'une 
façon plus égoïste, plus cachée. 

M. G. Cohen cite, à côté de Dom Berlière, M. Bigot, à 
Paris, qui possède une merveilleuse collection de fiches 
relatives à des événements du xv* siècle, qu'il serait dési- 
rable de voir déposer à la Bibliothèque Nationale. 

M. G. KuRTH, reprenant la parole, expose que la pre- 
mière chose à faire serait aussi d'assurer la pérennité des 
fiches à la mort d'un érudit, quand celui-ci laisse des 
travaux en préparation. Il y aurait lieu alors de faire 
classer ces papiers par un savant spécialement qualifié 
pour ce travail délicat. 

Il répète encore que l'idée de M, Fairon est réellement 
séduisante et qu'elle mérite d'être sérieusement examinée. 

M. Cauchie, faisant allusion aux savants cités par 
MM. Fairon et Cohen, rappelle également l'exemple des 
fiches laissées par Hauréau, l'historien français. Au 
surplus, il pense comme M. Kurth que ce qu'il y aurait de 
plus pratique et de plus immédiatement réalisable serait 
d'insister aupi-ès des travailleurs sur la nécessité d'adopter 
une forme identique de fiches. 

M. Brants envisage un autre côté de la question, le côté 
juridique. Si le propriétaire des fiches n'a pris aucune 
disposition, testamentaire ou autre, comment s'assurer 
de la possession ou de l'utilisation des papiers délaissés 
par le défunt? Il y aurait en ce cas à connaître les inten- 
tions de la famille. Il y aurait aussi à distinguer entre les 
fiches qui pourraient être déposées très avantageusement 
dans les dépôts publics et celles qui pourraient être 



— 379 - 

confiées à des travailleurs ayant été ou non les collabo- 
rateurs de l'érudit décédé. 

M. DE Bavay, consulté par M. Brants, déclare que, pris 
àl'improviste, il n'est pas à même de donner une consul- 
tation juridique sur le point en question. En tout cas il 
fait siennes pour le moment les observations de M. Brants. 

M. J..FELLER. — Ne devrait-on pas au moins s'accorder 
sur cette idée : qu'il serait désirable que les hommes de 
science libellassent leurs fiches, non pas comme si elles 
devaient être détruites, mais comme si elles devaient 
servir encore, leur travail étant fini, à d'autres personnes ? 

Il rédige un vœu à émettre en ce sens par les membres 
de la section. 

M. G. Cohen propose alors cet autre vœu « que les 
» Bibliothèques publiques s'assurent, au moment du décès 
» d'un érudit connu, la propriété des fiches rassemblées 
» par lui et qui constituent un véritable ouvrage 
)) manuscrit. » 

M. KuRTH déclare ne pas être grand partisan des vœux, 
dont il n'entrevoit guère l'utilité ni l'efficacité. Il pense 
qu'il suffirait de les énoncer, sans qu'on procédât à un 
vote. 

MM. Feller et Cohen maintiennent néanmoins le texte 
de leurs vœux et, sans qu'il ait été procédé à un vote 
formel, ceux-ci sont implicitement admis par l'assemblée. 

M. de Saint-Léger cède la présidence à M. Cauchie 
et l'on passe à la discussion du rapport que M. E. Dony, 
au nom de la Commission centrale des petites archives, 
a été chargé de rédiger sur l'œuvre accomplie par celle-ci 
depuis la tenue du Congrès de Gand (voir Annales du 
Congrès de Liège, t. II, pages 65o à 665). 



38() 



En l'absence du rapporteur, M. J. CuvelIer demande 
immédiatement la parole pour donner son avis sur les 
conclusions du travail de M. Dony {^}. Il donne lecture de 
la note suivante : 

« Vous avez pu constater que M. Dony ne s'est pas seule- 
ment acquitté à merveille de la mission qui lui avait été 
confiée, mais qu'il a terminé son rapport en formulant des 
vœux au sujet de la ligne de conduite à suivre par les 
commissions des petites archives. 

D'autre part, M. Ernest Matthieu a développé quelques 
excellentes considérations, qui seront sans doute traduites 
par le Congrès eu vœux nettement formulés. Dans ces 
conditions, il me reste fort peu à ajouter. 

Je me rallie entièrement à l'opinion de M. Matthieu 
lorsqu'il demande que, dans toutes les communes, les 
archives anciennes soient placées dans des armoires 
fermant à clef, qu'il soit tenu un registre d'entrée et de 
sortie des pièces, que des inspections périodiques des 
archives soient faites par les commissaires d'arrondisse- 
ment et par le conservateur des Archives de l'Etat dans les 
provinces. J'ajoute que la sanction naturelle de ces mesures 
devrait être le retrait impitoyable des archives aux com- 
munes qui refusent manifestement de prendre des mesures 
pour leur conservation, et leur transfert aux archives de 
l'Etat (Applaudissements). 

Je me rallie aussi sans réserves aux vœux 2 et 3 de 



(') On remarquera (jue l'auteur de cette note fait directement allu- 
sion aux mesures j)réconisées par M. Ernest Matthieu, d'En^hien 
pour la consei'vation et la communication des archives (des adminis- 
ti'ations locales, des familles, des associations i)articulières), et 
consignées dans un rapport spécial, comme on peut le voir au t. II 
des Annules du Congrès de Liège, pages i58 à i63. Il a été entendu 
que les rapports de MM. Dony et .Matthieu, vu l'analogie des sujets 
qu'ils mettent en discussion, seraient discutés en même temps. 



— 38i — 

M. Dony, mais je ne puis lue rallier au premier vœu de 
notre honorable confrère. 

Remarquez d'aboi'd qu'il y a une légère contradiction 
entre la première et la seconde partie de ce vœu. D'une 
part, M. Dony demande que le Congrès veuille bien dési 
gner une i-evue quelconque qui publie les inventaires que 
la Commission centrale tient encore en portefeuille ; 
d'autre part, il voudrait que ces inventaires, réunis en 
série, fissent suite aux premiers inventaires sommaires 
publiés par la Commission centrale et les sociétés locales 
d'archéologie et d'histoire antérieurement au Congrès de 

1909- 

Messieurs, qui dit série, dit méthode ou tout au moins 

format uniforme. Nous avons les séries des publications 
in-4° ou in-8° de l'Académie, de la Commission royale 
d'iiistoire, de diverses sociétés savantes. Mais je ne vois 
pas une série qui serait composée de brochures, de formats 
aussi différents que ceux de nos multiples sociétés pro- 
vinciales ou régionales. Je viens, par exemple, de rece- 
voir, il y a deux ou trois jours, l'excellent inventaire des 
archives de Notie-Dame de Tongres, par M. l'abbé Jean 
Paquay, et je ne vois pas comment il y aurait moyen de le 
faire entrer dans la séi-ie des inventaires publiés par 
MM. Dony, Devillers et Poncelet, excellents également, 
dans les publications de la Société des Sciences et des 
Lettres du Hainaut ; moins encore comment je parvien- 
drais à le classer dans ma bibliothèque avec l'inventaire 
des archives de la cure de Gencîk publié par MM. Hansaj'- 
et Willems dans L'Ancien pays de Looz. 

Quelque séduisante que soit l'idée d'une publication 
uniforme, en série, des inventaires des petites archives 
de toute la Belgique, je crois que la nature même de nos 
diverses commissions provinciales et les conditions dans 
lesquelles elles auront à produire, nous forcent à aban- 
donner cette idée de centralisation qui, dans les cir- 
constances présentes, est absolument irréalisable. 



— 382 - 

D'autre part, il me semble draconien au possible, de 
sommer une revue quelconque d'avoir à insérer dans ses 
bulletins une quantité d'inventaires sous peine d'encourir 
l'ire de la Commission centrale des petites archives. 
Aucune revue ne pourrait accepter une offre pareille, car 
il faut bien le dire, Messieurs, individuellement, les inven- 
taires des petites archives présenteront avant tout un 
intérêtloeal, et si les commissions provinciales rencontrent 
déjà des difficultés pour l'insertion des inventaires d'ar- 
chives de la province dans les publications provinciales 
ou régionales, à quelle opposition ne se heurterait-oa pas 
le jour où Ton voudrait imposer à une revue de Liège ou 
de Bruxelles des inventaires de petites archives de la 
Flandre occidentale ou du Luxembourg ? 

La publication des inventaires des petites archives doit, 
à mon avis, rester du domaine provincial, c'est à dire que 
ce sera aux commissions provinciales à veiller à la publi- 
cation des inventaires des petites archives de leur pro- 
vince. J'engagerais donc vivement M. Dony à envoyer aux 
commissions provinciales respectives les inventaires que 
la Commission centrale tient encore en portefeuille à 
l'heure actuelle. 

Comment les commissions provinciales s'y prendront- 
elles pour assurer la publication de ces inventaires? Il 
y a différents mo^'cns. Le premier, le plus simple, c'est de 
s'adresser aux sociétés provinciales, mieux encore aux 
sociétés régionales, pour leur demander d'accepter la 
publication, l'u inventaire d'une commune ou d'une 
paroisse de l'arrondissement de Yerviers aura plus de 
chance d'être accueilli dans le Bulletin de la Société ueruié- 
toise d'archéologie et d'histoire que dans les Annales du 
Cercle hiilois des Sciences et des Beaux-Arts et vice- 
versa. La Société scientifique et littéraire du Limbourg 
(Tongies) se montieia plus accueillante pour un inventaire 
des archives de cette ville que pour celui d'une paroisse 



- 383 — 

de Hasselt, qui lâchera de pénétrer dans le Bulletin 
des Mélophiles, tandis que L'Ancien pays de Looz insérera 
volontiers les inventaires des petites archives de n'im- 
porte quel endroit de la pi-ovince, pourvu qu'ils ne 
prennent pas trop de place. 

D'autres sociétés préféreront publier les inventaires de 
leur province ou de leur arrondissement, en annexe à leur 
bulletin, de façon à former une série spéciale. 

Les deux mo3^ens sont bons. Mais, que faire, lorsque la 
quantité de ces inventaires deviendrait tellement grande 
que l'on ne pourrait, sans abuser ni risquer de 
comprometti e l'existence même des publications des 
sociétés provinciales ou régionales, recourir à leur inter- 
médiaire ? En ce cas, il n'y a qu'un seul moyen : avoir 
recours à l'intervention financière de la province, comme 
vient de le faire la Commission provinciale du Hainaut, 
avec plein succès, puisqu'elle a obtenu (') sur le budget de 
1910 un crédit de 5oo francs, qui sera évidemment 
renouvelé et, il faut l'espérer, encore augmenté l'année 
prochaine. Ce que la province du Hainaut a fait — et ce qui 
lui vaudra certainement les félicitations du Congrès — les 
autres provinces ne se refuseront pas à le faire, car nos 
administrateurs provinciaux seront convaincus qu'il s'agit 
ici d'une œuvre désintéressée, à laquelle une élite de 
citoyens consacre sou labeur et son talent, dans le seul but 
de sauver les précieux vestiges d'un passé qui les intéresse 
tous, puisque c'est celui du sol qui les a vus naître et dans 
lequel ils dormiront probablement de leur dernier sommeil. 

L'intervention pécuniaire de la province étant assurée, 
il y a lieu aussi de solliciter celle de l'Etat. Celle-ci, 
Messieurs, je crois pouvoir vous l'assurer, est acquise 
en tous cas. Elle sera suivant les circonstances, plus ou 
moins considérable, mais je ne crois pas qu'il y ait un 



(M Voir plus loin, la coinmuuication de M. de Pauw. 



384 



exemple de refus absolu de subside ou, si vous le voulez, 
de souscription, à uii certain nombre d'exemplaires d'un 
inventaire d'archives qui n'aurait pas été publié dans une 
revue déjà subsidiée. 

Assurées du concours de l'Etat et de la Province, les 
Commissions provinciales n'auiont heureusement pas trop 
à compter sur les souscriptions des particuliers, bien que, 
parmi les membres des Sociétés provinciales et régionales, 
elles aient quelque chance de placer un certain nombre 
d'exemplaires, surtout si le prix n'est pas trop élevé. 

Dans ces conditions, il est à espérer que la publication 
des inventaires des petites archives sera assurée. 

Mais voilà ces inventaires éparpillés peut-être dans une 
trentaine de revues ou de publications, dont beaucoup ne 
sont pas à la portée des historiens et des savants qui s'in- 
téressent à l'œuvre des petites archives. 

Certes, il est à prévoir que les revues provinciales pu- 
blieront des comptes rendus Élétaillés des séances des com- 
missions, et qu'elles nous renseigneront régulièrement sur 
leur activité et sur les inventaires qui verront le jour. 

D'autre part, à l'occasion de chaque Congrès historique 
et archéologique, le secrétaire de la Commission centrale 
ne manquera i^as de condenser, comme il vient de le faire, 
les renseignements les plus intéressants qui lui parvien- 
dront de tous les coins du pays. 

Mais à défaut de la centralisation, reconnue impossible, 
de la publication de tous les inventaires, n'y a-t-il rien à 
faire pour tenir les érudits au courant, d'une manière pra- 
tique et permanente, des publications nombreuses qui vont 
surgir de tous côtés ? 

Messieui's, vous connaissez l'excellent Répertoire d'in- 
ventaires imprimés on manuscrits iV archives belges de 
MM. Dony et Verriest. A peine ce travail a-t-il paru que 
déjà les auteurs annoncent un supplément. Et si, comme 
tout le fait entrevoir, l'œuvre des petites archives — et 
même celle des grandes archives — continue, il y aura lieu 



— 385 — 

Chaque année de publier un nouveau supplément à leur 
répertoire. Celui-ci est conçu d'après l'ordre alphabétique, 
en l'espèce évidemment le meilleur. Mais si, dans une 
dizaine d'années, je désire savoir, si l'inventaire de telle 
<3ommune ou de tel établissement existe, il me faudra 
parcourir au moins une dizaine de volumes, opération qui 
devra se renouveler à chaque recherche et qui d'année en 
année prendra plus de temps. Heureux encore, si je ne 
dois pas compléter mes recherches dans deux ou trois 
revues différentes, dans le cas où la première viendrait à 
disparaître ! 

Je crois que nous serons tous d'accord pour dire que ce 
système est peu pratique et qu'il y a mieux à faire dans ce 
domaine. Comment? En faisant ce que l'on fait aujourd'hui 
dans toutes les bibliothèques, dans toutes les grandes mai- 
sons de banque, de commerce, d'industrie, je veux dire 
en établissant un répertoire sur fiches, toutes indéj)en- 
dantes l'une de l'autre et que chacun classera à son gré. 

Je voudrais que par les soins de la Commission centrale 
des petites archives, il fût publié une bibliographie com- 
plète sur fiches de tous les inventaires d'archives belges, 
imprimés ou manuscrits, et que cette bibliographie, com- 
plète jusqu'à l'année de son apparition, fût tenue à jour, 
par une publication annuelle des titres des inventaires 
publiés dans le courant de l'année. 

En classant ces fiches d'après l'ordre alphabétique, par 
exeuiple, il suffirait donc d'y consacrer, chaque année, à 
la réception d'un nouveau paquet, une dizaine de minutes, 
pour l'intercalation des fiches nouvelles, et ce simple tra- 
vail permettrait d'effectuer, dans la suite, toutes les 
recherches avec le maximum de rapidité. 

Comment faudrait-il rédiger ces fiches? Le premier pro- 
cédé consisterait à transcrire simplement — après avoir 
mis en évidence le nom de lieu auquel se rapporte l'inven- 
taire — le titre de celui-ci et l'endroit où il a paru. Par 
exemple : Dînant. Inventaires des archives de la ville, 



— 386 — 

par DD. Brouwers, Dinant, iu-8°, de 19 pp., sans date. 
Le second procédé, d'une exécution plus difficile, mais 
qui rendrait incontestablement plus de services, consiste- 
rait à résumer en deux ou trois lignes les grandes séries 
de documents que fait connaître l'inventaire, avec leurs 
dates extrêmes. Par exemple : 

Val- Benoit le/- Liège. 
Abbaye de cisterciennes. 

Inventaire publié i^ar J, Cuvelier (Bulletin de rinstitiit 
archéologique liégeois, t. 3o, Liège, 1892, in-8° de 704 pp.). 

ii35 chartes de Ii86-i652. 

3 cartnlaires Ii86-i5i6. 

12 registres baux 1480-1795. 

Plusieurs centaines de registres de cens et rentes, 
recettes et dépenses, de comptes du xiv^ au xviiie siècle. 

Glossaire des termes techniques. 

Tables analytique des matières et onomastique. 

Ce système aurait le grand avantage de permettre aux 
travailleurs de juger, par un simple coup d'œil, s'il est 
nécessaire pour eux de se mettre à la recherche de la revue 
où a paru l'inventaire qui pourrait contenirdes documents 
intéressants pour eux. Par exemple, quelqu'un voudrait 
savoir si un personnage illustre a passé par Dinant au 
milieu du xv^ siècle. Si la fiche indiquant l'inventaire de 
M. Brouwers lui apprend que les plus anciens documents 
conservés dans cette ville datent du commencement du 
xvi® siècle, il ne perdra pas son temps à aller à la recherche 
de l'inventaire de M, Brouwers, qui ne figure i)eut-ètre 
iriême pas dans la bibliothèque de la ville qu'il habite, 
surtout s'il habite à l'étranger. 

Mes préférences vont donc au second système ; mais si 
la section d'iiistoire déclarait que le premier est suffisant, 
je ne ferais aucune difficulté pour abandonner mes pré- 
férences. 

Toutefois il est probable que ce n'est pas sur ce point 



— 387 — 

que roulera la discussion. Mes honorables confrères 
seront probablement plus curieux de connaître les voies 
et moyens de réalisation de cette idée. Le premier consis- 
terait à se mettre en rapport avec un éditeur qui en fît 
l'objet d'une entreprise privée. Grâce à l'intervention de 
la Commission centrale, cette Bibliographie des Inven- 
taires d'archives belges serait incontestablement assurée 
de larges subsides du département des Sciences et des 
Arts. D'autre part, l'éditeur n'aurait aucune peine à écouler 
son produit dans les bibliothèques étrangères. Remar- 
quez, du reste, que, telle que je la conçois, cette publica- 
tion ne vieillirait jamais. Chaque nouvelle fournée 
annuelle de fiches lui infuserait un sang nouveau et la 
rajeunirait. Elle aurait, d'ailleurs, sa place marquée dans 
les bibliothèques de tous ceux qui s'occupent d'histoire 
en notre pays. Je suis donc persuadé que, si le Congrès 
lui confiait la mission de cette publication, la Commission 
centrale trouverait aisément un éditeur. 

Si, par impossible, il ne s'en trouvait pas, je n'hésiterais 
pas à demander au Congrès de formuler un vœu pour que 
la législature imposât d'un millier de francs l'article 24 
du budget des Archives générales du royaume, pour per- 
mettre à cette administration d'entreprendre la publica- 
tion que je viens d'esquisser. Car, veuillez le remarquer. 
Messieurs, l'administration des Archives n'inscrit pas 
seulement à son budget des dépenses pour la publication 
des inventaires des archives de l'Etat ; il y a également un 
poste de subsides à accorder aux communes pour le clas- 
sement et l'inventaire de leurs archives. D'autre part, très 
souvent, les inventaires publiés par l'administration des 
Archives de l'Etat contiennent, en annexe ou autrement, 
l'inventaire d'archives n'appartenant pas à l'Etat. C'est le 
cas pour l'inventaire du notariat général du Brahant, 
pour celui des archives ecclésiastiques du Brabant, pour 
mon inventaire des inventaires delà 2® section des Archives 
du ro3^aume, etc. 



— 388 - 

Pourquoi, dans ces conditions, l'adiniiiisti-ation des 
Archives ne pourrait-elle pas charger un de ses fonction- 
naires de publier une bibliographie complète de tous les 
inventaires qu'elle a publiés et d'y ajouter ceux qui ont 
été publiés par d'autres? Les inspections des archives 
communales n'ont-elles pas toujours été confiées aux 
conservateurs des Archives de l'Etat et ceux-ci n'ont-ils 
pas toujours reçu la mission de signaler à l'autorité supé- 
rieure les communes qui négligeaient de prendre des 
mesures pour la conservation de leurs archives ? La vérité 
est que l'archiviste de l'Etat est le représentant, par excel- 
lence, de la science archivistique dans un pa,ys, et qu'il ne 
peut pas se désintéresser des archives, quel que soit, du 
reste, leur propriétaire. La légitimité de cette dépense se 
justifierait donc d'elle-même pour l'administration des 
Archives du royaume, si la Commission centiale devait 
recourir à celle-ci pour la publication de cette Biblio- 
graphie. 

Mais, encore une fois, il vaudrait mieux que la Commis- 
sion centrale se chargeât elle-même de ce soin, et 
n'abdiquât pas, en quelque sorte, entre les mains de 
l'administration des Ai'chives de l'Etat. Je n'admettrais 
l'intervention de cette administration que parce qu'elle 
pourrait assurer le sort d'une publication que je crois 
utile, dans le cas où la Commission centiale ne trouverait 
pas d'éditeur. 

Il ne faudrait du reste pas s'exagérer les dépenses que 
cette entreprise nécessiterait. Le tout sei-ait de la mettre 
sur pied et d'assurer son existence pendant les deux 
premières années, pendant lesquelles on pourrait publier 
4oo fiches, ce qui nous conduirait bien près du total des 
inventaires connus jusqu'ici. Si, dans la suite, on par- 
venait à publier chaque année loo nouvelles fiches, il 
faudrait s'en féliciter, car ce fait témoignerait d'une 
admirable activité de la paît des diverses commissions 
des petites archives, autant (]ue de celle des archivistes 



- 389 - 

de l'Etat, des communes, du clergé et des pai'ticnliers. 

Messieurs, comme conclusiou à cette communication, 
j'ai l'honneur de soumettre à la section d'histoire du 
Congrès de Liège les vœux suivants : 

1° a Que les commissions provinciales des petites archives 
se chargent de la publication des inventaires qu'elles 
auront approuvés, en les faisant paraître soit dans les 
publications périodiques des sociétés provinciales ou 
régionales, soit séparément avec l'aide financière des 
autorités constituées. 

2" » Que la Commission centrale des petites archives 
prenne des mesures pour la publication d'une biblio- 
graphie, tenue à jour, des inventaires d'ai'chives belges. » 

M. Cauchie remercie vivement M. Cuvelier de son 
exposé, et il déclare constater avec un réel plaisir que la 
question des inventaires des petites archives, agitée 
depuis six ans, avance sérieusement dans la voie de la 
réalisation, puisque chaque province, ou à peu près, 
possède sa commission régionale. 

M. N. DE Pauw pense qu'il est temps de ne plus seulement 
émettre de vœux, mais d'agir. S'il a demandé la parole, 
c'est pour compléter les excellentes communications de 
MM. Dony et Cuvelier, en annonçant la bonne nouvelle 
qu'il a obtenu, on sa qualité de président du comité de la 
Flandre Occidentale, un subside de 5oo francs du Conseil 
provincial pour la publication des inventaires ou des 
rapports des petites archives. La Flandre n'a eu, du 
reste, qu'à suivre l'exemple que lui avait donné le Hainaut, 
dont le Conseil avait également alloué une somme de 
5oo francs (M pour la même œuvre. Ce qui n'était donc 



(1) Cet octroi de subsides, le premier en date, a été diï surtout aux 
pressantes démarches de MM. E. Poncelet, président, et E. Dony, 
secrétaire delà Commission provinciale du Hainaut. 



— Sgo - 

encore qu'un embryon eu 1904 est devenu aujourd'hui une 
réalité. Il semble que le double précédent du Haiuaut et 
de la Flandre Occidentale devrait être invoqué dans les 
autres provinces, car afin de rendre les voeux pratiques, 
il faut le nerf de la guerre .. Il importe, en effet, et cela le 
plus vite possible, de sauver les petites archives des 
communes souvent plus importantes que les grandes, car 
il ne s'agit plus seulement, comme autrefois, d'écrire les 
détails de la vie des empereurs et des rois, mais de consti- 
tuer l'histoire économique et politique de toutes les classes 
de la population, celle du peuple aussi bien que de la 
noblesse et du clergé (Applaudissements). 

M. F. Magnette se lèveàsontourpour annoncer, comme 
cela résulte d'une lettre toute récente adressée à M. Dony 
par le conservateur des Archives de l'Etat à Anvers, que 
la dernière commission provinciale des petites archives 
qu'il restait à créer, celle de la province d'Anvers, vient 
de se constituer. Ce comité se compose des personnes 
suivantes : MM. F. Donnet, secrétaire de l'Académie 
d'archéologie, à Anvers ; l'abbé Goetschalckx, directeur 
de la revue Bijdragen tôt de Geschiedenis van Bradant, au 
Donck (Eekerenj ; H. Jacobs, chef de division et archi- 
viste du Gouvernement provincial, à Anvers ; le chanoine 
Laenen, archiviste de l'Archevêché, à Malines ; J.-B. 
Stockmans , archiviste de Lierre, à Mortsel ; B. Van 
DoNiNCK, bibliothécaire-archiviste de l'abbaye de Saint- 
Bernard, à Bornhein ; A. Gielens, conservateur-adjoint 
des Archives de l'Etat, à Anvers ; J. Vannérus, conser- 
vateur au même dépôt. 

M. E. Matthieu, i-evenantaux observations et aux desi- 
derata présentés par M. Cuvelier, les approuve ; il pense, 
lui aussi, que les inventaires devront être publiés par 
régions. Il voudiait voir compléter les vœux de M. Cuve- 
liei", en réclamant pour toutes les publications des 



— 391 — 

commissions provinciales un format uniforme. Il demande 
donc que la section, ou bien encore la Commission cen- 
trale des petites archives, réclame cette uniformité, et il 
dépose un vœu en ce sens. 

M. V. BRA.NTS estime trop absolue la proposition de 
M. Matthieu. Il y aurait lieu, selon lui, d'adopter provi- 
soirement un format libre ; qu'on publie où et comme on 
peut, mais qu'on publie, c'est l'essentiel. Revenant un 
instant encore sur la question générale des archives parti- 
culières et de l'importance qu'il peut y avoir à les inven- 
torier et à les protéger par tous les moyens, il attire 
l'attention spéciale des membres sur l'intérêt considérable 
que présentent les archives familiales (cfr. les rapports de 
MM. E. Matthieu et E. Dony, dans Annales du Congrès de 
Liège, t. II, pages i6i et 660. En France, grâce aux 
livres de raison, on a renouvelé l'histoire sociale. En 
Belgique, on a peu de chose en cette matière. Dans le 
n" d'août 1909 de la Revue générale, il a indiqué ce 
qui existe, mais il tient à signaler qu'à la Bibliothèque 
de l'Université de Gand, M. Ferd. Van der Haegen a 
obtenu le dépôt de bon nombre de pièces familiales, avec 
la stipulation qu'on ne pourrait s'en servir que du consen- 
tement de la famille. Il y a lieu de faire connaître cette 
initiative, car souvent les familles redoutent les indis- 
crétions, et il est à espérer qu'en les rassurant sur ce point, 
on multipliera les dépôts. 

Dom U. Berlière tient à dire, à propos des archives 
de familles, qu'il a pu déterminer une dame à céder aux 
Archives de l'Etat tons les résultats des recherches pour- 
suivies par son mari. 

Relativement aux petites archives, à leui's commissions 
provinciales, et à la besogae qu'elles peuvent fournir, il 
n'hésite pas à proclamer très franchement que, bien que 
président de la Commission provinciale de Namur, il n'a 



— 392 — 

rien pu être fait par lai, car, chaque fois qu'il a voulu 
obtenir le concours de la Société archéologique de Namur,. 
il s'est buté, dit-il, à une triple enceinte préhistorique^ 
qu'il lui a été impossible de forcer (^). Il pense donc, 
instruit par l'expérience, que la solution de la question de 
la publication d'inventaires serait dans l'obtention de 
subsides des provinces. Un autre moyen d'augmenter les 
ressources dont on a un impérieux besoin serait d'obtenir 
des souscriptions de ceux, particuliers ou érudits, qui 
s'intéressent à ces inventaires. 

Quant à la forme extérieure, c'est-à-dire au format à 
donner aux inventaires à publier, pourquoi ne prendrait-on 
pas comme modèles, les excellents petits inventaires im- 
primés que publie et met à la disposition du public l'admi- 
nistration des Archives générales du royaume ? 

M. N. DE Pauw appuie les observations de M. Brants, 
déjà approuvées par son collègue de la Commission royale 
d'histoire, Dom Berlière, en ce sens que le format des 
publications serait libre jusqu'à ce qu'elles soient faites 
au moyen des subsides accordés par les provinces. 

M. Gauchie pense qu'il serait bon de propager l'ensei- 
gnement de la paléographie, de façon à avoir des gens bien 
à même de publier des inventaires de petites archives. 

La discussion est close. Le président propose de fu- 
sionner les vœux déposés par MM. Cuvelier et Matthieu. 
Ces vœux sont adoptés à l'unanimité. 

M. E. Matthieu désire encore dire un mot, avant qu'on 



(1)11 résulte de renseignements qui |nous ont été foiirnis après 
coup par M. D. Brouwers, que les inventaires des archives des 
communes de Bouvignes et de Mariembourg, ainsi que des hospices 
de Naniur et de Dinant, sont à l'heure actuelle terminés (Note du 
Secrétaire-Rapporteur). 



- 393 - 

ne passe à l'ordre du jour. Il propose que le Congrès, par 
un nouveau vœu, s'adresse à M, le Ministre de la Justice 
)) et le prie d'appeler l'attention des juges de paix et des 
» notaires, pour qu'à l'occasion des levées de scellés et 
yy d'inventaires, ces magistrats et officiers publics s'ef- 
» forcent d'assurer la conservation des archives qui 
» pourraient s'y trouver, ou leur remise à un dépôt public 
» d'archives ». 

Ce vœu subsidiaire est admis, et il est entendu que 
toutes les mesures préconisées par M. Matthieu dans son 
rai)port reçoivent implicitement toute l'approbation de la 
section. 

M. Gauchie cède la présidence au D*" F. Arxheim. 

L'ordre du jour appelle la discussion du Rapport sur 
Vétat de nos connaissances relatives à l'histoire du mouve- 
ment intellectuel au pays de Liège (voir Annales du 
Congrès de Liège, t. II, pp. 4^4 à 5i6), dû à M. l'abbé 
Bal au. 

M. Balau reprend les différents points déjà traités par 
lui dans sa note imprimée; il insiste à nouveau sur le 
nombre et l'intérêt des travaux qui s'offrent au zèle et à 
l'initiative des jeunes ti-availleurs. C'est à ceux-ci surtout 
qu'il s'adresse, pour qu'on soit un jour en possession d'une 
histoire de toutes les manifestations de l'activité intellec- 
tuelle dans un paj^s dont les écoles d'autrefois brillèrent 
d'un éclat splendide. 

M. A. Gaillard, qui a remplacé M. Arnheim à la 
présidence, remercie et félicite l'orateur. 

M. Gauchie, tout en rendant un hommage mérité à 
l'auteur, ne peut s'empêcher de penser que celui-ci né lui 
a pas semblé avoir assez rendu justice à des travaux tels 
que ceux de De Wulf, de Kurth (sur Notger), de Peltzer. 



-394- 

Il se demande, en outre, si Rupert de Deutz (ou de 
Saint- Laurent) peut être considéré comme Allemand, 
comme semble l'insinuer M. Balau. Il ne le pense pas et il 
se permet de renvoyer ce dernier à un ouvrage tout nouveau 
de l'abbé Dupagne. 

Il lui signale également, pour compléter la documen- 
tation de son rapport, les travaux récents de M. Do 
Meester sur Alger, de M. C. Mohlberg sur Radulphe de 
Rivo, de M. Van Hove sur les Conflits de juridiction à 
l'époque d'Erard de la Marck. 

M. G. KuRTH relève le passage du rapport de M. Balau 
où celui-ci salue le jour où l'on possédera une histoire des 
diverses branches de l'ancien droit liégeois, aujourd'hui 
trop négligé et trop généralement ignoré. 

11 proclame de son côté la nécessité de se livrer à des 
travaux sérieux sur l'histoire du droit en Belgique, le plus 
abandonné de tous les domaines de l'érudition. Il n'existe 
il est vrai, de chaire d'histoire du droit dans aucune de 
nos quatre universités, et par droit il faut entendre le 
droit canon, comme le di'oit barbare, comme le droit cou- 
tumier. 

A part certaines études d'Edmond Poullet, il n'y a rien. 
Et cependant les volumes édités par la Commission pour la 
publication des anciennes lois et ordonnances mettent 
par centaines les documents à la disposition des travail- 
leurs. Seulement ils ne sont pas utilisés. 

Il faudrait donc que le Congrès mît ce point eu relief, 
et attirât l'attention de Qui de Droit sur cette situation. 
11 y a déjà longtemps qu'à l'Ecole des Chartes, à Paris, 
pareil cours d'histoire du droit a été créé ! 

M. Balau profite de la circonstance où tant d'historiens 
sont réunis à l'occasion du Congrès, pour rendi-e un 
hommage éclatant aux travaux de feu M""" Mouchamp sur 
le Cartésianisme en Belgique. Le regretté savant avait 



- 395 - 

réuni une masse énorme de matériaux. Malheureusement 
la mort est venue le frapper. Qui reprendra son œuvre? 

M, (/AUCHiE rappelle qu'au Congrès de Mons en 1904, il 
avait déjà été question de la création de cours d'histoire 
du droit. Il appuie vivement le vœu suggéré par M. Kurth. 

M. J. CuvELiER, au nom des archivistes, rapi)uie égale- 
ment, car, plus que tout autre, l'archiviste doit con- 
naître l'évolution de notre droit national. Une des causes 
de la supériorité des archivistes hollandais est leur 
connaissance de l'histoire du droit. 

M. DE Pauw se rallie à la proposition de M. Kurth. Sa 
réalisation est de toute nécessité, car il estime que c'est 
des archives que sort souvent la nouvelle jurisprudence. 

M. Kurth fait enfin remarquer que s'il veut l'enseigne- 
ment dont il est question, il ne veut qu'un enseignement 
purement scientifique, et repousse tout point de vue 
tendancieux ou utilitaire. 

— Après une courte discussion sur l'exacte rédaction à 
adopter, l'assemblée se rallie unanimement au vœu inspiré 
par M. Kurth. 

La séance est levée à 11 h. i5. 



SÉANCE DU Mardi 3 Août 

La séance est ouverte à 8.3o h., par M. Balau, président 
du Bureau provisoire de la deuxième section , qui cède 
immédiatement la présidence à M. Brants. 

Prennent également place au bureau : MM. 8. Balau, 
Dom Ursmer Berlière, G. Brom, F. Magnette, secrétaire- 
rapporteur et L. Van der Essen, secrétaire. 

Ont signé la liste de présence : MM. F. Arnheim, 
P. Bergmans, abbé Blum, V. Chauvin, J. Closon, abbé 



- 396 - 

J. Coenen, G. Cohen, O. Colson, R. P. C'reuseu, 
J. Cavelier, J. Dabin, abbé P. Dauïels, J. Debacker, 
A. de Cannart d'Hauuile, A. de Closset, C. Defreclieux, 
comte de Hautecloque, J. Delaite, N. de Pauw, M™® de 
Pauw, M''® de Pauw, MM. J. Depoin, A. de Sai ut- Léger, 
A. Doutrepont, P Dubois, E. Fairon, A., Faj^eii, J. Feller, 
J, Foidart J. Fiéson, A. Gaillard, J.-B. Goetsliouwers, 
A. Goffart, H. Grafé, E. Grandgaigiiage, abbé J. Grob, 
A. Hansay, F. Hubert, abbé Kerkhoff, G. Kurtli, 
C. Leclère, H. Loncliay, E. Maliaim, E. Matthieu, 
L. Jeunehomrae, E. Mawet, F. Mercenier, C. Moeller, 
H. Obreen, H. Pirenne, E. Poncelet, M. Schweisthal, 
Théo Smeets, E. Spreux, M™e Sprenx, MM. F. Sucquet, 
A. Tiberghieu, F. Tihon, F. Troisfontaines, R. Ulons, 
E. Ulrix, R. Vau Waefelghem, H. Vassal, L. Verriest, 
C. Wilmart, A. Wins. 

L'ordre du jour appelle la discussion de la note rédigée 
par M. E. Poncelet sur la Sigillographie liégeoise 
(voir Annales du Congrès de Liège, t. IL pp. 285-286). 

M. F. Magnette relit les conclusions de ce travail, où 
l'auteur propose de dresser un catalogue complet des 
sceaux du pays de Liège. 

M. E. Poncelet, sans revenir sur le détail de son projet, 
insiste néanmoins sur l'utilité de la sigillographie, unani- 
mement reconnue aujourd'hui. Il pense que tous seront 
d'avis qu'il y a lieu d'en mettre les éléments à la 
portée des chercheurs. Sa proposition de dresser un 
inventaire des sceaux du pays de Liège est d'ordre pra- 
tique. C'est une semence qui, jetée dans le champ d'acti- 
vité des Congrès, ne tardera pas, il faut l'espérer, à 
germer. 

M. G. KuKTii approuve le projet, et pense que le vœu 
doit être renvoj^é à l'auteur : celui-ci, par ses travaux 



— 397 — 

antérieurs, est tout désigné pour mener à bien l'entreprise 
qu'il a lui-raènie connue. 

M. Balau est évidemment du même avis, mais il ajoute 
que chacun de ceux qui travaillent dans le (diamp de 
l'histoire de la principauté, peut utilement contribuer à 
l'œuvre du catalogue de sigillographie liégeoise en inscri- 
vant sur fiches tous les renseignements utiles à fournir 
sur les sceaux qu'il pourrait rencontrer. 

DoM U. Berlière estime que le travail est i)lutôt du 
domaine de l'activité des sociétés provinciales ou régio- 
nales. 

Les conclusions du rapport de M. Poncelet sont 
adoptées. 

La parole est ensuite donnée à M. H. Piuenne, qui a 
rédigé le mémoire intitulé Esquisse d'un programme 
d'études sur l'histoire économique du pays de Liège (voir 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. i8-3o). 

Eu débutant, l'orateur constate avec plaisir que ses 
idées ont reçu comme un commencement d'exécution au 
Congrès même, puisque, parmi les rapports préliminaires, 
l'on trouve déjà celui de M. Fairon sur l'industiie houil- 
lère et les travaux à entreprendre pour en faire l'histoire 
(voir Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. i52-i58), 
celui de M. FI. Pholien, sur la céramique liégeoise (voir 
ibid., pp. 674-682 (^)). Cela constaté, il insiste de nouveau 
sur l'importance qu'a prise aujoui'd'hui l'histoire écono- 
mique et sur la différence qui existe entie celle-ci, qui est 
l'histoire des phénomènes économiques dans la société, et 



(^) Cfr. encore dans Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. \ô\- 
4()0, la notice de M. D. Brouwers sur L'Industrie du cuivre à Naniur, 
et ibid., pj). 882-410, le mémoire de M. Talion sur La métallurgie 
du fer au pays de Liège, au Luxembourg- et dans l'Entre-Sambre- 
et-Meuse. 



- 398 - 

l'archéologie. C'est une discipline récente qui n'est évi- 
demment pas plus importante que les autres, mais qui, 
étant donné le caractère général et universel des phéno- 
mènes qu'elle étudie, a un intérêt plus général que les 
autres. Il pense donc, pour en revenir à l'objet propre de 
sa communication, que l'histoire économique du paj-s de 
Liège mérite, pour les raisons déduites par lui au cours 
de son Esquisse, d'être étudiée de fort près ; plus cette 
histoire sera connue, mieux on saisira l'importance pri- 
mordiale et l'originalité de la vie économique aux pays 
mosans, qui était au moins égale en intensité à celle de la 
Flandre. M. Pirenne cite en passant le fait que l'industrie 
de l'alun existait sur les bords de la Meuse au moins au 
xvi« siècle ; que ce sont des Liégeois qui ont introduit 
l'industrie du fer en vSuède; peut-être aussi les procédés 
de la houillerie ont-ils été inventés à Liège. 

Il en a été de l'étude du passé, au pays de Liège, comme 
de toute autre. L'histoire économique a dû attendre 
quelque temps avant de se développer. L'histoire politique 
et l'histoire-batailles plus éclatantes, l'ont évidemment 
précédée. Et cela est tout naturel, car toute science s'oc- 
cupe dès l'abord des phénomènes les plus visibles, les plus 
extérieurs, mais la scieuce historique a évolué : l'histoire 
qui a pour objet le pays de Liège est arrivée, elle aussi, à ce 
moment de sou développement où elle doit aborder les 
phénomènes économiques. 

Cette étude, surtout celle de l'industrie de la houille, 
sera difficile. ]\Iais l'historien pourra toujours s'adjoindre, 
pour l'éclairer sur les questions spéciales de la technique, 
un ingénieur-conseil. 

En tout cas, il est fait un pressant appel à l'initiative et 
à la science des jeunes, pour aborder résoliiment ces nou- 
veaux sujets d'études historico-économiques (Applaudis- 
sements). 

M.E. Mahaim prend la parole. Il veut d'abord remercier 



— 399 — 

M. Pireniie de son rapport et de sa communication. Il 
espère, lui aussi, que le programme de travaux esquissé 
par le savant professeur de Gand, inspirera les travailleurs 
de l'avenir. 

Il ne se dissimule pas non plus, du reste, les difficultés 
qui se dresseront devant ceux-ci. Comme l'a indiqué 
M. Pirenne, le jeune savant qui voudra se livrer à une 
étude de l'industrie houillère, par exemple, aura absolu- 
ment besoin de l'aide d'un ingénieur, et dans sa lecture des 
sources et jjour la compréhension des procédés techniques 
employés pour l'extraction du minerai, le creusement des 
galeries, etc. ('). 

D'autre part, en ce qui concerne l'industrie métallur- 
gique, l'historien devra s'attacher à ne pas perdre de vue — 
et à y attribuer au contraii'e toute l'importance historique 
nécessaire — la véritable évolution qui s'est opérée dans 
cette branche de l'activité humaine à la fin du xviii® siècle 
et surtout dans le commencement du xix®. Sous ce rapport 
le pays de Liège présentera d'admirables sujets d'étude. 

N'est-ce pas à cette dernière époque, entre 1826 et i83o, 
que, pour ne prendre qu'un exemple, les établissements 
John Cockerill sont devenus les plus importants du 
monde ? L'histoire de l'origine et du dévelopijement de 
pareilles sociétés métallurgiques ne serait-elle pas du plus 
haut intérêt ? Ici encore la tâche sera bien malaisée, mais 
pour d'autres causes, dont la principale est la disparition 
d'une grande partie des archives de ces puissantes 
maisons industrielles. 

L'orateur donne des exemples tristement caractéris- 



(1) Cfr. dans le rapport de M. Fairon (voir plus loin) relatif aux 
travaux à entreprendre sur l'histoire des houillères au pays de làége, 
le passage où il est parlé des ingénieurs et spécialistes « qui peuvent 
apporter aux historiens et aux archéologues le concours indispen- 
sable de leur science et de leur expérience acquise par une longue 
observation des travaux de mines ^>. 



— 4oo — 

tiques de l'état d'esprit qui règne chez les propriétaires de 
nos grandes fabriques, à l'endroit de la conservation de 
leurs « vieux papiers », de leurs archives. Il cite le cas de 
la Société Cockerill, dont les anciens livres de compte, les 
livres de salaires, des correspondances pleines d'un intérêt 
rétrospectif pour l'économiste, l'industriel, l'historien 
ont été brûlés, peu de choses échappant aux ravages d'un 
incendie volontaire qui dura plusieurs semaines ! 

M. Mahaim lit encore le texte d'une lettre qui lui a été 
écrite naguère par le chef d'un des plus anciens établisse- 
ments industriels de Verviers et qui révélait chez son 
auteur une incompréhension totale, une méconnaissance 
absolue du désir des contemporains de connaître l'histoire 
des industries qui font, en somme, la gloire de la Belgique 
actuelle et sa réputation mondiale ! 

Devant cette situation, et dans l'espoir qu'on pourra 
peut-êtreéviter d'ultérieures destructions d'archives écono- 
miques, M. Mahaim saisit donc l'occasion pour demander 
au Congrès d'émettre le vœu de voir les maisons indus- 
trielles et commerciales autorisées à déposer leurs an- 
ciennes archives dans les dépôts de l'Etat (Applaudis- 
sements). 

M. J. CuvELiER assure M. Mahaim que les archives de 
l'Etat ont déjà eu à recevoir en dépôt des archives com- 
merciales, et il donne des renseignements sur les condi- 
tions dans lesquelles ces dépôts ont été effectués, 

M. E. PoNCELET confirme le fait que les archives de l'Etat 
ont déjà eu à accepter les papiers de particuliers. 

M. H. PiRENNE montre toute l'importance qu'il y aurait à 
l)0sséder pour le moyen âge des livres de marchands. 
Ceux, fort rares, qui nous ont été conservés, sont d'une 
valeur inestimable poai- l'historien-cconomiste. 

Et que dire de ceux d'aujourd'hui ! Car tout document 
quel qu'il soit, le moderne autant que l'ancien, a de 



— 4<^i — 

l'intérêt pour nous. Ce n'est pas parce qu'un papier a 
quelques siècles d'existence, qu'il a par là-même de 
l'importance. 

Mais comment conserver les documents actuels, et où ? 

M. Pirenne ne voit qu'un moyeu. C'est de les concentrer, 
de les centraliser dans un dépôt spécial. Il n'y a qu'à imi- 
ter, une fois de plus, l'exemple de l'Allemagne. Il existe 
en effet à Cologne un Wirtschaftsarchiv qui possède son 
administration à part, son budget particulier, ses inven- 
taires spéciaux. 

Il faudrait donc travailler à obtenir de l'Etat belge une 
organisation identique. Il dépose un vœu en ce sens. 

M. E. Mahaim répond à M. Pirenne que ce qu'il propose 
là est un idéal, et qu'il faut commencer par s'adresser aux 
industriels et leur faire prendre l'habitude de recourir 
aux dépôts publics d'archives. 

M. P. Dubois craint que les industriels etles commerçants 
ne consentent que très difficilement à se dessaisir de leurs 
livres de commerce et liasses de correspondances, et ce 
pour des raisons faciles à comprendre, ou qu'ils n'en 
fassent donation qu'après les avoir largement émendés: 
ainsi la valeur du dépôt se trouverait diminuée, sinon 
annulée. Cette observation s'applique moins évidemment 
aux plans et modèles industriels périmés qu'aux documents 
commerciaux. 

Il cite l'exemple de refus absolus opposés en Frauce par 
des descendants d'industriels très notables du xviii^ siècle 
de communiquer des papiers qui étaient en fait, cependant, 
de véritables « lettres de noblesse économique ». 

Il recommande, puisque la faculté de consulter les docu- 
ments manuscrits est exceptionnelle, de réuuir, comme le 
fait depuis longtemps la Bibliothèque de l'Université de 
Gand, le plus possible de prospectus, de lettres et d'enve- 
loppes à en-tête, de notices publiées à l'occasion des 
expositions, etc., anciens et actuels, car ces pièces 



— 4'^- — 

constitueront vite une source précieuse pour l'histoire 
économique. C'est ainsi qu'avec des trouvailles abondantes 
et peu dispendieuses faites chez les marchands de vieux 
papiers, il a été constitué en Picardie des séries de ces 
imprimés qui contribueront à établir l'histoire des grandes 
industries locales au xix^ siècle. 

M. N". DE Pauw appuie la proposition de M. Pirenne et 
propose de la compléter. Comme procureur-général, il est 
parvenu à solutionner une question qui traînait depuis un 
demi-siècle dans les Parquets et au Ministère : il a fait 
prendre un arrêté ministériel d'après lequel les notaires 
peuvent déposer aux Archives de l'Etat les anciennes 
minutes de leurs études, datant de 5o ans au moins. 

Il est bien entendu que ce n'est qu'avec l'autorisation du 
notaire déposant et des familles, s'il en existe encore. 
Cette mesure a i^roduit les meilleurs résultats. Plusieurs 
notaires de Gand ont fait de la sorte des dépôts aussi 
considérables qu'intéi'essants au point de vue économique 
et historique, dont on ne supposait pas l'importance. 

M. G. KuRTH fait remarquer que les mesures préconisées 
devraient être aussi appliquées aux joui-naus. ]1 faudrait 
donc tâcher de conserver les collections des journaux 
d'une localité au secrétariat ou à la maison de ville de 
cette localité. 

Un échange de vues se poursuit un certain temps sur ce 
dernier point, puis on décide do combiner les différents 
vœux émis par MM. Mahaim, Pirenne et de Pauw. Il est 
passé au vote : ces vœux sont admis sans opposition (voir 
le texte au compte-rendu de l'assemblée générale de 
clôture). 

Avant de passer à un autre discussion, M. l'abbé Balau 
se lève pour informer l'assistance que le Bureau de la 
section vient de recevoir de la part de M. Lagasse de Locht, 



— 4o3 — 

président du Comité organisateur du 2^ Cougrès interna- 
tional de la route (Bruxelles 1910), un certain nombre de 
circulaires adressées aux membres du Congrès, en vue de 
recueillir différents renseignements sur les anciennes voies 
romaines en Belgique. Ces questionnaires sont distribués 
à une grande partie des membres présents. 

La parole est ensuite donnée à M. E. Fairon, auteur d'un 
second rapport intitulé : Quels sont les travaux, les mono- 
graphies locales et en général les recherches méthodiques 
qu'il faudrait entreprendre avant de pouvoir se livrer à 
une étude d'ensemble sur l'histoire des houillères au pays 
de Liège (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, 
pp. i52-i53). L'auteur se borne à commenter brièvement 
certains points de son rapport. 

Les conclusions en sont adoptées, sans discussion. 

M. J. Feller a ensuite la parole j)our entretenir la 
section de l'Œuvre du Dictionnaire wallon sur laquelle il 
a fait rapport (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, 
pp. 176-199). Il résume à larges traits le contenu de son 
mémoire imprimé. 

Il termine en formulant un vœu : puisque, pour créer le 
Dictionnaire wallon, il faut et de l'argent et des loisirs à 
ceux qui ont assumé la charge d'en diriger l'édition, que 
le Gouvernement donne l'un et les autres, s'il estime que 
le Dictionnaire est une œuvre nationale. 

M, J. Cohen s'associe de tout cœur à ce vœu si légitime 
et il déclare profiter de l'occasion pour exprimer l'admira- 
tion de tous les romanistes étrangers et belges pour 
l'œuvre entreprise par MM. Feller et Haust. C'est un 
chef d'œuvre de dialectologie et de raison. Elle est 
d'autant plus admirable qu'elle est toute de dévoùment, 
car, comme l'a très modestement dit M. Feller, les 
directeurs du Dictionnaire doivent prendre sur leurs nuits 



- 4o4 - 

pour se livrer à leurs absorbantes et fatigantes études et 
recherches extra-professionnelles (Vive approbation). 

M. J. Fellbr remercie, mais déclare que le nom de 
M. Aug. Doutrepont est inséparable de celui de M. Haust 
et du sien propre. 

Le vœu de M. Feller est adopté. 

M. F. Troisfontaines se demande, puisqu'on parle de 
subsides et d'appuis financiers, pourquoi on ne s'adresserait 
pas à des particuliers qui éprouvent de l'intérêt pour des 
oeuvres scientifiques locales, et pourquoi on ne les amène- 
rait pas à faire bénéficier de leur générosité des œuvres 
collectives comme celle du Dictionnaire wallon. Ne voit-on 
pas tous les jours de riches particuliers faire de somp- 
tueuses donations à des Univei-sités ou autres corps 
savants? N'a-t-on pas vu dernièrement un Belge léguer par 
testament toute sa fortune à l'Etat indépendant du Congo? 

M. A. BiiANTS. — Quelle formule juridique adopter pour 
de pareilles libéralités? 

M. J. Delaite, faisant allusion aux subsides accordés 
par la Province et la Ville de Liège au comité-directeur 
du Dictionnaire wallon, déclare ne pas très bien saisir 
l'opportunité du vœu de M. Feller, qu'il considère comme 
conçu d'un façon un peu trop générale. 

M. Felleu lui répond qu'il reconnaît que les pouvoirs 
publi(;s ont droit à toute la gratitude des dirigeants de 
l'œuvre du Dictionnaire wallon, mais, s'il a libollé sou 
vœu, c'est qu'il a voulu surtout insister sur la question, 
plus délicate à traiter, des facilités matérielles, des loisirs 
à donner à ceux-ci. 

M. O. CoLSON appuie vivement aussi le vœu de M. Feller, 
et il insiste à sou tour sur la situation matérielle de ceux 



— 4o5 — 

qui travaillent avec tant de simple et courageuse abnéga- 
tion à édifier un monument historique à leur langue 
maternelle. 

Il se livre également à quelques développements sur la 
difficulté d'obtenir la capacité légale en vue de profiter 
des générosités des particuliei-s. 

Dom U. Berlière. — La question des loisirs à laisser 
aux gens de science, qui sont par ailleurs déjà absorbés 
par des occupations professionnelles, m'amène à dire qu'il 
faudrait tâcher par tous les moyens d'arriver à rendre un 
peu plus d'indépendance à la science, qui tend à devenir 
par trop bureaucratique. Il faudrait que le Gouvernement 
favorisât beaucoup plus largement les entreprises scienti- 
fiques dn pays ; il faudrait que les fonctionnaires, les 
professeurs particulièrement, pussent, avec toutes les 
facilités désirables du côté de leurs administrations, se 
livrer à des travaux spéciaux. 

Loin de trouver le vœu de M. Feller trop général, je 
voudrais l'étendre encore. 

M. Balau précise la pensée de M. Feller plus et mieux 
que celui-ci n'a voulu, par délicatesse bien compréhen- 
sible, le faire. Il insiste, lui aussi, sur la situation déplo- 
rable faite aux membres du personnel de l'enseignement 
moyen officiel et, la comparant à celle dont jouit le clergé 
séculier, il ne peut s'empêcher, exemples à l'appui, de 
rendre hommage aux supérieurs ecclésiastiques, mieiix 
conscients des intérêts de la science. Il applaudit donc des 
deux mains aux paroles de Dom Berlière et appuie de 
toutes ses forces son désir de voir plus d'indépendance et 
de facilités matérielles laissées aux professeurs, voués à 
des travaux de science pure et désintéressée. 

M. Brants cède la présidence à Dom U. Berlière. 

En l'absence, excusée, de M. Van der Linden, auteur 
d'une note intitulée : La géographie hislori<iiie de la Bel- 



— 4o6 — 

giqiie (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 556- 
56o), M. Magnette lit les conclusions de ce travail. 

La section approuve les vœux qui font suite à ces con- 
clusions et dontle président met en lumière toute l'impor- 
tance. Doin Berlière insiste tout particulièrement sur 
l'intérêt, au point de vue de la géographie historique de 
notre pays, que présentent, par exemple, les pouillés, dont 
n'a pas parlé le rédacteur de la note précitée. Il déplore, 
avec ce dernier, l'insuffisance de nos publications dans ce 
domaine de l'histoire nationale. 

M. KuRTH regrette, d'autre part, que M. Van der Linden 
n'ait pas dit un mot, dans sa note, des glossaires topony- 
miques. C'est par de tels travaux, proclame-t-il, qu'il faut 
commencer ; c'est par l'étude de petits groupes locaux que, 
non seulement ou pourra indirectement faire l'histoire 
des petites communes, mais qu'on délimitera par le fait 
même la commune, qu'on fixera la géographie historique 
locale. Il n'en veut pour preuves que l'étude toponymique 
qui a été faite de certaines localités du Bas- Luxembourg. 
Il se permet de rappeler son Glossaire toponymique de 
Saint-Léger. Il attire de nouveau, après 28 ans, l'attention 
des chercheurs sur l'importance des glossaires. 

Il rend au surplus hommage à la Société de littérature 
wallonne, qui a déjà beaucouj) fait en cette matière, mais 
qui, à son sens, s'est jusqu'ici trop peu préoccupée du 
côté historique dans les travaux de toponymie qu'elle a 
provoqués ou patronnés. 

La discussion relative aux glossaires toponymitiues 
reprend après que M. J. Feller eut résumé, dans ses 
grandes lignes, le rapport sur L'LJiat des études de topo- 
nymie en Belgique, qu'il avait rédigé en vue de la tenue du 
Congrès et qui n'a pu être imprimé à temps (». 



(') Ce rapport a paru, depuis la tenue du Congrès, dans les 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 83i-853 



- 4o7 - 

M. KuRTH confirme pleinement ce que M. Feller vient de 
dire des conditions dans lesquelles devrait se composer un 
glossaire topon^^mique : il estime absolument nécessaire 
la collaboration, pour faire œuvre sérieuse, d'un historien 
et d'un linguiste. Il cite comme modèle du genre, les 
études toponymiques sur Bilsen dues à un historien, 
M. J. Cuvelier, et à un linguiste germanisant, M. Camille 
Huysman. C'est là un exemple à suivre. 

Dom U. Berlière ajoute qu'il serait hautement dési- 
rable aussi que les auteurs de recueils monastiques 
s'habituassent à dresser de bonnes tables. A cet égard-là, 
il y a beaucoup à redire aux travaux que publient les 
sociétés de province : celles-ci devraient exiger des 
auteurs des index convenablement dressés, des tables 
sérieusement faites. 

Il signale, à cette occasion, les trop nombreuses erreurs, 
en fait d'identifications géographiques, qui déparent la 
grande œuvre des Moniimenta Gennaniae historica, en ce 
qni concerne notre pays. Cette dernière remarque est con- 
firmée par M. Bal AU. 

La discussion est close sur ce sujet. 

Le Président donne la parole à M. G. Cohen, qui désire 
entretenir la section de la découverte qu'il a faite à la 
bibliothèque du Musée Condé, à Chantilly, d'un manuscrit, 
contenant le texte de deux mystères et de trois moralités, 
dont l'écriture est de la fin du xv^ siècle, et dont l'origine 
liégeoise ne lui semble j^oint douteuse. 

Il expose les différents arguments, d'ordre historique, 
littéraire ou phonétique, qui lui paraissent légitimer 
son opinion d'après laquelle on serait désormais, avec le 
manuscrit de Chantilly, en présence du plus ancien docu- 
ment connu du théâtre liégeois (voir Annales du Congrès 
de Liège, t. II. pp. 889-902). 



— 4o8 — 

Dom U. Berlière signale à l'auteur quelques points à 
éclaircir. 

M. J. CuvELiER confirme l'hypothèse de M. Cohen en ce 
qui concerne l'origine liégeoise des mystères en question, 
en constatant la présence du mot heel, encore employé 
aujourd'hui dans les chansons d'enfants, à l'occasion de 
la fête de l'Epiphanie, à Hoesselt (Limbourg). Le sens du 
mot échappe aujourd'hui au peuple, ce qui prouve sa 
haute antiquité. 

Le Président donne la parole à M. V. Chauvin pour 
résumer sa note intitulée L'Etude de IHébreii à Liège (voir 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 628-642). 

L'auteur se borne à revenir un instant sur la question, 
qui reste fort controversée, de savoir si Sigebert de Gem- 
bloux avait une connaissance, digne de ce nom, de la 
langue hébraïque {Hebraïcani veritateni a ceteris editio- 
nibus secernere erat peritus). 

Dom U. Berlière, M. Balau, M. Cauchie sont una- 
nimes à interpréter les mots de ueritas hebraïca dans le 
sens de: texte hébreu traduit par saint Jérôme, à distinguer 
(secernere) soigneusement d'autres versions (ceterae edi- 
tiones), par exemple celle des Septante. 

M. Chauvin ne semble du reste pas insister sur son 
interprétation et se déclare au fond d'accord aves ses 
conti'adicteurs. 

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 
II h. 20. 



Séance du Mercredi 4 Août. 

La séance est ouverte à 8 heures 3o. 

Prennent place au bureau : MM. S. Balau, Dom U. Ber- 
lière, G. Brom, V. Brants, J. Grob, H. Loncha3^ F. Ma- 
gnette, secrétaire-rapporteur, et E. Fairon, secrétaire. 



— 4<)9 — 

Ont signé la feuille de présence : 

MM. F. Arnheim, H. Boej^mans-Pontus, M, Bliun, 
L Bouvier, chanoine A. Gauchie, J. Closon, abbé Th. 
Coenegracht, J. Cuvelier, J. Dabiu, abbé F. Daniels, 
A. de Closset, C. Defrecheux, comte de Hauteclocque, 
J. Delaite, N. de Pauw, J. Depoiu, A. de Saint-Léger, 
F. de Villenoisy, A. Doutrepout, P. Dubois, F. Dumont, 
A. Fayen, J. Fréson, abbé F. Gilissen, A. Goffart, 
E. Grandgaiguage, G.Hennen, F. Hubert, L. Jeunehomme, 
abbé A. Kairis, abbé J, Kerkhof, G. Kurth, Ed. Leclaire, 
C. Leclère, abbé F. Loes, E. Matthieu, E. Membre, 
J. Merceuier, H. Obreen, O. Pecqueur, H. Pirenne, 
E. Poucelet, H. Préherbu, M'"^ Préherbu, MM. L. Reuard- 
Grenson, J. Schyrgens, G. Sens, G. Simenon, Théo Smeets, 
•V. Fourneau, F. Troisfontaines, E,. TJlens, L. van den 
Essen, L. Verriest, E.. Van Waefelghem, J.-P. Waltzing, 
L. Willaert, A. Wins. 

Dom CJ. Berlière, MM. A. de Saint-Léger et H. Lonchay 
se chargent successivement de la présidence. 

L'ordre du jour appelle d'abord la lecture et la discus- 
sion du mémoire de M. V. Fkis sur Les Sources du Myreur 
des Histors de Jean d'Outreineuse pour l'histoire de 
Flandre (voir Annales du Congrès de Liège, tome II, 
pp. 166-175). 

L'auteur étant absent, et son travail ne donnant lieu à 
aucune observation, le président donne immédiatement la 
parole à M. V. Brants, pour résumer devant l'assemblée sa 
notice sur : Le Mémoire politique sur le gouvernement des 
Pays-Bas de Ch. D'Hovyne, chef-président du Conseil 
privé (i653-i6^ij (voir Annales du Congrès de Liège, 
tome II, pp. 49-66). 

M. Brants déclaie que, vu sa nature, son étude ne com- 
porte pas de conclusions. S'il l'a adressée au Congrès, 
c'est surtout dans le but de donner par là un échantillon 



— ^ÏO — 

de sujets de reclierches qu'il croit utile de signaler au 
monde des érudits. 

En effet, on a un peu trop négligé en Belgique la 
Dogmengeschichte, c'est à dire l'histoire des théories 
politiques. Or, quand il faut interpréter un régime où la 
Constitution même est coutumière, cette étude est fort 
importante. L'époque dite moderne est la lutte de la cou- 
tume contre le pouvoir royal. Les légistes fortifient ce 
pouvoir partout. Leurs écrits ont donc pour l'histoire de 
cette lutte une importance spéciale. — En Belgique, on ne 
connaît guère les écrits politiques d'Hovjme, de Roose, ni 
ceux de Viglius ni de Wynants ; il en est bien d'autres, 
dont il faudrait faire d'abord la bibliographie. 

En France même, ne discute-t-on pas encore à l'Institut 
sur le caractère des lois fondamentales de l'ancienne mo- 
narchie ? En Belgique, il ne peut être contesté que ce 
caractère fat celui d'une monarchie tempérée, et il est 
intéressant de constater que nos légistes régaliens même 
n'en contestent que l'étendue, mais non la nature. 

Il parait donc fort souhaitable qu'on se mette à tra- 
vailler dans cette voie. (Approbation.) 

M. Gauchie. — Les théories des juristes sur l'essence 
de l'ancienne monarchie n'ont pas été aussi négligées que le 
dit M. Brants, sur la foi de certaines discussions à l'Insti- 
tut de France. Les juristes, par exemple Bodin, Hotmann, 
etc., ont discuté ce point au xvi^ siècle déjà, et il existe des 
travaux actuels sur ce sujet, témoins ceux de M. Georges 
Weil {Les théories sur le pouvoir royal durant les guerres 
de religion). Dans les études de ce même auteur sur 
l'Eglise et l'Etat en France, les théories des légistes et 
des canonistes ont également été exposées et commentées. 

M. Brants réplique qu'il a simplement voulu constater 
qu'en France, bien qu'il y ait beaucoup de souices connues, 
la conclusion est encore contestée à l'Institut. 



-4ii - 

M. P, Dubois profite de la discussion soulevée par 
M. Brants, pour signaler les travaux de M. le professeur 
Esmein et de ses élèves. Un certain nombre de thèses fort 
intéressantes, résultats de ces travaux, ont déjà paru. 

M. Grob ne peut qu'approuver M. Brants, quand celui-ci 
exhorte ses concitoyens à étudier les mémoires politiques 
sur le gouvernement des Pays-Bas, écrits par des hommes 
d'Etat. 

Le motif en est que les pièces relatives aux actes du pou- 
voir central nous offrent parfois des contrastes — pour 
ne pas dire des contradictions — suivant la personne ou le 
coi'i^s auxquels ces pièces sont adressées. 

Au Duché de Luxembouig, le souverain n'avait guère 
le droit d'imposition : pour lever la moindre aide, il lui 
fallait le consentement du Tiers-Etat ; celui-ci reven- 
diquait également le droit de la répartition de ces impôts, 
le souverain ne pouvant en faire la recette par ses rece- 
veurs que selon les répartitions faites par les Etats 
du Duché de Luxembourg. Or, tandis que le gouverne- 
ment demandait aux Etats l'octroi des aides, les pièces 
concernant l'accord et la répartition de ces aides, adressées 
à d'autres qu'au Tiers-Etat ou à ses membres, ne men- 
tionnent pas d'ordinaire cette interdiction des Etats, et 
parfois même elles semblent absolument l'excluie. 

Un autre fait, dans le même ordre d'idées, est que le 
Conseil provincial du Luxembourg suit parfois une poli- 
tique en opposition avec celle du gouvernement central, 
qu'il agit même contre ses ordres exprès. 

Ces faits prouvent que l'on ne peut guère induire d'une 
seule catégorie d'actes ni les principes qui présidaient aux 
décisions prises par les hommes d'Etat aux Pa^'s-Bas, ni 
l'inexistence de certains droits et privilèges. 

La discussion est close. 

La parole est donnée à M. J. Depoix, qui a rédigé en vue 



- 4i^ - 

du Congrès un mémoire intitulé : Recherches sur l'origine 
d'Eilbert de Waulsort (voir Annales du Congrès de Liège, 
t. II, pp. 907-916). L'auteur se borne à insister sur les 
conclusions qui rcssortent de l'étude historique à laquelle 
il s'est livré. 

Dom U. Berlière n'oserait se prononcer sur le })lus ou 
moins de fondement des conclusions qui se dégagent du 
travail de M. Depoin. Dans la question de l'origine du fon- 
dateur de Waulsort, il est important cependant de tenir 
compte du caractère de la chronique de cette abboye. 
L'adoption par l'autenr de traditions légendaires peut 
s'expliquer autrement que par le désir d'établir certains 
droits du monastère : l'intérêt de l'écrivain est d'entourer 
le berceau de sa maison religieuse du prestige de certains 
noms. Les rapprochements généalogiques de M. Depoin 
sont intéressants, certes; mais peut-on limiter exactement 
le cercle des lectures du chroniqueur de Waulsort? A-t-on 
tenu assez compte de la valeur exacte des documents 
diplomatiques de l'abbaye, étudiés par Sackur et par 
Lahaye ? 

M. Depoin répond. Il n'admet point ce caractère ten- 
dancieux de la chronique de Waulsort. La preuve en est 
que les personnages cités par elle sont tellement obscurs 
qu'il lui a fallu beaucoup de recherches pour les identifier, 

M. II. PiRENNE l'ait observer que M. Bédier a publié 
récemment un travail sur l'origine de l'épopée, dans lequel 
il s'occupe de la chronique de Waulsort. Ses conclusions 
sont absolument négatives. 

M. Bal AU désire communiquer, à son tour, à l'assem- 
blée les réflexions que lui a suggérées l'exposé que vient 
de faire M. Depoin. N'ayant pas, dit-il, devant nous, 
les textes eux-mêmes, nous ne pouvons pas contrôler la 
valeur des observations, d'ailleurs intéressantes, préscn- 



— 4i3 — 

tées par l'auteur du mémoire sur Eilbert. Sans avoir songé 
à rafraîchir nos souvenirs, il nous reste cependant d'études 
faites autrefois cette impression, que, au moins jusqu'au 
travail de M. Depoin, toute la science historique, illustrée 
surtout à ces endroits par les recherches de Sackur, abou- 
tit à nous représenter les origines de Waulsort, racontées 
par la chronique et consignées dans des chartes fabriquées 
après coup, comme absolument légendaires. 

Il appartiendra à la critique, quand elle sera en posses- 
sion du texte du travail de M. Depoin, d'examiner si 
celui-ci, sur le point intéressant qu'il a soulevé, a vrai- 
ment renouvelé et réformé les conclusions de la science 
historique. 

La discussion est close. 

La parole est donnée à M. J. Delaite, qui résume 
dans son argumentation essentielle son étude critique sur 
Rasse de Daminariin voir Annales du Congrès de Liège, 
tome II, pp. ^2Q-:^5o). 

M. Balau félicite M. Delaite de son intéressant rapport 
et de la façon dont il vient de le résumer. 

Il regrette particulièrement l'absence de M. de Borman, 
si habile à débrouiller les généalogies des chevaliers 
liégeois du moyen âge. Son savant collègue l'a cependant 
autorisé à déclarer combien l'étude de M. Delaite à laquelle 
il reconnaissait une réelle valeur, l'avait intéressé. 

Quant à lui, il ne fait qu'une petite réserve. Jacques de 
Ilemricourt et Jean d'Outremeuse ont certainement 
utilisé une source commune, mais dire quelle était cette 
source, cela lui apparaît comme un problème insohible. 

Avant de passer à la suite de l'ordre du jour, M. 
PiiiENNE désire présenter à l'assemblée un exemplaire de 
y Album de Diplomatique, que le Congrès de Gand de 
1907 avait souhaité de voir paraître au plus tôt. La 



- 4i4- 

Belgique, dit M. Pirenne, j^eiit revendiquer l'honneur 
d'avoir eu la première l'initiative d'un pareil travail, car 
il n'a pas encore été publié une collection avissi comj^lète 
et aussi didactique dans aucun autre pays. M. Pirenne 
fait observer, en passant, que V Album contient préci- 
sément le fac-similé d'une charte fausse relative à 
l'abbaj^e de Waulsort, dont on venait de parler en section. 

M. F. Magnette, secrétaire-rapporteur, annonce que 
M. le baron de Borchgrave, inscrit pourprendre laparole à 
la séance du lendemain, jeudi, mais ne pouvant assister à 
cette séance, vient de faire imprimer à ses frais sa notice 
annoncée sur Les Leiikes et l'origine du nom de Liège, et 
fait hommage aux membres de la seconde section d'un 
certain nombre de ces notices. 

L'ordre du jour appelle à la tribune M. H. Lonchay, 
qui se borne à certaines observations à propos de sa note 
sur La fortune de Jean Curtius (voir Annales du Congrès 
de Liège, tome II, pp. 80-88). 

Il fait remarquer que cette note n'a pas la prétention 
d'être un travail complet. Cependant elle lui a déjà coûté 
de nombreuses recherches dans les fonds d'archives de 
Bruxelles et de Simancas (Espagne). Il a retenu surtout 
les détails concernant les livraisons de poudre faites par 
Curtius au Gouvernement des Pays-Bas et les déboires 
que lui ont causés ces opérations commerciales. On 
constatera à ce sujet, dit-il, le taux considérable de 12 % 
dans les emprunts conchis par Curtius. C'est cependant 
le taux ordinaire d'alors. Pour faire un travail complet 
sur Curtius, il faudrait rechercher tous les contrats 
passés par lui et sa correspondance. A cet égard, et pour 
des sujets de l'espèce, les petites archives peuvent être 
d'un secours considérable. Ainsi le document principal 
qu'il a utilisé — un contrat daté de 1614 devant un notaire 
de Liège — a été retrouvé dans le protocole de ce notaire 
par M. D. Van de Casteele. 



— 4^5 — 

M. L. Van der Essen se fait an devoir de signaler à 
M. Lonchay qu'aux Archives Farnésiemies de Naples se 
trouvent plusieurs documents se rapportant à Curtius, 
notamment des pièces qui ont trait à ses opérations finan- 
cières à l'époque d'Alexandre Farnèse. Ils sont de nature 
à éclairer ses rapports avec la cour de Bruxelles et spé- 
cialement à faire connaître les emprunts contractés avec le 
Gouvernement avant l'époque des archiducs. Ces pièces 
sont pour la plupart originales. Elles confirment en tous 
points l'exposé de M. Lonchay. 

M. V. Braxts constate, à propos du taux d'intérêt de 12 "/o 
cité par M. Lonchay, que ce taux était celui du « péris- 
tyle )), c'est-à-dire de la Bourse d'Anvers. Mais l'intérêt 
des rentes n'était que de 5 '^[o- Par contre, le taux des 
Lombards était parfois toléré jusqu'à 21 %. 

M. H Lonchay, répondant, constate qu'il y a toujours eu 
une notable différence enti-e le taux des opérations com- 
merciales et le taux des rentes. Cette différence se constate 
encore aujourd'hui. 

M. J. Delaite, sans entendre discuter le sujet traité par 
M. Lonchay, demande à celui-ci s'il ne sait rien concer- 
nant l'origine des Curtius. Sont-ils Liégeois ?X'y aurait-il 
peut-être pas un lien de parenté entre le célèbre financier 
et la famille du grand sculpteur Del Cour? 

M. Lonchay répond négativement à la première de ces 
questions. 

Une discussion très vive s'engage alors à ce sujet entre 
MM. J. Delaite et X. de Pauw, sans qu'il ait été possible 
de fournir une réponse quelconque à l'interpellateur sur 
les autres questions posées par celui-ci. 

L'ordre du jour appelle la discussion de la note consa- 
crée par M. TiBERGHiEN à La Carte de Fer ravis (voir 



— 4i6 - 

Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 371-382). En 
rappelant sommairement la constatation qu'il a pu faire 
sur ce document géographique, d'une importance de pre- 
mier ordre pour les Pays-Bas, et spécialement sur le nou- 
veau tirage qui en fut fait à Paris, au Dépôt de la Guerre, 
fort probablement sous le Directoire ou le Consulat, l'au- 
teur de la note tient à attirer l'attention sur ce fait que la 
carte de Ferraris a été reproduite dans le tirage français 
sans qu'on y eût indiqué les changements radicaux qui 
venaient de se produire dans la géographie politique de 
notre pays. 

M. DE Saint- LÉGER a constaté que des cartes du Nord 
de la France se trouvaient dans le même cas. Une carte du 
milieu du xvm^ siècle a été réimprimée eu 1790 avec un 
titre différent. 

Dom U. Berlière signale d'autres cas analogues. 

M. J. Grob vient d'entendre dire incidemment que les 
limites entre la France et les Pays-Bas autrichiens étaient 
encore douteuses lors de la confection de la carte de 
Ferraris. Il n'en est rien, car le traité des limites conclu 
en 1769, en faisant l'échange des enclaves et en redressant 
les frontières, avait supprimé tous lesdoutes.Les cartes très 
détaillées, dressées à cette époque par le service des ingé- 
nieurs-géomètres, et nécessitées par la conclusion et la 
mise à exécution de ce traité de 1769. se trouvent, pour le 
Luxembourg, aux archives du Gouvernement à Luxera- 
bourg. Vu la date du traité et celle de la confection de la 
carte do Ferraris (1770-1778), on serait tenté de croire que 
l'édition de celle-ci a été provoquée par la conclusion du 
traité. 

D'autre part, si Ferraris ne veut point donner un carac- 
tère officiel aux limites qu'il donne, sa réserve est proba- 
blement motivée par ceci que les frontières entre les pro- 
vinces autrichiennes et la principauté de Liège n'avaient 



— 4^7 — 

été réglées par aucun traité, et par ce fait encore [qu'elles 
n'étaient pas à cette époque territoriales, mais person- 
nelles. Ceci veut dire que dans nombre de villages, cer- 
taines personnes dépendaient de l'nii des pays et le reste 
de la population d'un ou de plusieurs autres souverains ; 
les maisons des unes et des autres étant ainsi entremêlées, 
il n'y avait guère possibilité d'établir des délimitations de 
frontières bien précises. M. Grob cite quelques exemples 
caractéristiques dans l'ancien Luxembourg. Si un carto- 
graphe avait donc à tracer des limites dans ces parages, 
il devait nécessairement se tenii- sur la réserve. 

M. le comte de Hauteclocque signale l'existence aux 
Archives du Ministère de la guerre, à Paris, d'une collec- 
tion de plans et de notices sur les places fortes de 
Huningne et de Dunkerque (17 vol. in-fol. manuscrits). 

Simple mention est faite, en l'absence — justifiée — de 
son auteur, de la note de M. G. Des Marez sur la Spécia- 
lisation du travail dans les villes flamandes au moyen âge 
(voir Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 200-201). 

L'ordre du jour étant épuisé, et l'heure le permettant, 
le président donne la parole à M. J. Hrassinne, qui désire 
entretenir la section de la question des Pouillés de l'ancien 
diocèse de Liège. 

L'honorable secrétaire-général du Congrès s'excuse 
d'abord de n'avoir pu présenter le rapport qu'il avait 
annoncé. Il manifeste ensuite le désir d'obtenir les 
lumières des historiens rassemblés à l'occasion du Congrès, 
sur la façon dont il conviendrait de publier les pouillés. 

Il établit une distinction entre les pouillés qu'il appelle 
topographiques, c'est-à-dire ceux dans lesquels les 
paroisses sont classées dans l'ordre des doyennés, — et 
ceux qu'il dénomme pouillés de collateurs, dans lesquels 
les paroisses sont rangées sous le nom de ceux (institu- 
tions ou particuliers) qui eu avaient la collation. M. Bras- 



— 4i8 — 

sinne indique les pouillés topographiques qui ont été 
publiés jusqu'ici, et il annonce qu'il a l'intention de 
publier en oollaboratioa avec l'abbé J. Paquay, un corpus 
des pouillés topographiques liégeois. 

Mais comment faut-il en ordonner la publication ? 

a) Faut-il publier le texte des différents pouillés, — ceux 
tout au moins qui sont suffisamment intéiessants — en 
donnant d'abord le texte du pouillé le plus ancien, puis 
successivement celui des autres pouillés, et ce dans l'ordre 
chronologique? Ou bien ne faut-il i)as grouper les indica 
tions relatives aux différents doyennés que fournissent 
les divers manuscrits ? 

/)) Faut-il donnera propos de cluK^ue nom ancien l'iden- 
tification (lu nom, l'indication du nom du patron, et les 
auties renseignements qui peuvent intéresser le lecteur? 
Ou bien ne convient-il pas plutôt de ramasser toutes ces 
indications dans un index final ? 

Tel est le problème. 

Dom U. Beulièke préconise la publication chronolo- 
gique intégrale des textes des pouillés. 11 faut aussi, à son 
avis, tenir compte des collectories pontificales, épisco- 
pales, princières ; il faut rechercher également des l'ensei- 
gnements dans les (^artulaires, les obituaires, les chro- 
niques. Il insiste surtout sur la grande utilité de publier 
des dictionnaires topon^^miques dans lesquels on groupera 
tous les éléuieuts d'une notice succincte, concise, complète: 
les formes modernes et les formes anciennes, avec date, 
pour chaque nom propre de lieu,rarchidiaconé,le doyenné, 
le patron, le coUateur. Il faudrait à côté de cela giouper 
tous les renseignements historiques. 

Enfin, on devrait songer à constituer un recueil général 
des pouillés de Belgique. 

M. Grob s'est occupé de la (juestion des pouillés depuis 
vingt ans déjà. 11 croit donc pouvoir donner son avis, et 



— 4^9 — 

déclarer que, malgré leur très grande importance, il ne 
faut user qu'avec prudence des pouillés. Car de ce qu'une 
paroisse n'y est pas renseignée, on ne peut toujoui's 
conclure qu'elle n'existait pas à telle ou telle époque. 
En effet les pouillés ne renseignent que les paroisses étant 
sous la juridiction des archidiacres ; à côté de celles-là, il 
pouvait eu exister d'autres dont la collation appartenait à 
certains dignitaires, par exem})le aux chapitres lesquels 
pouvaient être exemptés de cette juridiction, et par suite 
ne pas être mentionnés dans les pouillés et ne pas être 
soumis aux visites épiscopales. 

M. Grob signale comme actes fort précieux, similaires 
aux pouillés et sous ce rapport supérieurs aux pouillés, les 
listes de répartition de la part des aides que le clergé 
tant séculier que régulier avait à ])ayer. 

Quant aux deux (piesiions soumises par M. Brassinne, 
sur la manière de publier les pouillés, il opine pour la 
publication intégrale de ceux qui seraient seuls dignes 
d'une édition, car un choix s'impose ici. D'autre part, une 
publication des différents pouillés par tables juxta- 
posant les données pour un même bénéfice lui semble 
impossible, vu les grands changements surventis parfois 
dans un fort court espace de temps : des bénéfices ont 
disparu, des provinces ont été réunies, d'autres ont été 
incorporées à des territoires étrangers. Vouloir renseigner 
ces changements dans des notes ati bas des textes, est 
impossible, à catise du grand espace qu'occtiperaient ces 
notes. 

Pour ce qui est des identifications, M. Grob croit qu'il 
est absolument nécessaire de donner dans les listes des 
paroisses le nom moderne imprimé en italique après le 
nom ancien, s'ils diffèrent notablement ou s'il s'agit de 
distinguer une paroisse d'une localité homonyme, ces 
ressemblances de noms étant excessivement nombreuses. 
Il faut que cette table des noms anciens et des noms 
modernes soit aussi complète que possible : c'est d'une 
nécessité absolue. 



— l^20 

M. J. Depoin signale comiue modèle à suivre les publi- 
cations de M, Longuon, en France. Il relève également 
l'importance que présentent à ses yeux, pour l'édition des 
pouillés, les visites épiscopales des paroisses et les listes 
des dignitaires ecclésiastiques. 

M. Gauchie demande qu'on lui précise la différence 
entre pouillés topographiques et autres pouillés. Il insiste 
aussi avec M. Depoin sur l'utilité des visites épiscopales 
et arcbidiaconales pour les renseignements d'ordre topo- 
nymique qu'elles peuvent fournir. 

Il se livre ensuite à un _ échange de vues avec Dom 
Berlière et M. J. Brassinue sur la nature des })Ouillés 
pontificaux (taxât ionesj et des pouillés diocésains ; sur 
l'ordre alphabétique ou systématique des archidiaconés et 
des décanats ; sur la place des identifications et des 
divers renseignements concernant une paroisse. 

Dom U. Berlière explique, entre autres, pourquoi il 
préconise plutôt dans la publication des pouillés un ordre 
systématique : c'est que ce dernier permettra de suivre 
pour ainsi dire époque par époque les modifications qui se 
sont produites dans la géographie du diocèse. Et c'est cela 
qui, historiquement, est le plus attachant. 

M. Gauchie termine cette discussion en signalant l'exis- 
tence de différents extraits des collectories pontificales à 
î^aples, à Louvain, à Tournai, aux archives de la cathé- 
drale : daus ce dernier dépôt se trouve, pour le décanat de 
Bruges, un pouillé (le pouillé de Tournai datant d'environ 
1450) où l'on trouve non seulement la nomenclature des 
cures et chapelles, mais encore des autels des petits 
métiers de la ville. 

M. Brassinne remercie pour toutes les explications qui 
viennent de lui être fournies et déclare qu'il se rallie à la 
manière de voir de Dom Berlière. 



- 4--^i - 

La séance s'achève par la communicatiou de M. G. 
SiMENOxV sur les conflits interminables qui surgirent entre 
les évoques de Liège et les abbés de Saint-Trond à propos 
de la souveraineté que les ans et les autres prétendaient 
pouvoir exercer sur cette dernière ville. 

L'auteur résume son mémoire {^> dont les conclusions 
peuvent se libeller ainsi : 

Au point de vue temporel, les abbés de Saint-Trond 
partageaient avec les princes-évêques la souveraineté de 
la ville. Ce droit fnt reconnu par nn dii)lôme du pai)e 
Pascal II de 1107. L'échange fait en 1227 entre l'évoque 
de Metz et celui de Liège n'en tient pas compte, mais 
dans toutes les circonstances publiques les abbés de 
vSaint-Trond agissent comme co-seigneurs de la ville. 

An point de vue spirituel, les abbés ont été soumis au 
prince-évèque. Mais les discussions du xvii® siècle au sujet 
de la souveraineté temporelle, amenèrent Rome à recon- 
naître l'indépendance spirituelle de l'abbaye. 

Toutefois si eu droit les abbés pouvaient prétendre à 
cette double exemption, en fait, ils n'ont pu en jouir qu'à 
de lares intervalles. 

La séance est levée à 11 heures. 



SÉANCE uv Jeudi 5 Août. 

La séance est ouveite à S h. 4'>- 

Prennent place au buiean : MM. Balan, Gauchie, de 
Saint-Léger, Brom, Magnette , secrétaire-rapporteur; 
Fairon, secrétaire. 



(1) Une note de M. Simenon, intitulée L'exemption de l'abbaye 
de Saint-Trond a été publiée, après le Congrès, dans Annales du 
Congrès de Liège, t. II, pp. 855-863. 



— 4^2 — 

Ont signé la liste de présence : MM. F. Arnlieim, 
P. Berginans, J. Brassinne, D. Brouwers, J. CIosou, abbé 
Th. Coeuegraclit, F. Courtois, abbé P. Daniels, A. de 
Caunart d'Hamale, M'"® de Cannart d'Hamale, MM. Ch. 
Defreclieux, J. Defroidmont, vicomte A. de Ghellinck- 
Vaernewijck, comte de Hauteclocque, N. de Pauw, 
P. Dubois, A. Fayen, J. Feller, J. Foidart, abbé F. Gilis- 
sen, A. Goffart, F. Hubert, L. Jeunehomme, abbé 
A. Kairis, G. Kurth, M™« Lambermont, MM. D^'J. Lejaer, 
E. Matthieu, F. Merceuier, H. Obreen, J.Paquay, H. Pré- 
herbu, M'"« Préherbu, MM. I)'" F.Tihon, F.Troisfontaines, 
E/. Van Wael'elghem, A. Wins. 

La séance est présidée pai- M. le chanoine Gauchie. 

Le président donne la parole à M, L. Van der Essen. 
Celui-ci, auteur du rapport sur Les archives particulières 
de rétranger et leur importance pour l'histoire des anciens 
Pays-Bas (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, p}). 
534-541J, sans rentrer dans les détails inclus dans sa 
notice, se borne à attirer une nouvelle fois l'attention des 
éruditB sur la richesse de ces ar(;hives de l'étranger. Ces 
dépôts ne sont pas précieux seulement i)our l'histoire 
politique ou militaire, mais encore pour l'histoire écono- 
mique, religieuse, pour celle des institutions politiques. 

M. Gauchie remercie M. Van der Essen. 11 souhaite que 
le dépouillement des archives farnésiennes et des archives 
de Parme puisse se laiie d'une façon complète et métho- 
dique, et il formule en conséquence le vœu que son élève, 
avec le concours de la Commission royale d'histoire, 
puisse terminer bientôt ses recherches déjà fructueuses à 
Naples et à Parme. Le Congrès reconnaîtra ainsi l'activité 
de la Commission et il consacrera les initiatives de 
celle-ci par son approbation du travail de M. Van der 
Essen. 

M. Bat<au pose à M. Van der Essen quelques questions 



• — 423 — 

sur la façou dout on peut être araeué à retrouver les 
archives des familles italiennes. 

Il signale, dans d'autres pays que l'Italie, des fonds éga- 
lement intéressants : par exemple, l'archevêché d'Utrecht 
détient toute la correspondance de M^"" Van Bommel 
avec sa nièce, collection extrêmement riche pour l'histoire 
de son époque. Des voyages d'exploration, tels que ceux 
que M. Van der Essen a entrepris en Italie , pourraient 
l'être ailleurs aussi. 

L'ordre du jour appelle ensuite l'examen du travail de 
M. J. Closon sur L'iiiHité de la publication des recès ou 
délibérations des Trois-Etats liégeois (voir Annales du 
Congrès de Liège, tome II, pp. 568-5761. 

M. Closon, après avoir constaté, en passant, que 
l'historiographie liégeoise retirera certes le plus grand 
profit des travaux du préseut Congrès, et qu'il a été 
beaucoup question les jours précédents de l'histoire reli- 
gieuse et de l'histoire économique du pays de Liège, pense 
qu'il faut s'occuper avec la même ardeur à faire progresser 
les études relatives à l'histoire politique de la principauté. 
Des travaux importants ont certainement été entrepris, 
mais ils traitaient de points spéciaux. Quant aux histoires 
générales de Polain, de Gerlache, de F. Henaux, de Daris, 
elles ont vieilli et sont devenues fort insuffisantes. 

Or, les annales liégeoises soutiennent facilement la 
comparaison avec celles des autres pays. M. Closon ne 
veut pas pécher par un chauvinisme exagéré; il ne pense 
pas que l'on puisse affirmer que les Liégeois aient réalisé 
l'idéal du gouvernement le plus libre, car l'on peut dans 
d'autres pays trouver des institutions aussi libérales qu'il 
convient de rapprocher des nôtres. Mais encore est-il que 
la Constitution liégeoise est un sujet d'études des plus 
attachant et que la grande puissance qu'avaient su acquérir 
les trois états en est un trait essentiel. Rien de plus 
captivant que le développement des institutions organiques 



- 424 - 

des états depuis le xvi*^ jusqu'au xviii^ siècle. Leur com- 
pétence était universelle ; leur place dans l'état, à côté du 
prince et du chapitre, prééminente. Tl va donc de soi que 
c'est dans les archives de ces états qu'il faut voir la source 
la plus importante pour la connaissance de notre histoire 
intérieure. L'inventaire de ces archives s'impose : aucune 
histoire politique de la principauté ne sera définitive que 
quand l'inventorisation de ces sources sera réalisée. Ce 
travail sera long et dispendieux, mais il est nécessaire 
(Approbation). 

M. Gauchie applaudit à ces conclusions et il voit dans 
M. Closon l'homme tout désigné pour entreprendre cette 
œuvre. 

M. Closon réplique qu'il trouvera de son côté un colla- 
borateur des plus compétents et des plus actifs en 
AI. Fairon, le conservateur-adjoint du dépôt de Liège, 
dont il signale en passant le tout récent et excellent 
inventaire des archives du Conseil privé. 

M. Cauchie est de plus d'avis que le travail préconisé 
par M. Closon pourrait être entrepris sous les auspices de 
la Commission royale d'histoire qui se propose déjà de 
publier les recès des Etats -Génératix des Pays-Bas 
(Approbation). 

La parole est ensuite donnée à M. A. de Cannart 
d'Hamale, qui, à propos de sa note sur V Origine de Jean 
Cannart, chancelier du premier comte de Flandre delà 
maison de Valois (voir Annales du Congrès de Liège, 
tome II, pp. 226-227), développe à la tribune, en un long 
discours, les raisons qui, selon lui, doivent faire appa- 
raître le chancelier Cannart comme l'une des plus grandes 
figures de l'histoire de Belgique. 

M. Bal AU, président du Bureau provisoire du Congrès, 
informe les membres de la section d'histoire, [de la part 



— 4^5 — 

du Bureau central, qu'il sera proposé, lors de l'assem- 
blée générale de clôture de l'après- uiidi, de protester 
contre l'art, 19, concernant les touilles, de VaDunt-jjrojet 
de loi sur la conservation des monuments et des objets 
offrant un intérêt historique, artistique ou archéologique 
(voir Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 337-344)- 
Cet article 19 (p. 342), révèle, au profit des musées 
royaux de Bruxelles, des tendances de centralisation et 
d'absorption telles que c'en serait fait bientôt de la pros- 
périté des musées provinciaux et de la vitalité des sociétés 
d'archéologie de province. On demande à la seconde 
section de se joindre aux autres sections (jui ont déjà 
manifesté leur désapprobation. 

Sans qu'il ait été procédé à un vote, l'assemblée donne 
son approbation à la motion dont il s'agit. 

Les travaux de la section sont re^sris. 

M. A. Haxsay, auteur de la notice sur La partie lossaine 
des anciens comtés du Masau (voir Annales du Congrès de 
Liège, t. II, pp. 109-145) est absent et se fait excuser par 
lettre. 

Dans cette lettre, il tient à faire remarquer « que, 
)) dans le cas où ses conclusions relatives aux limites du 
» Maeslant vers l'Ouest seraient reconnues valables, le 
» tracé donné du pagns du Masaland par R. Scbrôder 
» dans son Lehrbnch der Deutschen Rechtsgeschichte, 
)) Tafel II, devrait être légèrement modifié. La frontière 
» devrait commencer plus au Sud, vers Maestriclit et être 
» reportée davantage vers l'Ouest aux dépens des deux 
» i)agi de Hesbaye et de Taxandrie. » 

Personne ne faisant d'observation conceinant le tiavail 
de M. Hansay, on passe successivement et sans dis- 
cussion, leurs auteurs étant absents (0, aux études de 



(') M. Gielens s'était excusé pai' lettre. 



126 



MM. GiELENS, sur Le gouvernement de François de 
Lorraine, prince abbé de Stauelot (1704-1715) et 
les institutions de la principauté à cette époque. 

■ G. BiGWOOD, sur Joseph II et la liberté du commerce 
des grains (M. 

et E. DE Marneffe, sur les Noms de lieux de la 
Hesbaye d'origine mérovingienne ou carolin- 
gienne (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, 
pp. 762-764). 

La parole est enfin donnée à M. D. Brouwers. qui 
résume ses Notes sur l industrie du cuivre à Namur (voir 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 454-4^o). 

L'auteur insiste, entre autres, sur la réorganisation, au 
XVII® siècle, de lindiistrie du enivre dans le pays de Namur 
et sa transformation en industrie libre ou s'en approchant. 
Un exemple analogue, celui des chapeliers de Bruxelles, 
vient de lui être signalé par M. Des Marez. 

M. X. DE Pauw a constaté à Gand une évolution iden- 
tique 

M. Bal.vu voudrait savoir à (quelle date la batterie a pu 
cessé d'exister à Huy. 

M. Brouwers réi)ond ({ue cette disparition peut se 
placer dans la seconde moitié du xir siècle. 

La remarque est importante, conclut M. Balau, car il y 
a là un argument de plus contre la thèse qui voudrait 
attribuer, d'après Jean d'Outremeuse, les fonts baptismaux 
de Saint- Barthélémy à Lambert Patras. 

L'ordre du jour est épuisé. 



(') Ces deux travaux oui été publiés respectivement ai)i"ès le 
Coupures dans les Annales du Con^-rès de Liég-i\ tome II. pp. 7;)5-83o 
et pp. 923-93G. 



— 427 — 

MM. E. Matthieu et N.de Pauw proposent, avant que le 
Congrès ne soit clos, que celui-ci exprime « des remercî- 
» ments aux Conseils provinciaux du Hainaut et de la 
» Flandre orientale qui ont voté des subsides en vue de la 
» publicatiou des inventaires des petites archives et faci- 
» lité par ce moyen la réalisation des vœux de la Fédé- 
» ration. » — Cette motion est adoptée. 

Enfin M. Balau se lève. Il ne voudrait pas, déclare-t-il, 
que le Congrès prît fin, sans que, au nom de la section 
d'Histoire, un témoignage de sj^mpathie et de respect fût 
envoyé à M. le baron de Cliestret, qu'une cruelle maladie 
a empêché de prendre part aux travaux du Congrès, où il 
aurait mérité cependant d'occuper la place éminente que 
lui eussent valu ses magnifiques travaux et études, véri- 
tables modèles pour tous les travailleurs (Marques de la 
pins vive approbation). 

M. Balau déclare achevés les travaux de la section et il 
remercie les congressistes, dont la présence en si grand 
nombre, chaque Jour, a assuré le succès des discussions. 

La séance est levée à lo h. 3o. 



TROISIEME SECTrOX 



Archéologie. 

A. — Epoque belgo-romaine et franque 
Secrétaire-rapporteur : M. P. Faider. 



SÉANCE DU Lundi 2 Août. 

La séance est ouverte à 9 heures, sous la présidence de 
M. J.-E. Deniarteau, président. 

Ont signé la liste de présence : MM. J. Body, l'abbé 
M. Bluin, M. Christiaens, Ch. Comhaire, Ch, Dangibeaud, 
J.-E. Deniarteau, A. Doutriaux, P. Faider, P. Foidart, 
H. Francart, M. Gillart, F. Hénaux, F. Huj'^brigts, 
M'"® Lambermont, MM. L. Legrand, Mercenier, A. Oger, 
J. Poils, F. Raick, L, Renard-Grenson, P. Scliarff, 

F. Seghers, V. Tourneur, H Vassal, J.-P. Waltzing et 

G. Willemsen. 

^L J.-E. Demarteau, président, résume en quelques 
mots le travail de M. Blanchet qui a dû rentrer d'urgence 
à Paris et ne pourra assister aux séances du Congrès. 
M. Blanchet, dans une courte note intitulée Bagues 
romaines trouvées dans l'Est de la Gaule (voir Annales 
du Cong-rès de Liég-e, t. Il, pp. 15-171, signalait, d'après des 
documents de la Bibliothèque nationale, l'existence de 
deux bagues romaines trouvées, l'une à Givet, en i85o, 
l'autre à Metz, en 1849. Ces bagues sont perdues, ou 
conservées dans des collections [)eu connues. 

M. A. Baulmont, de Charleville, empêché d'assister 
au Congi'ès, a fait parvenir à la section la note suivante 
au sujet de la note de M. Blanchet. 



— 4^9 — 

« La signature J. Lauthier est sans aucun doute donnée 
» d'après une mauvaise lecture : ce nom est inconnu à 
)) Givet, mais François-Xavier Wauthier obtint le 2 mai.s 
)i i832 un brevet de libraire et imprimeur en lettres ; il 
» était seul imprimeur en lettres à Givet et mourut le 
» 3o janvier i853. Il eut pour successeur Antoine- 
» Auguste-Xavier Wauthier, probablement son fils, dont 
» le brevet est daté du 26 mai i853. Au dernier succéda, 
» le 12 aovit i863, un nommé F. Choppin. 

» Je ne rencontre aucune mention de la trouvaille 
» relatée ni dans les journaux locaux que j'ai pu consulter, 
)) ni dans les Recherches historiques sur Givet, publiées 
» par J. Lartigue et A. Le Cotte, d'abord dans VEcho de 
» Givet, puis réunies en un volume édité en 1867 par 
)) F. Clioppin ; et cependant les auteurs consignent les 
r> découvertes d'objets gallo-romains, faites de 1827 à 
» i865 à Givet et dans les environs, tant en France qu'en 
)) Belgique. Je pense donc que la signature de la lettre 
» doit être bien F. Wauthier et que la trouvaille désignée 
)) sous le nom de trésor de Givet n'a peut-être pas été 
» faite dans les environs immédiats de cette ville ». 

Personne ne demandant la parole à ce sujet, on passe 
à l'examen du travail de M. V. Tourneur, ayant pour titre 
La monnaie de bronze des Tongrois (voir Annales du 
Congrès de Liège, t. II, pp. 461-479); M. J.-E. Demarteau, 
président, annonce que M. Tourneur, retenu à Bruxelles, 
n'arrivera qu'à 10 heures. Il propose d'intervertir l'ordre 
des travaux 2 et 3 (Adoj)té). 

M. J.-E. Demarteau cède la présidence à M. J.-P. Walt- 
zing et expose le sujet de son propre travail : Les éléments 
de l'histoire d'une même villa belge pendant la période 
romaine et aux premiers temps du moyen âge (voir 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. ii3-i22). 

Il a pris comme type caractéristique la villa belgo- 
romaine de Vervoz (Vervigium). Les fouilles opérées en 



— 43o - 

cette localité out fait découvrir plus de cinq eeuts frag- 
ments d'un monument funéraire en calcaire de Longwy et, 
surtout, plusieurs tombes fort bien conservées et contenant 
toutes des ustensiles curieux. Ces découvertes reportent 
l'établissement de Vervoz à la fin du i*"" siècle ou au 
commencement du ii^. Une première série de monnaies, 
trouvées à Vervoz, s'arrête à l'époque de Gallien, c'est à 
dire à l'époque des invasions des Alamans et des Francs, 
en 237 et 275. Une seconde trouvaille de monnaies renferme 
des pièces d'Arcadius (095-408) ; celles-ci marqueraient, 
d'une façon précise, la date d'une seconde destruction 
de Vei-voz. Les tombes franques, très pauvies, indiquent 
une occupation définitive. En 862, Vervoz fait partie, 
depuis un certain temps déjà, du domaine de l'abbaye de 
Stavelot. Un document de cette époque, émanant du roi 
Lothaire, nous l'apprend et nous renseigne même d'une 
façon assez précise sur ce qu'est devenue l'ancienne villa, 
dont la possession sera confirmée à l'abbé Hildebold, en 
873, par Louis le Germanique. 

Cette monograpbie, consacrée à la villa de \'ervoz, 
commence donc à l'établissement d'un citoyen romain 
dans la Gaule-Belgique et finit à Hildebold, Germain de 
nom, prélat ardennais : villa belgo-romaine, villa abba- 
tiale. Elle comble une lacune qui existe souvent dans 
notre liistoii-e régionale et montre la voie à d'autres 
études de ce genre. M. Demarteau déclare que c'est là le 
but qu'il s'est proposé d'atteindre et souhaite que d'autres 
monographies soient consacrées à cette intéressante 
période de l'histoire belge. 

M. F. HuYiJKiGTs fait observer que l'occupant de la villa 
de Vervoz possédait des objets analogues à ceux que l'on 
retrouve au Xord de la Sanibi-e et de la Meuse. Ne serait-il 
pas un habitant du Nord, qui, chassé par quelque invasion, 
se serait installé à Vervoz avec tout son mobilier ? Les 
monnaies de Gallien se retrouvent dans toutes les contrées 



— 43i — 

situées au Sud de la Sambre et de la Meuse; c'est, en effet, 
sous le règne de cet empereur que le pa,ys a été ravagé. 
La déc'*:)uverte, à Vervoz, de monnaies d'Arcadius s'ex- 
plique aussi facilement : ces monnaies peuvent avoir été 
enfouies lors d'une seconde occupation de la contrée, par 
les Fi-ancs, en 408, date àla(iuelleil se sont établis d'une 
façon définitive. 

Plus personne ne demandant la parole à ce sujet, 
M. J.-E. Demarteau reprend la présidence, et passe à 
l'examen de la communication de M. V. Tourneur : La. 
monnaie de bronze des Tondrais. 

M. V. Tourneur a éiuùié un type bien déterminé de 
monnaies dont le territoire de Tongres se trouve être le 
centre de pi-oduction. Faut-il les attribuer aux Aduatiques? 
Cela est impossible ; ces pièces ayant été certainement 
frappées après la conquête de César en l'an 5i, et avant la 
réduction du territoire en province romaine, en l'an 27. 
Quelle population occui)ait Tongres à cette époque ? Les 
Tungri. On se trouverait en présence d'une reformation 
de la confédération des Germani-Tungri. Les Tungri 
comprenaient les Condrusi, de même que les Germani 
comi)renaient les Eburons. 

Le mot Tungri serait l'équivalent du mot Germani. Il 
aurait été conservé comme étant plus caractéristique. 

M. V. Tourneur soumet à l'assemblée plusieurs exem- 
plaires des monnaies en question. 

M. F. HuYBRiGTS félicite M. \ . Tourneur de son remar- 
quable travail. Un point cependant ne Itii paraît pas 
suffisamment éclairci. 

M.V. Tourneur, dit-il, attribue ces monnaies aux Celtes 
ou aux Germains qui occupaient la contrée au temps où 
César a conquis le pays, et en place la fabrication entre les 
années 54 et 27 av. J.-C. Je voudrais donner à cette idée, 
qui peut être juste dans un certain sens, quelques expli- 



catiouà, car on pourrait supposer que, au moment de 
l'arrivée de César, le paj'^s était occupé par des Germains 
que M. Tourneur dit descendre des Celtes. Je ne veux 
pas prétendre que, en Gei-manie, certains Germains 
n'aient pas eu pour ancêtres des Celtes, de ces fabri- 
cants de kelts ou de haches de pierre polie, mais je veux 
me représenter nos contrées au moment de l'arrivée de 
César. 

Quels en étaient les occupants à l'arrivée du conquérant 
romain ? 

Ils étaient de deux espèces bien différentes. C'était, 
d'abord, le dominateur, le Germain, qui avait passé par la 
Grèce et la Macédoine, où il avait appris à monnayer : 
c'est, ensuite, l'habitant autochtone que le Germain, 
guerrier et guerroyeur, avait soumis, dont il avait fait son 
esclave, qu'il craignait de disperser, trouvant que cet 
habitant était agriculteur, attaché à son foyer, et que lui- 
même avait besoin de ce travailleur tranquille pour son 
service personnel et l'entretien des clievaux. 

Cet habitant autochtone, cet agriculteur ne peut être 
que le descendant immédiat de l'habitant des fonds de 
cabanes, dont nous trouvons des traces nombreuses le 
long de nos fleuves et rivières et, en ce qui concerne spé- 
cialement la fertile contrée des environs de Tongres, cet 
habitant primitif a vécu le long de la Meuse et du Jeker, 
ofi nous trouvons partout ses fonds de cabanes, surtout 
sur les hauteurs qui bordent ce cours d'eau. Xotons-le : 
le Jeker traverse une grande partie de la Hesbaye, qui 
forme la contrée la plus fertile de la Belgique. 

Quand les nations germaniques, qui ont appris à mon- 
nayer à la suite de leur passage par la Macédoine, ont-elles 
monnayé dans nos contrées ? 

M. Tourneur admet qu'ils ont frappé la monnaie anépi- 
graphe marquée aux quatre bustes de chevaux et celle 
à la légende AVAVC, entre les années 5i et 27 avant 
J.-C, ce qui correspond aux années 751 et 727 de Rome, 
ou au second triumvirat. 



— 433 - 

Je pense que ce monnayage doit s'être produit un peu 
avant cette époque, c'est-à-dire antérieurement à l'arrivée 
de César, et, pour le prouver, je me pose deux questions : 
Comment César est-il venu ? Quelle a été son œuvre ? 

Césai' a été appelé dans nos contrées par les populations 
d'agriculteurs soumis, ramenés à l'état d'esclaves par les 
Germains, et, quel que soit le nom donné à ces esclaves, 
ce ne sont certes pas les Celtes de la Germanie, venus des 
bords de la mer Caspienne et de plus loin peut-être, mais 
César a été appelé par les descendants des Néolithiques de 
nos contrées, réduits à l'esclavage par les terribles guer- 
royeurs, toujours à la reclierclie de batailles, allant d'un 
pays à l'autre et qui avaient appris à monnayer. En effet, 
leai' monnaie, qui, à défaut d'or et d'argent, a été faite de 
bronze, n'est constituée que par des imitations grossières 
des monnaies d'or de l'Orient. 

Si les Germains n'avaient pas été trahis, si César 
n'avait pas été conduit, comme par la main, par les popu- 
lations autochtones, César n'aurait i^as pu vaincre aussi 
aisément la ligue germanique qui s'était formée autour de 
Tongres, en l'année 701. Car, il faut bien le noter, à 
Tongres, on ne trouve pas seulement des monnaies d'une 
seule population germanique, mais encore de diverses 
populations et aussi des Trévires. 

Et, malgré l'aide que César avait trouvée, la légion de 
Sabinus et de Cotta a succombé et, extermination pour 
destruction, à partir de l'année 708 de Rome, la popula- 
tion germanique, qui avait énergiquement tenu tête à 
César, a été si bien dispersée que le nom à peine en est 
resté. A partir de ce moment, la population primitive 
d'agriculteurs, qui avait si efficacement aidé César, entre 
en scène ; ils avaient, du reste, toujours fourni la popu- 
lation la plus nombreuse et, s'ils avaient simplement 
changé de maître, au moins ce nouveau maître leur devait 
de la reconnaissance. 

De ceci il résulte que, après 708, soit 5o ans avant J.-C, 



- 434 - 

les populations germaniques, (jui ont lutté contre César, 
n'ont plus été en état de battre, à Tongi-es, la monnaie 
marquée AVAVC, antéi-ieure à 7o3/5o. 

M. Y. Tourneur. — Je ne puis me rallier aux idées de 
M. F. Huybrigts. Je n'ai pas attribué les monnaies en 
question aux Celtes ou aux Germains, mais aux Tiiug-ri, 
population celtique, selon moi, qui avait antérieurement 
porté le nom de Gerinani. M. Huybrigts confond Germani 
et Germains, ce qui n'est pas la même chose. Je renvoie 
M. Huybrigts à mon mémoire. 

11 esr iîupossible, du reste, de traiter dans un Congrès 
la question de savoir si, à l'arrivée de César, les Belges 
étaient Celtes ou Germains, et je demande qu'une discus- 
sion stérile ne soit pas engagée à ce sujet. 

Quant à la date que j'ai assignée a la fabrication des 
monnaies du type Avaucia, jestime l'avoir établie d'une 
manière irréfutable par la comparaison avec les monnaies 
analogues des peuples voisins. 

M. Tourneur répond également a une (question de M. 
l'abbé Creusen, relative au nom de Germani. Il fournit 
à M. Creusen les éclaircissements que celui-ci denuinde. 

Il termine en remerciant M. Huybrigts de l'amabilité 
dont il fait sans cesse pieuve envers ceux qui ont besoin 
de ses collections pour un travail : M. Huybrigts met les 
trésors qu'il possède dans son Musée de Tongres à la 
dis|)Osition des travailleurs, avec une libéralité que 
M. Tourneur est heureux de pouvoir proclamei" publique- 
ment 

M. .l.-i;;. Dio.MARTKAU, président, [)ro[)ose de clôturer, 
pour aujounriiui. la discussion lie ce sujet. M. le D"" F. 
Cramer, dit-il, établit dans le mémoire qu'il a présenté au 
Congrès (voir Annales du (Congrès de Liège, t. II, pp. 775- 
793) que la population desTrévires est celtique. On pourra, 



— 4o;) — 

à i)i()pos de ce travail, leveuir sur lu (question d'iiistoire 
générale soulevée par M. Hiiybrigts. 

Personne ne demandant plus la i)arole, M. Deniarteau 
passe an quatriénje point deToidre du jour. 

M. P. Loliest étant absent, M, J.-E. Demarteau 
résume en quelques mots les conclusions de son travail 
intitulé Fouilles de la place Saint-Lambert à Liège. — Une 
villa belg-o-romaine (voii' Annales du Congrès de Liège, 
t. II, pp. 411 -4-^)- ^^ ^''it ^1"^ nous intéresse, dit-il, est la 
découverte, place Saint- Lambei-t, de l'iiypocauste d'une 
villa ])elgo-romaine. Cette villa lut peut-èii-e celle-là même 
où saint Lambert a été plus tard assassiné, (^uoi qu'il en 
soit, cette très intéressante trouvaille donne à la ville de 
Liège un véritable certificat d'origine. Le l'ait est capital. 

M. V. 'roiRNEni demande si l'on a pu dater cet bypo- 
causte. 

M. J.-E. Demarteau constate que, dans tous les cas, 
cet liypocauste n'a pas beaucoup servi. L'argile qui relie 
entre elles les rondelles des colonnettes n'a pas même été 
cuite sous l'action de la chaleur. 

M. J. Poils t'ait la même observation. 

M. F. HuYBRiGTS. — l'our moi, la villa provient du Haut- 
Empire ; elle a été démolie une première fois, puis 
reconstruite, etoccupée finalement par des habitants d'une 
négligence extrême. On doit donc distinguer, dans 
l'histoire de cette villa, trois époques indiquées: a) par la 
maçonnerie, b) par les monnaies. D'autre part, je crois 
savoir que, outre le bronze d'Hadrien mentionné par 
M. Loliest, on a retrouvé place Saint-Lambert, nue 
monnaie du Bas-Empire. 

La maçonnerie est certainement de cette épo(|ue. 



— 43G — 

M. L. Rexard-Grexson s'étonne d'entendre parler 
d'une monnaie du Bas-Empire ; il invite M. Huybrigts à 
rechercher les traces de cette trouvaille, dont l'importance 
peut être très grande. 

M. V. Tourneur estime que la villa a dû être remaniée 
à l'époque du Bas-Empire. Cela expliquerait fort bien que 
l'argile ne soit pas cuite. 

M. F. HuYBBiGTS dit avoir constaté le même phénomène 
dans tous les hypocaustes qu'il a pu examiner. La chaleur 
chauffe l'argile, sans la cuire. 

M. F. HÉNAUX. — Je n'ai jamais rencontré de terre 
glaise dans les hypocaustes, mais j'y ai constaté la pré- 
sence de sable. Celui-ci ne cuit pas, mais il prend une 
teinte de terre glaise à peu près cuite qui induit en ei-reur 
beaucoup d'archéologues. 

M. J. Poils. — Pour moi, la présence de l'argile est 
incontestable. Or, il faut remarquer que les flammes 
mêmes du foyer, et non seulement la chaleur, pénètrent 
entre les colonnettes. Le fait que l'argile, dans ces condi- 
tions, n'ait pas encore été cuite, indique que l'hypocauste 
avait été construit peu avant la destruction de la villa. 

Plus personne ne demandant la parole à ce sujet, 
M. Demabteau, président, ouvre la discussion sur le 
travail de M. E. Hublard (absent), intitulé : .4 quelle 
époque remontent la création et Voccupation des camps dits 
romains du Nord de la Gaule (voir Annales du Congrès 
de Liège, t. II, pp. 248-u5o). 

Il n'y a pas, fait observer d'abord M. Demarteau, de 
camp romain situé en Belgique. Ils n'existent que sur le 
Rhin, là où des garnisons étaient en tout temps néces- 
saires. On ne constate, en notre pays, que la présence de 
simples fortifications routières. L'expression courante de 
camp romain lui paraît donc impropre. 



- 43: - 

M. HuYBRiGTS fait observer qu'à Tongres, on retrouve 
des traces de fortifications (castella) aux angles des 
murailles. Ce ne sont là que des postes et il ne peut s'ngir 
de camps romains au sens propre du terme. 

L'ordre du jour étant épuisé, la parole est donnée, sur 
sa demande, à M. L. Renard- Grenson. 

M. L. Renard-Grenson attire l'attention des congres- 
sistes sui- la trouvaille de Celles. Il s'agit d'une sépulture 
belgo-romaine à inhumation pourvue d'un riche mobilier. 
Le nombre des trouvailles de ce genre est très restreint 
en Belgique, l'incinération ayant été prati((uée d'une façon 
presque générale. M. Renard-Grenson en cite quelques- 
unes faites à Tournai, à Tongres, à Arlon, et insiste pour 
qu'une statistique des tombes à inhumation trouvées sur 
le territoire de la Belgique soit dressée d'une façon 
précise. 11 voudrait que l'on procédât d'une façon scienti- 
fi(iue et demande qu'un vœu soit émis à ce sujet par la 
section romaine du Congrès de Liège. 

M. Hi'YKRiGTH dit que beaucoup de sépultures du 
ii"^ siècle sont des sépultures à inhumation. Il fait, de plus, 
remarquer combien la statistique dont parle M. Renard- 
Grenson serait difficilement réalisabh;. Les bouleverse- 
ments des cimetières romains à l'épociue franque étant, 
quoi qu'on en pense, extrêmement nombreux. 

Après (quelques observations présentées par M. F. 
HÉNAUx concernant les cimetières belgo-romains du 
Coudroz, et une courte discussion à laquelle prennent part 
MM. V. Tourneur, F. Huybrigts et L. Renard-Grenson, 
le vœu suivant est émis par la section : 

« La section d'archéologie belgo-romaine et franque 
émet le vœu de voir dresser une statistique précise des 
tombes à inhumation signalées en Belgique, et qui a^^par- 
tiennent d'une manière incontestable à ré|)0([uc romaine.» 



M. l'abbé Creusex pose nue question relative au travail 
de M. J.-E. Demarteau. Il demande sur quoi s'est basé 
l'auteur pour assigner à la villa de Vervoz la date du 
i®'" siècle ou celle du couimencenient du ii®. 

M. J.-E. Demarteau déclare s'être basé sur la nature et 
la forme des objets trouvés au cours des fouilles. 

M. F. HÉXAUx. — On retrouve dans les tombes divers 
objets artistiques en même temps que des ustensiles : 
bronzes, verres, poteries, etc. ; or, à Vervoz, on peut 
distinguer trois couches successives ; dans la dernière, on 
a découvert des poteries dites samiennes. Quant à l'âge 
exact de ces poteries, il est toujours bien difficile de le 
déterminer, 

M. F. HuYBRiGTS croit (jue le mobilier des tombes de 
Vervoz est d'importation septentrionale ; à M. F. Hénaux, 
qui lui objecte le monument funéraire en calcaire de 
Longwy. il répond que l'un des éléments n'exclut pas 
l'autre ; (pie l'on peut admettre une importation méridio- 
nale, de moindre importance cependant que celle venue 
du Xord. 

Avant ([ue la séance ne soit levée, M. Poils offre aux 
membres présents une série de cartels postales représen- 
tant le résultat des fouilles effectuées à l'emplacement de 
la villa romaine de Basse- Wavre. 

La séance est levée à lo h. ^1^, pour permettre à 
MM. les congressistes de prendre part aux diverses excur- 
sions inscrites au progranjnic <lc la journée. 



Skance m Mardi 4 Août. 

La séance est ouverte à 8 h. i/ii. sous la présidence de 
M. J.-E. Demarteau, ])rési(lcut. 



— 4'^9 — 

Out sigué la liste de préseiie-e : 

]y£mes n Bouvier, L. Bouvier, MM. Ch.-J. Comliaire, 
abbé Creusen, F. Cumont, C. Dangibeaud, comte R. de 
Geloes, J.-E. Deuiarteau, X. de Pauw, F. de Villeuoisy, 
J. Dierexsens, P. Faider, II. Grafé, F. Hénaux, F. Huy- 
brigts, X. Janssens, M*"® Leenaers, abbé Loes, MM. A. 
Oger, F. Fholieu, J. Poils. M'"^ P. Rausoliyn, MM. L. 
Renard-Grenson, F. Seghers, T. Smeets, L. Stroobant, 
H. Vassal, J.-P. Waltzing et C. Wilmart. 

M. J.-E. Demarteau, président, i-egrette Tabsence de 
M. Camille Jullian et demande si personne n'a d'obser- 
vation à présenter concernant son travail intitulé : 
Quelques caractères propres à la relig'ion de la Gaule 
romaine ivoir Annales du Cong-rès de Liège, t. II, pp. 564- 
567). 

M. P. Faider croit utile de donner lecture de l'opinion 
formulée par M. Jullian sur les vases planétaires et les 
colonnes au géant, sujets qui doivent être discutés au 
cours de la séance. 

M. J.-E. Demarteau, président, expose ensuite briève- 
ment le sujet traité par M. Blancliet (absent) dans son 
travail intitulé : Hache romaine du dernier type de l'âge 
du bronze (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, 
pp. 759-761). 

Personne ne demandant la parole, on aborde le troi- 
sième point de l'ordre du jour. 

M. Demarteau, devant prendre une part active à la 
discussion, cède la présidence à M, F. Cumont. 

M. J.-E. Demarteau, en l'absence de M. le D'" Krueger, 
expose la thèse soutenue par cet archéologue au sujet du 
vase de Bavai, dans son mémoire intitulé : Deux monu- 
ments du dieu tricéphale gaulois, etc. (voir Annales du 
Congrès de Liège, t. II. pp i23-i38). 



- 44o - 

Il rappelle la notice qu'il a lui-même publiée, eu 19081 
sur le vase de Jupille, et en communique deux exemplaires 
à l'assemblée. M. Krueger s'est rallié aux idées de 
M. Demarieau, quant à l'interprétation du vase, dont il 
reporte la date de fabrication au i®*" siècle. 

M. F. HuYBRiGTS croit que le vase de Bavai a été 
doré ; il base cette hypothèse sur la comparaison de l'objet 
avec d'autres vases de même matière. 

M. F. DE ViLLENOiSY rappelle que le vase de Bavai fut 
acquis, vers i85o, pour la somme de 240 francs. Il se trouve 
actuellement au cabinet des médailles de la Bibliothèque 
nationale, à Paris. 

M. de Villenoisy fait l'inventaire des vases planétaires 
actuellement connus : à Paris, un ; à Liège, un ; à Mt)ns, 
un ; à Charleroi, plusieurs fragments ; à Valenciennes, un 
vase assez différent des autres (sur les vases en question, 
les têtes sont séparées par un anneau ; à Valenciennes, on 
trouve trois anneaux, i)lus un grand serpent qui fait le 
tour du vase, et les attributs de Mercure) ; à Bruxelles, 
plusieurs fragments provenant d'Elouges. 

M. A. Ogek ajoute à cette liste un fragment de vase 
planétaire qui se trouve à Bavai, dans une collection 
privée. Il en montre une photographie. 

M. F. DK Villenoisy, répondant à M. Hiiybrigts, déclare 
que, sur ces vases, on ne retrouve aucune trace de dorure, 
mais seulement des différences de coloration dans les 
terres employées, parce que ces terres étaient en général 
assez grossières. C'ela même est un signe que les vases 
n'ont jamais été dorés. 

M. Ch.-J. CoMHAiRE insiste sur l'intérêt que présentent 
ces vases au point de vue de l'histoire des traditions 
l)()pulaires liégeoises. 



- 44i - 

M. F. Clmont fail observer que si la date du i^"" siècle, 
assignée par M. Krneger au vase de Bavai, était établie 
d'une façon certaine, on aurait dans ce fait un indice 
précieux de la propagation des cultes orientaux dans toute 
l'étendue de l'Iran pire romain. 

M. F. DE ViLLENOiSY estiiuequB le vase de Charleroi est 
certainement plus récent. Ces vases devaient être fort 
nombreux; mais on conçoit aisément que, en tant qu'objets 
liturgiques païens, ils aient été détruits en grande 
quantité. 

Après cet échange de vues, la parole est donnée a 
M. J.-E. Demarteau. Il défend l'opinion qu'il a émise le 
premier, dans son mémoire intitulé Le vase planétaire 
de Jupille, sur le culte des planètes dans la Belgique 
romaine. 

Il fait la critique du texte de Dion Cassius iii® siècle). 

On y voit que l'ordre des jours, déterminé par celui des 
planètes, était déjà, de son temps, adopté par les Romains. 
La semaine, que Dion croit récente, est au contraire très 
ancienne et d'origine sémitique. La relation des jours de 
la septaine avec les divinités planétaires de nom classique 
est une oeuvre alexandi'ine et astrologique. L'Empire 
romain tout entier s'adonna aux pratiques astrologiques: 
Auguste, Tibère, Trajan, Hadrien y ont eu recours Des 
représentations astrologiques sont figurées sur les murs 
du Palatin, dans les salles mêmes où la justice était rendue. 
En Gaule particulièrement, s'est développée toute une 
littérature planétaire, et, dans la Germanie romanisée 
s'élèvent des monuments militaires où les planètes fati- 
diques occupent une place en vue. Les apologistes chré- 
tiens, Tatien, Priscillien, Commodien, font une guerre 
déclarée au culte planétaire et cela même au iv^ siècle : 
ce qui établit la persistance de cette superstition fataliste. 
La série des sept divinités est expliquée dans les écoles 



- 44^ - 

romaines : témoin, le livre élémentaire du magister 
Dositlieus. Ou signale même de ces opuscules accom- 
pagnés d'illustrations. Enfin, on a retrouvé sur des 
monnaies ayant circulé dans notre pays, la figuration 
astrale reconnue par M. Demarteau dans le vase de 
Jupille. M. Demarteau communique à l'assemblée une de 
ces monnaies, un moyen bronze à l'effigie de Faustine 
mère. 

M. F, DE ViLLENOisY signale que le calendrier a toujours 
eu une origine liturgique. Il devait rappeler les dates des 
fêtes. Or, le calendrier romain est exclusif de l'idée de 
semaine ; il marque les fêtes et décompte les jours qui les 
précèdent. La semaine, série de sept divisions du temps 
(semaine de jours, semaine d'années, de siècles), est 
astrale et se rapporte au soleil, à la lune et aux cinq pla- 
nètes. (Je caractère astral lui a [)ermis d'être adoptée par 
des peuples ayant des croyances différentes. Les sept dieux 
se trouvent chez les Clialdéens, chez les Syriens, enfin 
dans divers livres apocryphes juifs, sous forme d'anges 
ou de démons. Les cultes orientaux ont envahi l'empire à 
l'époque de Sévère et la semaine a pu être du nombre. Au 
contraire, les Romains avaient les douze dieux, dont les 
origines étaient très diverses et où les dieux astrono- 
miques étaient l'exception. Dans le culte solaire romain, 
don)inait l'idée du Zodiaque. Les dieux romains (pii 
correspondent à des astres ne leur ont été assimilés que 
tardivement ; ainsi, la déesse Vénus a précédé le culte de 
la ])lanète Vénus. 

M. F. OuMONT fait observer que la suite des dieux qui 
président aux jotirs de la semaine n'a été établie par les 
astrologues qu'après la découverte de la série des sept 
planètes avec laquelle elle est eu rapport. Ou i)eu^ donc 
difficilement admettre que les Germains l'aient connue ; 
la diffusion de la semaine ne peut s'exi)liqncr ([ue par 



- 443 - 

une iunuenee orientale s'exorcaiit à travers le inonde 
romain, 

M. J.-E. Dkmarteau fait remarquer que des nuances 
dans la terre cuite proviennent de la nature des déblais 
où gisaient les fragments. Divers ateliers ont fabriqué de 
ces vases belges, dont on a par surcroît trouvé des mor- 
ceaux à Schalkhoven, à Tougres, à Vodecée et un vase 
entier, pins petit, à Troisdorf près Cologne. 

M, Ch.-J. Comhaire persiste à croire qvie l'origine du 
culte planétaire doit être rechercliée dans les contrées du 
nord, chez les Germains. 

M. F. CuMOXT ne peut admettre cette manière de voir, 
tant qu'on ne lui a jjas fourni la preuve que,, avant le 
i*^'" siècle, les (lermains ont connu le culte de la semaine. 

Plus personne ne demandant la parole à ce sujet, pas 
plus qu'ait sujet du second mémoire de M. Krueger : 
Le monument dn dieu tricéphale de l'Hôtel- Dieu de 
Paris (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. i3i- 
137), on ])asse à la discussion du travail de M. I*\ Cumont. 

M. J.-P. Waltzing, président, prend la direction des 
débats. 

M. F. CuMONT expose brièvement sa thèse. Il décrit la 
« colonne au géant » (voir sa notice : Fragments de 
« colonnes au géant » découverts en Belgique, dans 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 542-55o), telle 
qu'elle se présente ordinairement. L'inventaire de Haug 
signalait 14 « pierres à quatre dieux » conservées dans le 
Luxembourg belge. On en connaît actuellement 16 ou 17. 

M. Cumont décrit les fragments de « colonnes au géant)) 
dont il est question dans son rapport. Sa communication 
a pour but d'attirer l'attention des archéologues sur des 



- 444 - 

fragments analogues et d'amener la découverte de nou- 
veaux éléments de comparaison, 

M. Ch.-J. Comhaire, se plaçant au point de vue de 
l'histoire liégeoise, croit qu'il faut voir dans ces colonnes 
l'origine du perron. 

M. J.-E. Demarteau fait remarquer, à l'appui de cette 
thèse, que, au Forum, près de la colonne de Phocas, on 
retrouve des bases de colonnes honorifiques et qu'il a tou- 
jours été frappé de leurs analogies avec le perron liégeois. 
Quand le symbole qui distingue ces monuments a disparu 
du faite, il reste le fût, finalement la base. 

M. P. Faider rappelle qu'une base à « quatre dieux» 
est conservée au Musée diocésain de Liège. Il serait 
intéressant de savoir où et comment cette pierre a été 
découverte. 

M. .J.-P. Walizing signale les monuments de ce genre 
qui i)roviennent d'Arlon. Il y en a une dizaine. Le musée 
de Metz en conserve une qu'on sait avoii- été trouvée à 
Arlon. 11 devait donc y avoir aux alentours mêmes de la 
ville, une grande quantité de ces colonnes. Toujours au 
musée d'xVrlon, se trouve un fragment important du groupe 
de l'anguipéde qui surmontait les colonnes Ce fragment 
provient de la ville même. Qui sait si les fragments de 
<>olonne, conservés au Musée, n'ont pas appartenu à l'un 
de ces monuments? M. Waltzing communique à l'as- 
semblée des i)hotographies et des cartes postales repré- 
sentant la «colonne au géant» conservée nu musée de 
May en ce. 

M. Cu.-.J. CoMFiAiRE se demande quelle était la signifi- 
cation du gr()ui)e de l'anguipéde ([ui surmontait ces 
colonnes. 



- 445 - 

M. F. CuMONT lui répond ({ue l'idée de représenter un 
combat d"uu homme contre un géant est de tous les temps. 
Il ne faut pas lui attribuer une signification trop particu- 
lière. On trouve à Metz des monuments ({lù, d'après une 
hypothèse très ingénieuse de Michaëlis, seraient très 
étroitement apparentés à l'art oriental de l'école de 
Pergame. 

M. F. DE ViLLENOisY appuie cette manière de voir. 
Dans les monuments en question, il distingue deux 
éléments de caractère différent : la colonne, qui est gau- 
loise ; le groupe de l'anguipède, qui, lui, serait copié dans 
les albums de modèles confectionnés sous l'influence de 
l'école de Pergame. On retrouve l'anguipède dans les 
sculptures du moyeu âge tout comme sur les monnaies 
constantiniennes. C'est un sujet banal. Il est donc naturel 
qu'il ait été utilisé pour célébrer les victoires, et surtout, 
dans la région du Rhin, où les combats étaient particu- 
lièrement fréquents. La plupart de ces monuments date- 
raient donc de la fin de l'Empire. 

Passant à un autre ordre d'idées, M. de Yillenoisy 
se demande si la fameuse <c pomme de pin » d'Aix-la- 
Chapelle, ne figurait pas au sommet; d'une colonne de ce 
genre. 

M. J.-P. Waltzing fait remarquer qu'elle pouvait, tout 
aussi bien, surmonter un monument funéraiie. 

M C. Dangibeaud déclare que si les autels à (piatre 
dieux, dits autels païens, sont des bases de colonnes, 
on pourra en signaler un peu partout : à Saintes, à 
Chaumont (où l'une des quatre divinités est un sphynx), 
et ailleurs, bien au Sud de la Belgique. Il en est de 
même pour les fûts de colonnes couverts de pampies. 
M. Espérandieu va en publier un très joli. 

MiM. J.-P. Waltzixg et F. de Yillenoisy constatent en 



-446 - 

effet ({ue les bases (qu'il importe de ne pas confoudre avec 
les autels) sont, déjà actuellement, extrêmement nom- 
breuses. Haug, dans son inventaire^ en a compté plus de 
deux cents. 

Plus personne ne demandant la parole a ce sujet, 
M. Waltzing, président, propose de clôturer la discussion, 

M. F. HuYBRiGTS invite MM. les congressistes à se 
rendre à Tongres, le lendemain 4 août après-midi. Il offre 
de leur faire les honneurs de la ville et des riches collec- 
tions qu'elle renferme. 

La séance est levée à lo h. 45. 



SÉANCE DU Mercredi 4 Août. 

La séance est ouverte à 8 h. 1/2, sous la présidence de 
M. J.-E. Uemarteau, président. 

Ont signé la liste de présence : 

M. abbé Blum, M'"^^ Bouvier, D. Hrouwers, MM. Ch.-J . 
Corahaire, [C Deireclieux, J.-E. Dcmarteau, J. Demar- 
teau, J. de Saint- Venant, F. de Villenoisy. J. Dumont, 
P. Faider, P. Foidart, F. Hénaux. W. Halein, F. Hu}'- 
brigts, Tj. .Jimuehomme, A. T.,e{'ointe, ('. Leclère, abbé 
Loes, F. Loiselet, M"'^' M. Maleve/, MM. Mercenier, 
A. Ogei-, .1. Poils, M"" P. Pvansf'hyn. MM. Reiners, V. 
Tourucui-, .F.- P. Waltzing. 

M. .].-V. Waltzing expose, en mémo temps, les deux 
X^remières questions inscrites à l'ordre du jour (M. Il s'agit. 



l'i II s'af;:it (les deux iiiéiuoires .suivants : 

Ahbe I,()i;s. Découvertes romuiiies faites ù Arlon en i;)<>- f^voii' 
Annules du Congrès de Liège, t. II, pp. 253-2()8) et 

J.-P. W'Ai:v/.lîHi. Inscription métrique des thermes ronniins Lronoés 
H Arlon (i!)<i7) (voir Ibi/l.. t. II. jip. -in-721). 



4-f> 



dit-il, non de touilles proprement dites, mais de travaux 
exécutés par un entrepi'eneur. MM. l'abbé I.oes et J.-B. 
Sibenaler ont suivi de près ces travaux ; le rapport de 
M. l'abbé Loes. présenté au Congrès, est tout-à-fait précis, 

M. Waltzing rappelle ensuite, d'une façon sommaire, 
(pielle était la topographie d'Arlon à l'époque romaine et 
au moyen âge. Trois enceintes ont été successivement 
élevées autour de la ville, à mesure ([ue celle-ci devenait 
jjIus importante. 

L'église paroissiale d'Arlon s'est trouvée hors des murs 
jusqu'en i558. A cette époque, elle a été démolie et rem- 
placée par une cha])elle bâtie dans l'ancien cimetière 
désaffecté en i853. 

Or. entre le cimetière et hi gare, on a mis au jour deux 
cimetières su[)erposés. Le premier date de l'époque de la 
guerre de trente ans ; le second remonte à l'époque 
romaine. Les tombes sont assez pauvres, mais on y a 
retrouvé un grand nombre de monnaies du iir' siècle. 

A (|uelle épo([ue remonte ce cimetière ? Est-il païen ou 
chrétien ? Les découvertes n'ont pas permis de trancher 
la question d'une façon définitive. M. l'abbé Loes croit, 
pour plusieurs raisons énoncées dans son rapport, qiie 
l'on se trouve en présence d'un cimetière chrétien. 

IjCS substructions découvertes sont aussi très inté- 
ressantes et soulèvent une foule de questions. Ce sont 
évidemment les restes d'une villa. 

Les fragments de l'inscription que M. Walt/ing présente 
aux congressistes ont été trouvés en divers endroits des 
fouilles. On n'en a que quatre. L'inscription était métrique, 
ce qui lui donne un intérêt particulier. 

La lestitution partielle ([ui nous est proposée est de 
AL Buecheler. Elle ne peut donner (pi'une idée approxi- 
mative de ce (i[u'était l'inscription. On possédait, dans 
VAntholo^'ie, beaucouj) de petites pièces où l'on ])arle de 
bains. L'inscription des thermes d'Arlon montre quelle 
pouvait être la destination de ces vers. 



- 448 - 

Le bassin de ces tliermes est rempli de débris de monu- 
ments funéraires ; on y a retrouvé, eutre autres, un bas- 
relief représentant un magister dans l'exercice de ses 
fonctions. 

La villa doit dater du commencement du iii*^ siècle ; 
elle aura été détruite lors d'une invasion ; puis est venu, 
non loin de là, le cimetière (cbrétien) ; puis enfin l'église, 
qui s'est maintenue jusqu'en i553. 

M. V. Tourneur demande si les tliermes découverts à 
Arlon n'étaient pas des tliermes publics. 

M. J.-P. Waltzing lui répond que ces tliermes étaient 
annexés à un édifice de dimensions restreintes, qui était 
certainement une villa. Le fait que l'on a retrouvé dans 
ces tliermes une inscription, ne prouve pas qu'ils aient été 
publics. L'usage de ces inscriptions était tout à fait 
généralisé. 

M. l'abbé Loes appuie cette manière de voir. La villa 
était certainement petite, bien qu'on n'ait pas encore pu la 
fouiller sur toute sim étendue. Elle était isolée, en dehors 
de la ville. 

M. l'abbé Loes parle ensuite de la boucle trouvée dans 
le cimetière romain et dont il est question dans son 
rapjiort. M. l'abbé Loes est à présent d'accord avec 
M. Tourneur, qui a nettoyé l'objet, pour lui reconnaître 
l'aspect suivant : i) au centre de chaque moitié de la 
boucle, se trouve une tète chauve, coupée à la hauteur du 
nez. C'est tout ce qu'on peut en dire ; 2) de chaque côté, 
deux dauphins appuient leurs gueules sur le crâne de la 
tête en question. Ce sont bien des dauphins, ils sont 
reconnaissables : aj à la grosseur du corps près de la 
tête ; b) à leur nageoire dorsale caractéristique ; cj à la 
petitesse de leur taille par rapport à la grosseui- du corps. 
Sur le dos de ces daui)hins, l'artiste a représenté des 



-449- 

écailles et leur extrémité caudale est striée. Il est certain 
qu'il n'y a pas d'inscription. 

Le dauphin a été un motif d'ornementation très usité 
dans l'antiquité grecque et latine. Rien d'étonnant qu'il se 
rencontre sur une boucle belgo-roniaine. 

En tout cas, il n'3^ a pas possibilité de tirer argument 
de la boucle en question soit en faveur du cliristianisnie 
au cimetière d'Arlon, soit contre cette hypothèse. 

Telle qu'elle est, la boucle a pu être portée soit par un 
païen, soit par un chrétien ; mais, en elle-même, elle 
ne porte aucun indice permettant d'y voir des allusions 
aux cro3'ances chrétiennes. 

L'emblème chrétien que M. l'abbé Loes avait soupçonné 
dans ces figures, trop cachées sous une couche, assez 
épaisse et très adhérente, de vert- de-gris, n'existe donc 
pas. Cela n'infirme nullement, dit-il, sa thèse sur l'oi'igine 
du cimetière, que d'ailleuis personne n'a contestée. Il est 
bien chrétien, puisque les chrétiens ont toujours continué 
d'y enterier leurs morts. 

M. F. HÉNAUx fait observer que l'on rencontre souvent, 
dans un même cimetière, tous les âges superposés : 
moderne, franc — chrétien, franc — païen, romain. Des 
églises, plusieui's fois reconstruites, se trouvent au centre 
de ces cimetières. M, Hénaux se demande s'il n'y avait 
pas là, à l'origine, une divinité païenne ? 

M, F. HuYBRiGTS s'étonne que l'on ait retrouvé un 
cimetière romain sous une villa. 

M. l'abbé Loes lui' fait remarquer que le cimetière en 
question touche à la villa, mais qu'aucune tombe n'a été 
coupée par les murs. D'autre part, ce cimetière est trop 
giand pour avoir été le cimetière de la villa. 

M. J.-P. Waltzing, toujours à pi-opos des récentes 
fouilles d'Arlon, signale la découverte, à cet endroit, d'un 



— ^00 — 

groupe représentant un cavalier terrassant un monstre. 
C'est sans doute la partie supérieure d'une de cescc colonnes 
au géant » dont le Musée d'Arlon possède de nombreux 
fragments ; on ne peut pas espérer en retrouver d'entières 
dans cette ville, où tous les monuments païens ont été 
dispersés ; mais on peut en voir aux Musées de Metz et de 
Mayence, 

M. V. Tourneur, ayant été retenu mardi à Bruxelles 
pour affaires de service, regrette de n'avoir pu assister à 
la discussion du rapport de M. F. Cumont sur les Frag- 
ments de colonnes au géant découverts en Belgique. 

11 estime (jue les bases aux quatre dieux ont peut-être 
pu, dans certains cas, supporter la colonne au cavalier 
terrassant l'anguipède, mais qu'il serait imprudent de 
généraliser. En effet, jusqu'à présent, malgré les recherches 
auxquelles on s'est livré et les hypothèses qui se sont fait 
jour, nous ignorons toujours ce ([ue représente exactement 
ce cavalier romain terrassant le monstre, presque toujours 
anguipède. Ce cavalier ne peut vraisemblablement repré- 
senter Jupiter ; il ressemble trop aux soldats romains 
figurés sur les monuments funéraires di^ la région du 
Rhin ; or, certaines de ces bases offrent la dédicace 
1. (). M., ce qui semble exclui-e. en ce (jui les concerne, 
l'hypothèse de M. Cumont. 

M. .J.-P. Waltzing répond aux objections de M, Tour- 
neur. Les noms très divers donnés à ces monuments 
prouvent, en effet, que l'on n'en a pas une idée bien 
exacte; on les a appelés successivement : autels ou pierres 
à quatre divinités; colonnes de Jupiter (à cause de Tins- 
cription dont i)arle M. Toni-neur) ; enfin, colonnes au 
géant ou à l'anguipède. 

Ce qui semble très ])rol):ible, c'est (pie tous les prétendus 
autels a (|uatre divinités, ([ui ont entre eux des analogies 
constatées, ont constitué les bases de ces monuments. liC 



- 4>i - 

groupe supérieur représenterait Jupiter à cheval, aidé 
par les autres dieux daus sa lutte contre les géants, motif 
très réi)andu. Le géant est indlcjné de manières très diffé- 
rentes. C^es groupes ayant beau(;oup d'analogie avec les 
monuments funéraires des soldats romains, on a pu (;roire 
qu'ils symbolisaient la victoire des Romains sur les 
Barbares. 

Cette interprétation est-elle la vraie ? On se trouve en 
présence d'un type de monument répandu dans toute la 
Gaule : on en signalait hier des spécimens à Saintes et 
ailleurs encore. 

M. J. DE Saint- Venant en signale à Moutbrison, à Saint- 
Brieux, où l'anguipède est lui-même armé et équipé. 

^I. J.-E. Demakteau rappelle que ces colonnes passent, 
en Allemagne, pour des monuments de victoires. Le vic- 
torieux peut être tantôt un dieu, tantôt un homme ; le 
vaincu un monstre, un géant. Cependant, voici que l'on 
connaît presque trop de ces bases à quatre dieux; un clas- 
sement secondaire s'impose, si l'on veut éviter de s'égarer. 

M. Cn.-J. Co^riiAiRE propose, pour ce classement, le 
critère suivant : une surface supérieure unie, mais dépri- 
mée dans son milieu, caractériserait un autel ; unie sans 
dépression, elle indiquerait la base d'une statue assez 
légère ; les traces de tenons permettraient de supposer 
un monument plus élevé. 

M. l'abbé Loes fait certaines réserves au sujet de ce 
critère qui ne lui semble pas suffisamment sûr. 

De l'assentiment de l'assemblée, M. J.-E. Demarteau, 
président, clôture la discussion de ce sujet et passe au 
troisième point de l'ordre du jour. 

La parole est donnée à M. F. Hénaux qui, à l'aide 



- 452 - 

d'au plan &cliéiuatique fort clair, démontre que, dans les 
tombes de Vervoz, la disposition ingénieuse de la fosse a 
permis de letrouver intact le contenu du coffre funéraire. 
M. F Hénaux décrit ce contenu, ainsi qu'il l'a déjà fait 
dans son rapport publié sous le titre : Un rite funéraire 
constant et bien déterminé parait être propre aux grandes 
sépultures belgo-romaines trouvées dans le Condroz (voir 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 765-770). 

L'examen du mobilier funéraire et de sa disposition 
l'amènent à conclure à l'existence d'un rite funéraire 
i-égulièrement observé, par les populations belgo-romaines 
du Condroz en particulier. 

M. Hénaux attire l'attention des congressistes sur les 
observations de ce. genre qu'ils pourraient faire au cours 
des fouilles. 

M. F. Hénaux ajoute quelques mots concernant la 
méthode des fouilles. Il insiste sur la nécessité, pour 
le fouilleui', d'assister à tous les travaux. Il dit aussi 
l'intérêt que présentent les cimetières pauvres, dans 
lesquels on retrouve un grand nombre de poteries. A 
Bihain, une tombe est formée de six plaques d'ardoises 
— les Romains connaissaient donc l'ardoise—; aux musées 
de Namur et de Charleroi, on verra que des tuiles ont 
parfois été employées au même usage. Quant à la sépa- 
ration des cimetières riches et des cimetières pauvres, 
elle est tout à fait naturelle et a existé de tout temps. 

A propos des tombes de Bihain, M. Demarteau rajjpelle 
qu'on a trouvé, dans cette localité, des sépultui'es de 
carriers exploitant les ardoises et les pierres meulières. 

M. F. HuYBRiGTS i)ose à M. Hénaux quelques questions 
relatives aux fouilles que celui-ci a entreprises. Pour lui, 
les mobiliers trouvés dans les tombes de Vervoz sont 
d'iuqjortation septentrionale, et datent du règne de Marc- 
Aurèle. 



— 453 — 

M. F. Hknaux lie partage pas cette manière de voir. 
Le monuinent en calcaire de Longwy, retiouvé à Vervoz, 
semble indiquer que, dans le Condroz. la civilisati(m était 
venue du Sud. 

La discussion est close sur ce sujet. La parole est 
donnée à M. de Saint-Venant. 

M. J. DE Saint- Venant travaille en ce moment à une 
étude d'ensemble sur les chaussures métalliques des 
chevaux antérieures aux fers à clous. 

Le sujet n'est pas local, dit-il ; on n'a pas. jusqu'à 
présent, trouvé en Belgique les chaussures en question. 

M. de Saint- Venant dit ensuite ce qu'on entend par 
hipposandalcs. Ce sont des plaques métalliques qui 
portent des accessoires saillants et que l'on remarque 
dans plusieurs musées et collections. L'abbé Cochet, le 
premier, leur a donné ce nom d'hipposandales : depuis 
lors, les hypothèses les plus diverses ont été émises à leur 
sujet ; il est, aujourd'hui, à peu près certain que c'étaient 
des chaussures pour « ongulés >>. Les quelques témoi- 
gnages que fournissent les textes anciens, ainsi que les 
expériences qui ont été faites, [>ermettent de les identifier. 

M. do Saint-Venant communique à l'assemblée quelques 
s])écimens de ces instruments. 

Il a dressé l'inventaire des très nombreuses hippo- 
sandales trouvées et consei'vées en Fiance. Il a entrepris 
de les classer et communiqueaux congressistes les résultats 
auxquels il est arrivé jusqu'à ce jour. 

La classification qu'il a imaginée est basée sur la forme 
de la talonnière. Il établit quatre grandes catégories : 
1° talonnière à crochet ; 2" talonnière à rivet ; 3" talon- 
nière ajourée (pour boeufs seulement) ; 4° pî^*' de talonnière 
(type qui se rapproche des fers actuels}. Chacune de ces 
catégories comprend elle-même un certain nombre de 
subdivisions, basées sur la forme des accessoires dont le 
fer est pourvu. 



- 454 - 

M. de Saiut- Venant, pour ai>pnyer ses vues, exhibe un 
très grand nombre de dessins et de pliotographies reprér 
sentant des hipposandales de diverses espèces. Il les 
commente d'une façon très détaillée. Il communique 
également une carte de France indiquant d'une façon 
précise à quels endroits de la Gaule on a trouvé ces 
chaussures. 

Pour ce qui est de l'époque à assigner à ces objets, il 
fait observer qu'ils ont été trouvés dans des milieux 
romains classiques. On ne connaîf, dit-il, qu'un seul 
exemplaire celtique ; encore a-t-il pu servir à des hommes. 

Enfin, M. de Saint- Venant, qui est venu dans nos 
contrées pour compléter ses recherches, fait appel aux 
congressistes. S'il a retenu leur attention sur un sujet qui 
n'est guère local, c'est dans l'espoir qu'on lui signalera de 
nouveaux si)écimens d'hipposandales. 

M. J.-E. Demarteau, président, au nom de l'assemblée, 
remercie M. de Saint- Venant de sa très intéressante 
communication, et le félicite du résultat auquel il est 
arrivé. 

M. F. HuvHiiiGTs promet à M. de Saint- Venant de lui 
signaler les spécimens d'hipposandales qu'il pourrait 
reneonti'er. 

Il invite de nouveau les membres de la section belgo- 
romaine à se rendie à Tongres, l'après-midi (ij. 

La séance est levée à ii h. 



(1) Plus (le 20 personnes ont pris part à cette excursion dirigée 
par M. Iliivhrigts. On a visité successivement les collections de 
M. F. Iluyhrigts et de M. J . Christiaens, le Musée, l'hypocauste et les 
murs romains. Les congressistes ont été reçus fort aimablement 
])ar M. le bourgmestre Meyers et par l'Administration communale. 



45- 



SÉANCE DU Jeudi 5 Août. 

La séance est ouverte à 8 h. 3o, sous la présidence de 
M. J.-E. De marteau, président. 

Ont signé la liste de présence : M. l'abbé Blum, M'"*^ J. 
Bouvier, L. Bouvier, MM. l'abbé G. Célis, l'abbé Creusen, 
l'abbé P. Daniels, C. Defrecheux, le comte R. de Geloes, 
J.-E. Demarteau,E. de Muuck, N. de Pauw, A. de Saint- 
Léger, A.Doutriaux, P. Faider, F. Hénaux, F.Huybrigts, 
L. Leenaers, F. Loiselet, Mercenier, l'abbé J. Paquay, 
O.Pecquear, J. Poils, M"*^P. Ranscbyn, MM. V. Tourneur, 
J. Ulrix, J.-P. Waltzing, B. Wibin, C. Wilmart C). 

M. J.-E. Demarteau, président, regrette l'absence de 
M. le D'' Cramer. Il expose en quelques mots les conclu- 
sions de son travaW relatif à l'origine celtique des Tré- 
vires et intitulé : Les habitants des Ardennes à l'époque 
romaine (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 
775-7931. 

M. l'abbé Blum fait observer qu'on a toujours admis les 
Celtes et même les Ligures comme des aborigènes du 
Luxembourg. Il y a trente ans, déjà, on a été amené, 
par l'examen des noms de lieux, à formuler les mêmes 
conclusions que celles de M. Cramer. 



1) \L Léon HALKiNaété forcé, par un deuil de^famille, de renoncer 
à assister aux séances du Congrès et d'y donner connaissance d'un 
rapjjort sur la confection d'une statistique archéologique de la 
Belgique ancienne. Il avait élaboré, dans ce travail, un plan d'orga- 
nisation permettant la réalisation de cette statistique sous les 
auspices de la Fédération, et avec le concours des sociétés locales 
d liistoire et d'archéologie ; il y examinait aussi les meilleurs modes 
de rédaction et de publication à emplover à cette fin et aurait été 
heureux d'obtenir, sur toutes ces questions, l'avis des congressistes. 



— 4*56 - 

M. J.-E. Demarteau rappelle que les opinions les pins 
diverses ont été émises sur l'origine de nos populations. 

M. Demarteau cède la présidence à M. J.-P. Waltzing. 

M. V. Tourneur estime que les conclusions du travail 
de M. le D"" Cramer sont trop absolues. L'auteur procède 
par voie d'exclusion : de ce qu'un nom n'est ni latin ni 
germanique, il le déclare celtique. 

Or. parmi les noms trévires réunis par M. Cramer, et 
parmi tous ceux qu'on pourrait y ajouter en puisant dans 
VOrolaiiiium viens de M. Walt/ing- — qui n'a pas été utilisé 
par l'auteur, on ne sait pour quelles raisons, — il se trouve 
un grand nombre de mots que l'on se voit dans l'impos- 
sibilité d'expliquer par les langues celtiques modernes. 
Il est inadmissible que ces langues modernes aient chaque 
fois perdu le mot correspondant ; le ca§ se présente beau- 
coup trop souvent. 

M. Tourneur ne croit pas que la plupart de ces noms 
soient celtiques ; il pense qu'ils appartiennent à la langue 
parlée par les populations indigènes lors de l'arrivée des 
Celtes en Belgique. 

Cette hypothèse est confirmée par un fait très précis : 
les noms des chefs cités par César — Cingétorix, Indutio- 
marus, par exemple — sont absolument tiansparents ; 
dès qu'on rencontre des noms de gens du peuple, on est 
presque chaque fois arrêté. M. Tourneur attribue ce fait 
à ce que les Celtes constituaient une minorité guerrière 
qui avait conquis un pays occupé par des populations qui 
parlaient une langue toute différente, sur laquelle nous 
n'avons aucune donnée et qui restera toujouis pour nous 
une énigme. 

Peut-être ces populations étaient-elles les descendants 
des Néolithiques. 

M. J.-P. Waltzing fait observer à M. Tourneui- (jue les 



- 4^7 - 

noms venus des peni)les anciens sont généralement des 
noms géogiaphiques. Il s'agit ici de noms de personnes. 

M. Waltzing reconnaît avec M. Tourneur (jue Al. le 
D'' Cramer n'a pas utili.-é tous les noms connus. Ses con- 
clusions n'en lestent i)as moins fort intéressantes. 

Plus personne ne demandant la parole à ce sujet, 
M. J.-E. Demarteau repi-end la présidence et prie 
M. Waltzing- d'exposer le sujet de sa communication 
annoncée : Les Pompiers de Trêves à l'époque roinuine 
(voir Annales du Con(>-rèsde Liège, t. II. pp. ro8-ii2.) 

M. J. -P. Waltzing montre le double intérêt de l'inscrip- 
tion qu'il présente aux congressistes. U'aboid, elle fait 
mention, une fois de plus, du dieu Intarabos; ce devait être 
un dieu celtique, assimilé à Mai's, honoi'é particulièrement 
sur le territoire des Trévires. L'incription parle, ensuite, 
d'un collège d'artisans, probablement celui des charpen- 
tiers, qui avaient dans leurs attributions le service des 
incendies. 11 existait à Rome et dans tour l'emiiire des 
collèges de ce genre. Dans i5o villes, on retrouve des 
traces du collegiiun fabruin. 

M. Waltzing décrit ensuite la pierre giavée. Il propose 
une restitution et une lectuie du texte. Il pri)uve qu'il 
s'agit bien dans cette inscription du corps de pompiers de 
la ville de Trêves '^i. 

La communication de M. Waltzing, ne soulève aucune 
objection. M. Waltzing reprend la direction des débats. 

M. L. Renahd-Gkenson demande, pour les raisons 
exprimées déjà dans son rapport, intitulé ; An point de 
vue épigraj)I}iqne. des fouilles régulières et méthodiques 



(M Cf. le rapport publié par M. Waltzing. Ou y trouvera le 
texte de l'iiipcription ainsi que le conimeutaii'e dont M. Waltzing 
l'a fait suivre. 



- 458 — 

s'imposent à Tongres (voir Annales du Congrès de Liège, 
t. II, })p. 752-761), que des fouilles suivies soient entre- 
prises à ïongres, par la Société scientifique et littéraire 
du Limbourg. A tous les points de vue, et surtout an 
point de vue épigrapbiqne, ces fouilles sont nécessaires ; 
il prie la section d'émettre un vœu dans ce sens. 

M. .r.-P. Waltzing. président, se rallie entièrement 
à l'avis de M. L. Renard-Grenson. Il désirerait voir, à 
Tongres comme à A.rlon, mettre au jour des inscriptions 
latines. Peut-on espérer en trouver dans les remparts de 
Tongres, comme dans ceux d'Arlon ? Il y a lieu, dans tous 
les cas, de tenter un essai. Il faudrait pratiquer des fouilles 
régulières et persévérantes, au moins dans une partie des 
anciens remi)arts. Le Gouvernement fournirait les fonds 
etla direction de l'entreprise serait confiée à M. Huybrigts. 

M. J.-E. Demarteau se rallie à l'avis de MM. L. Renard- 
Grenson et J.-P. Waltziug, mais à condition que les rem- 
parts de Tongres puissent être conservés. 

M. F. Huybrigts estime que le vœu proposé par M. L. 
R(!nard-Grens()n est inopportun. Des fouilles méthodiques 
ont été enti-eprises depuis longtemps. La compétence de 
la Soi'iété scientifi(pie et littéraire du Limbourg est 
incontestable Quand on i-etrouve une inscription dont la 
lecture présente qnelcpie difficulté, on a recours à l'expé- 
rience des étrangers ; le fait s'est déjà produit. 

Quant aux trouvailles espérées i)ar MM. Renard et 
Waltziug, les travaux déjà entrepris à Tongres ont 
prouvé qu'elles seraient peu nombreuses et certainement 
peu importantes. M. Huybrigts rend compte des fouilles 
exécutées sur l'emplacement des anciens remparts de 
Tongres, et de leurs résultats. Ces fouilles seront néan- 
moins continuées, dit-il. Quant aux subsides du (xouver- 
ncment, la Société les demandera elle-même s'il v a lien. 



— 4=»9 — 

Elle est assez puissante d'ailleufs, pour pouvoir s'en 
passer. 

M. V. Tourneur, malgré les déclarations de M. Huy- 
brigts, appuie fortement les conclusions du rapport de 
M. L. Renard-drenson. Il serait absolument nécessaire de 
s'assurer si les murs de Tongres ne renferment pas, dans 
leurs substructions, des débris de monuments romains. 

Il est dès à présent certain que Tongres a possédé des 
monuments funéraires identiques à ceux d'Arlon. M. Huy- 
brigts a découvert, l'an deruier, un fragment considé- 
rable d'une grande stèle funéraire qui représentait tiois 
personnages debout, drapés dans leur toge. Cette pierre 
est aujourd'hui au Musée de Tongres, dont elle consti- 
tue la pièce capitale. 

Des fragments de ces monuments pourraient parfaite- 
ment se retrouver dans les fondations des murs de 
Tongres, puisque l'on a constaté ce fait dans la plupart 
des enceintes romaines de la Gaule. 

M. J.-P. Waltzing , président, fait observer que 
M. Huybrigts s'est engagé à organiser méthodiquement les 
fouilles et néglige seulement le concours financier de 
l'Etat. La section i)Ourrait tenir compte de ces déclara- 
tions et émettre un vœu dans ce sens. 

M. l'abbé J. Pai^uav fait remarquer qu'une entreprise 
pareille entraîne des dépenses considérables, suitoui s'il 
faut démolir certains pans de murs, comme on peut le faire, 
par exemple, à la partie qui traverse le cimetière com- 
munal. C'est pourquoi M. Paquay opine qu'il n'y a pas 
lieu de refuser le concours financier du Gouvernement, à 
conditi(m que tous les objets trouvés restent à Tongres et 
que la direction des fouilles soit confiée à la Société 
scientifique et littéraire du Limbourg. 

Après quelques considérations de MM. L. Rkxard- 



— 46o — 

Grenson, J.-E. Demarteau, F. Huybrigts, P\ Hénaux, 
J.-P. Waltzing, relatives à la rédaction du texte, le vœu 
suivant est émis par la section : 

« Au point de vue épigrai)lnque, des fouilles métho- 
diques, entreprises par la Société scient ilifiue et littéraire 
du Limbourg-, s'imposent à Tougres. En raison même de 
l'importance de ces iouilles, il est désirable que les 
pouvoirs publics accordent à la susdite société des subsides 
extraordinaires, n 

M. J.-E. Demarteau reprend la présidence. 

La section a été priée par M. E. de Munck d'exa- 
miner l'avant-projet de loi de M. Béhault de Dornon, 
sur la conservation des monuments et des objets offrant 
un intérêt liistorique, artistique ou arcliéologi(|ue. 

M. J.-E. Demartkau, président, donne lecture du 
chapitre TII, art. 19, de cet avant-projet relatif aux 
fouilles ('). 

M. F. Huybrigts fait immédiatement remarquer que 
le vote d'une telle loi supprimerait toute initiative privée. 

M. J.-P. WALTziiN<i proteste contre le transport à 
Bruxelles de tous les monuments ti-ouvés sur notre sol. 
Le fait s'est produit récemment à propos des trouvailles 
faites dans le lAixemboui g. Les monuments doivent rester 
où ils ont été trouvés ; les archéologues de la région sont 
souvent les plus capables de les étudier et d'en apprécier 
la valeur. La tendance du projet est évidemment de 
dépouillei- les nuisées de nos provinces au profit de ceux du 
Gouvernemeiit. 

M. .J.-E. Demarteau unit ses protestations à celles de 



(1) Voir le texte de rel artiule dans Aiuuilcs du Congrès de Liège, 
t II. p. ,"5412. 



— 4^1 — 

M. Waltzin<;. On nous demande, dit il, de i":iire la guerre 
à nos propres concitoyens. 

M. .1. Poils lit une carte de j^rotestation que lui a 
envoyée M. G. Cuniont, de Bruxelles. 

M. L. Renaru-Grenson communique à l'assemblée une 
lettre ollicielle de M. G. Cumont, conçue dans le même 
sens et adressée au Comité général du Congrès. 

M. E. DE MuNCK fournit, au sujet du travail de M. de 
Béliault de Dornon, les explications suivantes : Le rap- 
port présenté par M. de Béhault de Dornon est un exposé 
historique de l'étude, en Belgique, de la question. La 
Commission qui a été instituée, conformément aux réso- 
lutions du Congrès de 1904, expose au Congrès de Liège 
que, le 10 février 1909, elle a estimé devoii- remettre aux 
délégués des sociétés scientifiques de Belgique le soin 
d'arrêter les dispositions nécessaires pour garantir la 
conservation des objets, etc., offrant un intérêt scienti- 
fique. 

Des i^remières délibérations de la Commission qui a été 
instituée en vertu de ce vote, il résulte que le projet de loi 
préparé devra être remanié dans son chapitre III, relatif 
aux fouilles. La Commission, dans ces conditions, n'a pas 
pu présenter aux délibérations du Congrès de Liège un 
texte définitif. 

Les deux (commissions se réuniront pour ariêter un 
projet commun. 

Elles ex])riraent le vif désir que les savants qui s'inté- 
ressent à ces questions leur adressent, au plus tôt, les 
observations que le texte provisoire a pu leur suggérer. 

La Commission fait connaître à la Fédération sa déci- 
sion de convoquer une réunion de toutes les sociétés fédé- 
rées pour fixer le texte définitif (^ui sera adressé, ])ar voie 
de pétition, aux C/liambres législatives. 



— 462 — 

M. l'abbé P. Daniels fait connaître la teneur de la 
protestation votée par la section d'archéologie du moyen 
âge. 

M. J.-E. Demarteau estime que l'on ne doit pas faire 
mention du mot loi et que l'on doit voter sur le texte, sans 
aucun amendement compromettant. 

MM. J.-P. Waltzimg, J. Poils et E. de Munck ajoutent 
encore quelques observations, après lesquelles l'ordre du 
jour suivant est voté à l'unanimité : 

« Ija Section d'archéologie belgo-romaiue et francjue pi'O- 
» teste contre l'esprit dans lequel est conçu l'avaut-projet 
» de loi exposé par M. de Behault de Dornon ; rejette 
» formellement les articles 19 et 20 du dit avant-projet, et 
» émet le vœu que le pouvoir législatif ne prenne aucune 
» mesure avant d'avoir entendu les sociétés fédérées. » 

La parole est ensuite donnée à M. F. Huybrigts. 

M. HuYBRiGTS donne lecture d'un travail sur les Anti- 
quités fraïKjiies de Ton^-res et des cni)irons i^ l Après 
avoir détei'miné les caractères distinctifs des dépôts 
funéraires francs, il passe en revue les trouvailles les 
])lus importantes faites sur le territoire de Tongres, de 
Koninxheim et des environs. Il décrit les principaux 
objets découverts, et insiste sur l'intérêt que j)i-ésentent 
ces trouvailles pour l'histoire de l'art et de l'industrie dans 
nos contrées aux premiers siècles de l'ère chrétienne. 

M. Huybrigts soumet à l'assemblée quelques fort beaux 
l)ij()ux francs, ainsi que des monnaies. 

M. J.-E. Dkmarteai félicite M. Huybrigts et le remer- 
(îie de son intéressante communication. 



(') Ce travail a été condensé et publié, après le Confi;rès, sous le 
titre (le : Slittistir/ite des untiquités franqiies de Tonifros et des envi- 
rons, dans Aniitih'S du Congrès de Liège, t. Il, pp. 9(31-970. 



- 463 - 

Après uue courte observation de M. J. Poilh, relative 
au travail de M. Huybrigts, M. Demarteau, président, 
adresse quelques mots aux congressistes pour les remer- 
cier de leur concours. 

AI. J. Poils, au nom des assistants, remercie le Comité 
de la Section. 

Après quoi, plus personne ne denumdant plus la parole, 
M. J.-E. Dkmarteau, président, déclare la session close 
et lève la séance. 



- 464 - 

TROISIÈME SECTION 



Archéologie. 

SeLTétaire-rapporteur : M. ral)l)é .T. Coexen. 



B. — Archéolot>ie du moyen âge et des temps modernes. 
SÉANCE DU Lundi 21 Août. 

Ont signé la liste de présence: 

MM. F. Alvin. S. Balau. P. Bergiuans, A. Besnard, 
A. Blomme, M. Blum, L. Bouvier, M"*^ L. Bouvier, 
MM. J. Brassinne, C Bals, A. Caprasse, J. Casier, l'abbé J. 
Coeneii, Cli.-J. Corahnire, E. Convreux, le marquis do 
FavoUe, le vicomte A. de Ghellinck - Vaernewijck, J. De- 
marteau, M. de Noyette, N. de Pauw, M'"« de Pauw, M"*^ de 
Pauw, L. Dessain, J. Destrée, F. Donnet, A. Doutriaux, 
F. Dubois, J. Dumont, J. Falloise, R. Goffin, J. Grenson, 
H. Hymans, l'abbé Jansseu, G. Jorissenne, l'abbé A. 
Kairis, M. Laurent, E. Letevre-Pontalis, l'abbé J. Moret, 

F. Pholieu, E. Polain, H. Préherbu, M""^ Prélierbu, 
M"^ P. Ranschijn, MM. G. Rasquin, H. Rousseau, 
C. Rutten, J. Schaaps, le chr>valier L. Schaetzen, l'abbé 
J. Schyrgens, E.-J. Soil de Moriaraé, E. Stui-ne, R. Talion, 
L.Tamine, F.Tordeur, J.Tordeur, M.Tordeur, lechanoine 

G. Van den Gliejni, R. Van den Mensbrugglie, A. \\'ins. 

Après avoir souhaité la bienvenue aux membres présents 
à la séant'O, M. J. Demarteau cède la présidence à 
M. A. Blomme. Siègent également au bureau : M^L le 
chanoine G. Vim den Gheyn, H. Hjnnans, G. .Jorissenne, 
M. Laui-ent, G. Rasquin, secrétaire, et l'abbé .f. Coenen, 
secrétaii'c-rnj)porteur. 



— 46r; — 

La parole est donnée à M. le chanoine G. Vanden Gheyn, 
qui résume son rapport intitulé: Quelles sont les mesures 
à prendre pour la conservation des fresques anciennes 
découvertes dans nos églises. Convient-il, oui ou non, de 
les restaurer? (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, 
pp. 228-233). Il propose d'adopter les règles suivantes : i^ ne 
jamais restaurer une fresque ancienne: ce serait falsifier 
un document; 2" la découverte d'une peinture lors de la 
restauration d'une église ne doit pas empêcher cette 
restauration de se faire dans les conditions voulues; 
3" si la conservation de la fresque délabrée compromet la 
restauration de l'édifice, il faut la faire enlever et la 
déposer dans nn musée régional, après l'avoir fait photo- 
graphier et calquer. M. le chanoine Yan den Gheyn désire 
également qu'on étudie les moyens de fixer définitivement 
les peintures anciennes remises au jour. 

M. l'abbé Balau. — Je ne puis pas me rallier à la 
première conclusion de M le chanoine Van den Gheyn, 
bien que je sois d'accord avec lui sur l'ensemble de ses 
observations. 

Si la fresque découverte n'est pas trop grande, si celle-ci 
a une valeur suffisante pour compenser les frais de 
l'opération, si l'enduit est assez solide pour la supporter, 
on fera calquer la fresque et on la déposera avec sa 
photographie et son calque dans un musée. 

Dans un des cas contraires, c'est à dire si la fresque n'a 
pas une valeur suffisante, si l'enduit est moins solide, si 
la fresque recouvre une grande partie du monument, après 
en avoir pris calque et photographie, on pourra confier à 
un artiste expérimenté le soin i» de fixer la fresque; 
2° d'en restaurer très discrètement les parties endom- 
magées, de manière à rendre possible sa conservation. 
C'est ce qui va être fait à l'église de Bois-Borsu (Condroz) 
avec l'approbation de la Commission royale des monu- 
ments. 



— 466 — 

Il est désirable, dans l'intérêt de la conservation des 
fresques, que les visites d'autorités pour l'inspection des 
fragments découverts se fassent d'urgence, de manière à 
ne pas retarder outre mesure les travaux entrepris. 

M. J. Destrée. — Je ferai remarquer à M. l'abbé Balau, 
qu'il ne convient pas d'insister trop sur la question du 
retard. 

Pourquoi l'entrepreneur ne saurait-il pas attendre 
quelque temps alors que le conseil de fabrique a été en 
instance pendant des années pour obtenir les autori- 
sations? Donc pas de précipitation. A Hal, si l'entre- 
preneur n'avait pas été si vite en besogne, l'enlèvement 
des peintures murales se fût mieux effectué. 

Il faudrait obtenir une intervention plus prompte ^e la 
part de la Commission royale des monuments et ne pas 
laisser, comme cela s'est fait à Hal, l'affaire à la bonne 
volonté du conseil de fabrique. Sans l'intervention de 
M. le chanoine Thierry, qui a eu recours à M. De Geyter, 
les peintures étaient perdues. 

Je ne crois pas qu'il soit judicieux de confier les fresques 
enlevées ou les documents y relatifs à un musée local ou 
régional. Une centralisation relative s'impose par exemple 
au musée de chef-lieu de province, s'il est organisé. 

M. Lefèvre-Pontalis émet le vœu que toute fresque 
découverte soit immédiatement copiée à l'aquarelle par un 
habile dessinateur, suivant le système adopté par la 
Commission des monuments en France. 

]1 montre les dangers des restaurations et du ravivage 
des couleurs, et estime qu'un procédé de fixation ou de 
préservation par une glace est seul recommandablc. 

Il déploi-e aussi l'abus des peintures modernes dans les 
édifices religieux du moyen âge, comme à Cologne, dont 
les églises romanes ont perdu à l'intérieur toute valeur 
archéologique. 



- 4^7 - 

j\I. le marquis de Fayolle fait les remarques suivantes : 
i"" Il ne faut pas confondre les fresques avec les peintures 
murales ; 2° il ne faut à aucun prix confier les fresques 
anciennes à des restaurateurs : l'exemple des peintures 
récemment découvertes dans le château des Papes à 
Avignon montre combien après la restauration, elles offrent 
un aspect différent de l'aspect primitif ; 3° si l'église dans 
laquelle on trouve des peintures murales n'est pas décorée, 
on n'a qu'à les laisser en place ; si on veut décorer l'église 
de nouvelles peintures, il convient de i-ecouvrir les 
anciennes d'un rideau de soie, plutôt que de faire dispa- 
raître celles-ci. 

M. M. Laurent proteste contre les restaurations 
modernes. Il faut emplo^-er tous les moyens pour conserver, 
mais jamais transformer. Le néant vaut mieux que 
l'erreur. 

M. André Doutriaux. — Entre la conservation intacte 
et la restauration, il y a un système intermédiaire. Peut- 
on laisser épars sur les murs d'une église des fragments 
de fresques comprenant une tête d'un côté, un pied de 
l'autre, un morceau de vêtement plus loin ? 

Je considère qu'on ne le peut pas, parce que, notamment, 
oii désaffectiounerait le public de la conservation de ces 
Aieux fragments, alors qu'il est, tout au contraire, de 
notre devoir de l'éduquer et de l'intéresser aux choses 
anciennes. Il me semble que l'on peut arriver à ce résultat 
en refaisant le dessin de la fresque là où elle n'existe plus. 
On pourrait refaire les contours des personnages par un 
trait en teinte brune comme sur les vitraux du xiii^ siècle. 
Bien entendu, il ne s'agit pas dans ma pensée de compléter 
la fresque, mais seulement de la rendre intelligible et de 
permettre de comprendre la scène qu'elle représentait. 

M. G. Jorissenne se rallierait volontiers aux vues de 
M. Balau, mais il craint les entreprises des prétendus 



— 4<38 — 

artistes, qui ne savent pas limiter une restauration au juste 
nécessaire. Il expose ensuite certains procédés pour com- 
battre l'humidité des murs en vue d'assurer la conservation 
des peintures ; c'est ainsi notamment qu'aujourd'hui on 
recouvre les matériaux d'enduits spéciaux qui arrêtent la 
montée de l'humidité ; d'autres procédés, par contre, sont 
propres à drainer l'eau, notamment par ponction Tous les 
intéressés devraient s'appliquer à bien connaître et à 
employer ces procédés. 

M. le chanoine Vax den Gheyn, résumant la discussion 
et les conclusions qu'elle comporte, propose d'émettre les 
deux vœux suivants : 

I" Que les autorités compétentes conservent sans res- 
tauration aucune les fresques anciennes découvertes dans 
les églises ; 2° si cette conservation est impossible, qu'on 
étudie les moj'ens d'enlever ces fresques avec toutes les 
précautions nécessaires pour les déposer dans un musée 
régional, plutôt que dans un musée central ; quand la 
fresque sera une œuvre de valeur, les grands musées 
pourront toujours en faire prendre une copie aux musées 
de province. 

La pi'oposition de M. le chanoine Van den Gheyn est 
divisée, à la demande de M, Hymans, et la section se 
trouve unanime, M. l'abbé Ealau faisant des réserves, 
d'abord pour demander la conservation des fresques par- 
tout où l'on peut les garder intactes ; ensuite pour con- 
damner tout travail de restauration et sauver les pièces 
enlevées dans les conditions sus-indiquées. 

M. M. Laurent résume brièvement sa Noie sur Vétai de 
nos connaissances relativement aux arts plastiques clans 
la vallée de la Meuse aux époques carolingienne, romane 
et gothique (voir Annales du Congrès de Liège, t. II, 
pp. 67-76). Après avoir rendu hommage aux travaux de 
MM. J, Helbig et J. Destrée, il signale les différents 



-4^9 - 

sujets sur lesquels doivent se porter de préférence les 
investigations de nos chercheurs : étude de nos ivoires 
carolingiens dont s'est inspiré l'art de nos fondeurs ; rap- 
prochement du travail de nos miniaturistes et de nos 
émailleurs ; étude des inspirations religieuses de nos 
artistes; étude particulièi-e de l'œuvre de Godefroid de 
Claire et de Xicolas de Verdun ; caractères spéciaux de la 
sculpture mosane, etc. ; comme conclusion, il exprime le 
vœu de voir publier tous les documents nécessaires à ces 
études. 

M. J. Destrée s'étend sur l'intérêt de ces recherches ; 
il est d'avis qu'elles demandent la collaboration de 
plusieurs travailleurs. 

M. H. Hymans. — Ordinairement, le document gra- 
phique précède l'œuvre coloi-iée au mo^^en âge. Ainsi, 
certaines châsses anciennes sont ornées de gravures éton- 
nantes qui seraient des monuments de l'iconographie, si 
l'on avait songé à les imprimer. L'émaillerie procède delà 
gravure. Le métal est d'abord gravé ; ensuite le trait, les 
intervalles sont remplis d'émail coloré. L'orateur rappelle 
le luminaire d'Aix-la-Chapelle. Parlant de Villard de 
Honnecourt, AL Hj'-mans fait la remarque que celui-ci, 
grand artiste, connaissait très mal l'anatomie du corps 
humain et traçait ses figures d'une manière absolument 
empirique par des triangles, ce qui ne l'empêche pas de 
donner à ces figures une expression surprenante. 

M. M. Laurent. — Tous les arts industriels au moyen 
âge se prêtent mutuellement secours et s'influencent réci- 
proquement. Les graveurs de métaux ont pu, à certaines 
époques et dans certaines régions, l'emporter sur les 
miniaturistes par l'habileté et surtout par la hardiesse du 
dessin, de même que le jeu des couleurs familier aux 
émailleurs a pu inspirer les enlumineurs de livres. 



- 470 — 

J'estime que c'est le cas an xii« siècle dans la vallée de la 
Meuse, ainsi qu'en témoigne tel feuillet de la Bible de 
Floreffe. Sans parler de la distribution des scènes en 
registres, encadrements et médaillons, on y constate des 
conventions de dessin et de couleur qui s'expliquent par 
l'influence des oeuvres d'orfèvres et d'émailleurs. Quant 
aux connaissances que les artistes du xiii*' siècle avaient 
de l'anatomie musculaire du corps humain, elles s'étalent, 
conventionnelles peut-être, mais bien plus vastes qu'on ne 
le dit généralement, dans l'œuvre de Nicolas de Verdun, 
contemporain de Villard de Honneconrt. Une étude 
approfondie de ce sujet est nécessaire. 

M. J. Brassinne attire l'attention sur un des points du 
rapport de jM. Laurent et insiste sur l'utilité et la néces- 
sité de publier les monuments originaux. Mais comment 
faudra-t-il procéder? Ceux qui s'intéressent, par exemple, 
à l'histoire de la miniature mosane, doivent-ils dresser le 
corpus de toutes ces miniatures: celles qui sont conservées 
en Belgique et celles aussi qui se trouvent à l'étranger ? 
Ou bien ne vaut-il pas mieux que les archéologues de 
chaque pays publient le corpus de toutes les miniatures, 
quelle qu'en soit l'origine, conservées dans leur pays, 
comme cela a déjà été fait pour les manuscrits de cer- 
taines contrées ? M. Brassinne préfère ce second système. 

Les conclusions de MM. Laurent et Brassinne sont 
adoptées. 

L'ordre du jour appelle ensuite la communication de 
M. le chanoine Duclos, intitulée : Trouue-t-on des traces 
d'influence rhénane dans V architecture romane de Bruges? 
{voir Annales du Congrès de Liège, t. II, p. 345-870.) 

L'auteur aj'ant motivé son absence et personne ne 
demandant la parole au sujet de son mémoire, M. le Prési- 
dent donne la parole à M. E.-,T Soil de Moriamk, qui com- 



-471 - 

mimique à l'assemblée nne note ayant pour titre : Sources 
pour V architecture civile privée: façades, plans, décora- 
tion intérieure i'). 11 s'attache surtout à mettre en relief 
l'intérêt que présente l'étude de l'arcliitecture domestique. 
Plus diverse et nous touchant de plus près que l'architec- 
ture monumentale, elle reud les caractères locaux de l'art 
et ses formes particulières, bien plus que les grands 
édifices. Mais il ne suffit pas de connaître les façades, 
il faut connaître le plan, le mobilier et, pour ce dernier, 
consulter non seulement les musées et les tableaux, mais 
surtout les pièces d'archives généralement très précises, 
telles que contrats, testaments, comptes de tutelles, inven- 
taires, etc. 

M. Soil termine en signalant que c'est en faisant le 
dépouillement des actes de ce genre conservés à Tournai 
qu'il a pu réunir les matériaux pour la rédaction du 
travail qu'il a consacrée à l'habitation civile à Tournai. 

M. J. Brassinne rappelle que la Société d'art et dlustoire 
du diocèse de Liège a i)révenu les vœux exprimés par 
l'auteur eu mettant au concours une étude sur l'histoire 
de l'architecture civile à Liège depuis le sac de la ville 
par Charles le Téméraire (1468). 

M. J. Destrée fait connaître une curieuse trouvaille, 
qu'il a faite au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg; 
il s'agit d'un tau ou bâton pastoral du xii^ siècle, qui porte 
les caractères de l'art mosan et qui appartint jadis à 
M. le baron de Crassier ('); ce dernier le communiqua au 
savant Montfaucon. M. Destrée montre en même temps 
deux groupes en albâtre provenant de la collégiale de 



(1) Cette note a été publiée ai)rès le Congrès (voir Annales du 
Congrès de Liège, t. II, pp. 879-887). 

(2) La note de M. Destrée a été insérée dans les Annales du 
Congrès de Liège, t. II, pp. 947-903. 



— 472 - 

Huy et antérieurs au rétable d'Hackendover ; d'après les 
costumes, ces sculptures doivent dater du 3'"® quart du 
XIV® siècle; l'un représente Xotre Dame en pâmoison; 
l'autre des hommes aj^aut fait partie d'un crucifiement. 
Tous deux se signalent par la rare perfection de leur 
travail. 

La séance est levée à ii heures. 



SÉANCE DU Mardi 3 Août. 

La séance, ouverte à 8 heures 3o, est présidée successi- 
vement par M. le chanoine G. Van den Ghejn et par 
M. E. Lefèvre-Pontalis. 

Ont signé la feuille de présence ; MM. F. Alvin, 
A. Bage, M. Blum, E. Bois d'Eughien, L. Bouvier, 
M"« L. Bouvier, MM. J. Brassinne, C. Buis, l'abbé Célis, 
l'abbé J. Coeuen, P. Combien, E. Couvreux, l'abbé P. Da- 
niels, A. de Behault de Dornou, le comte R. de Geloes, 
le vicomte A. de Ghellinck-Vaernewyck, J. Demarteau, 
N. de Pauw, M"*'^ de Pauw, M"« de Pauw, MM. L. Dessain, 
J. Destrée, F. Donnet, F. Dumont, M"® A. Ectors, 
MM. L. Goffin, J. Grenson, H. Hymans.l'abbé J. Janssen, 
G. Jorissenne, L. Jamin, M"'^ M. Leenaers, MM. E. Le- 
fèvre-Pontalis, C. Legrand, A. Le Tellier, jM^e A. Le 
Tellier, M"« M. Le Tellier, MM. E. Membre, F. Membre, 
l'abbé J. Moret, F. Pholien, J. Pirlet, J. Plomdeur, 
Mlle p. Ranschyn, MM. C. Rutten, P. Sainteuoy, le cheva- 
lier L. Schaetzen, T. Sraeets, E.-J. Soil de Moriamé, 
M^ne C. Spreux, MM. E. Sturne, A. Tassin, F. Tordeux, 
J. Tordeux, M. Tordeux, II. Van Bastelaer, le chanoine 
G. Van den Gheyn. 

M. .Jorissenne résume son mémoire sur la peinture 
raosane (voir Annules du Congrès de Liège, t. II, 



- 473 - 

pp. 683 -705); il insiste notamment sur l'importance 
des classifications et fait remarquer que pour ce qui 
concerne la peinture liégeoise, il n'est guère aisé d'en 
établir. Aussi, s'est-il gardé de vouloir présenter une 
histoire complète de la peinture mosane, dont les débuts 
sont, au surplus, très mal connus et qui, pour les siècles 
suivants, présente encore de grandes lacunes à combler. 
M. Jorissenne se borne à signaler quelques-uns des 
caractères principaux qui distinguent l'art de cette école 
de celui des écoles voisines. 

M. P Satntenoy attire Tattention de la section sur le 
terme mosan employé par divers auteurs à la suite de 
M. de Linas, qui l'avait créé eu remarquant la splendeur de 
l'école d'orfèvrerie qui est née et s'est développée dans 
l'ancienne principauté de Liège. 

Dans la terminologie archéologique, ou trouve emplo^'ée 
Tappellation art rhénan, mais cela se comprend : le Rhin 
passant par toutes régions de race germanique. On ne 
peut en dire autant de la Meuse; en effet, on ne peut com- 
prendre sous une même appellation l'art de la haute Meuse, 
de l'Argonne, des Ardennes, de la Lorraine, de la Meuse 
namuroise et liégeoise, enfin de la Meuse limbourgeoise et 
néerlandaise. 

L'orateur termine en engageant les archéologues à 
rechercher une appellation mieux appropriée, exprimant 
mieux l'art de l'ancien paj^s de Liège, de la moyenne 
Meuse, car tout ce que M, Jorissenne vient de nous dire 
se rapporte à l'art de ces régions. 

M. J. Brassinne insiste en faveur du terme art mosan, 
créé par Charles de Linas et repris par von Fisenne, puis 
par Jules Helbig. Ce terme désigne l'art commun aux 
contrées romanes et germaniques qui formaient la princi- 
pauté et le diocè.^e de Liège. Comment dénommer cet art? 
Ce n'est ni un art uniquement wallon, ni un art unique- 



-4:4 - 

ment flamand. Quel autre terme emploj^er que celui de 
mosau qui désigne l'art des régions baignées par le cours 
de la Meuse ? Le qualifier art meusien, alors que ce qualifi- 
catif désigne en France certaines parties de cette France, 
créerait une équivoque en donnant à croire qu'il s'agit 
d'un pa^'s exclusivement français. Le terme lotharingien 
ne pourrait être employé que pour un passé très reculé ; il 
faut parler la langue de son temps. 

En tout cas M. Brassinne estime que c'est l'adjectif 
mosan et non l'adjectif meusien que l'on doit employer ; ce 
dernier ayant depuis longtemps pris un sens très spécial. 

M. le chanoine Van den Gheyn. — Le qualificatif de 
mosan manque de précision par ce que, à mon avis, l'art 
lui-même qu'il doit déterminer n'a peut-être pas encore 
été suffisamment caractérisé avec la netteté voulue. C'est 
le danger en effet que présente la classification que l'on 
poursuit à outrance. 

M. G. JoRissENNE. — J'estime que la confusion la plus 
préjudiciable à la compréhension de l'art belge ne sera 
plus possible : l'étiquette de flamand que l'on a appliquée 
sur quantité d'œuvres dues à des artistes de la Belgique 
orientale est le fait, non d'une étude réfléchie de ces 
œuvres, mais d'une façon superficielle et courante de ne 
voir dans le peuple belge qu'une agglomération de 
Flamands. Chacun sait aujourd'hui que cette erreur a 
obscurci une quantité de questions artistiques et nous 
avons entendu hier les affirmations solidement appuyées 
de plusieurs orateurs sur la nécessité d'un classement 
raisonné. 

Qu'il y ait des points de contact et des mélanges, nul ne 
le conteste ; mais le groupement dû à un ensemble d'idées 
et d'instincts traditionnels auxquels les artistes ont eu à 
obéii-, groupement mosan ou belgo-oriental, est un fait. La 
délimitation reste vague, je l'admets ; elle est encore artj- 



-475 - 

ficielle ; mais elle est pratiquement la seule possible 
aujourd'hui. L'école mosane n'est pas pins disparate que 
l'école française dans son ensemble. Entre un Jean Fouqnet 
et un Claude Monet, il y a des millions de kilomèti-es ; de 
même qu'il ne serait pas possible, dans la classification 
naturelle proprement dite, de ranger côte à côte la poésie 
provençale, la gasconne et la bretonne. 

Plus tard, nous arriverons à rattacher les œuvres à la 
cérébralité des races bien déterminées; si je vis quelques 
années encore, j'espère montrer quels sont les attributs 
de l'art issu de ceux qui appartiennent à la race néoli- 
thique, "wallons chez nous, et de ceux qui se rattachent à 
la race de Hallstatt et des dolichocéphales. Ce sera une 
classification naturelle, basée sur la genèse et sur les 
causes de sélection. En attendant, il faut supprimer la 
confusion et débrouiller les éléments constitutifs des arts 
régionaux, sans trop tenir compte des classements opérés 
par la politique internationale. Je suis donc d'avis qu'il y 
a lieu de maintenir, x^owr imparfait qu'il soit, le quali- 
ficatif mosan, jusqu'à ce qu'on en ait trouvé un plus juste. 

M. P. Saintexoy objecte que l'art architectural de la 
Meuse comprend une partie de l'école champenoise, l'école 
de la Meuse moj'^enne qu'il appelle liégeoise, enfin l'art 
architectural néerlandais. Toutes ces architectures ne 
peuvent former une seule école mosane ; le mot est donc 
impropre. 

M. Saintenoy termine en disant que la vraie originalité 
de l'école liégeoise est d'être née dans un pays de langue 
romane rattachée pendant toute son existence autonome, 
politiquement à l'empire d'Allemagne et par conséquent 
d'être une école romane ou latino-germanique. 

Voilà ce qu'il faut exprimer par une appellation et que 
le mot mosan ne dit pas. 

M. Brassixxe déclare qu'en l'absence d'un autre terme, 
il convient de conserver cette dénomination d'art mosan. 



-476 - 

car il existe certainement un art, qui présente des carac- 
tères particuliers, dans lequel se marient les tendances des 
populations romanes et germaniques et dont il convient 
d'affirmer l'existence. 

M. le chanoine Van den Gheyn. — Je tiens à exprimer 
une opinion intermédiaire et à me rallier à la motion de 
M. le D"" Jorissenne. Nos législateurs ne parviennent pas 
toujours à désigner dans une seule expression les nuances 
qu'ils veulent exprimer ; force est alors de s'en rapporter 
aux discussions delà loi. Il faudra s'en rapporter à notre 
échange de vues pour connaître ce que l'on veut indiquer 
par art mosan. 

L'ordre du jour appelle la communication de M. E. 
PoLAiN sur Les transformations de l architecture des 
maisons bourgeoises à Liège depuis le XVI'^ siècle (voir 
Annales du Congrès de Liège, t. II, pp. 706-714) et 
une autre de M. Braiiy-Prost intitulée : La décoration de 
la Renaissance sur le mobilier liégeois (voir Annales du 
Congrès de Liège, t. II, pp. 730-745). 

Les deux auteurs de ces mémoires s'étant fait excuser et 
leurs travaux ne donnant lieu à aucune observation, M. le 
président donne la parole à M. Florent Pholien pour 
entretenir la section des caractères auxquels on recon- 
naît les anciennes faïences liégeoises (voir le rapport 
publié dans les Annales du Congrès de Liège, pp. 674-682). 

M. Pholien fait remarquer que si l'on a jusqu'en ces 
dernières années méconnu les faïences liégoises au point 
même de les attribuer à des manufactures étrangèi'es et 
notamment à Strasbourg, c'est que : 

1° l'histoire de cette industrie d'art dans notre aneienue 
princii)auté n'avait pas encore été tirée des archives. 
Cette lacune a été récemment comblée et une foule de 
documents sont là qui prouvent à suffisance l'existence et 



-477- 

le fonctionnement de la manufacture liégeoise pendant 
près d'un demi siècle (de 1767 à 1811) ; 

2" la plupart des décors des faïences liégeoises sont 
inspirés des faïences de Strasbourg dont celles-là sont des 
copies plus ou moins fidèles, d'où confusion inévitable. 
Mais la teinte des pâtes de Liège est différente de celle de 
Strasbourg ; l'émail est plus épais et très blanc. Certains 
décors sont particuliers à Liège ; dans un but mercantile 
et pour permettre l'écoulement des faïences « genre de 
Strasbourg», très à la mode alors, l'on ne marqua point 
ici ces produits. 

D'autre part, les faïences de Strasbourg, ainsi que celles 
des nombreuses manufactures tant françaises qu'étran- 
gères, qui comme celles de Liège et autant que cette 
dernière, copièrent servilement les strasbourgeoises, sont 
marquées, tandis que celles de Liège ne le sont point, ce 
qui permet encore de les distinguer les unes des autres. 

M. Pholien, pour compléter sa démonstration soumet 
à l'assemblée une série de documents et dessins, copies 
authentiquées de décors (c genre Strasbourg » exécutés 
dans les nombreux ateliers qui s'en inspirèrent; il fait 
ressortir pour chaque type indistinctement les caractères 
qui le différencient nettement de ceux des faïences de 
Liège et de celles de Strasbourg. 

Le bouquet polychrome, simplifié et peu fourni de 
verdure; le sujet «mandarin» ou chinois pêcheur ou 
fumeur; le bouquet genre Meissen en camaïeu rose ou en 
camaïeu vert; les oiseaux et autres décors de fantaisie; 
la pâte rosée; voilà les caractéristiques des faïences 
liégeoises aujourd'hui reconnues et cataloguées comme 
telles depuis les récentes expositions (Liège 1900 et 1905). 
M. Pholien termine en signalant qu'on fabriqua également 
à Liège, dans les siècles passés, des poteries communes, 
des carreaux de i)avemeut et de revêtement. 

M. SoiL DE MoRiAMÉ demande s'il existe des documents 
écrits propres à confirmer les déductions de M. Pholien. 



-478- 

M. Pholien répond qu'on possède le manuscrit, du 
directeur de l'ancienne faïencerie de Liège, mais que ce 
document technique, qui a été publié dans le Bulletin de 
l'Institut archéologique liég-eoisi (tome XVII, i883, pp. 25i- 
284), renferme peu de détails relatifs aux décors des 
faïences. 

Il ajoute que les faïences actuellement cataloguées 
comme liégeoises Anennent de A'ieilles familles qui les 
tenaient de la manufacture liégeoise même. M. Pholien 
fait enfin observer que ces faïences ont également été 
l'objet de citations dans les relations de voyageurs passant 
à Liège vers la fin du xviii® siècle, notamment de Gour- 
may et qu'elles figurent, en outre, dans les catalogues 
d'expositions artistiques et de loteries organisées à Liège 
à la fin du xviii^ siècle (1783). 

M. Jos. Destrée montre aux membres de la section le 
moulage d'un ancien ivoire mosan nouvellement découvert 
par lui à la bibliothèque bodléienne d'Oxford. Il ressemble 
à la fois à l'ivoire dit de Notger qui recouvre le vieil 
évangéliaire conservé à la Bibliothèque de l'Université 
de Liège, et à celui de Tongres, représentant le cruci- 
fiement; l'ivoire d'Oxford est toutefois mieux travaillé et 
plus délicat qu'eux. 

Comme conclusion pratique du rapport présenté par 
M. Polaiu, sur Les transformations de l'architecture des 
maisons bourgeoises à Liège depuis le XVP siècle (voir 
Annales du Cong-rès de Liège, t. II, pp. 706-714). 
M. E. Lefèvre-Pontalis proposée à l'assemblée d'émettre 
le vœu de voir les pouvoirs publics, et en parti- 
culier les administi'ations communales, favoriser la restau- 
ration, sans modifications qui les dénatureraient, des 
anciennes maisons encore debout dans nos villes, en 
accordant par exemple des primes pour la restauration 
des vieilles façades. 



- 479 — 

Sur la proposition de M. Soil de Moriamé, la section 
adopte ce vœu à l'unanimité, et M. Buls propose de le 
communiquer aux administrations communales des 
grandes villes. 

M. LE Président compte bien, qu'entre autres, la presse 
s'en chargera. 

M. A. DE Behault de Dorxox clôture la séance par la 
lecture de son mémoire intitulé : Quels sont les produits 
actuellement connus des célèbres fondeurs de cuivre Gro- 
gnart, originaires deDinant, et de leurs descendants établis 
à Liège, à Gand et à Mous (voir Annales du Congrès de 
Liège, t. II, pp. 597-605). 

Les communications que son rapport préliminaire lui a 
déjà values de Huy et d'ailleurs, lui permettent de faire 
constater une fois de plus l'utilité des Congrès de la 
Fédération. 

Il voudrait que les sociétés archéologiques s'entendissent 
pour faire dans leur ressort des relevés semblables. 

MM. l'abbé P. Daniels et J. Destrée lui fournissent 
d'utiles détails complémentaires. 

La séance est levée à 11 h. 1/2. 



SÉANCE DU Mercredi 4 Août. 

La séance est ouverte à 8 h. 3o, sous la présidence de 
M. P. Saintenoy. 

Prennent place au bureau : MM. J. Bemartcau , 
H. Hymans, J. Destrée, P. Combien, secrétaire, et l'abbé 
J. Coenen, secrétaire-rapporteur. 

Ont signé la liste de présence : 

MM. A. Baar, A. Bage, l'abbé S. Balau, M"« Bernimolin, 



— 48o — 

MM. E. Braliy-Prost, J. Brassiune, C. Bals, l'abbé 
L. Ceyssens, l'abbé J. Coeuen, O. Colsou, P. Combien, 
E. Couvreux, M"« F. Crahay, MM. l'abbé P. Dauiëls, 
A. de Behault de Dornon, J. Defroidmont, J. Demarteau, 
J. Dessain, M^^ l. Dessain, MM. J. Destrée, F. Donnet, 
P. Dubois, J. Dumont, M"«^ B. Dumont, A. Ectors, 
MM. J. Falloise, F. Foidart, H. Francart, R. Goffin, 
H. Hymans, G. Kurth, M. Lamberraoïit, M"® Leenaers, 
M. A. Le Tellier, M-^^ A. Le Tellier, M"*^ M. Le Tellier, 
MM. E Matthieu, F. Membre, A. Mevis, l'abbé J. Moret, 
M. Nijs, F. Pholien, H. Pirenne, H. "Rousseau, A. Rutot, 
C. Rutten, P. Saintenoy, le chevalier L. Schaetzen, l'abbé 
J. Schyrgens, E. Sturne, J. Thisquen, R. van Bastelaer, 
van deu Mensbrugghe, B. Wibin. 

M. J. Destrée expose ses vues sur l'origine du rétable 
de l'église Saint-Denis, à Liège. Réfutant une à une les 
raisons invoquées par M. J. Helbig pour établir l'origine 
liégeoise de l'œuvre (Cfr La sculpture et les arts plas- 
tiques au pays de Liège, Bruges, 1892, p. i54), l'orateur 
compare le rétable à des œuvres analogues de l'école 
brabançonne et montre, photographies à l'appui, qu'il y a 
des ressemblances frappantes entre le rétable de Saint- 
Denis et ceux qui sont sortis de l'atelier de Jean Bormans. 
Il conclut que le rétable et la prédelle accusent deux 
mains, mains portant le caractère brabançon plutôt que 
celui de l'art liégeois ; pour lui, et tout en réservant 
l'avenir, l'origine brabançonne n'est pas douteuse ; la 
paternité de Bormans est moins certaine. 

M. E. Brahy-Prost. — Il convient de remarquer que 
dans la partie supérieure du rétable de Saint-Denis, 
notamment dans la scène de la fhigellation, certaines figu- 
rines présentent le type des physionomies liégeoises. 

AL II. Hymans fait observer que Lambert Lombard 
régissait l'école brabançonne tout entière. Les jeunes 



— 48i - 

artistes brabançons allaient à l'envi se mettre sous sa 
direction. On ne peut donc déterminer avec une précision 
entière ce qui émane de Liège et ce qui émane du Brabaut 
à cette époque. 

M. J. Destrée admet qu'il peut y avoir quelque doute 
pour la prédelle, mais insiste sur le caractère purement 
brabançon de l'arcliitecture. 

M. l'abbé J. Coenen fait remarquer les ressemblances 
qui existent entre le rétable de Saint-Denis et celui de 
Bocliolt en Campine. 

M. l'abbé Daniels signale que ce dernier rétable porte 
le cacliet d'Anvers (main brûlée). 

L'ordre du jour appelle ensuite la communication de 
M. L. IIalkin, intitulée : Les inscriptions métriques des 
fonts de Saint-Barthélémy, à Liège et de la châsse de 
saint Hadelin, à Visé (voir Annales du Congrès de Liège, 
t. II, pp. 588-596). 

L'auteur ayant motivé son absence provoquée par un 
deuil de famille et personne ne présentant d'observation 
au sujet de son travail, M. J. Demarteau communique à 
l'assemblée le fi'uit de ses études sur l'ornementation sym- 
bolique des célèbres fonts baptismaux de Saiut-Bartbé- 
lemy, à Liège. Il s'attache à faire connaître la pensée 
traduite dans ce monument en figures et en symboles. Ces 
figures semblent empruntées d'abord à la litui'gie de la 
bénédiction des fonts baptismaux du Samedi-Saint. 

Le couvercle a disparu, qui représentait des apôtres et 
des jprophètes, ceux-là sans doute dont il est fait mention 
dans cette bénédiction. L'œuvre entière rappelait la mer 
d'airain du Temple de Jérusalem, avec une grande fidélité 
de détails. 

Les douze bœufs de cette mer sont devenus la représen- 



— ^S2 — 

tation des apôtres qui ont soulevé le monde par le soc de 
l'Evangile. A^u temps même où furent confectionnés ces 
fonts, le commentaire donné par le célèbre Eupert, moine 
de Saint-Laurent, de la description biblique de la mer 
d'airain, se retrouve dans la description très détaillée des 
fonts de Saint-Barthélémy. Si Kupert n'a pas été l'inspi- 
rateur direct, immédiat, de cette création artistique, il 
n'en ressort pas moins que l'accord était cordial et com- 
plet, au xiie siècle, entre l'art de l'orfèvre et le savoir 
monastique des écoles de Liège. C'est à étudier les ensei- 
gnements de celles-ci qu'on i)éuétrera le mieux dans l'art 
de celui-là. 

M. Henry Rousseau. — Dans mon mémoire, publié 
dans les Annales du Congrès (t. II, p. 89), je me suis 
attaché à résumer les renseiguements que l'on possède et 
les études auxquelles je me suis livré au cours de ces cinq 
dernières années, au sujet de l'état primitif du support de 
la cuve baptismale de l'église Saint-Barthélémy. 

Je n'ai pas donné de longue bibliographie parce que l'on 
trouvera dans les publications auxquelles j'ai renvoyé le 
lecteur, la liste à peu près complète, je pense, des travaux 
consacrés à cette dinanderie si justement réputée. 

Je n'aurai que peu de mots à ajouter à ce mémoire ; je 
crois utile, avant que soit ouverte la discussion, de pré- 
ciser très nettement les points que j'ai voulu soumettre à 
votre appréciation ; ces points sont au nombre de trois : 
10 le nombre des boeufs ; 2° la position qu'ils occupaient 
jadis ; 3° l'hypothèse d'un fleuve coulant à leurs pieds. 

J'ai essayé aussi de donner une traduction nouvelle de 
l'inscription latine tracée au bas de la cuve baj)tismale ; 
la version de Didron et celle de Helbig manquent de 
clarté etprésentent des incorrections manifestes. M. l'abbé 
Balau a donné, à son tour, une traduction différente de 
la mienne, mais à laquelle je n'ai pas hésité à me rallier, 
la reconnaissant claire et correcte. En dernier lieu, 



— 483 — 

M. Léon Halkin a proposé une légère modification, sur 
laquelle je reviendrai dans un instant. 

Enfin, j'ai effleuré la question du nom de l'auteur de 
la cuve. 

J'éprouve le respect le plus sincèi-e et le plus légitime 
pour la haute personnalité de Téminent professeur qui, le 
premier, a voalu restituer la paternité du chef d'œuvre 
qui nous occupe à l'orfèvre Renier de Hu}' ; je tiens en 
grande estime les savants qui ont adopté cette restitution ; 
mais je ne pouvais m'empêcher de penser et de dire que 
ce nom de Renier, apparaissant encadré de deux erreurs 
manifestes (le nom d'Albéron et la date de ii37), me semble 
sujet à caution, en tant qu'il s'agisse du nom de l'auteur des 
fonts de Saint-Barthélem}-; de dire aussi que, si Jean d'Ou- 
tremeuse a enjolivé son récit de détails fabuleuxdont la 
démonstration claire et précise de M. Kurth a fait justice, 
il n'eu faut pas moins reconnaître qu'il a dit la vérité sur 
deux points au moins : la commande faite par Helliu, et la 
date qui, si elle n'est pas rigoureusement exacte, ne peut 
différer de la vérité que de cinq ans au maximum, en plus 
ou en moins; de faire remarquer la coïncidence extraordi- 
naire qui lui aurait fait choisir ce nom grec de Patras pour 
l'appliquer à l'auteur d'un travail qui représente des 
traces aussi manifestes d'influences byzantines. Il faudrait 
admettre, ou bien qu'il y a là un hasard inconcevable, ou 
bien que Jean d'Outremeuse était un artiste, un archéo- 
logue capable de constater ces influences, et qu'il a eu 
l'habileté — la rouerie, dirai-je — de choisir le nom d'une 
ville grecque pour l'appliquer à son héros et rendre sa 
désignation vraisemblable. Toutefois, je le répète, ces 
observations n'ont, à mes yeux, que la valeur de simples 
remarques et ne constituent point l'objet d'une thèse que 
je veuille soutenir, au moins quant à présent. 

Je reviens donc aux trois points essentiels : 

1° Y avait-il, dans le principe, douze bœufs autour du 
support ? 



-484- 

L'affirmative ne paraît pas douteuse, eu égard à 
l'inscriptiou de la cuve et aux descriptions anciennes ; je 
ne pense pas qu'il puisse y avoir contestation à ce sujet. 
Mais serait-il possible de rétablir ce nombre de douze 
bœufs sans introduire dans cet ensemble des éléments 
étrangers ? Evidemment oui. Il va sans dire qu'il ne peut 
être question d'inventer deux figurines nouvelles ; mais il 
suffit, comme on l'a fait pour la reconstitution exposée 
aux Musées du Cinquantenaire, de re^iroduire par le mou- 
lage deux des bœufs originaux et d'en couler, dans ces 
moules, deux nouveaux exemplaires, qui pourraient être 
datés. Ainsi reproduits, ces bœufs seraient, en réalité, 
l'œuvre de l'auteur des autres figurines. 

2° Les bœufs se trouvaient-ils placés un peu plus pro- 
fondément au-dessous du bassin ? 

La découverte de la rigole circulaire dans laquelle 
peuvent pénétrer les tenons fixés aux garrots des animaux 
répond suffisamment à cette question. Si même on admet- 
tait l'origine étrangère des bœufs, il faudrait reconnaître 
que l'auteur de la cuve y a méuagé cette cavité pour y 
loger les tenons, ou bien que cette cavité n'a aucune raison 
d'être, chose invraisemblable. 

3" Les bœufs se trouvaient-ils au bord d'un fleuve? 

C'est le point le plus sujet à controverse. 

Je tiens à répéter tout d'abord que cette idée ne m'a 
pas été suggérée par la traduction des mots : fliiniinis 
impetiis, gravés sur la cuve, mais bien par la constatation 
d'un fait matériel : l'inégalité de hauteur des pieds des 
animaux ; le texte de la cuve n'a fait que corroborer mon 
opinion à ce sujet. Ni la traduction de M. l'abbé Balau, ni 
celle do M. Halkin ne sont en contradiction avec ma thèse ; 
bien au contraire ! 

Ma Note complémentaire, écrite à la suite de l'article de 
M. l'abbé Balau, a été publiée ; je n'y reviendrai pas. 

M. Halkin a émis l'avis que « par les mots fliiminis 
impetus hiijiis, l'auteur de l'inscription n'a pas voulu 



— 483 — 

caractériser le cours impétueux du fleuve qui était repré- 
senté soit sur la cuve elle-même, soit sur le support » ; 
d'après lui, ces mots seraient « une expression poétique 
employée pour rappeler d'une façon pittoresque l'applica- 
tion, par infusion, de l'eau contenue dans les fonts 
baptismaux, » 

Je partage entièrement l'avis de M. le professeur Halkin 
lor.squ'il propose de prendre « le mot ftiimen dans sou 
acception plus générale d'eaux en mouvement, de quantité 
considérable de liquide versé ou répandu, qu'il avait déjà 
à l'époque classique, et qu'il a conservée chez les auteurs 
chrétiens, » C'est on ne peut mieux dit ; mais alors, 
pourquoi vouloir restreindre l'application de ce mot à la 
quantité, relativement très minime, d'eau contenue dans 
la cuve baptismale ? 

M, Halkin estime « que ce ne sont pas seulement les 
apôtres qui sont désignés dans le texte par le mot pasforH/77, 
mais aussi et surtout leurs successeurs, les évêques ; 
ceux-ci sont représentés par douze bœufs parce qu'ils ont 
hérité leurs pouvoirs des apôtres eux-mêmes, » D'accord. 
J'ajoute ceci : étant admis que les figurines de bœufs 
représentent, par allégorie, et les apôtres, et ceux qui leur 
ont succédé dans la fonction de baptiser, n'est-il pas 
logique, n'est il pas naturel, n'est-il pas nécessaire même, 
de représenter aussi, par des ondes — allégoriques — 
coulant à leurs pieds, le fliimen, la « quantité considérable 
de liquide répandu » ou employé par les apôtres et leurs 
successeurs dans l'administration du sacrement de 
baptême ? 

Cet élargissement du sens peut, d'ailleurs, se donner à 
l'inscription tout entière, et l'on pourrait soutenir que les 
mots sanctam iirbem ne s'appliquent pas, étroitement, 
soit à la ville de Jérusalem, soit à la ville de Liège, mais 
que cette ville sanctifiée, c'est la chrétienté tout entière ; 
que les citoyens purifiés, ce sont tous ceux qui ont reçu le 
baptême ; sanctam iirbem, c'est la cité des enfants de 



— 486 — 

Dieu. Comme on comprend bien, dès lors, cet impetiis 
fliiminis letificat iirbem : plus il y a d'eaux répandues, 
plus il y a de baptisés, de citoj^ens purifiés — et plus 
il y a lieu, pour la ville sanctifiée, de se réjouir. 

Je n'entends point étendre aussi loin le champ de la 
discussion ; je veux montrer seulement que, quelle que soit 
la traduction ou l'interprétation acceptée, la présence des 
ondes aux pieds dos bœufs se justifie ; j'oserai dire 
qu'elle s'impose. 

Une dernière objection : les bœufs portent, adhérente à 
la sole des pieds, une petite plaque de laiton venue de 
fonte avec eux, et ornée d'un trait de burin longeant les 
bords ; cela, me dit-on, tendrait à écarter l'hj'pothèse 
d'un terrain, d'une berge de fleuve. 

Vous irez demain visiter l'église Saint -Barthélémy ; 
vous verrez de près les célèbres fonts baptismaux. 

Lorsque vous aurez admiré la beauté des figures qui 
décorent le pourtour de la cuve, lorsque vous aurez consi- 
déré l'habileté de l'exécution et la correction des formes 
des petits bœufs qui devraient la soutenir, en des poses si 
heureusement diversifiées, abaissez vos regards sur les 
plaques de métal adhérentes à la sole de leurs pieds (je ne 
parle pas des cales, si visiblement ajoutées) ; voj'ez ces 
plaques de formes et de grandeurs différentes, les unes à 
peu près rectangulaires, d'autres à angles inégaux, obtus 
par ci, aigus par là, et bordées d'un trait entaillé au 
burin ; et, lorsque vous aurez comparé ces plaques sans 
formes et cet encadrement sans style à la perfection du 
reste de l'œuvre, au soin minutieux qui a présidé à son 
exécution, vous apprécierez si je suis fondé à prétendre 
que les'plaques sont les restes d'un support primitif, fait 
de métal d'une épaisseur relativement faible, brisé jadis 
(sans doute au moment de l'enlèvement des fonts) et 
demeuré adhérent par lambeaux aux pieds des animaux, 
— lambeaux informes que le bi-ave chaudronnier Collin, 
le restaurateur de l'œuvre en 1804, a cru devoir découper 



-487 - 

plus ou moins régulièremeut et enjoliver d'un trait de 
ciseau pour bordure. 

Cependant ces plaques, telles qu'elles sont, doivent être 
conservées intactes ; au jour — prochain, je l'espère — 
où l'on rétablira sous les pieds des bœufs la berge de 
fleuve sur laquelle ils se dressaient, on devra pratiquer, 
dans ce terrain de laiton, des alvéoles dans lesquelles les 
plaques actuelles devront s'emboîter exactement ; car il 
n'est pas douteux qu'elles aient fait partie du sol primitif 
et, à ce titre, elles ont droit à notre respect, Si, en effet, 
je préconise une restitution du support des fonts baptis- 
maux de Saint-Bar tliélemy, dans un sens que je considère 
comme nettement indiqué par l'œuvre d'art elle-même, 
c'est à la condition expresse que cette restitution soit 
basée sur le respect le plus absolu de toutes les parties 
primitives de cette œuvre. Je crois avoir démontré que 
cette restitution peut se faire sans que l'on touche en rien 
à aucune des parties anciennes de la cuve, et en observant 
rigoureusement ce principe qu'aucune d'elles ne peut être 
modifiée en quoi que ce soit, ni par un coup de burin, ni 
par un coup de lime. 

Une restauration qui n'aurait pas ce principe pour base 
serait une œuvre de Vandale. 

M. KuRTH, tout en se déclarant incompétent pour 
discuter l'œuvre au point de vue archéologique, croit 
devoir faire remarquer que la question de paternité n'en 
est plus une. 

Deux auteurs, qui ont vécu à la même époque, attribuent 
les fonts à des artistes différents : Jean d'Outremcuse, 
qui les dit de Lambert Patras, est absolument indigne 
de foi ; l'auteur de la Chronique de 1402, qui les attribue 
à Renier de Hu3% est un écrivain véridique et sincère. 
Dès lors, la question pouvait paraître résolue. Mais il y 
a plus : le nom de Lambert Patras de Dinaut est faux 
aans ses trois éléments : il n'y avait pas de nom de famille 



— 488 — 

au xii^ siècle et, si Jean nomme Dînant, c'est parce que, 
de son temps, Dinant avait le monopole de la dinanderie ; 
il ignorait qu'au xii^ siècle, Liège, Huy et Verdun se dis- 
tinguaient aussi dans cet art. 

Tandis que tout montre la fausseté du renseignement 
de Jean d'Outremeuse, l'exactitude du renseignement de 
]ii Chronique de 1^02 (à part une légère erreur de date) 
est parfaitement établie. Le Renier, orfèvre, qui signe 
une charte de Huy en 1128, est bien celui que vise le 
chroniqueur. 

M. Rousseau remercie son honorable contradicteur 
d'avoir dissipé les doutes qui lui restaient au sujet de 
l'auteur du chef-d'œuvre. 

M. l'abbé Balau. — Je ne puis admettre que le mot 
pastoriim ait surtout pour signification les successeurs 
des apôtres. La corrélation entre le chiffre douze et le 
mot pastoriim montre qu'il s'agit surtout des apôtres. 

Quant à la querelle au sujet de Fatras, je n'ajouterai 
rien aux définitives conclusions de mon maître G. Kurth. 
M. H. Rousseau, toujours si aimable, m'a cependant 
causé de la peine par un passage de son rapport, en par- 
lant des appellations qu'en d'autres occasions Jean 
d'Outremeuse a inventées, « affirmet-on », notamment 
pour Henri des Prez et Gérard de Viualmont. C'est cet 
« af firme- t-on )) qui me peine. Cette expression semble 
témoigner peu de confiance dans le travail de nos histo- 
riens. Non, ce n'est pas nous qui affirmons : c'est une 
charte, un document authentique qui nous dit qu'au lieu 
de Henri des Prez, il faut lire Henri de Ferrière, et qu'au 
lieu de Gérard de Viualmont, identifié par Jean d'Outre- 
meuse, il faut lire Colin. 

M. J. Demarteau donne lecture de la lettre suivante 
de M. Laurent : 



-489- 

« Bruxelles, le 3 août 1909. 

» Monsieur le Président, 

» Il me sera impossible, à mon grand regret, d'assister 
à la séance de demain où sera discutée la restitution 
archéologique des fonts de Saint-Barthélem3% proposée 
par M. II. Rousseau. Puis-je vous dire en quelques mots 
quelle est là-dessus mon opinion ? 

» Je tiens la restitution de M. II. Rousseau pour 
éminemment probable. Elle me paraît établie sur des 
constatations évidentes et un raisonnement rigoureux. 
Je donne donc tout mon assentiment aux trois tlièses 
suivantes : 

» I. Il y avait douze bœufs. — La preuve en est dans 
les mots bissenis bobiis, si étrangement traduits parfois. 

» 2. On ne voyait pas les tenons placés sur l'écliine des 
boeufs. — C'est du bon sens. 

)) 3. Il y avait un fleuve figuré sur le socle. — Cela 
est démontré par les mots : hujiis fluminis. 

Ces trois points étant admis, il ne semble guère possible 
de se soustraire aux conséquences que M. Rousseau en a 
tirées. Le résultat total de ses restitutions est d'ailleurs 
d'une vraisemblance archéologique parfaite. De plus, la 
représentation figurée répond exactement aux termes de 
l'inscription, si bien traduite par M. l'abbé Balau. Le 
fleuve est le fleuve baptismal qui purifie les cités et leurs 
citoyens. A ce propos, voulez-vous me permettre de vous 
signaler un texte qui n'est pas sans intérêt pour l'expli- 
cation du symbolisme de la mer d'airain ? 

» L'auteur du Spéculum Iiiimanaesaloalioiiis{xjy^ siècle) 
commente comme suit le parallèle de la mer d'airain et du 
baptême du Christ : Diwdecim boues mare aeiienm povta- 
vernnt, quia duodecim apostoli bapdsmum Christ i per 
totum muiidum dilataveruut. 

5) Le parallélisme des bœufs et des apôtres me paraît 



— 490 — 

déjà étroitement lié, au xii^ siècle, au parallélisme de la 
mer d'airain et du baptême du Christ ; il a été suggéré 
par le nombre douze. 

)) Ceci comme document, pour le cas où vous soulè- 
veriez, ^lonsieurle Président, la question symbolique que 
vous connaissez si bien. 

Parlera-t-on encore de Lambert Patras et d'artistes 
grecs? Ce ne sera du moins, j'en suis sûr, que pour porter 
le dernier coup à ces légendes obstinées. 

» Veuillez agréer, etc. 

)) Signé : M. Laurent. » 

M. Balau. — J'ai beaucoup admiré la reconstitution 
faite par M. Rousseau. Cependant, dans ce cas, il y aura 
difficulté à compléter le nombre des bœufs, car les 
animaux qui restent n'ont pas la môme figuration. Lesquels 
clioisirez-vous pour la reproduction ? Et tandis que vous 
refusez, avec